Homélie du 17 avril 2011

Prédicateur : Abbé Guy Oberson
Date : 17 avril 2011
Lieu : Monastère du Carmel, Le Pâquier
Type : radio

Chers frères et soeurs,

Jésus entre à Jérusalem, ovationné par la foule composée de beaucoup de gens venant des contrées où il avait passé en faisant le bien, des gens qui sont venus pour célébrer la Pâque juive. Ils l’acclament en criant « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »C’est ce que nous a rappelé la première lecture tirée de l’évangile de Saint Matthieu tout au début de la célébration.

Le récit de la passion de Jésus-Christ fait apparaître un revirement total. Probablement une foule composée des mêmes gens, mais cette fois-ci conditionnés par les autorités juives, se mettent à crier : «Qu’on le crucifie » ! Comment est-ce possible, en si peu de temps, un tel revirement ? Nous le voyons, la manipulation a un pouvoir extrêmement cruel. Un véritable désenchantement, une trahison !

Aujourd’hui : Ces foules de Jérusalem peuvent nous faire penser à celles auxquelles l’Action de Carême, Pain pour le prochain et Etre Partenaires nous ont conduits durant le carême qui s’achève. Des populations africaines, notamment de la République Démocratique du Congo, qui voient avec un certain espoir les entreprises multinationales installer leur chantier d’extraction des minerais de leur sol dont il est si riche. Elles pensent qu’elles en retireront un certain bien être. Elles doivent bien vite déchanter. Par la force, bien souvent, on les oblige à abandonner les terrains qu’elles cultivaient pour se nourrir. Ceux qui vont travailler à la mine, y vivent des conditions inhumaines. Les dédommagements sont bien souvent inexistants ou misérables.

De l’espoir au désenchantement. La question nous a été posée tout au long de ce carême. Comment se solidariser de ces populations trahies et abandonnées trop souvent à leur triste sort ? Aujourd’hui, en déposant, à l’offrande, notre pochette de carême, nous soutenons l’engagement vécu par les organisations caritatives Action de carême, Pain pour le prochain et Etre Partenaires, dans les régions victimes de ces pratiques immorales. Que cette semaine sainte, dans laquelle nous entrons, augmente notre foi au Christ mort et ressuscité pour le salut de l’humanité et suscite en nous le désir de nous engager au côté des crucifiés de la vie, aujourd’hui. Amen»

Lectures bibliques : Isaïe 50, 4-7; Philippiens 2, 6-11; Matthieu 26, 14-27, 66

Homélie du 10 avril 2011

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 10 avril 2011
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers amis, chers malades,

La Semaine Sainte pointe à l’horizon. Dimanche prochain, nous célébrerons les Rameaux. Et la liturgie de ce jour nous plonge déjà au cœur du mystère central de la foi chrétienne. Après s’être manifesté à l’aveugle de naissance comme la lumière du monde en le guérissant de sa cécité, Jésus « ose » aujourd’hui un pas de plus. La mort de son ami Lazare lui donne l’occasion d’affirmer avec force qu’il est aussi la résurrection et la vie.

Le « dimanche de Lazare » anticipe la fête de la Résurrection ; il nous invite à suivre le Christ sur son propre chemin de Passion, pour mieux pouvoir participer ensuite aux réjouissances pascales. Un chemin parsemé d’embûches car il ne s’impose pas à nous comme une évidence. Avec Marthe et Marie, les sœurs de Lazare, il nous faudra avancer patiemment pour accueillir la Bonne Nouvelle de « la Vie plus forte que la mort » et avoir l’audace d’affirmer à notre tour : Oui, nous le croyons, tu es le Messie… celui qui vient dans le monde. Mais pour l’instant observons Jésus.

Lorsqu’il apprend la nouvelle de la maladie de son ami, il ne réagit pas avec la spontanéité que l’on aurait espérée d’un proche : il décide de rester là où il se trouve durant deux jours et se contente de tenir ce propos mystérieux : cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu. Il ajoutera même plus tard, juste avant de se mettre en route pour rencontrer enfin la famille maintenant endeuillée: Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là ! Propos étonnant, voire scandaleux, en tout cas incompréhensible de la part de quelqu’un dont l’évangéliste précise qu’il aimait Lazare et ses sœurs, s’il n’avait lui-même ajouté : Je me réjouis à cause de vous, pour que vous croyiez.

Ainsi donc Jésus n’est pas un homme sans cœur. Il aime Marthe, Marie et leur frère. Mais il est sorti dans le monde pour apporter aux hommes sa lumière en leur annonçant la Bonne Nouvelle et il saisit l’occasion de cette maladie et de cette mort pour manifester toute la puissance de Vie qu’il recèle en lui. Jésus ne se réjouit pas de la mort de Lazare, il se réjouit de ce que cette mort conduira à la foi en la résurrection et la vie éternelle beaucoup de témoins.

Et si Jésus se réjouit de pouvoir une fois de plus annoncer la présence du Royaume de son Père dans le monde, il n’en manifeste pas moins toute la gamme des sentiments humains en pareilles circonstances, celles d’un deuil. Lorsqu’il voit Marie en pleurs, et ceux qui l’accompagnent aussi, il est bouleversé d’une émotion profonde. A l’approche de l’endroit où l’on a déposé le corps de Lazare, Jésus pleure. Les témoins dirent : Voyez comme il l’aimait. Devant le tombeau Jésus est repris par l’émotion. Ce sont là autant de signes de l’amitié qu’il portait au défunt et de sa compassion envers les deux sœurs. Mais la présence du Christ devant le tombeau a aussi un autre but : faire voire la gloire de Dieu ; et la gloire de Dieu, c’est l’homme debout (St Irénée).

Alors Jésus peut demander que l’on roule la pierre et s’adresser au mort : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. « Déliez-le, et laissez-le aller ».

De ce dimanche de Lazare je vous suggère de méditer deux points.

Premier point :

– En osant cette assertion tout à fait exceptionnelle : Moi, je suis la résurrection et la vie, Jésus affirme qu’il n’est pas seulement celui qui roule la pierre du tombeau de ses amis, voire la sienne propre, mais qu’il est lui-même la résurrection. La personne même du Christ est CONTAGIEUSE DE VIE, source jaillissant pour la vie éternelle, ce que confirme saint Jean dans sa première lettre : le témoignage de Dieu, celui qu’il a rendu au sujet de son Fils, le voici : Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie, elle est dans son Fils. Qui a le Fils a la vie (voir en 1 Jn 5, 9-13).

Deuxième point :

– Cette puissance de vie que le Christ ressuscité nous transmet aujourd’hui à travers les sacrements, et plus particulièrement dans l’eucharistie, lui permet de délier en nous les chaînes du péché pour que nous puissions aller nous aussi sur les chemins de notre vie, à la lumière du Christ et de son Esprit, annoncer la Bonne Nouvelle du salut.

Durant ce temps de carême, par nos jeûnes, nos efforts de pénitence et nos gestes de solidarité, nous avons cheminé pour aller boire à la source d’eau vive.

Creuse en nous, Seigneur, cette source pour que nous puissions accueillir dans la joie la Bonne Nouvelle de Pâques et nous joindre à la prière de cette jeune baptisée, qu’elle a prononcée le jour même de son baptême :

Que je sois bénie.

Avant c’était la nuit, mais regarde aujourd’hui : si ma famille, mes amis sourient, c’est que Dieu m’a choisie.

Le signe de la croix qu’on a tracé sur moi est comme une étoile : elle guidera mes pas.

(…) Cette eau d’éternité, source de pureté, fait que tout a changé, car je suis baptisée, enfant illuminée.

L’Esprit qui souffle en moi m’apporte cette même foi qui nous donne la joie. Nous unissons nos voix de baptisés pour toi.

Que je sois bénie CAR DIEU EST MON AMI.

AMEN.

Lectures bibliques : Ezékiel 37, 12-14; Romains 8, 8-11; Jean 11, 1-45

Homélie du 03 avril 2011

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 03 avril 2011
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers frères et sœurs dans le Christ, chers malades,

Après la solitude du désert, la beauté envoûtante des sommets. Gravir une montagne, atteindre son faîte, seuls les alpinistes savent ce que l’on peut y ressentir une fois l’effort accompli. La tension se relâche, la joie vous submerge, la fatigue aussi pointe le bout de son nez… Au sommet de la montagne, le temps est à l’émotion.

Et puis, chacun le devine : au sommet d’une montagne, l’on est plus proche de Dieu, surtout s’il s’agit, comme nous le précise l’évangile, d’une haute montagne ! De son sommet le regard embrasse l’horizon et l’homme touche quelque chose de la transcendance divine. Ce n’est pas pour rien que Dieu a choisi de souvent s’y manifester.

Quelques brefs rappels. Le sacrifice d’Abraham : sur une montagne ; la rencontre de Moïse avec ce Dieu dont il voulait tant connaître le Nom : sur une montagne ; la Transfiguration : sur une montagne. La croix ? Sur une colline, peut-être, mais le prophète Isaïe a désigné la colline de Jérusalem, pourtant peu élevée, comme le sommet des montagnes ; et c’est sur la montagne que souvent Jésus s’est retiré pour y rencontrer son Père dans la prière et la contemplation.

Nous voilà donc, en ce deuxième dimanche du carême, avec Pierre, Jacques et Jean sur la montagne. Trois apôtres – et leur chef de cordée, Jésus, quatre personnes reliées par les liens d’une amitié naissante et d’un amour déjà tout donné pour Jésus.

Et que de monde cette fois ! Dans le désert, seul le Christ et le malin dialoguaient. Duel de citations bibliques. Dont on connaît le vainqueur. Au jour de la Transfiguration, ils sont finalement six, tous habités d’Esprit-Saint, à des degrés divers bien sûr : Jésus, le maître et le guide, Pierre, Jacques et Jean, trois colonnes de l’Eglise à venir, et Moïse et Elie. La loi et les prophètes. Avec les apôtres ce sont les deux testaments qui se rassemblent, réunis par la grâce du Christ. Sur le mont de la Transfiguration, le peuple de la première Alliance contemple la réalisation des promesses faites autrefois à Abraham, Isaac et Jacob tandis que celui de la nouvelle Alliance a encore tout à apprendre. Dieu seul sait la profondeur des propos que Jésus, Moïse et Elie ont tenu dans leur entretien. Oui, sur le mont de la Transfiguration le peuple de la première alliance et celui de l’alliance nouvelle se rencontrent. Ensemble, grâce au Christ ! Que du bonheur, dont il serait bon que nous nous inspirions dans nos relations avec nos frères aînés dans la foi.

Que du bonheur ! Pierre s’en ressent et dans son enthousiasme habituel, il ne peut s’empêcher de l’exprimer : Seigneur, il est heureux que nous soyons ici. Le voilà déjà tout service : dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. Bonheur que Pierre voudrait prolonger, spectacle étonnant qu’il désire « éterniser ». D’où l’évocation des tentes. Heureusement, Pierre, une fois n’est pas coutume, fait preuve de prudence ; il ajoute : si tu le veux.

Or ce que Jésus veut, nous l’avons relevé dimanche passé, c’est que la volonté du Père se fasse sur terre comme au ciel. Et le Père, son Père et notre Père, intervient, comme au jour de son baptême. Une voix à nouveau se fait entendre : celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le.

Moïse a connu le Nom divin : Je suis qui je suis ; Elie découvrira, lui, la présence de Dieu dans le souffle ténu d’une brise légère. Et les apôtres apprendront à contempler en Jésus la parfaite image du Père, le Père prodigue de la parabole, Celui dont l’amour infini se manifeste dans un pardon sans limite, Père aux bras toujours ouverts, main féminine de la tendresse, main masculine de la protection, deux bras et deux mains qui offrent à ceux qui le cherchent un havre de paix et d’accueil.

Mais il doit en aller de Pierre, Jacques et Jean comme du Christ lui-même. Dans le désert, il a appris à patienter ; il n’a rien exigé pour lui tout de suite, Il attend tout du Père et le laisse libre de choisir les temps et les moments. Il n’est pas encore temps que les trois sachent tout du Christ. Ne parlez donc de cette vision à personne. La transfiguration à laquelle ils ont assisté leur servira plus tard. Ils s’en souviendront comme de la préfiguration d’une transfiguration plus grande encore : celle de la mort vaincue, celle de la vie qui surgit du tombeau pour l’éternité.

Et comme Abram fut convié en son temps, fort lointain, à quitter son pays, pour lui et tous les siens, pour son bonheur et le leur, les trois compagnons, couchés face contre terre tellement ils sont maintenant terrifiés – quelle grande vision ils ont vue ! sont invités à se relever : n’ayez pas peur ! Comment le pourrait-on d’ailleurs puisque Dieu n’est pas dans l’ouragan. La main qui les touche pour les relever, c’est celle de la brise légère qui murmure déjà à leurs oreilles une musique nouvelle dont ils n’ont pas encore la clé d’interprétation : la grande et bonne nouvelle du Christ ressuscité, le Messie dans sa gloire.

Jésus a souffert la faim dans le désert ; il nous faut, nous, sentir la sensation de la soif ; soif de la Bonne Nouvelle – il est heureux que nous soyons ici. Soif de la vie à jamais. Ecoutez-le. Dans cette eucharistie, laissons le Christ lui-même, et son Esprit, creuser en nous la source d’eau vive. Et toute soif sera apaisée. Amen

Lectures bibliques : Genèse 12, 1-4; 2 Timothée 1, 8-10; Matthieu 17, 1-9

Homélie du 27 mars 2011

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 27 mars 2011
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers amis, chers malades, chers frères et sœurs dans le Christ,

Au bord d’un puits. En plein midi. La chaleur, plus la fatigue de la route. Et la faim – les disciples sont allés à la ville acheter quelques nourritures… Après une longue marche, il y a de quoi rêver à une pause bienvenue. Jésus apprécie.

Mais le jeu des rencontres spontanées peut troubler un tel rêve. Voilà Jésus aux prises avec une femme de Samarie à laquelle il n’hésite pas à demander à boire. Quelle drôle d’idée a cette femme : venir au puits en pleine chaleur ! Sans doute le fait-elle pour ne rencontrer personne : avec sa réputation, on ne sait jamais ! Et quelle audace et quel souverain mépris des convenances chez Jésus. Un homme, Juif, qui s’adresse à une femme de Samarie… c’est le monde à l’envers quand on connaît le rôle respectif des hommes et des femmes à l’époque, et l’indifférence ou la haine qui marquait les relations entre Juifs et Samaritains.

Tout aurait dû les séparer, sauf peut-être le puits. Dans une région aride le puits joue un rôle capital et conditionne toute la vie du village et de la communauté. Lieu incontournable – comment vivre sans eau ? le puits donne l’occasion aux gens de se rencontrer, de discuter, de partager les soucis de la vie ordinaire, de s’inquiéter à propos des difficultés que les villageois ensemble doivent affronter… Et les rencontres y sont fréquentes puisque on y conduit aussi les animaux pour les abreuver.

Le puits? Un lieu souvent cité dans les récits bibliques qui nous rappellent que nombre de couples s’y sont rencontrés pour la première fois : c’est auprès d’un puits que le serviteur d’Abraham trouve Rébecca, la future épouse d’Isaac ; c’est là aussi que Jacob rencontre Léa et Rachel qui deviendront l’une et l’autre ses femmes et c’est encore auprès d’un puits que Moïse fait la connaissance de Cippora.

Peut-être est-ce pour cette raison que la femme est parfois comparée à un puits. La rencontre de ce jour, Jésus, une Samaritaine, auprès d’un puits, devient tout un symbole : celui de l’amour de Dieu pour tout homme, quel que soit son sexe, son origine ou sa nationalité.

Admirons en passant combien le Maître est habile. Il progresse avec la Samaritaine par cercles concentriques. De l’eau du puits il passe aux différents maris de son interlocutrice et à sa situation matrimoniale du moment, sa faille secrète, et se fait ainsi reconnaître comme prophète – il est en réalité bien plus ! Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors explique-moi… C’est maintenant au tour de la Samaritaine d’interroger Jésus sur les lieux où il faut adorer Dieu, ce qui permet à ce dernier de dessiner un cercle supplémentaire : les vrais adorateurs adoreront en esprit et vérité. Le lieu de la véritable adoration ne se situe ni à Jérusalem, ni sur le mont Garizim, mais dans la chambre secrète de notre cœur, là où Dieu est plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes.

Du puits nous avons été conduits à la source jaillissant pour la vie éternelle – creuse en toi la source ! A cette source nous avons trouvé le prophète qui nous dévoile le lieu où l’on adore en esprit et vérité : le coeur. Que nous resterait-t-il donc à découvrir ?

Simplement celui qui nous fera connaître toutes choses, le Messie, celui qu’on appelle Christ.

Jésus avait commencé par demander à la Samaritaine de lui donner à boire. Il lui révèle maintenant sa vraie nature et, par conséquent, sa mission : Moi qui te parle, je le suis (Christ et Messie), l’Emmanuel, Dieu parmi nous.

Mais nous sommes au bord d’un puits ; difficile d’y rester seuls longtemps. Les apôtres reviennent de leurs courses et bien qu’ils soient surpris de voir Jésus converser avec une Samaritaine – encore les convenances ! ils ne pipent mot. La femme en profite pour s’éclipser et retourner à la ville pour raconter à qui veut bien l’entendre l’aventure qu’elle vient de vivre. Il savait tout de moi ; ne serait-il pas le Messie ?

Détail piquant : la femme est repartie à la ville sans emporter sa cruche ! On la comprend ; ce jour-là elle vient de découvrir en son cœur la source d’eau vive : présence en elle de l’Esprit du Christ, ce Jésus qui avait soif : soif de lui annoncer la Bonne Nouvelle, soif de lui permettre de découvrir le vrai visage de Dieu.

Après son départ, c’est au tour des disciples d’être littéralement guidés vers l’essentiel. Ils proposent à leur maître de manger ; logique : ils sont allés à la ville justement pour acheter de quoi se nourrir ! Or Jésus choisit précisément ce moment pour leur parler d’une autre nourriture, qui n’est pas une simple pitance mais un aliment de vie éternelle : ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre, œuvre de salut pour l’humanité tout entière. Et c’est très précisément ce qu’il vient d’accomplir ; en initiant la Samaritaine à la vie de la foi, il a commencé à remplir sa mission. Une initiation qui ne reste pas sans lendemains puisque d’autres personnes se sont jointes à la femme. La Bonne Nouvelle féconde déjà des terres nouvelles. Et préfigure un Evangile qui sera prêché jusqu’aux extrêmités de la terre.

Ainsi donc, levons les yeux et regardons, à l’invitation du Maître, les champs qui se dorent pour la moisson, et nous saurons qui est Jésus : le Christ Messie, venu en ce monde pour accomplir l’œuvre d’amour de son Père. Découverte ou redécouverte de l’Essentiel.

Encore nous faudra-t-il accomplir un dernier pas. A l’imitation des Samaritains qui habitaient à la ville d’où la femme était sortie, nous avons à passer d’une foi reçue à une foi personnellement assumée : nous l’avons entendu par nous-mêmes et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde.

Puisse cette foi étancher notre soif de justice et nous conduire à lutter pour que partout dans le monde chaque homme, chaque femme, chaque enfant bénéficie de tout ce dont il a besoin pour vivre, nourriture, éducation, santé, affection… Tout ce que vous ferez à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous le ferez. Amen

Lectures bibliques : Exode 1, 3-7; Romains 5, 1-8; Jean 4, 5-42

Homélie du 20 mars 2011

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 20 mars 2011
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers frères et sœurs dans le Christ, chers malades,

Après la solitude du désert, la beauté envoûtante des sommets. Gravir une montagne, atteindre son faîte, seuls les alpinistes savent ce que l’on peut y ressentir une fois l’effort accompli. La tension se relâche, la joie vous submerge, la fatigue aussi pointe le bout de son nez… Au sommet de la montagne, le temps est à l’émotion.

Et puis, chacun le devine : au sommet d’une montagne, l’on est plus proche de Dieu, surtout s’il s’agit, comme nous le précise l’évangile, d’une haute montagne ! De son sommet le regard embrasse l’horizon et l’homme touche quelque chose de la transcendance divine. Ce n’est pas pour rien que Dieu a choisi de souvent s’y manifester.

Quelques brefs rappels. Le sacrifice d’Abraham : sur une montagne ; la rencontre de Moïse avec ce Dieu dont il voulait tant connaître le Nom : sur une montagne ; la Transfiguration : sur une montagne. La croix ? Sur une colline, peut-être, mais le prophète Isaïe a désigné la colline de Jérusalem, pourtant peu élevée, comme le sommet des montagnes ; et c’est sur la montagne que souvent Jésus s’est retiré pour y rencontrer son Père dans la prière et la contemplation.

Nous voilà donc, en ce deuxième dimanche du carême, avec Pierre, Jacques et Jean sur la montagne. Trois apôtres – et leur chef de cordée, Jésus, quatre personnes reliées par les liens d’une amitié naissante et d’un amour déjà tout donné pour Jésus.

Et que de monde cette fois ! Dans le désert, seul le Christ et le malin dialoguaient. Duel de citations bibliques. Dont on connaît le vainqueur. Au jour de la Transfiguration, ils sont finalement six, tous habités d’Esprit-Saint, à des degrés divers bien sûr : Jésus, le maître et le guide, Pierre, Jacques et Jean, trois colonnes de l’Eglise à venir, et Moïse et Elie. La loi et les prophètes. Avec les apôtres ce sont les deux testaments qui se rassemblent, réunis par la grâce du Christ. Sur le mont de la Transfiguration, le peuple de la première Alliance contemple la réalisation des promesses faites autrefois à Abraham, Isaac et Jacob tandis que celui de la nouvelle Alliance a encore tout à apprendre. Dieu seul sait la profondeur des propos que Jésus, Moïse et Elie ont tenu dans leur entretien. Oui, sur le mont de la Transfiguration le peuple de la première alliance et celui de l’alliance nouvelle se rencontrent. Ensemble, grâce au Christ ! Que du bonheur, dont il serait bon que nous nous inspirions dans nos relations avec nos frères aînés dans la foi.

Que du bonheur ! Pierre s’en ressent et dans son enthousiasme habituel, il ne peut s’empêcher de l’exprimer : Seigneur, il est heureux que nous soyons ici. Le voilà déjà tout service : dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. Bonheur que Pierre voudrait prolonger, spectacle étonnant qu’il désire « éterniser ». D’où l’évocation des tentes. Heureusement, Pierre, une fois n’est pas coutume, fait preuve de prudence ; il ajoute : si tu le veux.

Or ce que Jésus veut, nous l’avons relevé dimanche passé, c’est que la volonté du Père se fasse sur terre comme au ciel. Et le Père, son Père et notre Père, intervient, comme au jour de son baptême. Une voix à nouveau se fait entendre : celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le.

Moïse a connu le Nom divin : Je suis qui je suis ; Elie découvrira, lui, la présence de Dieu dans le souffle ténu d’une brise légère. Et les apôtres apprendront à contempler en Jésus la parfaite image du Père, le Père prodigue de la parabole, Celui dont l’amour infini se manifeste dans un pardon sans limite, Père aux bras toujours ouverts, main féminine de la tendresse, main masculine de la protection, deux bras et deux mains qui offrent à ceux qui le cherchent un havre de paix et d’accueil.

Mais il doit en aller de Pierre, Jacques et Jean comme du Christ lui-même. Dans le désert, il a appris à patienter ; il n’a rien exigé pour lui tout de suite, Il attend tout du Père et le laisse libre de choisir les temps et les moments. Il n’est pas encore temps que les trois sachent tout du Christ. Ne parlez donc de cette vision à personne. La transfiguration à laquelle ils ont assisté leur servira plus tard. Ils s’en souviendront comme de la préfiguration d’une transfiguration plus grande encore : celle de la mort vaincue, celle de la vie qui surgit du tombeau pour l’éternité.

Et comme Abram fut convié en son temps, fort lointain, à quitter son pays, pour lui et tous les siens, pour son bonheur et le leur, les trois compagnons, couchés face contre terre tellement ils sont maintenant terrifiés – quelle grande vision ils ont vue ! sont invités à se relever : n’ayez pas peur ! Comment le pourrait-on d’ailleurs puisque Dieu n’est pas dans l’ouragan. La main qui les touche pour les relever, c’est celle de la brise légère qui murmure déjà à leurs oreilles une musique nouvelle dont ils n’ont pas encore la clé d’interprétation : la grande et bonne nouvelle du Christ ressuscité, le Messie dans sa gloire.

Jésus a souffert la faim dans le désert ; il nous faut, nous, sentir la sensation de la soif ; soif de la Bonne Nouvelle – il est heureux que nous soyons ici. Soif de la vie à jamais. Ecoutez-le. Dans cette eucharistie, laissons le Christ lui-même, et son Esprit, creuser en nous la source d’eau vive. Et toute soif sera apaisée. Amen»

Bernard de Chastonay, genèse

Lectures bibliques : Genèse 12, 1-4; 2 Timothée 1, 8-10; Matthieu 17, 1-9

Homélie du 20 mars 2011

Prédicateur : Jean-Claude Huot, pasteur Jacques Bakulu, pasteur Luc Ramoni
Date : 20 mars 2011
Lieu : Eglise Saint-Maurice, Ursy
Type : tv

Messages prononcés au cours de la célébration

Jean-Claude Huot

Délégué pour la campagne œcuménique de Carême

L’Afrique est présente en Suisse. Les migrations et les voyages nous donnent la joie de rencontrer des frères et des sœurs d’Afrique. Nous savons aussi que les premiers hommes de notre espèce sont probablement venus d’Afrique il y a 100’000 ans. Nous savons encore que le Cervin fait partie de la plaque continentale africaine.

Mais savons-nous que l’Afrique est là aussi dans ce téléphone portable que nous avons tous dans nos poches et nos sacs ? Il y a dans ce petit appareil du coltan, un minerai qui vient en grande partie de l’Est de la République démocratique du Congo, au cœur du continent africain.

Et ce continent est riche de quantité de minerais que nous utilisons tous les jours : le cuivre, l’or ou le platine. Le pétrole aussi, sur les côtes. L’Afrique est présente, elle fait notre richesse. Pourtant sa population est pauvre. Elle souffre de la faim. Et c’est inacceptable.

C’est pourquoi les trois organisations qui animent depuis 41 ans la campagne œcuménique, Pain pour le Prochain, Action de Carême et Etre Partenaires ont intitulé la campagne du carême 2011 : « Extraction minière, un business indigeste ! » Il importe d’entendre la voix de nos sœurs et de nos frères d’Afrique qui nous disent : « ça suffit ! Aidez-nous à construire une économie et des sociétés où nous pouvons tous vivre dans ».

Le pasteur Jacques di Mapianda Bakulu est l’hôte de la campagne œcuménique. Il commence aujourd’hui à Ursy sa tournée en Suisse romande. Comme coordinateur du CEPECO – Centre pour la promotion et l’éducation des communautés de base -, une organisation soutenue par Action de Carême, il forme des animateurs et appuie des associations paysannes. Il nous dira la réalité d’une population qui fait face aux puits de pétrole près des côtes de Boma à l’Ouest du Congo. Il nous dira aussi, comme Job, la recherche de la sagesse qui anime les communautés chrétiennes qu’il accompagne.

Premier message du pasteur Jacques Bakulu

Après la lecture du livre de Job « La terre fut ravagée en ses entrailles » (28,5)

Le peuple congolais vit dans une misère sans précédent. A tel point qu’il préfère la période coloniale. Parce que je peux vous assurer qu’aujourd’hui le Congolais naît pauvre, grandit pauvre, vit pauvre, meurt pauvre, enterré pauvre dans un sous-sol riche…

Je vous parle maintenant de ma province du Bas-Congo à l’ouest de la RDC à l’embouchure du fleuve. C’est une province pétrolière. Elle est aussi la deuxième province minière du Congo après le Katanga. L’exploitation pétrolière a commencé en 1967 et elle dure jusqu’à ce jour. Plusieurs entreprises anglo-saxonnes, belges ou françaises sont passées au Bas Congo. Elles ont exploité le pétrole, mais elles n’ont pas aidé les congolais de cette province. Elles ont apporté la misère, la pollution, les maladies respiratoires et la sécheresse, bref une destruction totale de l’environnement . On a vu les poissons empoisonnés et des rivières entières sont devenues impropres à la consommation.

La cité côtière de Moanda est le siège de l’exploitation pétrolière au Congo. Mais c’est la ville côtière de l’Atlantique la plus sous-développée de tout l’Océan.

Les approches traditionnelles du développement, en Afrique comme ailleurs, ont insisté sur le rôle des ressources naturelles dans la promotion du bien-être économique et social de chaque

peuple. Mais dans les faits, dans mon pays, l’exploitation des ressources naturelles a encouragé un déficit démocratique, la corruption, et parfois des guerres civiles. Le résultat est que ma province fait partie des régions pétrolières les plus pauvres du monde. Dans le classement du Programme des Nations Unies pour le développement la RDC est classée avant dernière sur l’échelle du développement humain.

Notez bien que la gestion des revenus de ces ressources repose plus sur une logique de production que sur une logique de répartition. On produit, mais on ne répartit pas. La population est simplement oubliée. Ce qui crée des frustrations.

Pourtant les minerais sont là, mais ils sont le plus souvent exploités artisanalement par exemple l’or et les diamants.

C’est donc avec la main, et parfois même la main nue, qu’on extrait ces matières du sol, et cela en quantités très faibles.

La misère et le sous-développement des côtes entières est constaté. Elles sont polluées.

Dans d’autres pays du monde la pollution est compensée, par exemple dans le golfe du Mexique. Mais chez nous les entreprises ne réparent pas les dégâts. Elles dégradent l’eau qui était utilisée par la population. Et ensuite elles construisent quelques fontaines, mais cela ne compense pas.

Le résultat est que la vie est plus compliquée qu’avant.

Même sur le plan social, on remarque des problèmes.

Par exemple les ouvriers congolais qui travaillent dans le pétrole sont 5 fois moins payés que dans l’enclave voisine de Cabinda qui est une province angolaise.

Voilà en quelques minutes ce que je peux vous dire sur la réalité de mon pays en écho avec les ravages de la terre qu’évoque le livre de Job que nous venons de lire.

2e message du pasteur Bakulu

Livre de Job : « Dieu a dit à l’homme : le respect du Seigneur, voilà la sagesse. S’écarter du mal, c’est l’intelligence »

Toute la vie du Congolais, dépend de la grâce de Dieu. Le Congolais vit au jour le jour, sans provision, ni budget. Quand les Saintes Ecritures disent que chaque jour suffit sa peine et l’oiseau ne sème pas mais il mange, c’est vraiment ça la vie du Congolais

C’est pour cette raison que nos communautés locales s’organisent et se prennent en charge car elles sont responsables de leur propre sort.

Et, pour qu’elles arrivent à se prendre en charge, le CEPECO les aide à s’organiser en association. Il les aide à créer des petites caisses mutuelles pour s’aider les uns et les autres. Avec cet argent, les communautés arrivent même à créer des pharmacies locales, des petits dispensaires.

Nous les encourageons aussi à connaître leurs droits. Le CEPECO pousse également les entreprises à assumer leur responsabilité sociale. Elles doivent savoir qu’elles ne viennent pas seulement pour exploiter. Elles doivent comprendre qu’elles ont un rôle à jouer pour le développement des communautés locales et fournir du travail aux habitants.

Le CEPECO agit aussi au niveau de l’Etat. Il intervient auprès des assemblées provinciales ou nationale pour inciter les autorités publiques à rédiger des lois et des édits qui prennent en compte les besoins des communautés. Par exemple nous avons influencé l’élaboration de la loi sur les hydrocarbures. Cette loi fixe un partage équitable entre l’Etat et l’entreprise : moitié moitié. Nous avons aussi participé à l’élaboration de la loi sur les forêts communautaires. Elle permet aux communautés de demander des forêts à l’Etat.

Nous déployons un plaidoyer à tous les niveaux, même au niveau international. Nous encourageons les communautés à s’intéresser à la gouvernance locale, à prendre conscience qu’il est important d’élire des députés et de suivre leur travail.

L’Eglise a la même mission de veiller à la prise de conscience des communautés et de soutenir leur foi. Elle a la mission de les encourager à se prendre en charge et à vivre dans la confiance. Mais en même temps elle stimule le goût du travail car c’est en travaillant que les communautés peuvent se développer. C’est aussi à ce niveau que la mission de l’Eglise et le travail des ONG se rencontrent se renforcent mutuellement.

Nos communautés vivent par la foi, sans savoir ce qu’on mangera demain mais avec la prise en charge personnelle que nous prônons, la méthode non-assistentielle ainsi que la création des caisses communes, elles arrivent à survivre et subvenir à leurs besoins. Et tout ce travail que nous faisons depuis des décennies est rendu possible, entre autres, grâce à l’appui des chrétiens de Suisse que vous êtes.

Message du pasteur Luc Ramoni

En introduction à l’Evangile : « N’amassez pas de trésors sur la terre… » (Mt 6, 19-21)

Je suis impressionné par le témoignage du pasteur Bakulu, mais peut-être encore plus par l’évocation du soutien que les communautés chrétiennes locales apportent à ces populations … je suis impressionné par leur confiance en l’avenir, malgré le terrible manque de moyens dont ils disposent … je suis impressionné par leur confiance en Dieu !

Et nous ? Nous qui sommes dans un pays riche, nous qui profitons au moins en partie des richesses de ces pays à l’autre bout du monde, quelle foi avons-nous en l’avenir ? Quelle foi accordons-nous à Dieu ? La question n’est pas seulement de savoir à quel point nous sommes, nous en Suisse et en Europe, responsables de l’exploitation de ces populations d’Afrique ou d’Amérique … mais au-delà de ça, quelles actions nos communautés chrétiennes d’ici engagent-t-elles pour la défense de celles et ceux qui sont exploités chez nous ?

Bien sûr, nous ne souffrons pas de la faim d’une manière aussi aiguë que nos frères africains … bien sûr nous ne manquons ni d’eau, ni d’électricité, comme bien des habitants des pays en voie de développement, mais aussi ces temps comme un grand nombre de japonais que nous gardons dans nos prières, bien sûr nous avons mis en place des systèmes sociaux grâce auxquels nous pouvons subvenir aux besoins de celles et ceux qui, chez nous, n’ont plus de travail, tombent malade ou perdent leur maison … mais ensuite ? Que faisons-nous ? Que faisons-nous ici lorsque des producteurs finissent par devoir vendre à perte le fruit de leur travail ? Que faisons-nous lorsque des entreprises qui dégagent des bénéfices continuent de licencier du personnel, heureuses qu’elles sont de voir qu’avec moins de monde on abat toujours autant de travail … ? Que faisons-nous lorsque même nos paroisses voient leurs frontières s’élargir et leur personnel diminuer ?

N’avons-nous pas, encore plus, la tentation de préserver ce que nous considérons comme notre patrimoine ? N’avons-nous pas la tentation de nous replier sur des valeurs sûres: sur nos avoirs? Pouvons-nous vraiment faire confiance à demain et nous en remettre à Dieu, qui a déjà pourvu, qui pourvoit et qui pourvoira ?

Oui, le repli sur ses propres forces est une tentation. Je pense même que c’est une tentation bien naturelle et je ne jetterai évidemment pas la pierre … mais si nous regardons un peu le monde, nous savons que vouloir s’assurer contre l’incertitude de l’avenir en accumulant des biens n’est pas une assurance infaillible ; nous savons que les technologies les plus évoluées ne peuvent pas résister aux forces de la nature !

Dès lors il est bien compréhensible que certains préfèrent restreindre leur train de vie et recentrer leurs activités sur des domaines qui leur sont plus précieux : sur la famille, sur une certaine qualité de vie … certains préfèrent laisser en circulation des biens qui ne leur sont pas absolument indispensables, parce que les posséder pour eux seuls risquerait d’en priver quelqu’un qui en a plus besoin que soi … peut-être que ce sont finalement ces gens-là qui ont compris l’évangile, ou en tout cas un certain idéal du partage ?»

Lectures bibliques : Job 28, 5; Matthieu 6, 19-21

Homélie du 13 mars 2011

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 13 mars 2011
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers malades, chers frères et sœurs dans le Christ.

Quel contraste !

Il sillonnait il y a peu les berges du Jourdain. Une eau abondante et cristalline coulait dans le lit du fleuve. Des bosquets d’arbres offraient un peu de fraicheur bienvenue aux voyageurs. L’herbe grasse colorait d’espérance le paysage et les fleurs chantaient leurs parfums.

L’eau, c’est la vie. Le baptême aussi. Creuse en toi la source.

Une colombe ce jour-là l’avait survolé – l’Esprit-Saint, tandis qu’une voix se faisait entendre : Celui-ci est mon fils bien-aimé ; il a toute ma faveur.

Saisissant contraste !

Le voilà aujourd’hui, conduit par ce même Esprit, dans le désert. Nudité du paysage, couleurs ternes de la pierre et du sable, quelques arbustes épineux et rabougris, l’eau ne chante plus sa musique, ni les fleurs leurs odeurs. Seul le bruit du vent vous rappelle à la vie.

Il est donc là, dans le désert, depuis quarante jours, jeûnant tout ce temps. Et Jésus, soudain, a faim. Rien que de très normal. Mais la faim, c’est un désir à assouvir, et le désir le creuset de la tentation. Le malin l’a bien compris qui se présente à ce moment précis.

Creuse en toi la source, mais la source d’eau vive. Nous sommes nous aussi invités à rejoindre Jésus au désert du carême, temps de conversion, de pénitence, de renoncement, pour que nous ayons faim des Paroles de la Vie… donc temps de recentrement et de silence pour entendre cette voix qui vient du ciel : toi aussi, tu es mon fils, toi aussi tu es ma fille, vous aussi, vous avez toute ma faveur.

Creuse en toi la source. Puissent les Paroles de vie que nous proclamons dans l’Evangile creuser aussi en nous le désir de rejoindre par le partage et une pratique plus grande de la justice ceux qui creusent les mines pour en faire surgir les métaux rares et précieux dont sont fabriqués tous nos modernes appareils de communication : ordinateurs, téléphones portables et autres I Phone, I Pad ou I Pod !… Mais revenons au désert.

A sa sécheresse et à son silence ; le désert : quel lieu admirable pour entendre cet extraordinaire dialogue entre le Christ et l’adversaire. Au jardin d’Eden, les arbres présentaient au couple primordial la luxuriance de leurs fruits abondants. Et c’est par la suggestion et le mensonge que l’adversaire, déjà, construisait son œuvre de destruction. Vous serez comme des dieux.

Aujourd’hui, plus de jardin, d’arbres ni de fruits, seulement la faim. Mais la méthode du malin ne change pas. Change-t-on d’ailleurs une méthode qui gagne ? Toujours la suggestion… Si tu es le Fils de Dieu… Et le voilà qui présente à Jésus la somme des illusions humaines, sable mouvant sur lequel il lui propose de bâtir sa vie : mirages de la puissance, de la richesse, du pouvoir.

Si tu es le Fils de Dieu… Quelle ruse ! Le malin par deux fois instille un doute négatif – l’es-tu vraiment fils de Dieu ? comme pour mieux amener celui dont il veut faire sa plus belle victime à la capitulation suprême : prosterne-toi devant moi, et tout cela, tu l’auras.

Mais voilà, si Jésus a faim, faim corporelle, physique, biologique, il est tenaillé, heureusement pour nous ! par une faim plus profonde, plus fondamentale, une faim vitale : il a faim de la volonté de son Père, volonté d’amour et de salut pour l’humanité tout entière. Plus tard, il dira, dans les larmes et le sang, dans des larmes de sang : Père, s’il t’est possible, éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ma volonté, mais LA TIENNE. Oui, creuse en toi la source et trouve, comme le Christ, l’eau de la Vie : que Ta volonté se fasse sur la terre comme aux cieux.

Ne devrions-nous donc pas prendre conscience des drames qui se jouent au fond des mines d’où sont extraites tant de richesses minérales ? Les concessions pour leur extraction sont attribuées à de puissantes entreprises européennes, américaines ou chinoises qui se dépêchent de rapatrier le plus gros de leurs bénéfices dans leurs sièges principaux, et ceci grâce aux interdépendances des circuits financiers internationaux et à des cadres législatifs manifestement insuffisants pour protéger les droits des travailleurs et des populations autochtones. Il n’y a pas que le malin qui manque de transparence !

Fort heureusement tout ce que l’adversaire a promis à Jésus, tout ce que Jésus rejette, citations des Ecritures contre citations, citations détournées du malin contre citations recadrées du Fils du Père, tout ce que le malin a fait miroiter aux yeux de Jésus, Jésus l’obtiendra de son Père : il multipliera de par ses mains les pains, nourrissant ainsi cinq mille personnes, sans compter les femmes et les enfants, il surgira à la vie le troisième jour, au matin de Pâques et au jour de son Ascension il obtiendra tout pouvoir au ciel et sur la terre.

Creuse en toi la source ! Mais prends ton temps ; tu as la vie devant toi. Ne creuse pas dans l’agitation fébrile et le désir de boire à la source avant même d’avoir commencé à creuser. Jésus te sert d’exemple : il a faim, mais ne change pas les pierres en pain. Jésus refuse d’obtenir tout et tout de suite, par la force d’une puissance mal dirigée… Il patiente, dans une sereine confiance, sachant qu’à la source d’eau vive, il y le Père, et que le Père lui donnera tout, même si pour cela il lui faudra suivre la voie douloureuse, commencée au jeûne prolongé dans le désert, poursuivie au chemin de la croix, qui le conduira à la mort sur le bois avant de vivre à jamais la vie du Messie ressuscité et glorieux.

Creuse en toi la source ! Même s’il te faut pour un temps creuser au désert de ta vie. Le Père lui-même transformera ton désert en prairie luxuriante. Et surtout n’oublie pas, toi, mineur d’un genre nouveau, mineur en plein carême à la recherche de l’eau vive : avant même de songer à partager – ce qui est bien ! travaille dans ton propre pays pour que partout s’établisse plus de justice dans l’utilisation des richesses naturelles et la répartition des biens.

Alors seulement fleurira un nouvel Eden, la source d’eau vive qui coule pour tous changera les déserts en jardins, et la parfaite justice accomplie en Jésus-Christ transformera l’humanité tout entière.

Et voici que des anges s’approchèrent de lui et ils le servaient.»

Lectures bibliques : Genèse 2, 7-9; 3- 1-7; Romains 5, 12-19; Matthieu 4, 1-11

Homélie du 06 mars 2011

Prédicateur : Chanoine Michel de Kergariou
Date : 06 mars 2011
Lieu : Eglise N.-D. de l’Immaculée Conception, Leysin
Type : radio

Journée des malades

Notre église de Leysin, dont nous célébrons cette année le 100e anniversaire, est dédiée à la Vierge Marie Immaculée Conception, toute pure dès sa naissance, accueillante à l’appel du Père, transparente à l’Amour de son Fils. C’est sous ce vocable qu’elle s’est révélée à l’enfant de Massabielle, Bernadette Soubirous, à Lourdes.

Ainsi donc, aujourd’hui, je suis vraiment heureux et quelque peu ému de m’adresser à vous, chers malades, depuis cette église de Leysin. Marie, l’Immaculée Conception, Lourdes, tout nous oriente vers vous depuis ce lieu centenaire. Ses murs, s’ils pouvaient parler, exprimeraient tant de prières, de supplications, de révolte légitime aussi, mêlées de sentiments d’espérance et d’abandon spirituel dans la souffrance de la maladie : « Seigneur, si tu le veux tu peux me guérir » ; « Seigneur, que ta volonté soit faite et non la mienne »

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus dit en effet : « il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux». Ces paroles de Jésus ne sont pas si facilement acceptables… Serait-ce « la volonté du Père ma maladie ? » Oh ! Que NON !

Par ses paroles, ses attentions, ses miracles, les malades n’ont-ils pas été les privilégiés de Jésus ? Et lui-même ne juge-t-il pas ses disciples sur ce constat : « J’étais malade et vous m’avez visité » ou au contraire « vous n’êtes pas venus me voir ».

Dans sa lettre pour la journée des malades publiée au nom de la conférence épiscopale, Mgr Roduit, Abbé de l’Abbaye de St-Maurice, rappelle cet élément du jugement dernier au chapitre 25 de Matthieu. « Jésus s’identifie au malade, comme il l’a fait pour le pauvre affamé ou assoiffé, le prisonnier ou l’étranger. » écrit-il. Oui, Jésus est venu dans le monde en s’identifiant depuis la crèche, à tous les déshérités du monde, pour partager leurs souffrances, les soulager par sa présence et son amour, donner les signes de restauration de la Vie par sa Résurrection.

La maladie n’est pas seulement physique. Elle est reconnue souvent psychique et spirituelle.

« Corps, cœur et esprit » nous rappelle Mgr Roduit, « c’est tout l’être qui a besoin de santé ». On parle ainsi facilement de maladie psychosomatique quand la souffrance psychologique et les peines de cœur se répercutent sur la santé du corps. Et de reconnaître que pour soigner un membre ou une partie du corps, on se rend attentif aujourd’hui de plus en plus à la réalité affective, voire spirituelle, du patient. Aussi, malgré la surcharge actuelle de travail, nous remercions et encourageons les soignants, quel que soit leur niveau de soins, à porter leur attention à tout l’humain, et consacrer un minimum de temps avec le patient, délicatement, sans s’immiscer dans sa vie privée au-delà de ce que lui permet son désir, souvent très fort, de communiquer.

Allons plus loin : L’humain est aussi social.

Combien de souffrance et de maladie dont le déséquilibre économique, politique et social est responsable ! Combien de malades de la faim, de la sous-alimentation ou de la malnutrition à cause de l’exploitation économique. Combien d’artistes, littéraires, penseurs et même chercheurs réprimés par des dictatures idéologiques, politiques ou religieuses.

Ces souffrants manquent cruellement de médecins qui ne sauraient être que ceux qui détiennent les responsabilités de la gouvernance des nations. Il semble au contraire qu’à ce niveau les patients ne doivent compter que sur eux-mêmes, se soigner eux-mêmes. Ecoutons le cri qui s’élève de tant de pays aujourd’hui de la part de ceux qui souffrent et sont malades de manque de reconnaissance et de respect de leur dignité d’hommes et de femmes. Dignité bafouée qui n’est pas seulement le fait de tyrans sans conscience, mais aussi, et davantage encore, le produit d’un libéralisme sans contrôle, d’un appât du gain, qui profite de ces mêmes gouvernements pour puiser dans les richesses de leurs pays.

A combien de peuples, aujourd’hui, ne sommes-nous pas portés à penser en cette « journée des malades ». Et aucun peuple n’est épargné, ne serait-ce qu’en une partie de sa population.

Depuis les premières pages de la Bible, c’est la même présence de Dieu exprimée à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple, … je l’ai entendu crier … oui, je connais ses souffrances … je suis descendu pour le libérer».

Et c’est Jésus qui nous le démontre et nous dit « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

Depuis la découverte de la pénicilline, la cité de Leysin et son Eglise ne sont plus affectées par la santé physique comme au temps de la tuberculose.

Les écoles internationales ont transformé en s’y installant les sanatoriums d’autrefois. A surgi alors à Leysin une nouvelle action de guérison : dans le domaine de la vie ensemble, de la relation à l’autre, de l’écoute et du respect, voire de l’enrichissement mutuel : en un mot LA PAIX.

Sur un mur de la nef de l’église centenaire va être fixée une grande toile faite de multiples tissus et objets provenant des 5 continents, grâce aux étudiants. Au centre un point lumineux irradie, tel un esprit nouveau, sur ces pièces éparses et diverses pour les unir entre elles par un fil invisible et constituer une unité harmonieuse et paisible.

Un appel vibrant, une annonce confiante dans une représentation prophétique d’un monde nouveau animé d’un esprit et d’un cœur nouveaux comme le dit le prophète Ezéchiel.

Un vœu de guérison pour le monde.

Que notre cœur aujourd’hui se fasse sensible à toutes ces souffrances et ces luttes pour en soutenir les acteurs.

Pour vous les malades, quelle que soit votre souffrance, physique, psychique, spirituelle ou sociale, confiance et persévérance dans l’épreuve. Le Christ est à vos côtés pour la Vie. AMEN

Lectures bibliques : Deutéronome 11, 18-28; Romains 3, 21-28; Matthieu 7, 21-27

Homélie du 27 février 2011

Prédicateur : Chanoine Michel-Ambroise Rey
Date : 27 février 2011
Lieu : Eglise N.-D. de l’Immaculée Conception, Leysin
Type : radio

Dear God, bless our two daughters studying in Swiss Hotel Management School ! Mary and Thomas from Malaysia

traduction : Mon Dieu, bénis nos deux filles qui étudient à l’école hôtelière de Leysin

I am not a religious, but I pray for my gandma who is very sick. Ly from Honk Kong

traduction : Je ne suis pas religieuse, mais je prie pour ma grand-mère qui est très malade.

Cara Madonina, Aiútami a trovarmi bene nella nuova scuola, Eleonora da Italia

traduction : Bienheureuse Vierge Marie, aide-moi à me sentir bien dans cette nouvelle école. Eleonora d’Italie

Una linda experiencia de participacion y presencia de todos los pueblos ! Manuel de Perú

Traduction : une belle expérience de participation et de présence de tous les peuples ! Manuel du Pérou

Jésus tu es mon berger, je m’abandonne à toi ! Sophie de Leysin

Wunderbare Kirche ! Vielen Dank : Helen und Leo aus Zürich-Affoltern

Heureux de visiter l’église dans laquelle j’étais tous les dimanches en 1955 et 1956 pour me soigner. Jean-Marc de Belgique

Ces quelques phrases, chers malades, chers frères et sœurs, chers auditeurs, sont tirées du livre d’or de notre église de Leysin qui fête cette année ses cent ans d’existence.

Comme vous pourriez le voir dans ce magnifique livre qui a été porté en procession au début de cette eucharistie, il y a une quantité de témoignages, de remerciements, de demandes, de supplications, de reconnaissances à l’égard de Notre Seigneur et de sa sainte Mère. Ils sont écrits dans des langues connues et inconnues et reflètent la vie internationale de notre communauté paroissiale et de notre cité dans laquelle 112 nationalités se côtoient.

Une église en pierres naturelles comme celle-ci est et restera toujours ce lieu béni dans lequel nous venons chercher la paix, la consolation, la force, le courage et le pardon; un lieu où nous entendons les paroles de l’évangile d’aujourd’hui : « ne vous faites pas tant de souci pour votre vie au sujet de la nourriture, ni pour votre corps au sujet des vêtements ! Dieu sait ce dont vous en avez besoin ».

Une chapelle de glace comme celle dont vous avez probablement entendu parler par les journaux et vu à la télévision, est par contre éphémère; elle disparaîtra avec l’arrivée du printemps comme je souhaite que fondront les problèmes et les peines que chacun de nous avons confié au Seigneur dans ce lieu de prières au milieu des activités ludiques du Leysin touristique.

Dans cette demeure centenaire retentit constamment la Parole du Seigneur transmise par le prophète Isaïe dans la première lecture : « Jérusalem disait : le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée ».

Jérusalem, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous lorsque nous sommes dépités par les aléas de la vie, les contretemps, les déceptions et la voix du Seigneur Tout-Puissant est celle de Notre Père céleste qui prend soin des oiseaux du ciel et qui fait pousser les lis des champs, c’est Notre Père Céleste qui nous aime bien plus que cette herbe des champs qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, qui nous répète inlassablement : « ne vous faites pas tant de souci pour votre vie »

L’Eglise est ce lieu de communion entre les hommes et le Seigneur notre Dieu où nous pouvons nous requinquer, nous qui sommes des hommes de peu de foi, où le peuple de Dieu a besoin de trouver de multiples secours pour sa traversée d’ici-bas.

C’est la raison pour laquelle, il y a cent ans dans ce hameau minuscule qu’était alors Feydey, des hommes de foi ont désiré mettre à disposition des malades touchés dans leur santé, qui avaient dû quitter leurs foyers, leurs familles, leurs patries, cette grande et splendide église comprenant ainsi le message de l’évangile de ce jour : chercher d’abord le Royaume des cieux et sa justice et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché.

Ce qu’ils ont fait à cette époque, sans aucun moyen financier, avec une foi à transporter les montagnes, est tout à fait remarquable et admirable : ici tout homme et toute femme, quelle que fut la situation morale, sociale, politique ou économique dans laquelle ils se débattaient, trouveraient un refuge, un espoir, un réconfort et la guérison du cœur et du corps !

Les caisses-maladie feraient bien de s’en souvenir, elles qui n’ont, hélas, souvent plus qu’une perspective terre-à-terre du patient. Elles oublient cette dimension spirituelle tout à fait primordiale. Ces caisses-maladie qui multiplient leurs efforts pour recruter de nouveaux membres feraient bien de regarder vers Leysin et apprendre de l’histoire du Leysin médical combien l’apport et la présence des églises chrétiennes ont été vitaux pour faciliter la guérison de milliers de malades atteints de tuberculose.

Car, que nous le voulions ou non, tout dépend d’abord du spirituel, d’une confiance inébranlable en notre Père céleste qui prend soin des oiseaux du ciel et qui fait pousser les lis des champs. Notre Père céleste qui s’occupe encore bien davantage de chacun d’entre nous !

Lectures bibliques : Isaïe 49, 14-15; 1 Corinthiens 4, 1-5; Matthieu 6, 24-34

Homélie du 20 février 2011

Prédicateur : Père Jean-Marie Lussi
Date : 20 février 2011
Lieu : Abbaye d’Hauterive, Posieux
Type : radio

N’est-il pas naturel de se défendre quand on est attaqué ? N’est-il pas naturel de détester ceux qui nous font du mal ? Mais Jésus vient révéler une morale nouvelle, qui surpasse nos manières habituelles d’agir. Les hommes, dit Jésus, peuvent vivre entre eux la solidarité, qui n’est pas mauvaise mais qui est insuffisante quand elle ne dépasse pas les affinités naturelles.

Dans la suite du Sermon sur la montagne, Jésus oppose à nouveau des affirmations anciennes à ses propres paroles : « Vous avez appris qu’il a été dit… eh bien moi je vous dis… ». Ses interlocuteurs ne sont plus confrontés seulement à une trace écrite. Les voici en face de la parole vive, celle qui ne reste pas sans effet. Deux versets sont très éclairants : « … afin d’être vraiment les fils de votre père qui est dans les cieux » et « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Ces deux mentions de « votre » Père nous disent clairement la visée de l’œuvre que Jésus est en train d’accomplir et donc celle de sa parole : engendrer des fils, images, comme lui, du Père invisible. Le propos du Sermon sur la montagne n’est pas d’améliorer les hommes. Jésus tente de révéler à ceux qui l’écoutent leur condition filiale. Il met en chemin un être nouveau qui leur est encore inconnu : la condition de fils et de fils ensemble : « vous ». Fils et donc frères. Consentir à cette condition ne va pas sans consentement à une mort : nous sommes en transformation constante pour accéder avec Jésus et par lui à un autre état : celui de membre du corps unique du Christ. A cause de cela, ce que Jésus énonce semble loin de ce qui est généralement admis et peut paraître absurde à certains. Comment entendre ce discours qui prépare ses auditeurs à un avenir inconnu ?

Chacune des affirmations suivantes met en tension le commandement ancien et la parole nouvelle et actuelle de Jésus. « Œil pour œil dent pour dent » : dire cela, c’est vouloir laver un affront en rendant une punition équivalente. C’est appliquer un principe d’équité parfaite, nécessaire dans la loi et aussi psychiquement pour chacun d’entre nous : il importe, en effet, que personne ne soit déprécié en étant livré au caprice de l’autre. Aucun ne vaut plus que l’autre. Il n’en est pas un qu’on puisse blesser, outrager, tuer impunément.

Mais Jésus fait appel à une autre mesure. L’amour est toujours en jeu dans la relation à l’ennemi. Jésus ne nous ordonne pas de ne pas avoir d’ennemi. Aimer ses ennemis n’est moralement pas exigible. Jésus nous appelle à accéder à un autre état que nous ne connaissons pas encore : «fils de votre Père ». Il s’agit d’être fils à la façon dont Jésus en parle et d’agir comme le Père.

Il ne nous est pas demandé d’aimer sentimentalement. Il s’agit d’un amour tel que Jésus l’a pratiqué, accueillant la vie. Et pour ce qui concerne plus particulièrement les ennemis, nous sommes un peu éclairés : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes ». Le soleil et la pluie, la chaleur et l’eau, la lumière, c’est la vie. La vie est donnée aux hommes indépendamment de toute attitude morale de leur part. Même ennemi, l’autre est frère dans la nouveauté du royaume de Dieu et du corps à venir. Voici la direction à prendre.

Il s’agit d’une ultime limite : si le Père donne autant pour les bons que pour les méchants, c’est que nos limites, celles que l’on apprend des lois et du monde ne s’imposent pas à lui. Les paroles de Jésus ne constituent pas une nouvelle norme, elles engendrent à une nouvelle vie.

« Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait… ». Il faut probablement entrer dans la logique de l’Esprit Saint pour espérer comprendre quelque chose d’une pareille invitation !

Que vienne ce souffle de l’Esprit Saint, que vienne ce souffle nouveau sur notre monde et dans notre coeur.

Lectures bibliques : Lévitique 19, 1-2, 17-18; 1 Corinthiens 3, 16-23; Matthieu 5, 38-48