Homélie du 3 janvier 2021 (Mt 2, 1-12)

Abbé Laurent Ndambi – Café du Col de Torrent, Villaz (VS)

« Rencontrer le Christ, procure de la joie »

La crise de la pandémie de coronavirus, nos eucharisties et fêtes de fin d’année qui n’ont pas été célébrées comme nous les faisons habituellement, le message du Pape François au monde le 1er janvier courant, la transmission dominicale des célébrations eucharistiques par les médias, la crèche de Noël avec ses bergers, et ses rois mages autour de Marie et Joseph, et de l’enfant Jésus, … C’est avec tout cela en tête que j’accueille avec vous une des paroles de l’évangile de ce jour : « Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils lui ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe » !

J’aime aussi réentendre le prophète Isaïe évoquant dans la première lecture la rencontre joyeuse de Jérusalem avec les nations, et l’apôtre Paul nous partageant (dans la deuxième lecture) son expérience d’avoir reçu la grâce que Dieu lui a donné : par révélation, dit-il, il m’a fait connaître le mystère. Mais qu’est-ce que cela veut dire pour nous en cette solennité de la fête de l’Epiphanie et dans le monde qui est le nôtre ? Je vous partage trois réflexions.

Faire plus ou être plus

Les mages nous invitent non pas à faire plus, mais à être plus. L’homme d’aujourd’hui est quelque fois très fatigué dans sa recherche et sa pratique de sa foi. Il se laisse happer par son désir de faire plus ; il tombe dans l’agitation, dans la crispation, dans la fébrilité, car il ne parvient plus à maîtriser une série de réalités. Cela est vrai dans la vie courante. Cela est également vrai dans l’animation des communautés.

Les cascades de changements que nous subissons dans la vie moderne et dans la vie de l’Eglise, produisent une certaine fatigue intérieure. Le monde parle continuellement de restructurations, l’Eglise parle de reconfiguration du paysage pastoral. Comme homme et comme chrétien, nous vivons une accélération de l’Histoire qui nous oblige à réinventer notre agir et notre être devant la vie. Plus que jamais, le disciple de Jésus doit se laisser guider, renouveler, transfigurer et repartir par un autre chemin comme les mages après avoir rencontré joyeusement le Christ. C’est l’heure de la recherche sans cesse de Dieu, et je dirai du ré-enfantement de notre foi en Dieu, de l’adoration, de la conversion, de l’offrande de notre être à Celui qui est venue faire cause commune avec nous. Laissons-nous porter par le pouvoir de notre rencontre joyeuse avec lui, et cette dernière s’oppose aux tendances de la haine d’Hérode et à ses actions : rivalités, jalousies, emportements, intrigues, divisions, meurtre et autres choses du même genre. Préoccupons-nous, grâce aux fruits de notre rencontre avec le Christ, de nourrir notre relation avec lui et d’en être ses témoins en travaillant nos liens avec lui, et entre nous, en lui offrant ce que nous sommes et en lui avouant aussi nos limites et nos pauvretés.

Universalité et proximité, ouverture et identité

Pensons un peu aux événements sportifs entre les nations. Ces événements ont une portée universelle et en même temps les sportifs, leurs supporters et nos journalistes aiment exprimer fortement leur identité nationale.

Depuis la nuit de Noël, la bonne nouvelle de la naissance du Christ a été annoncée aux bergers par l’ange du Seigneur comme une grande joie pour tous les peuples. A la solennité de la sainte famille, Syméon comblé de joie, a vu le Christ comme étant le salut préparé à la face des peuples, et une lumière qui se révèle aux nations. En cette fête de l’Epiphanie, Saint Paul évoque le mystère incarné par la Christ, et selon lequel toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ, par l’annonce de l’évangile.

Depuis cette naissance du Christ à Bethléem, la visite des mages guidés par une étoile nous rend attentifs aux horizons lointains de l’accueil de cette naissance aussi bien qu’aux réalités toutes proches. La Bonne Nouvelle de la naissance a été annoncée par les anges aux berges, mais les mages venus d’Orient, et plus tard Saint Paul et bien d’autres apôtres iront proclamer cette même Bonne Nouvelle aux quatre coins du monde. Si nous voulons rester fidèles à l’esprit de notre rencontre joyeuse du Christ dans l’aujourd’hui de vie baptismale, notre cœur doit absolument s’ouvrir à l’universel, à l’accueil des autres, tout en vivant intensément une recherche de proximité et travailler ce qui fait notre identité chrétienne profonde.

Relations courtes, relations stables et bienfaisantes

Les médias nous parlent chaque jour de mobilité. L’homme moderne voyage énormément pour son travail, pour ses loisirs, pour ses week-ends, pour ses engagements, pour ses relations familiales. Nous vivons tous des relations courtes qui vont dans tous les sens et qui laissent insatisfaits, du fait qu’elles sont souvent porteuses de messages contradictoires et parfois déstabilisants. Lorsque l’on a perdu un cher, on se sent démuni, on se sent déstabiliser. Mais ce n’est pas pour autant que l’être cher n’est pas présent dans notre souvenir, dans notre prière. En cette solennité de l’Epiphanie, les rois mages nous invitent à soigner quelques relations stables et bienfaisantes qui nous équilibreront humainement et spirituellement.

Être plus ; être proche et universel ; être nomade et aussi vivre des relations équilibrantes ! Accueillons cette invitation avec les rois mages en regardant la Vierge Marie. Elle a vécu cela avant nous. Habitée par l’Esprit, elle nous a partagés sa joie de la rencontre dans le Magnificat.

Frères et sœurs, en cette fête de l’Epiphanie, laissons-nous habiter par la joie de la rencontre et de la manifestation du Seigneur dans nos vies. Que cette rencontre fasse sauter les verrous de nos peurs, de nos souffrances, de nos incompréhensions et qu’elle ouvre grandement les portes de nos maisons à plus d’amour, à plus de vie, à plus de bienveillance, à plus d’écoute, à plus de respect, à plus de fraternité et de bonté universelle. Que l’Esprit de Noël nous aide dès aujourd’hui à vivre de ses fruits et que sa joie sur notre visage, soit comme notre plus belle mélodie, et notre plus vrai témoignage. Amen.

SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE
Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Psaume 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13; Ephésiens 3, 2-3a.5-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 27 décembre 2020 ( Lc 2, 22-40)

Mgr Charles Morerod – Basilique Notre-Dame, Lausanne

J’ai été frappé par ce que disait Madame Mo Costabella dans l’introduction de cette messe à la radio : la liturgie d’aujourd’hui parle beaucoup des personnes âgées : Abram (qui devient Abraham), puis Syméon et Anne. Il y a là quelque chose de significatif à plusieurs égards. Non seulement, comme nous le savons bien, il y a en ce moment une part de solitude, de souffrance, qui touche particulièrement les personnes âgées, atteintes dans leur lien avec leurs proches. D’une manière plus générale, ces personnes âgées mettent en évidence une méditation et une attente qui peut grandir en nous. On l’a dit pendant tout l’Avent, mais c’est encore vrai après Noël. Les lectures de ce jour montrent bien l’attente du Seigneur, et cette attente peut même croître en ce moment. Ici même à Lausanne, le soir du 24 décembre, l’abbé Aimé (nom programmatique) me disait qu’il est impressionnant de voir le nombre de personnes qui arrivent maintenant avec un nouveau questionnement spirituel : où allons-nous, avons-nous une espérance ?

La foi met en relation avec Dieu qui appelle


L’histoire d’Abraham, que nous avons entendue dans la première lecture, éclaire notre question. Abraham que nous appelons notre père dans la foi se trouve au point de départ dans une situation problématique. Dieu lui promet un pays pour une descendance improbable. Il demande donc comment cela va se faire : « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant » (Genèse 15,2). Dieu lui répond de ne pas s’inquiéter, car il lui donnera une descendance, à savoir nous-mêmes, ses descendants dans la foi. Il y a donc un lien entre la foi d’Abraham et sa descendance : c’est parce qu’il croit qu’il reçoit une descendance et un pays, et c’est dans la foi que nous sommes sa descendance.
La lettre aux Hébreux insiste sur la foi d’Abraham, modèle de la nôtre : « Abraham (…) partit sans savoir où il allait » (Hébreux 11,8), en obéissant à l’appel de Dieu. La foi nous met en relation avec Dieu qui nous appelle. C’est pour cela qu’Abraham se met en mouvement, après avoir posé des questions, comme le fera aussi la Vierge Marie à l’annonciation. Marie se demande comment elle pourra avoir un fils alors qu’elle ne connaît pas d’homme, et elle croit que ce qui est impossible pour les hommes ne l’est pas pour Dieu.

Syméon met en lien passé et nouveauté radicale


Toute notre vie chrétienne est un dialogue avec Dieu, dans le but de nous permettre de répondre à son amour. Dieu prend l’initiative, il nous demande ce qui dépasse nos forces, et nous sommes invités à accepter dans la foi. Les personnes qui entrent dans cette démarche (et cette marche) sont la famille de Dieu. L’évangile nous montre Syméon et Anne, qui sont au temple avec une attente qui a déjà des raisons d’espérance. Leur foi n’est pas au même stade que celle d’Abraham, parce qu’ils voient comment Dieu a déjà répondu aux promesses faites à Abraham. Ils voient Abraham, mais aussi Isaac, Jacob, puis Moïse ou David, la libération d’Égypte puis de Babylone… Syméon attend la consolation d’Israël en raison de consolations antérieures. Il reconnaît l’enfant que l’on vient présenter au temple parce que « l’Esprit Saint était sur lui » (Luc 2,25). La foi lui permet de mettre en lien le passé avec cette nouveauté radicale qu’est la venue en notre chair du Fils de Dieu. Se trouvant ainsi face au centre de l’histoire, il peut dire dans sa foi ce que l’Église nous invite à dire chaque soir (le bréviaire étant proposé à tout le Peuple de Dieu) : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Luc 2,29-32). Syméon voit de ses yeux où va sa vie : ce sens que tout être humain cherche plus ou moins consciemment.

Invités à être la famille de Dieu


Nous fêtons la Sainte Famille, de Jésus, Marie et Joseph. Mais cette famille n’est pas fermée sur elle-même. D’ailleurs le Fils de Dieu n’a pas besoin de se faire homme : il le fait pour nous. La descendance d’Abraham aboutit à ce que, par l’union que nous propose le Christ, nous partagions sa vie divine (don reçu au baptême). Nous sommes ainsi invités à être la famille de Dieu, le Peuple de Dieu, le Corps du Christ, l’Épouse du Christ : toutes ces manières de parler de l’Église montrent que Dieu nous unit à lui. C’est ce que nous célébrons dans la communion eucharistique.

DIMANCHE de la SAINTE FAMILLE
Lectures bibliques : Genèse 15, 1-6 ; 21, 1-3; Psaume 104 (105), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9; Hébreux 11, 8.11-12.17-19; Luc 2, 22-40