Le retour du spirituel? Avec lʹabbé François-Xavier Amherdt, invité de La 1ère
Homélie du 25 octobre 2020 (Mt 22, 34-40)
Mgr Alain de Raemy – Basilique Notre-Dame, Lausanne
Chers amies et amis, j’ai juste trois choses à signaler.
- Jésus a fermé la bouche aux Saducéens, on vient de l’entendre. Ce n’est pas pour autant qu’il les a convaincus. Ils sont bien restés bouche fermée, mais pas bouche bée. Puissions-nous rester bouche bée ! Nous verrons comment.
- On demande à Jésus un commandement, le grand commandement, mais voilà qu’il en donne deux… Peut-être une piste pour savoir pratiquer notre religion, même en confinement. On va voir ça.
- Et ces deux commandements sont au futur, pas au présent : il est dit « tu aimeras » et non pas « aime » … C’est comme un délai accordé à notre pesanteur pécheresse, tu as le temps… mais en même temps un sacré défi toujours devant.
- Oui, Jésus a cloué le bec aux Saducéens, ils sont restés bouche fermée.
Ceux-ci voulaient mettre en doute la possibilité de la résurrection des morts. Ils présentent à Jésus l’exemple d’une femme qui a épousé tour à tour sept frères pour leur assurer une descendance…Duquel sera-t-elle alors l’épouse, si les morts ressuscitent ? Et Jésus de dire que nous ne vivrons plus comme ici, nous ne prendrons ni femme ni mari, nous serons comme les anges dans une intensité d’amour incomparable, qui inclut tout le monde sans rien enlever aux relations qui étaient ici-bas privilégiées : le couple ne sera pas moins couple tout en n’étant plus du tout exclusif, mais au contraire totalement inclusif, ouvert à un même amour à tous et pour tous…
En entendant cela les Saducéens se taisent, mais on ne sait pas trop ce qu’ils en pensent, ni ce qu’ils ont vraiment compris… C’est plus par résignation que par conviction. Bouche fermée mais pas bouche bée.
Eh bien, ce qu’il y a de beau quand on a la foi, c’est que ces choses incroyables, ces belles mais surprenantes annonces de l’au-delà, de notre épanouissement éternel, de ce que nous deviendrons après la mort, en notre âme mais aussi en notre corps, ces choses extraordinaires, surnaturelles, eh bien, avec la foi, quand on les entend, elles ne nous ferment pas la bouche ! Au contraire, elles nous laissent la bouche ouverte, bouche bée : ça parait tellement énorme, mais en même temps, ça correspond si profond à notre soif d’accomplissement. Alors on en est abasourdi, on est bouleversé devant une telle perspective d’amour absolu partagé par tous, oui, ébahi, mais on n’en reste pas bouche fermée, on reste bouche bée, épaté ! Et on a envie de l’annoncer !
- Et nous voici aux deux commandements dans leur rapport au confinement.
Car suite à cette discussion de Jésus avec les Saducéens sur l’inimaginable résurrection, ce sont alors les Pharisiens qui s’imaginent plus malins. Ils posent à Jésus la question du plus grand commandement. Le piège, c’est que dans la tradition de l’époque, c’était le troisième commandement qui était considéré le plus grand, celui qui impose le repos du sabbat. Pourquoi ? Parce que Dieu lui-même l’avait observé, le septième jour, il se reposa… Et on sait les libertés que Jésus prenait avec les normes du sabbat. Alors les pharisiens en profitent pour l’interroger : « Dis-nous donc Jésus, quel est le plus grand commandement ? » Et voilà que Jésus, plus malin, va répondre sans citer aucun des dix commandements ! Mais il avance cette formule : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » Et il ajoute : « Voilà le grand, le premier commandement. »
Mais il ne s’arrête pas là. Il ajoute un second, mais qui serait le même, tout en étant différent : « et le second lui est semblable », dit-il : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et de conclure : « de ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Permettez-moi d’y voir comme une leçon pour nous, qui risquons à nouveau d’être privés de célébrations communes dans nos églises, comme en Valais où c’est déjà limité à 10 personnes.
Pourquoi ces deux commandements qui n’en font qu’un peuvent-ils nous aider ? Parce que si ces deux commandements n’en font qu’un, aimer Dieu et aimer son prochain, la privation de culte public, la privation de l’Eucharistie célébrée tous ensemble, jeunes et vieux, malades et bien-portants (comme c’est si beau à Lourdes par exemple), la privation d’expression liturgique adressée ensemble directement au Seigneur notre Dieu, cette privation en quelque sorte de célébration du premier commandement en public, en fait elle peut nous plonger à fond dans le même commandement, par le deuxième, celui qui est donc semblable au premier, son inséparable jumeau : c’est-à-dire l’amour de Dieu vécu en amour du prochain dans plein d’initiatives inédites qui auront le prochain comme sujet. Et une chose est alors sûre : Dieu en sera tout autant le premier sujet concerné, touché, aimé ! Car quand le prochain est aimé, comme soi-même, Dieu est aimé comme lui-même. Et ne serait-ce pas une belle manière d’aimer son prochain dans l’amour de Dieu, que de prendre l’initiative de petits groupes de prière et de solidarité, le dimanche ou le samedi soir, là où je suis, dans mon quartier, Bible ouverte, ouverte à toutes vos méditations partagées ? Et pourquoi l’Eucharistie n’y serait-elle pas aussi amenée, adorée, communiée ?
- Et enfin, ces deux commandements égaux le Christ ne les formule pas au présent mais il les conjugue au futur. Qu’est-ce à dire ? Non pas : aime ! Mais : tu aimeras. Il y a là de jolies nuances cachées.
Le verbe “aimer” au futur
Car dire « tu aimeras », c’est comme m’en donner le temps. Tu n’es peut-être pas encore capable d’aimer, comme cela, sur commande, tout de suite. Alors, c’est comme si Jésus nous disait : prends ton temps, tu y arriveras, de petit pas en petit pas, de chute en relèvement. Ne désespère pas. Je suis là avec toi. Tu n’aimes pas ? Attends, on y arrivera, tu aimeras. Oui, ce « tu aimeras », c’est bien Dieu qui marche avec nous, à notre rythme. Afin que nous parvenions à aimer, petit à petit, avec des reculs et des avancées, mais à aimer quand même, à l’aimer lui et les autres, toujours mieux de nous-mêmes, comme des grands, comme des saints.
Et ce verbe aimer au futur, « tu aimeras », c’est aussi annoncer que c’est illimité, c’est entrer dans une sacrée aventure. Commencer à vraiment vouloir aimer ce sera ne jamais pouvoir s’arrêter. C’est apprendre que l’on pourra toujours plus, beaucoup plus, et un jour, au dernier jour, infiniment plus aimer.
Et nous revoici au début de cette méditation, avec l’épatant mystère de la résurrection : c’est-à-dire le seul véritable épanouissement de notre nature humaine, quand, au Ciel, elle sera enfin ce qu’elle est en-elle-même : image et ressemblance de Dieu, et alors pour l’éternité directement avec lui, avec tous, à jamais !
30e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Exode 22, 20-26; Psaume 17, 2-3, 4.20, 47.51ab; 1 Thessaloniciens 1, 5c-10; Matthieu 22, 34-40
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Homélie du 18 octobre 2020 (Mt 22, 15-21)
Père Patrice Gasser – Chapelle St-Joseph, École des Missions, Bouveret/St-Gingolph
Chères sœurs, chers frères, chers amis,
Un Dieu qui est le seul Dieu ! c’est ce dont doutaient les hébreux exilés à Babylone. Nabuchodonosor leur avait enlevé leurs maisons, leur culture et leur force de vie. Quand ils ont vu Cyrus, ce roi étranger qui avait tant d’humanité, ils ont dû être bien surpris : pas de vol, pas de massacre, pas de travail d’esclave. Au contraire, il les aide à retourner à Jérusalem, il rend les biens volés et leur donne un peu d’argent pour reconstruire leurs maisons. Ils ont été touchés par sa clémence et son humanité, et Isaïe derrière lui, voit Dieu qui prend soin de son peuple. Ils respiraient : à travers ce roi perse, Dieu restait maître de l’histoire.
Dieu maître de l’histoire
Le psaume 95, lui, nous transporte à la fin du monde, il parle du frémissement de toutes les nations quand Dieu sera reconnu comme Dieu ; la création tressaillira : le psaume continue ainsi : les masses de la mer mugissent et les arbres des forêts dansent de joie. Même si les humains restent muets et aveugles et ne reconnaissent pas la bonté de Dieu, la création elle chantera sa gloire. Là encore Dieu reste maître de l’histoire humaine…
Dans ces derniers chapitres de Matthieu que nous avons lu, l’horizon de la passion se profile. Jésus n’a plus rien à perdre, il n’emploie pas de langue de bois : ces pharisiens qui le flattent alors qu’ils lui tendent un piège sont des hypocrites. S’il répond qu’on doit payer l’impôt à César, il collabore avec l’occupant et ne peut être le Messie attendu ; et s’il refuse de payer l’impôt, il peut être dénoncé aux autorités et emprisonné, ce que ces juifs désiraient de tout leur cœur. Jésus leur fait cette réponse cinglante : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ! Mais il y a beaucoup de sagesse dans ce dicton.
Rendre à César que ce qui est à César. L’autorité aide à la vie ensemble ; c’est elle qui rappelle un ordre pour trier les déchets, un horaire pour travailler et pour dormir, elle contrôle la vitesse pour traverser les localités et l’état de nos véhicules ; elle répartit les zones à bâtir et les zones agricoles, les chemins forestiers et les autoroutes. Et en Suisse nous avons le plaisir de les élire chaque quatre ans, les urnes disant … s’ils ont fait du bon travail ! (je ne parle pas de certains pays où les présidents restent à vie !). Cette autorité reste cependant limitée, elle doit être mise face à la législation en vigueur et les traditions d’un pays ; elle doit aussi rendre compte au pouvoir judiciaire.
Dieu nous aide à découvrir nos capacités
Rendre à Dieu ce qui est à Dieu : si l’on veut être honnête, tout le reste de notre vie intéresse Dieu. C’est lui qui nous donne cette capacité de créer semblable à la sienne, et il nous accompagne dans les différentes étapes de nos vies : naître ici ou ailleurs sans l’avoir demandé, grandir comme enfant et apprendre à être humain, se séparer de ses parents comme jeune adulte, fonder une famille en s’appuyant sur les valeurs reçues, comme grand-mère visiter son père en EMS, prendre soin des retraités que nous sommes tout en gardant les liens avec la descendance. La vie est complexe et Dieu est là pour nous aider à découvrir nos capacités et à développer nos possibilités de cœur. Car il a mis en nous des possibilités fantastiques que les saints nous révèlent : un François d’Assise qui, malgré sa peur de la contagion, embrasse le lépreux, et qui va même jusqu’à vouloir faire la paix avec un sultan dont il comprend à peine la langue.
Sortir de notre zone de confort
Nous vivons dans un temps incertain et nous pouvons rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à nos sœurs et frères un peu de ce que nous sommes et de ce que nous avons : malgré la Covid-19 nous pouvons garder des liens avec nos aînés, prendre du temps pour accueillir un inconnu, rencontrer des personnes « à risque », amener nos petits-enfants dans une église, allumer une bougie devant une icône, passer dans un cimetière et prier pour nos défunts. Comme le bon samaritain, nous devons sortir de notre zone de confort et nous approcher de celui ou celle qui est blessée au bord du chemin ; et alors nous serons vraiment les fils du Très-Haut, dignes de s’asseoir à sa table lorsque les anges nous rassembleront pour le banquet du Royaume. Oui, Dieu a démarré l’histoire de la création et de l’alliance, il a besoin de nous pour l’achever. Avec le prophète nous pouvons dire : Me voici, Envoie-moi !
29e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Isaïe 45, 1.4-6; Psaume 95, 1.3, 4-5, 7-8, 9-10ac; 1 Thessaloniciens 1, 1-5b; Matthieu 22, 15-21
