Homélie du 11 octobre 2020 (Mt 22, 1-14 )

Père Serge Ballanger, spiritain – Chapelle St-Joseph, École des Missions, Bouveret/St-Gingolph


C’est dès le milieu du 19ème siècle que les missionnaires sont allés porter l’Evangile en terre de Guinée Conakry. S’ils l’ont fait, c’est d’abord qu’ils goûtaient déjà, eux-mêmes, à la joie et la paix, au pardon et à l’accueil, aux mets succulents qu’offrait le Roi pour les noces de son fils. Ensuite, ils avaient la conviction qu’ils étaient envoyés par le Roi : « Allez-donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » Ils ont répondu : « Me voici, envoie-moi ». (Isaïe 6/8)

Semaine missionnaire mondiale


Durant cette semaine missionnaire mondiale qui s’ouvre en ce Dimanche, l’Église qui est en Suisse s’intéresse et s’informe sur la vie de l’Église sœur qui est en Guinée.
Chaque Église a sa propre personnalité, ses richesses et ses défis, il ne s’agit pas de comparer, mais de s’enseigner mutuellement, de se réjouir des merveilles que le Seigneur accomplit.
La Guinée comprend de multiples ethnies, groupes, qui ont chacune leur propre culture, langue, coutume et vision du monde.
Les premiers missionnaires ont appris la langue, produit des dictionnaires, ils ont traduit l’Évangile en langue locale, réalisé des catéchismes en langue, et formé des catéchistes.
Ces derniers allaient proposer la Parole d’Évangile dans les villages les plus éloignés, formaient de petites communautés chrétiennes que visitait le missionnaire.
Au fil du temps, les religieux frères ont bâti des chapelles plus solides, des missions avec église, écoles pour les garçons et écoles pour les filles. Les religieuses formaient les jeunes filles, elles les éduquaient.

Ils ont bâti sur le roc de la Parole de Dieu


Quelques noms de missions sont magiques pour les chrétiens de Guinée : Ourouss, Katako, Kindia, Boffa où se trouvent aujourd’hui le pèlerinage national à Notre Dame de Guinée et une cinquantaine de tombes où reposent les 1ers missionnaires de l’Evangile. Pourtant bien des événements contraires auraient pu mettre à bas le travail d’évangélisation en Guinée, mais il « avaient bâti » sur le roc, le roc de la Parole de Dieu. Je nommerai trois « vents contraires » :

Le 1er est celui de la fragilité des missionnaires : ils devaient manger une autre nourriture à laquelle leurs estomacs n’étaient pas préparés, faire face aux fièvres et au paludisme et voyager, pendant des jours et des jours, à travers des forêts dangereuses, pour rejoindre leur peuple. De Conakry à N’Zérékoré, la distance est de plus de mille kilomètres. Beaucoup de missionnaires sont morts à la fleur de l’âge.

Le 2ème fut le renvoi de tous les missionnaires étrangers par le président Sékou Touré en 1967. Imaginez toutes les missions se retrouvant sans prêtre du jour au lendemain, et la souffrance de ces missionnaires abandonnant leur peuple. Ce fut un déchirement pour eux. Parmi eux, des Spiritains du Valais dont les Pères Philippe Buttet, André Mettan.

Le 3ème vent contraire fut la confiscation par le régime en place de toutes les propriétés de l’Église, les écoles, les centres de développement et les bâtiments de la mission. Ils avaient tout perdu… Un véritable coup d’arrêt. Et cette dépossession durera pendant 17 ans jusqu’à la mort de Sékou Touré, en 1984. Les chrétiens ont vécu des brimades, des persécutions terribles.

L’Esprit conduit la mission


Quels furent les ressorts, les ressources de cette Eglise de Guinée qui a su répondre à tant de défis, et qui est aujourd’hui une Eglise relevée, une Eglise mature ?
Tout d’abord la Présence de l’Esprit-Saint, l’Esprit du Ressuscité. Il agit, il inspire du neuf et sa Présence, aucune force de mort ne peut l’arrêter. L’Esprit conduit la mission jusqu’à aujourd’hui, comme si bien exprimé dans le livre des actes des Apôtres.
Ensuite, l’inculturation de l’Évangile traduit en différentes langues du pays. L’Évangile était entendu dans leur langue, parlait au cœur des chrétiens, s’enracinait dans la culture pour finalement nourrir les cœurs et les rendre Fils et filles de Dieu.
Enfin, la foi et le courage des laïcs, la vitalité des catéchistes qui ont su continuer d’enseigner les petites communautés, donner de leur temps pour cette annonce et prendre des risques pour leur vie. La Parole de Dieu n’est pas restée vaine. Grâce aux catéchistes, les communautés ont traversé une vingtaine d’années sans recevoir l’Eucharistie, à l’exception de très rares occasions quand quelques prêtres Guinéens les visitaient. Les communautés de base sont restées vivantes avec à leur tête les catéchistes.

Aujourd’hui, l’Église de Guinée comprend 3 diocèses bien vivants : des vocations masculines et féminines fleurissent, les missions dispensent un enseignement et une éducation de qualité. Et elles travaillent pour promouvoir la santé, l’agriculture, les petits jardins, des formations en tout genre et, bien sûr, elle continue à former et encourager ses catéchistes.

Avec l’exemple de l’Église de Guinée, le témoignage est grand : oui, quand une Église particulière est aux prises avec des épreuves, elle trouve toujours des forces neuves, une issue, un chemin. L’Esprit du Seigneur la devance, il l’éclaire, il crée du neuf, dans la mesure où elle cherche la justice et la vérité.
Prions pour que notre Église de Suisse trouve elle aussi des forces neuves et une confiance renouvelée pour faire face aux défis de la société actuelle, dans la solidarité et la justice.

28e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques :
Isaïe 25, 6-10a; Psaume 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6; Philippiens 4, 12-14.19-20; Matthieu 22, 1-14

Homélie du 4 octobre 2020 (Mt 21, 33-43)

Chanoine Alexandre Ineichen – Abbaye de Saint-Maurice, VS

Depuis plusieurs dimanches, Jésus décrit le royaume de Dieu et le compare à une vigne, mieux il nous explique avec pédagogie comment s’en occuper selon la volonté du Père. Rappelez-vous. La vendange était si abondante qu’il fallait alors embaucher de nombreux ouvriers, les derniers comme les premiers, à toute heure du jour, et pour le même salaire : une pièce d’argent. Ou encore, la vendange était si pressante que les prostituées et les publicains précéderont ceux qui premier à répondre par la parole ont abandonné bien vite le travail lorsqu’il s’agissait de le réaliser en acte et en vérité. Aujourd’hui, à nouveau, Jésus nous décrit son royaume comme une vigne et le roi comme un maître de domaine qui donne en gérance son bien le plus précieux. A nouveau, le propriétaire du domaine met tout en place avec soin : une clôture, un pressoir et même une tour de garde. Puis, il part en voyage et donne cette vigne en fermage à des vignerons. Le silence de Dieu nous oblige à être les acteurs, libres et responsables, du développement harmonieux de sa création.

La vendange ne nous appartient pas


Pourtant, comme dans les autres paraboles, tout va aller de travers. Les fermiers crurent qu’ils étaient les propriétaires de la vigne. Et lorsque le maître envoya des serviteurs pour se faire remettre le produit de la vigne, ces mauvais locataires n’avaient plus d’autres choix que de tuer ces serviteurs afin de s’approprier les biens du maître. Ainsi la vendange, l’héritage de Dieu leur reviendrait. Mais le maître, qui est un bon maître, ne désespère pas de ses vignerons, de ses locataires, de l’humanité. Il n’arrête pas d’envoyer des signes et des prodiges afin que nous comprenions que la vendange ne nous appartient pas. Rien n’y fait. Il ne lui reste alors pour le maître plus qu’à envoyer son fils. Dieu a tant aimé le monde qu’il envoya son propre Fils. Dieu est devenu homme afin que l’homme devienne Dieu. Mais le fruit de la vigne, la vendange tant attendue, l’héritage promis appartient au seul Fils. Les mauvais locataires se saisirent alors de lui et le jetèrent hors de la vigne. «Voici l’héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l’héritage !» Là s’arrête la parabole.
Les chefs des prêtres et les pharisiens à qui s’adressent Jésus, nous-mêmes, nous pouvons nous écrier : ces misérables, il les fera périr misérablement. Or, notre Seigneur et notre Dieu n’en fit rien. Au contraire il les renvoya, il nous renvoie aux Ecritures. «La pierre qu’ont rejetés les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire.» comme chante le psaume 117 que nous prions chaque dimanche, et plus particulièrement lors du temps pascal.

Des locataires consciencieux


Ainsi cette parabole viticole nous donne deux enseignements.
D’abord la vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison de Juda. La création est donc un don de Dieu aux hommes, création qu’ils doivent chérir, qu’ils doivent gérer, non comme des propriétaires cupides, mais comme des locataires consciencieux. Le fruit de cette vigne, les beaux raisons attendus, ce sont l’héritage qui revient au maître. Il y a droit. Pourtant, bien que Dieu en attendît de beaux raisins, les locataires, nous-mêmes en fait, ne lui en donnèrent que des mauvais. Les serviteurs envoyés furent massacrés, la création saccagée. Ce qui devait être le chant du bien-aimé à sa vigne devint un chant funèbre, un chant de mort. La création ne nous appartient pas, ni les signes et les prodiges que Dieu nous envoie, ni la Loi, ni la religion si bonne soit-elle. Nous devons y travailler, non pour notre seul orgueil, mais pour remettre à Dieu le fruit de notre labeur, pour préparer l’héritage du Fils. Et Dieu poursuit son dessein et envoie son propre Fils.

Devenir héritiers du Royaume de Dieu


Deuxième enseignement de cette parabole : le Fils prenant notre condition, et notre condition mortelle, nous fait alors co-hériter. Ainsi si nous devenons disciples de Jésus, alors nous pourrons bénéficier de l’héritage promis. C’est donc par Jésus, mort et ressuscité, que nous pouvons passer de locataire cupides, à fils et filles de Dieu, à héritiers du Royaume de Dieu.

Ainsi peut se conclure notre parabole, par trop vigneronne. Nous sommes locataires de la création, mais nous sommes surtout co-héritiers avec le Christ du fruit de cette création. Pour en vivre, il nous suffit de relire le testament, de l’ancien comme du nouveau. Pour le comprendre, il nous suffit de méditer inlassablement la parole des prophètes et les enseignements de Jésus. Alors le Royaume de Dieu ne nous sera pas enlevé, il nous sera donné afin que nous puissions en produire un fruit, et un fruit savoureux. «C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !»

27e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques :
Isaïe 5, 1-7; Psaume 79, 9.12, 13-14, 15-16a, 19-20; Philippiens 4, 6-9; Matthieu 21, 33-43