Homélie du 16 février 2020 (Mt 5, 17-37)

Abbé Pascal Lukadi – Chapelle de Glace, Leysin, VD

« La justice chrétienne »

Chers frères et sœurs,

Dans cette page de l’Evangile de Matthieu, Jésus nous appelle à surpasser la justice des Scribes et des Pharisiens, pourtant très fervents dans le monde juif contemporain au Christ. Et comment y arriver, sinon mettre ses pas dans ceux de Jésus, le choisir Lui, et nul autre.

En effet, Jésus est le chemin et la Vie (Jn 14,6). Et, il ne propose pas d’autre voie que Lui-même. Oui ! comme la Loi trouve son accomplissement dans sa personne même, il peut se permettre de dire qu’il accomplit cette Loi.

Mettre ses pas dans ceux de Jésus

C’est une vérité qui peut heurter, voire déconcerter. Ainsi, pour l’entendre, il convient d’adhérer à son message, croire qu’il est le Christ, le Fils de Dieu ; croire aussi que par Lui, le salut est entré dans le monde. Il faut donc être chrétien, devenir disciple de Jésus en mettant ses pas dans les siens.

Être chrétien n’a rien avoir avec l’accroissement des principes, mais suivre Jésus dans tout ce que sa vocation implique. La démarche du Christ est plus exigeante, mais en même temps douce. Voilà pourquoi être chrétien c’est s’abandonner à l’Amour du Christ, se faire tout petit entre les bras de Celui qui peut tout en nous, par son Esprit. Ainsi que nous renseigne la petite voie de Thérèse de Lisieux : « Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure, sans réclamer de salaire ici-bas. Ah ! sans compter je donne étant sûre que lorsqu’on aime, on ne calcule pas ! »

Invités à la liberté

Nous venons de l’entendre de la bouche d’un grand sage d’Israël, le fils de Sira : les choix fondamentaux de l’homme dépendent de sa liberté. Et avoir le choix donne surtout l’occasion d’exercer notre liberté. Cette liberté que Dieu respecte, que l’homme choisisse le bien ou le mal (parce que l’homme a toujours le choix). Et parce que l’existence de l’homme compte à ses yeux, l’appel qu’il nous lance est d’abord et avant tout une rencontre. C’est en se laissant accueillir par le Christ que l’homme découvre le chemin à prendre. Tout simplement parce que Dieu l’invite à la liberté. Il sied d’opérer des choix courageux capables de nous conduire à suivre le Christ dans notre vie de famille, dans la société, dans tout engagement pour les autres.

La loi du Seigneur n’est pas hors de notre portée

Ce que Dieu propose, c’est de contempler son Fils Jésus à l’œuvre dans le monde, et de nous laisser associer à cette œuvre, par plus d’amour, plus de justice, plus de sens de service, plus de pardon. L’essentiel n’est pas que ce soit visible aux yeux des hommes mais que cela soit vivant. Il s’agit donc de se laisser transformer en profondeur. Cela en douceur. Et dans dix jours, nous commençons le carême qui nous y prépare. Mais l’aujourd’hui de Dieu, c’est maintenant. Il n’est pas question d’attendre ni de se limiter à ce qu’il faut faire pour être dans les bonnes normes, mais d’aller jusqu’à refuser de se mettre en colère ou d’avoir un regard de convoitise. C’est donc aller jusqu’au bout ou le plus possible, pour que notre oui soit oui et que notre non soit non. Voilà un rappel des deux voies du Deutéronome (30, 14-20) qui ajoute que la Loi du Seigneur n’est pas hors de notre portée.

Même s’il n’est pas facile de faire le bon choix, ou même de discerner si le choix que nous avons fait est bon, nous sommes placés devant nos responsabilités. Si tu le veux, tu le peux, et l’ancien président des Etats-Unis d’Amérique disait « Yes, We can ».

Oui, notre salut est en Dieu seul, Lui qui nous connait et qui nous aime mieux que nous-mêmes, mettons-nous dans les dispositions pour l’entendre dans le silence de notre cœur, là où son Esprit demeure. Son Esprit qui scrute le fonds de toutes choses, nous rendra capables d’accueillir son Messie Crucifié par l’inconscience des hommes. Pas donc besoin de renoncer à notre intelligence et à notre connaissance, même si elles ne suffisent pas. La foi peut bien sûr nous dérouter, la logique de Dieu n’étant pas la nôtre, parce qu’être disciple d’un Crucifié n’est pas de l’ordre de l’évidence, ni de la facilité. La Résurrection est la réponse de Dieu en laquelle nous mettons notre espérance. Voilà notre assurance !  

C’est elle qui nous revigore, malgré nos faiblesses, nos fatigues, nos migraines, nos soucis familiaux ou de travail, et qui nous envoie semer la Bonne Nouvelle pour redynamiser nos familles, nos paroisses et nos communautés afin que, en accueillant la grâce de Dieu au creux de nos misères, nous devenions les vrais missionnaires et que nos communautés  deviennent des lieux de vie pour tous. Et Dieu en sera glorifié ! Amen !

6e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Siracide 15, 15-20; Psaume 118, 1-2, 4-5, 17-18, 33-34; 1 Corinthiens 2, 6-10; Matthieu 5, 17-37

Homélie du 9 février 2020 (Mt 5, 13-16)

Abbé Pascal Lukadi – Chapelle de Glace, Leysin, VD

« Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde »

Chers frères et sœurs,

L’Eglise nous propose aujourd’hui de méditer ce dimanche sur la nature de ce que devrait être un chrétien : sel de la terre, lumière du monde.

Chers amis, c’est cette symbolique du sel et de la lumière qui court à travers la page de l’Evangile de ce jour. Oui il s’agit en effet de l’Evangile comme Bonne Nouvelle, une nouvelle tellement heureuse qu’elle devient comme du sel donnant gout à la nourriture des hommes et comme la lumière qui les éclaire en ce monde.

À y regarder de près, nous comprenons que la Parole du Christ donne un goût incomparable à notre vie, et tout comme un repas de fête, nous avons la mission de partager cette découverte.

Dans cet Evangile, Jésus nous appelle à témoigner, personnellement et communautairement, il nous incite donc à la mission. Il nous dit en l’affirmant : vous êtes le sel de la terre. Car le sel de notre foi donne du sens aux petites et aux grandes choses de la vie quotidienne, il donne de la saveur à l’existence, un certain goût de vivre, un sens de l’infini… Ce sel-là permet aussi de conserver précieusement toute expérience de partage, de communion, de bonheur.

Être là où nous devons être

Nous sommes invités, concrètement à être là où nous devons être, simplement, humblement, au bon endroit, au bon moment, en laissant la puissance de l’Esprit qui nous habite faire œuvre de vie en nous, autour de nous. « Aime et fais ce que tu veux « , aimait dire saint Augustin.

En effet, si le plus grand commandement est d’aimer (Dieu et ses frères comme soi-même), il est donc la conséquence d’une vie qui se reçoit de Dieu. Ainsi, laissons-nous aimer, comme ne cesse de le dire Jésus et nous serons la Lumière pour les hommes, étant nous-mêmes illuminés de l’intérieur par l’Amour de de Dieu. Et saint Ephrem disait : Soyez comme des sources de lumière dans le monde, une force vitale pour les autres.

Nous recentrer sur le Christ

C’est dans ce sens que le secteur d’Aigle dont je fais partie a développé une vision pastorale qui nous propose de nous recentrer sur le Christ, partir de lui et revenir vers lui, pôle d’attraction comme le nommait le Père Teilhard de Chardin.

C’est imprégnés de l’Esprit du Christ, notre centre d’intérêt et notre source, que nous pourrons rayonner avec crédibilité aux yeux de tous, à qui le message du Christ doit être annoncés. Pour ce faire, il nous est bon de nous laisser toucher par cette lumière du Christ lui-même, vraie lumière. Et nous mettre en route, car les choses ne peuvent pas rester comme elles sont : « Il ne nous suffit pas de nous occuper d’un travail administratif“, écrit le Pape François, “mais il est nécessaire de nous mettre en <état de mission permanente> dans toutes les régions du monde” (EG, 25, cf. Aparecida nn. 202, 551). En commençant bien sûr par nous et autour de nous.

Une véritable conversion

Il nous faut pour cela une véritable conversion, un changement intérieur et personnel qui ne peut s’opérer que par cette lumière qui nous vient du Christ, celle de l’Esprit Saint.

Comme pour notre nouvelle vision pastorale, soyons prêts à repartir, à avoir le courage de démonter nos tentes, comme nous sommes venus ce matin dans cette chapelle de glaces pour le prier, lui offrir nos fardeaux et nos sécurités qui nous enferment sur nous-mêmes, et d’en construire de nouvelles.

Repartons avec les personnes qui nous sont confiées ; et le Pape ne cesse de le dire en nous invitant “à sortir de notre propre confort et à avoir le courage d’atteindre tous les marginaux qui ont besoin de la lumière de l’Evangile” (EG, 20). Nous deviendrons ainsi ce sel de la terre et la lumière du monde par notre attention aux plus faibles et à tous ceux qui sont dans le besoin de rencontrer le Christ dans nos communautés et dans nos familles. Mais nous ne pouvons le faire qu’avec l’aide de Jésus. En lui, l’Evangile devient une joie pour nous et tous nos frères. Amen !

5e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques :
Isaïe 58, 7-10; Psaume 111, 4-5, 6-7, 8a.9; 1 Corinthiens 2, 1-5; Matthieu 5, 13-16

Homélie du 2 février 2020 (Lc 2, 22-40)

Chanoine Roland Jaquenoud – Basilique de Saint-Maurice

Présentation de Jésus au TempleJournée de la vie consacréeDimanche de l’Apostolat des Laïcs

        

            « Et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez », nous disait tout à l’heure le prophète Malachie dans la première lecture (Mal 3, 1). Soudain : on a l’impression de quelque chose de brusque, de rapide. De rapide, mais pas d’inattendu. Cette venue du « Messager de l’Alliance », comme l’appelle encore Malachie, est attendue, est désirée, et cela depuis longtemps. Le vieillard Siméon de l’Evangile est la figure de toutes ces générations qui l’ont attendu, désiré. C’est lui qui reçoit l’Enfant et se met au nom de tous à bénir Dieu :

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples » (Lc 2, 29-31)

            ENFIN : on a l’impression d’une grande joie, dans grand soulagement. Enfin Il est là, là, dans son temple. Enfin le Temple, lieu symbolique de la présence de Dieu, lieu ou tous se rassemblent pour la prière et le sacrifice, reçoit dans cet enfant la présence réelle de ce Dieu qui s’est fait homme pour venir à la rencontre de tous.

                        En ce jour, Marie et Joseph viennent accomplir au temple le commandement de la loi, qui exige que tout premier né soit consacré au Seigneur. C’est pourquoi la fête que nous célébrons s’appelle dans notre église « La Présentation de Jésus au Temple ». Elle a en fait dans les différentes traditions ecclésiales plusieurs noms. On l’appelle parfois la chandeleur, en raison de la procession qu’on y fait à la lumière des chandelles et qui se déroulera ce soir dans notre basilique. On l’appelle aussi la Purification de Notre-Dame, parce que selon la loi ancienne, la femme ne pouvait entrer au Temple que quarante jours après ses couches et offrait des présents pour sa purification, ce que vient faire aussi Marie aujourd’hui.

La fête de la Rencontre

            En Orient, la fête porte un autre nom. On l’appelle la fête de la Rencontre. En ce jour, dans cet enfant porté au Temple par ses parents terrestres, Dieu vient à la rencontre des hommes, lui « la lumière qui éclaire les nations » (Lc 2, 32). Il vient à notre rencontre, il vient sur nos chemins. Ce n’est pas nous qui nous approchons de Dieu, c’est lui qui vient vers nous. Il nous rencontre sur nos chemins de vie, il nous rencontre là où nous sommes, là où nous en sommes, il nous rencontre dans nos joies, il nous rencontre dans nos souffrances. « Parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il est capable de porter recours à ceux qui subissent une épreuve » (He 2, 18).

Dieu vient à sa rencontre, et Siméon bénit Dieu. Dieu vient à la rencontre de la prophétesse Anne et Anne se réjouit.

Anne : une belle figure de femme prophète

            Ah oui, tiens, justement, Anne. J’aimerais que nous portions un peu notre attention sur cette belle figure de femme prophète, veuve, âgée de 84 ans, qui survient dans le Temple justement au moment où Siméon prend l’enfant dans ses mains.

On nous dit qu’elle ne s’éloignait jamais du Temple, qu’elle servait Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Ce n’est pas pour rien que l’Eglise célèbre le 2 février la journée mondiale de la vie consacrée. Quelle belle figure pour les religieux et les religieuses que cette prophétesse Anne ! Elle passe sont temps dans la veille et la prière. Elle attend celui qui vient rencontrer son peuple … et finalement, elle le rencontre.

Un vrai travail de missionnaire

Mais …  elle ne fait pas que ça.

« Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem » (Lc 2, 38).

            Elle proclame les louanges de Dieu et parle de Jésus à tous ceux qui attendent – qui ont besoin – de délivrance. Elle fait un vrai travail de missionnaire de la Bonne Nouvelle. Cette année, la fête du 2 février est célébrée le dimanche consacré traditionnellement à l’apostolat des laïcs. Quelle belle coïncidence ! Anne servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et le prière, c’est une belle figure, un bel exemple pour les religieux ; Anne, qui a été mariée, puis est devenue veuve, c’est un bel exemple pour les laïcs.

Ne pas garder pour nous la Bonne Nouvelle

            Mes frères et sœurs, tous, sans exception, nous somme appelés à servir Dieu, à prier et à témoigner. La prière n’est pas réservée à quelques moines, le témoignage n’est pas réservé à quelques super missionnaires. La prière, comme le témoignage, découlent de notre vocation de baptisés. Nous avons tous besoin de mener avec Dieu le dialogue intime de la prière, nous avons tous besoin de rencontrer celui qui vient nous rencontrer dans sa Parole, dans les sacrements, et en particulier dans l’Eucharistie, nous avons tous besoin de nous réjouir de sa présence ici et maintenant, au milieu de nous. Et nous somme tous envoyé témoigner de Lui. Tant de gens ont besoin d’être consolés, d’être libérés. Nous les premiers. Mais notre foi nous dit que notre Libérateur est présent, qu’il est là, qu’il est à l’œuvre. Nous ne pouvons par garder pour nous cette bonne nouvelle. Vous ne pouvez pas garder pour vous cette bonne nouvelle ! Allez vous aussi proclamer, parler, consoler, redonner espoir. Oui vous, vous tous !

Anne avait 84 ans : cela ne l’a pas empêché. La mission n’est pas un truc de plus dans une vie chrétienne : la mission découle de la vocation reçue le jour de notre baptême. Tu es missionnaire chez toi, dans ta famille, à ton travail, pendant tes vacances, dans ton lit d’hôpital, dans ta maison de retraite. Partout des gens ont besoin de la consolation. Alors va, console. Celui qui t’a rencontré veut aussi les rencontrer. Il vient avec toi, il vient en toi. Amen

4e Dimanche du temps ordinaire – La Présentation du Seigneur au Temple
Lectures bibliques : Malachie 3, 1-4; Psaume 23, 7, 8, 9, 10; Hébreux 2, 14-18; Luc 2, 22-40