Homélie du 2 avril 2021, Vendredi Saint ( Jean 18, 1 – 19, 42)

Mgr Jean Scarcella – Abbaye de Saint-Maurice, VS

Mes sœurs, mes frères,

La force qui se dégage de ce terrible événement du Calvaire est que Jésus y a assumé en totalité sa condition d’homme. Certes il a subi une mort ignominieuse, mais sa mort d’homme, et c’est en tant qu’homme qu’il en a reçu les atroces souffrances. Ainsi Jésus, comme le dit la Lettre aux Hébreux, a été « éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » Il a assumé notre nature humaine jusqu’au tréfonds de la déréliction pour sauver l’homme de son péché. Comme le dit saint Paul : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu » (2 Co 5, 21).

Pourrions-nous alors aller jusqu’à dire que, voyant Jésus baignant dans son sang et vivant son supplice au paroxysme de la souffrance, c’est notre péché que nous pouvons voir de nos yeux ? Il a pris sur lui notre péché pour le laver de ses scories et le transformer en amour ; là est tout son message évangélique. Et cet amour salvateur s’est manifesté grandement par le don que Jésus fit de sa propre vie. Pour tuer le péché et son œuvre de mort, il fallait que Jésus souffrît à cause du péché de l’homme pour, dans sa mort, racheter l’homme de son péché, et ainsi le rendre juste devant Dieu.

L’amour de Jésus : bafoué et réparateur

L’image du péché est horrible, il défigure quiconque s’en fait le complice, il trompe l’homme en lui donnant l’impression d’être le maître du monde. Jésus sur la croix s’est laissé contempler comme l’amour bafoué et en même temps réparateur ; il était complètement défiguré, et pourtant il trouva encore la force de donner le pardon qui sauve, et de promettre le paradis à qui le reconnaîtra Maître et Seigneur.

Frères et sœurs, nous n’avons qu’un seul Maître, le Seigneur, lui le Fils qui, prenant sur lui tout le mal de l’homme, nous a rétablis dans notre dignité de fils et filles de Dieu. La puissance de notre Maître est son Amour : l’amour partagé durant sa vie parmi nous, l’amour donné sur la croix de la vie, l’amour exalté dans la victoire de la vie sur la mort. Ainsi soit-il !

CÉLÉBRATION DE LA PASSION ET DE LA MORT DU SEIGNEUR
Lectures bibliques : Isaïe 52, 13 – 53, 12; Psaume 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ab, 15-16, 17.25; Hébreux 4, 14-16 ; 5, 7-9; Jean 18, 1 – 19, 42

Homélie du 28 mars 2021 (Mc 11, 1-10 et Mc 14, 1 – 5, 47)

Abbé Laurent Ndambi – Église St-Nicolas de Myre, Hérémence, VS

Jésus-Christ notre sauveur, est un crucifié ! Sur la croix, sa vie semble être un échec : tous, ou presque, l’ont quitté et sa mort infamante fait de lui un proscrit. L’échec de Jésus est aussi celui de ses compagnons d’infortune…

Echec de Judas, tellement insupportable qu’il le pousse à se pendre. Echec de Pierre, qui pourtant avait juré à Jésus de le suivre jusqu’au bout. Il pleurera amèrement. Echec de l’ensemble des apôtres. Tous s’enfuient et s’enferment dans leurs maisons, morts de peur et sans doute aussi morts de honte. Même leur prière n’est pas à la hauteur : à Gethsémani, ils n’ont pas réussi à prier une heure avec le Christ.

Il y a aussi l’échec de Pilate qui évoque nos lâchetés devant Dieu et devant les hommes quand nos intérêts personnels passent avant la justice et la vérité.

A côté de ces échecs, il y a aussi de réussite des quelques personnages qui ont éclairé l’heure des ténèbres par leur courage et leur foi. C’est le cas de Simon de Cyrène qui a porté la croix aux côtés du Seigneur. Cet homme incarne nos accompagnements fraternels de ceux qui souffrent, de ceux qui tombent, de ceux qui sont condamnés de façon injuste. Il nous invite à cette présence bienveillante auprès de ceux qui sont exclus, auprès de ceux qui sont persécutés. Il y a aussi le centurion, cet officier romain qui a rendu hommage au crucifié avec foi et courage, vraiment cet homme était le fils de Dieu. Joseph d’Arimatie qui a été voir Pilate pour lui demander le corps du Christ.

L’expérience douloureuse de l’échec

Dans la Bible, le récit de la passion ne fait pas figure d’exception. Nombreux sont les récits qui relatent l’histoire d’hommes et de femmes qui font l’expérience douloureuse de l’échec.

Abraham avant de devenir le père d’une multitude, vit le drame de ne pas avoir d’enfants alors qu’il est déjà un vieillard. Moïse avant d’être le libérateur de son peuple fut un assassin obligé de se cacher dans le désert. Nous connaissons les jérémiades du prophète Jérémie, les lamentations de Job, le chant du serviteur souffrant d’Isaïe ou le désespoir du prophète Osée qui pleure l’échec de son couple. De nombreux psaumes font échos à la prière de ces pauvres qui appellent Dieu à leur secours.

Aujourd’hui comme hier, nous vivons dans la culture de la réussite. Dans le domaine professionnel, il nous faut être compétitifs si nous ne voulons pas être écrasés par la concurrence. Partout dans toutes nos relations, il nous faut être à la hauteur, répondre aux attentes, sortir du lot, être performants, montrer notre utilité, notre efficacité. Ce stress, cette obligation de réussir provoquent quelquefois chez beaucoup un « burn-out », fatigue, dépression, sentiment du vide. Si l’obligation de réussir est parfois présente, on n’a jamais vendu autant d’antidépresseurs.

L’évangile ne serait plus jamais l’évangile s’il n’avait pas cette capacité à constamment nous prendre à contre-pied et nous pousser à nous remettre en question. Le messie est mort crucifié et abandonné ! Humainement, celui que nous reconnaissons aujourd’hui comme notre sauveur a échoué !

Vivre un passage

Saint Paul le dit en ces termes : Jésus, lui qui est de condition divine, s’est dépouillé. Il est devenu semblable aux hommes. Il s’est abaissé. Il a rejoint les hommes jusqu’au plus bas de leur obscurité, non par goût malsain de la souffrance, mais pour vivre avec nous un passage.

Ce mot passage est d’ailleurs la traduction littérale du mot « Pâques » en hébreu. A Pâques, nous sommes invités à passer le Christ. Il vient nous rejoindre, là où nous sommes, empêtrés parfois dans nos épreuves, pour nous faire passer avec lui.

Il nous prend avec lui dans sa prière lorsqu’au jardin des oliviers, il s’adresse au Père en disant : « Abba, Père, tout est possible pour toi ! » Il nous prend avec lui dans sa passion pour nous faire passer de la méfiance à la confiance, de la défiance à l’espérance, du doute à la foi, et de la mort à la vie. Comme le dit saint Paul, le Christ Jésus s’est dépouillé pour nous élever. Il s’est abaissé pour nous faire passer, par lui, avec lui et en lui de l’ombre à la Lumière.

La puissance de l’amour

Oui, notre sauveur est crucifié ! La croix, cet arbre de mort, par lui est devenu l’arbre de Vie. Il nous révèle ainsi que l’unique puissance capable de renverser les portes de la mort est la puissance de l’amour et du pardon qui va jusqu’au bout pour une nouvelle alliance.

Au terme de cette célébration, disons merci au Seigneur de nous avoir tant aimés et d’avoir donné sa vie pour nous sauver. En remettant son esprit entre les mains du Père, il nous fait prendre conscience qu’en mourant, notre vie ne tombe pas dans le néant, comme voudrait nous faire croire la pensée athée, mais dans les « mains du Père ». Merci Seigneur de nous avoir tant aimés. Amen.

Lectures bibliques :
Marc 11, 1-10 ou Jean 12, 12-16 (Procession des rameaux) 
Isaïe 50, 4-7; Psaume 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a; Philippiens 2, 6-11; Marc 14, 1 – 5, 47 [ou lecture brève : Marc 15, 1-39]