L'année 2021 n'a pas été de tout repos pour le pape François | © Raphaël Zbinden
Suisse

2021: malgré le Covid, l’Eglise a posé des jalons pour le futur

Au-delà des «paralysies» globales, notamment imposées par la pandémie, l’année 2021 a été marquée, dans le monde, ainsi que dans l’Eglise universelle et suisse, par la volonté de faire avancer les choses.

4 mars 2021. Le porte-conteneurs Ever Given s’échoue en travers du canal de Suez. Il bloquera cette artère vitale du commerce international pendant près de quatre semaines, provoquant de vastes problèmes d’approvisionnement. Malgré cet «AVC» du transport de marchandises, l’économie mondiale connaîtra un sursaut exceptionnel.

Un épisode anecdotique mais peut-être emblématique de 2021, où de multiples blocages, en particulier dus à la pandémie, n’ont pas empêché les choses d’avancer et de croître.

Pour la planète et pour la vie

La sauvegarde de l’environnement a été un enjeu majeur. Même si certains en ont jugé les résultats insuffisants, les nations ont réussi à se réunir en novembre à Glasgow et à s’accorder pour lutter contre le réchauffement climatique.

Sur le plan du coronavirus, les scientifiques du monde entier ont travaillé d’arrache-pied pour fournir au monde des vaccins et les Etats des politiques qui ont permis de ralentir la progression de la pandémie dans certains endroits du monde.

«’Unifier’ a été un Leitmotiv du Vatican en 2021»

Autant de combats auxquels l’Eglise catholique s’est jointe. Un mois avant la COP26 en Ecosse, le pape a réuni autour de lui un panel de responsables religieux et scientifiques pour la signature d’un document en faveur de l’environnement. Il a également envoyé sur place le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, pour défendre la vision du Vatican sur la sauvegarde de la Maison commune.

Le pontife a aussi encouragé la vaccination, la qualifiant «d’acte d’amour». Il a offert lui-même très rapidement son bras aux doses nécessaires.

Renouvellement participatif

Une Eglise pleinement dans le mouvement du monde qui a elle aussi connu, en 2021, son lot de blocages. Les restrictions dues à la pandémie ont notamment continué d’entraver la vie religieuse des catholiques du monde entier.

Au Vatican, les problèmes de santé du pape l’ont contraint à limiter ses activités. Début juillet, le pontife a subi une opération du colon. L’intervention a suscité des rumeurs sur sa capacité à poursuivre son pontificat. Certains observateurs ont même évoqué l’idée d’un nouveau conclave. La santé de François se révélera finalement tout à fait satisfaisante, lui permettant de recommencer ses voyages et de continuer ses réformes.

Le pape François s’est bien remis de son opération à l’hôpital Gemelli de Rome, en juillet 2021 | © Vatican Media via AP/Keystone

En 2021, ces dernières ont touché aussi bien la curie romaine que l’Eglise universelle. Elles se sont apparentées à une vaste opération de diagnostic, de remise à niveau et de revitalisation. Fidèle à son credo participatif, François a voulu un renouveau impliquant l’ensemble du peuple de Dieu. Dans cet élan, l’année a certainement été cruciale.

Elle a notamment vu le lancement, en octobre, de la première phase du Synode sur la synodalité, interpellant les baptisés du monde entier sur leur vision de l’Eglise.

Couper les «branches mortes»

«Unifier» a ainsi sonné comme un Leitmotiv en 2021. Cet objectif s’est notamment incarné à travers le motu proprio Traditionnis custodes, publié en juillet. Le document limite la célébration de la forme extraordinaire du rite romain ayant cours avant Vatican II. L’intention du pape François est d’empêcher la cristallisation d’une Eglise parallèle, recentrée sur les anciens rites. Une décision qui provoquera des réactions d’opposition, surtout de la part des milieux traditionalistes.

«Avec la réforme du droit canon, le Vatican a activé une arme supplémentaire contre les abus sexuels»

Mais l’on ne peut reconstruire sans au préalable «nettoyer». Il s’est ainsi agi, en 2021, de débarrasser l’Eglise des lourds et encombrants reliquats du passé. Le mois de juin a ainsi vu l’aboutissement de la vaste réforme du droit canon pour lutter contre les abus et la corruption. Ce changement d’ampleur vise à adapter le droit de l’Eglise au monde actuel. Il s’agit en particulier de lutter contre un climat de «laxisme», sous couvert de «miséricorde», qui a permis notamment de passer sous silence de nombreux cas d’abus sexuels.

L’offensive anti-corruption s’est concrétisée avec l’ouverture du procès contre le cardinal Angelo Becciu, lié à l’affaire de «l’immeuble de Londres», dans laquelle le Saint-Siège s’est fait gruger de plusieurs dizaines de millions d’euros. La procédure, encore en cours, a souligné la volonté du pape de mettre un terme à l’impunité des cardinaux et du personnel de la Curie.

Le fléau des abus

Avec la réforme du droit canon, le Vatican a également activé une arme supplémentaire contre le fléau des abus sexuels, dont l’année écoulée a révélé l’ampleur encore insoupçonnée dans plusieurs pays.

En Allemagne, tout d’abord, un rapport accablant, rendu public en mars, révélait que des centaines de mineurs avaient subi des violences sexuelles dans le diocèse de Cologne entre 1975 et 2018. Des cas passés sous silence par plusieurs responsables religieux. Face au scandale, le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande remettra sa charge au pontife, lequel refusera sa démission.

Jean-Marc Sauvé a présidé une enquête aux résultats explosifs sur les abus sexuels commis dans l’Eglise en France | © THOMAS COEX / various sources / AFP (KEYSTONE/AFP/THOMAS COEX)

En octobre, ce fut au tour de l’Eglise en France de vivre sa grande introspection. Le rapport Sauvé, qui résulte d’une enquête indépendante à large échelle, de plusieurs années, a révélé des estimations horrifiantes de centaines de milliers de victimes de personnes en lien avec l’Eglise depuis 1950. Dans la foulée, les évêques de France ont fait leur mea culpa et mis en place une série de mesures destinées à tourner définitivement cette page sombre.

Nouveau visage de l’épiscopat suisse

Les chocs allemands et français ont orienté les projecteurs sur une enquête nationale, prévue de longue date dans l’Eglise en Suisse. Les contours généraux de l’étude ont été présentés en décembre 2021 pour un démarrage effectif en 2022.

Une avancée qui s’est inscrite pleinement dans l’élan général de l’Eglise dans le pays, inspiré directement de l’impulsion «franciscaine». Un signe en a été la nomination, en 2021, au siège de Coire, de Joseph Bonnemain. Ordonné en mars, il a succédé à Mgr Vitus Huonder, un évêque ultra-conservateur, considéré comme clivant et peu enclin aux réformes.

Mgr Joseph Bonnemain a été élu évêque de Coire en mars 2021 | © Raphaël Zbinden

Joseph Bonnemain est au contraire considéré comme une personnalité ouverte sur le monde, modérée et «bâtisseuse de ponts». Son arrivée à la tête de l’un des plus grands diocèses de Suisse a changé le visage de l’épiscopat du pays. Il siège ainsi désormais, à la Conférence des évêques, aux côtés d’autres prélats également résolus à faire bouger les lignes de démarcation dans l’Eglise.

Avant-postes vers l’avenir

Parmi eux se trouve Mgr Charles Morerod. L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) a déjà été un précurseur dans la lutte contre les abus sexuels au sein de son diocèse, notamment en lançant des enquêtes internes.

Il a aussi saisi au bond, en 2021, la balle du chemin synodal lancée par François. Dans une démarche inédite, le dominicain a placé des laïcs, dont une femme, à la tête de régions diocésaines des différents cantons, prenant ainsi la mesure de l’injonction du pape à revaloriser la place des laïcs dans l’Eglise.

Symboliques ou effectifs, tous ces pas ont été autant d’avant-postes pour s’aventurer dans les territoires inconnus de l’avenir. De 2021, beaucoup d’entre nous ont peut-être gardé l’impression d’une grande inertie et lassitude. Mais, à l’image du Synode sur la synodalité, les idées, les actions et les initiatives ont continué à être largement semées. Et l’on peut espérer que le monde, ainsi que l’Eglise universelle et suisse en recueilleront les fruits dans les prochaines années. (cath.ch/arch/rz)

L'année 2021 n'a pas été de tout repos pour le pape François | © Raphaël Zbinden
28 décembre 2021 | 17:00
par Raphaël Zbinden
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