Le Père Abbé d'Engelberg, Christian Meyer, avec son perroquet Rello (photo Barbara Ludwig)
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Le Père Abbé d'Engelberg, Christian Meyer, avec son perroquet Rello (photo Barbara Ludwig)

Abbé Christian Meyer: "J'espère retrouver mes perroquets au paradis"

11.07.2017 par Sylvia Stam, kath.ch / traduction Maurice Page

Le Père Christian Meyer, Abbé du monastère bénédictin d’Engelberg, dans le canton d’Obwald, a deux couples de perroquets dans son bureau. Ces oiseaux sont dotés d’une grande sensibilité et sont capables de jalousie, a-t-il expliqué à kath.ch. Il ne cache pas qu’il peste parfois contre eux quand ils sont trop bruyants.

Père Abbé, pourquoi possédez-vous quatre perroquets d’Amazonie?
Christian Meyer: Dans ma famille, nous avons toujours eu des animaux de compagnie: perruches, tortues, lapin nain ou encore un chat. Lorsque je suis entré au monastère, je savais qu’il n’y avait pas d’animaux. Une catéchiste et un assistant pastoral savaient que j’aimais beaucoup les oiseaux. Ils ont interrogé discrètement le Père Abbé pour savoir s’ils pouvaient m’offrir un perroquet pour mon anniversaire. L’Abbé a donné son autorisation. Il faut dire que je vivais à l’époque dans une cure, donc en dehors de la clôture monastique, la partie ‘fermée’ du couvent.

Comment sont arrivés les trois autres?
J’ai acheté un deuxième oiseau pour faire la paire. Ensuite, j’ai reçu un deuxième couple parce que leur propriétaire avait développé une allergie aux poussières fines. C’est une aventure d’avoir deux couples ensemble. Jusqu’à présent, ils ne sont pas reproduits. Je l’empêche en me mettant pas de nichoir dans la volière.

Les perroquets vivent en couple?
Les perroquets en liberté vivent en couple stable dans une colonie. Ils choisissent leur partenaire et restent ensemble toute leur vie. Mes perroquets vivent dans une volière dans mon bureau. Si je travaille longtemps dans mon bureau, ils peuvent quitter leur cage et prendre possession de tout l’espace.

Pourquoi aimez-vous les oiseaux en particulier
Leur variété de couleurs me plaît. Regardez simplement un merle. Le mâle est d’un noir profond, les femelles sont brunes avec un bec orange. Leur capacité de voler m’impressionne aussi beaucoup. Lorsqu’un de mes perroquets vole vers moi, on voit quelle force il faut pour le faire. C’est d’autant plus visible que l’un d’entre eux ne vole pas de manière très agile.

En tant que moine bénédictin, vous avez fait vœu de stabilité et pourtant vous êtes fasciné par des oiseaux qui peuvent s’envoler au loin.
La stabilité signifie que l’on est enraciné quelque part. Cela ne signifie pas que l’on ne peut pas s’envoler (rires). Les murs du couvent nous offrent un cadre de vie, mais nous ne sommes pas enfermés. Du silence qui règne dans un espace limité, nous tirons notre force. Mais le contact avec l’extérieur appartient aussi à notre monastère.

Mes oiseaux sont des perroquets à queue courte, ils ne volent pas sur de longues distances. Ils apprécient de voler, mais se tiennent aussi volontiers perchés et sont en quelque sorte stables.

Avez-vous une relation personnelle avec chacun de ces oiseaux?
Oui chacun a son nom et réagit quand on l’appelle. Rello et Chica forment le premier couple, l’autre se compose de Giszmo et Cara. Je connais toutes leurs particularités. L’un aime la nourriture épicée, l’autre préfère les aliments sucrés. Je leur donne donc ce qu’ils apprécient. La plus âgée Chica a 17 ans, je l’ai élevée. Il y a donc une vraie relation.

Quelle particularité avez-vous découvert chez vos perroquets?
Les perroquets sont des animaux très sensibles. Ils perçoivent les choses beaucoup mieux que nous les humains. Lors de la préparation d’un enterrement pas exemple, leur présence permet de parler différemment d’un cas de décès difficile. Les oiseaux sont alors aussi beaucoup plus calmes qu’ordinaire. Ils ressentent aussi quand j’ai besoin de repos ou si j’ai quelque chose de dur à digérer. Ils sont aussi d’excellents détecteurs de tremblements de terre. Si la volière s’agite durant la nuit, la terre a tremblé quelque part. Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles du matin pour le savoir.

Les perroquets aiment-ils certaines personnes plus que d’autres?
Oui, ils ont leurs sympathies ou leur antipathies. Ils peuvent vraiment être jaloux. Chica a un jour attaqué une de mes nièces. Elle avait remarqué qu’elle était très proche de moi. Elle lui a pincé la joue comme pour lui dire:”c’est mon maître !”.

Vos perroquets savent-ils parler?
Ils peuvent crier selon toutes les variations possibles (rires) et savent dire “hello”. Mais je ne peux parler avec chacun, car les autres deviennent jaloux.

Que leur dites vous?
Lorsque je les nourris le matin, je les appelle par leur nom et je leur dit bonjour. S’ils crient pendant longtemps et que je souhaite avoir un peu de tranquillité, je peste contre eux. Je regarde chacun et je lui dis: “Silence maintenant!”. Et cela marche.

Vos perroquets vous connaissent-ils?
Oui, ils savent ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Par exemple que je ne veux pas de cris quand j’entre dans la pièce. Lorsque d’autres personnes me remplacent durant les vacances, les perroquets poussent des cris stridents.

Selon vous, l’amour du prochain chrétien s’applique-t-il aussi aux animaux?
Pour moi il est important de respecter les animaux en tant que créatures, c’est-à-dire comme parties de la création. On ne doit pas traiter les animaux comme des objets, ils méritent notre attention. Dans notre société de consommation les animaux sont quelques fois simplement abattus.

Croyez-vous que les animaux ont une âme?
C’est une question difficile. L’Eglise dit certes que les animaux n’ont pas d’âme. Mais j’espère revoir au ciel mes anciens animaux de compagnie.

Cela veut dire aussi que les animaux ressuciteront?
Saint Paul dit que la création toute entière ressuscitera et entrera dans la vie nouvelle. Sur cette question, je suis en recherche et je tâtonne en chemin. Pour moi, il est surtout important d’accompagner les animaux avec attention sur cette terre.

Si l’un de vos oiseaux était malade et souffrait, le feriez-vous endormir?
J’espère que cela ne sera pas nécessaire. Mais si l’un deux avait un cancer et devait souffrir je le ferais endormir. Epargner des souffrances à un animal est aussi un acte d’attention.  Pour les humains, c’est autre chose. L’homme se trouve à un autre niveau. A mon avis, la mort appartient au processus de notre vie. Il se passe quelque chose de très important avec les proches.

Que se passera-t-il avec vos perroquets lorsqu’ils mourront?
Je les enterrerai quelque part dans le jardin. Mais je ne ferai pas de tombe, ni de monument. Je les rendrai simplement au cycle de la nature.  (cath.ch/kath.ch/sys/mp)

Chacun des perroquets du Père Abbé Christian Meyer a sa personnalité (photo Sylvia Stam)
Chacun des perroquets du Père Abbé Christian Meyer a sa personnalité (photo Sylvia Stam)
L'Abbé d'Engelberg, Christian Meyer a une relation personnelle avec ses perroquets (photo Sylvia Stam)
L'Abbé d'Engelberg, Christian Meyer a une relation personnelle avec ses perroquets (photo Sylvia Stam)

Série d’été: ‘animaux et religions’

Cath.ch, en collaboration avec kath.ch, proposera durant tout l’été une série d’enquêtes et de reportages sur le thème ‘animaux et religions’. De tout temps l’animal a eu une place importante dans la vie des hommes, comme source de nourriture, force de travail, gardien ou compagnon. Toutes les religions lui accordent une place singulière. Les rapports entre la divinité, l’homme et l’animal sont souvent complexes parfois conflictuels. Cette petite balade hebdomadaire vous conduira des sacrifices d’animaux de la Bible aux véganes, en passant par les cimetières d’animaux.

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