Australie: Le voyage de Benoît XVI, un défi pour le pape et pour l’Eglise australienne
Apic- Dossier
Visite au coeur d’une société multiculturelle fortement sécularisée
Rome, 10 juillet 2008 (Apic) Le 12 juillet 2008, Benoît XVI s’envole pour Sydney pour un voyage qui s’achèvera le 21 juillet, à l’occasion de la 23e Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ). Il s’agit d’un vrai défi pour le pape et pour l’Eglise australienne, vivant au coeur d’une société multiculturelle fortement sécularisée.
Ce 9e déplacement du pape à l’étranger sera son plus long voyage, tant en termes de kilomètres que de durée, même si, au cours des 8 jours passés en Australie, le pape se reposera 4 jours et remplira ses engagements officiels pendant 4 autres journées.
Outre les rencontres avec les jeunes, Benoît XVI ne manquera pas de saluer les autorités locales ainsi que le clergé australien et les représentants d’autres religions. Pour cette 4e visite d’un pape sur le continent australien, Benoît XVI rencontrera l’Eglise locale, une réalité encore jeune dans une société multiculturelle et déjà fortement sécularisée.
Le troisième pape en Australie
C’est au terme de 21 heures de voyage que Benoît XVI foulera, pour la première fois, le sol australien. 3e pape à visiter le continent après Paul VI (en 1970) et Jean Paul II (en 1986 et en 1995), Benoît XVI, âgé de 81 ans, se reposera 4 jours, dès son arrivée, afin de se remettre de la fatigue du voyage et des 8 heures de décalage horaire. Il sera accueilli par un centre géré par la prélature de l’Opus Dei, le ’Kenthurst Study Centre’, situé au nord-ouest de Sydney, en pleine nature.
Ce n’est que le 17 juillet que le pape débutera ses engagements officiels, accueilli tout d’abord par les autorités civiles à Sydney, avant de se rendre à la rencontre des quelque 200’000 jeunes attendus pour la 23e JMJ. Le pape s’adressera à eux lors de 3 grands rendez-vous: le 17 juillet pour la cérémonie d’ouverture, puis le 19 juillet au soir lors de la grande veillée organisée sur l’hippodrome de Randwick et, enfin, le 20 juillet, pour la messe de clôture.
Deux rencontres plus personnelles entre le pape et les jeunes seront également organisées le 18 juillet. Benoît XVI déjeunera d’abord avec une douzaine de jeunes des cinq continents au palais épiscopal puis, en milieu d’après-midi, rencontrera des jeunes en difficulté.
Au cours de ce voyage de 10 jours, le pape doit prononcer 9 discours et 2 homélies. Par comparaison, lors de son dernier voyage, aux Etats-Unis (15-20 avril), le pape avait prononcé une quinzaine de discours en 6 jours.
Une Eglise jeune
Il s’agira pour Benoît XVI de présider les secondes JMJ de son pontificat après celle de Cologne en août 2005, convoquées à l’origine par Jean Paul II, décédé 4 mois avant l’événement. Il s’agit donc en quelque sorte de la ’première’ JMJ de Benoît XVI. La réussite de ces journées est un défi, tant pour le pape que pour l’Eglise en Australie. Pour Benoît XVI, il s’agira de confirmer un lien que son prédécesseur avait rendu très fort avec les jeunes mais encore à consolider pour lui.
Quant à l’Eglise en Australie, encore très jeune (la première messe catholique y fut autorisée en 1803), elle souffre du contexte dans lequel elle évolue: une société multiculturelle et fortement sécularisée. C’est donc un défi missionnaire que s’est lancé l’Eglise en Australie à cette occasion. Sur la durée, puisqu’un plan d’évangélisation a d’ores et déjà été lancé pour les 20 prochaines années.
En outre, pour l’Australie, cette JMJ est l’un des plus grands événements de masse jamais organisé. 200’000 jeunes sont attendus au cours de cette semaine, dont 100’000 Australiens. Mais, en raison de la distance et du coût du voyage, beaucoup de jeunes des autres continents ne pourront pas participer directement à ce rassemblement qui a vu jusqu’à 5 millions de participants à Manille (Philippines) en 1995.
A la demande de ceux qui ne peuvent pas se rendre à Sydney, des rassemblements ont été organisés dans les diocèses du monde entier pour fêter, en lien avec le pape et les jeunes rassemblés en Australie, cette 23e JMJ. C’est la première fois que ces rassemblements prendront une telle dimension. En France comme en Suisse, des initiatives ont été lancées dans plus de 10 lieux différents où plusieurs milliers de jeunes sont attendus.
Culture aborigène mise en valeur
A Sydney, les Australiens et les jeunes venus des îles du Pacifique devraient, une fois n’est pas coutume, être majoritaires dans ce rassemblement. La culture aborigène locale sera mise en valeur au cours de certaines cérémonies, par des danses et des chants typiques ou encore par la décoration de certains lieux sacrés créés pour l’occasion.
Benoît XVI découvrira aussi la réalité ecclésiale de l’Australie en se recueillant notamment sur la tombe de la seule et unique bienheureuse du pays, Mary MacKillop (1842-1909), fondatrice d’un ordre religieux, béatifiée par Jean Paul II en 1995, lors de son second voyage à Sydney. (apic/imedia/ms/be)
Le pape en Hongrie du 16 au 20 août
APIC – Dossier
Jacques Berset, Agence APIC
«L’Eglise du Concile doit devenir visible»
Budapest, 25juillet(APIC) Le pape Jean Paul II se rendra pour la première
fois en Hongrie du 16 au 20 août, au retour de la VIè Journée mondiale de
la Jeunesse, célébrée cette année à Czestochowa (Pologne). Ce sera l’occasion pour l’Eglise catholique en Hongrie de montrer son vrai visage, après
plus de quatre décennies de régime communiste. Un régime qui a tout fait
pour isoler l’Eglise hongroise des développements de l’Eglise universelle
et donner d’elle l’image d’une institution surannée et cléricale, en empêchant notamment la catéchèse et l’engagement des laïcs.
C’est donc une Eglise «affaiblie» par toutes ces années de contrôle et
de persécution, mais prête désormais à offrir à des autorités civiles démocratiquement élues son concours pour la «reconstruction morale» du pays,
que le pape Jean Paul II va aller encourager. Une «reconstruction morale»
que d’aucuns – comme les jeunes libéraux du parti Fidesz – redoutent,
craignant la restauration d’une Eglise qui, dans l’entre-deux-guerres,
était considérée comme autoritaire et éloignée des préoccupations du peuple. Une Eglise également qui n’a pas toujours su résister de façon unanime
durant le régime communiste, et qui s’est laissée en partie diviser par la
mise sur pied d’un «Mouvement des prêtres pour la paix».
Cette organisation sacerdotale proche du régime «ne sert ni Dieu ni
l’Eglise hongroise, mais uniquement les intérêts du parti communiste»,
écrivait il y a deux ans Mgr Jozsef Szendi, évêque de Veszprem, dans une
lettre ouverte au cardinal Laszlo Paskai, primat de Hongrie. La réputation
de ce dernier n’est d’ailleurs pas sortie grandie de cette période et certains milieux l’accusent d’avoir lui-même «collaboré». Aujourd’hui que les
«prêtres pour la paix» ont disparu, une certaine méfiance demeure.
Une Eglise à reconstruire
Cette visite pastorale devrait permettre à «l’Eglise du Concile de devenir visible», déclare Mgr Istvan Seregély, président de la Conférence des
évêques de Hongrie et archevêque d’Eger. Expliquant les difficultés d’organisation que rencontre l’Eglise catholique dans la préparation de cette
première visite du pape, Mgr Seregély relève qu’après des décennies d’oppression, elle n’a plus l’expérience nécessaire pour mettre sur pied un
événement de cette envergure. Ainsi la préparation, commencée il y a deux
ans déjà, a d’abord débuté très lentement avant, finalement, de démarrer
vraiment.
La phase de préparation s’est concentrée avant tout sur la nécessité de
donner aux Hongrois «une information exacte sur l’Eglise du Concile Vatican
II». L’Eglise hongroise attend des Eglises-soeurs de l’Ouest qu’elles fassent montre de «patience», explique Mgr Seregély, «car nos expériences
d’Eglise ici en Hongrie ne doivent pas être jugées selon les critères occidentaux».
En effet, poursuit-il, «ce que les communistes ont mis ici quarante ans
à détruire, il faudra également quarante ans pour le reconstruire». Des générations entières ont ainsi été éduquées dans l’idéologie marxiste-léniniste; l’école et les médias ont durant des décennies présenté la religion
comme étant «l’opium du peuple». De plus, notamment en raison de la langue,
l’Eglise catholique en Hongrie a été largement tenue à l’écart des développements intervenus au sein de l’Eglise universelle, et peu nombreux sont
ceux qui ont pu rompre cet isolement, affirme l’archevêque d’Eger. Certains, comme lui-même – il a été prêtre près de la frontière avec l’Autriche – ont pu se tenir au courant, notamment en suivant les émissions religieuses étrangères.
Un problème central de l’ère post-communiste : la formation des laïcs
Le président de la Conférence épiscopale hongroise estime que l’individualisme et un libéralisme parfois mâtiné d’anticléricalisme représentent
le problème central de l’ère post-communiste. Sans parler du manque de formation des laïcs. Pour faire face à ces défis, l’Eglise dispose de peu
d’effectifs et de faibles moyens financiers. Ainsi, un archevêché comme
Eger, au Nord-Est de Budapest, comptait en 1945 plus de 700 prêtres. Il n’y
en a plus que 300 aujourd’hui. 60 candidats au sacerdoce étudient
actuellement au séminaire d’Eger, alors qu’ils devraient être 120 pour
couvrir les besoins.
Mais le problème le plus urgent à résoudre, aux yeux de la hiérarchie
catholique hongroise, est la formation des laïcs, dont l’intégration dans
la vie de l’Eglise sur une grande échelle était rendue impossible par le
contrôle exercé par les communistes. Un des aspects positifs de cette traversée du désert durant plus de quatre décennies est le développement encourageant de l’oecuménisme avec les Eglises issues de la Réforme, une réalité nouvelle par rapport à la période de l’entre-deux-guerres, née d’une
souffrance commune.
L’un des défis majeurs que le pape aura à affronter en Hongrie – où la
population, se libérant du joug du matérialisme dialectique, a vite été
gagnée par le matérialisme pratique et la fièvre consumériste occidentale est la question de l’avortement, un thème délicat à manier. Un mois avant
la visite de Jean Paul II, les évêques hongrois ont d’ailleurs publié une
déclaration commune sur la protection de la vie à naître. Dans sa prise de
position, l’épiscopat hongrois dénonce l’actuelle loi sur l’interruption de
grossesse, qualifiée de très libérale. On enregistre en effet dans le pays
quelque 90’000 avortements par an. Cette question sera donc à nouveau l’un
des thèmes controversés de cette visite pastorale, les libéraux hongrois
entendant bien faire entendre leur voix à cette occasion.
Quelques repères historiques
Il y a trois ans, la célébration de l’Année jubilaire à l’occasion du
950ème anniversaire de la mort, le 15 août 1038, de Saint Etienne, premier
roi chrétien de Hongrie, signifia un nouveau tournant pour l’Eglise catholique dans le pays. D’importantes manifestations avaient marqué ce jubilé,
et l’Etat s’était associé aux cérémonies en l’honneur du saint patron de la
Hongrie.
L’année 1988 – on n’envisageait pas alors d’assister un an après à la
chute du «Mur de Berlin» – marquait ainsi une nouvelle étape dans l’amélioration des relations (déjà meilleures que dans d’autres pays socialistes)
entre le gouvernement hongrois et l’Eglise catholique.
Saint Etienne est considéré comme le père de la nation hongroise pour
avoir transformé des clans semi-nomades en un peuple uni. Fils d’un prince
païen de la région du Danube qui avait épousé une chrétienne, Sarolt, qui
eut une grande influence sur la christianisation de la Hongrie, Vaïk fut
baptisé vers l’âge de quinze ans par saint Adalbert de Prague et reçut
alors le nom d’Etienne, en hommage au premier martyr. Il prit alors pour
épouse une princesse catholique de Bavière, Gisèle, et à vingt ans il succéda à son père.
Il reçut de Rome le titre de «Roi apostolique», titre qui fut d’ailleurs
conservé par ses successeurs, et le privilège de porter la croix devant
lui, comme les légats. Il eut la remarquable idée de faire venir en Hongrie
des moines de Cluny, fonda dix diocèses, construisit des églises et des relais pour les pèlerins se rendant à Jérusalem, Rome ou Ravenne. Le saint
roi, canonisé par Grégoire VII en même temps que son fils Emeric, mourut le
15 août 1038, en la fête de celle qu’il appelait la «Grande Dame des Hongrois». La reine Gisèle entra alors chez les bénédictines de Passau et mourut abbesse de Niederburg.
L’»accord» partiel de 1964
Mais le premier grand tournant dans les relations entre le Saint-Siège
et Budapest (qui ont rétabli cette année leurs relations diplomatiques
après plus de quatre décennies d’interruption) date du 15 septembre 1964,
quand le Saint-Siège et la République populaire de Hongrie signaient un
«accord» portant sur des «questions d’intérêt commun», obtenu sous la houlette de l’artisan de l’»Ostpolitik» du Vatican, Agostino Casaroli, qui allait devenir plus tard cardinal secrétaire d’Etat du Vatican. Cet «accord»,
partiel mais tout de même historique, a donné au pape la possiblité de nommer lui-même des évêques et permis la réintégration progressive de l’Eglise
dans la société hongroise.
Cette ouverture progressive faisait tout de même suite à une longue période de persécution de l’Eglise, illustrée par le procès fabriqué de l’hiver 1949 contre le cardinal Jozsef Mindszenty, primat de Hongrie. On était
en pleine guerre froide et en pleine dictature stalinienne, et le primat
fut condamné à la réclusion à perpétuité, notamment pour «haute trahison,
espionnage et atteinte à la sécurité de l’Etat». Libéré lors de l’insurrection de Budapest en 1956, le cardinal Mindszenty chercha asile à l’ambassade américaine après l’écrasement de la révolte hongroise par les chars russes. Isolé, il avait un peu perdu le sens des réalités (il demanda en avril
1961 au cardinal König venu le visiter dans son refuge de l’ambassade des
USA à Budapest pourquoi les Américains ne chassaient pas les Russes de Hongrie). Après de difficiles négociations, le cardinal primat de Hongrie fut
finalement autorisé à quitter le pays en 1971. Il mourut en Autriche le 6
mai 1975 et c’est seulement en mai de cette année – après avoir été officiellement réhabilité en septembre 1989 par le gouvernement hongrois – que
la dépouille du célèbre prélat anti-communiste a été solennellement rapatriée dans son pays natal.
Il est d’ailleurs significatif que c’est à Esztergom, sur la tombe de
celui qu’il a qualifié de «grande figure de prêtre et d’évêque», qui a donné un «généreux témoignage de fidélité à l’Eglise», que le pape Jean Paul
II se rendra le 16 août, premier jour de sa première visite pastorale en
Hongrie. (apic/be)
Encadré
La République de Hongrie (le qualificatif de «populaire» lui a été enlevé
le 23 octobre 1989 lors d’une modification constitutionnelle) compte plus
de 10 millions d’habitants pour une superficie de quelque 93’000 km2. Le
chef de l’Etat démocratiquement nommé est le président Arpad Göncz et le
premier ministre est Joszef Antall, chef du gouvernement, membre du Forum
démocratique.
Les principaux partis politiques sont le Forum démocratique hongrois
(MDF), de centre-droit – qui a gagné les élections législatives du printemps 1990, les premières élections libres depuis 1947 – et son grand rival, l’Alliance des démocrates libres (SzDZs, social-libéral), ainsi que le
Parti des petits propriétaires, la Fédération des jeunes démocrates (FIDESz), le Parti chrétien démocrate (PCD). L’ancien parti unique, le Parti
socialiste ouvrier hongrois PSOH, a donné naissance à deux partis devenus
minoritaires, le Parti socialiste hongrois PSH et le parti communiste,
resté orthodoxe, toujours appelé PSOH.
Les Hongrois (Magyars) ne sont pas des slaves et leur langue est rattachée au groupe finno-ougrien. Plusieurs millions de Magyars vivent comme
minorités hors des frontières nationales (Transylvanie, Voïvodine, Transcarpathie,…), tandis que des minorités nationales (tziganes, Allemands
appelés «Souabes du Danube», Slaves,…), vivent à l’intérieur des frontières hongroises. Comparée à d’autres pays d’Europe centrale et orientale,
l’homogénéité de la population hongroise (plus de 95% de Magyars) est toutefois remarquable. Du point de vue religieux, les Hongrois sont majoritairement catholiques (plus de 60 %), mais les protestants forment tout de même environ 20 % de la population. La pratique religieuse chez les catholiques, par exemple, ne dépasse cependant guère le chiffre de 10 %. (apic/be)
Jean Paul II en Asie (270989)
APIC-DOSSIER
Timor Est: une visite délicate
Fribourg, 27septembre(APIC) La visite qu’effectuera Jean Paul II à Timor
Est risque fort de s’inscrire comme l’une des plus délicates des voyages du
pape. Jean Paul fera en effet une brève visite à Timor Est le 12 octobre.
Il se rendra à Dili, siège de l’unique diocèse catholique. Programmée entre
la visite qu’il fera la veille à Florès et celle qui le mènera le lendemain
à nouveau à Djakarta, la capitale indonésienne, cette visite risque fort de
provoquer une profonde blessure dans la population de Timor Est occupé par
l’Indonésie depuis 1976.
Située au nord de l’Australie et au sud-est de l’Indonésie, dans le prolongement des îles de la Sonde, l’île de Timor est montagneuse et jouit
d’un sol riche, sous un climat favorable. Elle fut découverte et colonisée
par les Portugais en 1520, qui cédèrent aux Hollandais la partie occidentale de l’île en 1559. Pendant des siècles, deux sphères d’influences se partagèrent donc ce territoire. Joint d’abord à l’administration de Macao, le
Timor portugais devint, en 1896, province portugaise autonome. La partie
occidentale de l’île fut ensuite intégrée à l’Indonésie au moment de l’indépendance (1949). Quant à Timor Est, près de 600’000 habitants, il vit reconnaître son droit à l’auto-détermination par le Portugal après la «Révolution des oeillets» (1974) et, après quelques troubles, l’indépendance fut
proclamée après le départ des Portugais. Le FRETILIN (Front timorais de libération nationale) constitua un gouvernement qui fut reconnu par le Portugal.
Annexé de force
Dix jours seulement après la proclamation de l’indépendance par le FRETILIN, le 7 décembre 1975, au mépris du droit international et en contradiction avec la Charte des Nations-Unies, l’Indonésie, à l’instar de ce
qu’avait fait les Etats-Unis pour la Grenade, envahissait avec une sauvagerie inouïe Timor Est. L’Indonésie, qui s’était pourtant engagée devant
l’ONU à ne jamais revendiquer la souveraineté sur le Timor oriental, justifia son intervention par le danger communiste que représentait le nouvel
Etat indépendant.
Depuis l’annexion – qui n’a été reconnue ni par l’ONU ni par le Vatican
-, l’Indonésie s’est obstinée et cherche à étouffer la résistance du peuple
timorais. Les organisations internationales engagées dans les causes des
droits de l’homme, notamment Amnesty International, ne cessent depuis de
dénoncer la répression, les brutalités, sévices, tortures systématiques et
assassinats commis par l’armée indonésienne contre les indépendantistes.
Selon un rapport d’Amnesty International publié en mai 1985, 200’000 au
moins des quelque 600’000 Timorais ont trouvé la mort depuis l’invasion indonésienne. D’autres rapports attestent que des communautés entières ont
été déplacées et installées dans des villages placés sous surveillance militaire. Le pouvoir d’occupation impose également la langue et la culture
indonésienne dans les écoles, comme il tente d’»indonésianiser» toute la
vie économique et sociale. Il en résulte, comme l’a souligné Mgr Carlos Belo, administrateur apostolique de Dili, une dépendance généralisée des Timorais, qui sont en train de devenir «des citoyens de deuxième classe sur
leur propre terre».
L’isolement de l’Eglise à Timor Est
Unique diocèse de Timor Est, Dili est administré directement par le Vatican. Administrateur apostolique, Mgr Belo, qui a succédé à cette fonction
à Mgr da Costa Lopez en 1983, n’est pas membre de la Conférence épiscopale
indonésienne. Dili, la seule ville où les Timorais jouissent d’une certaine
liberté de déplacement, est peuplée de 60’000 Indonésiens et de 20’000 Timorais seulement.
L’Eglise du Timor oriental travaille dans l’isolement et sous des contraintes politiques certaines. Mgr Belo et son prédécesseur, mais aussi les
religieux et le clergé timorais ont régulièrement dénoncé les atrocités
commises contre la population. En novembre 1983, les évêques indonésiens
ont, dans une lettre aux clergé timorais, reconnu «la souffrance et l’oppression vécues par le peuple de Timor Est», affirmant que la responsabilité de l’Eglise indonésienne est de «lutter… pour faire reconnaître et respecter ce qu’il y a de plus sacré pour le peuple de Timor oriental: sa religion, sa famille et sa terre». En mars 1984, les évêques portugais ont
publié une déclaration similaire. En 1984 toujours, devant le nouvel ambassadeur d’Indonésie près le Saint-Siège, Jean Paul II avait dit publiquement
son espoir que l’identité ethnique, religieuse et culturelle du peuple timorais soit l’objet d’»une attention spéciale», Que dira le pape à l’occasion de sa prochaine visite?
En juillet dernier, Mgr Belo disait placer de grands espoirs dans la visite de Jean Paul II. «Nous avons besoin du soutien du pape, de ses encouragements, déclarait-il» Quelques semaines plus tôt, l’évêque avait écrit
au secrétaire général de l’ONU pour réclamer l’autodétermination de Timor
Est. L’initiative avait aussitôt été désavouée par le pro-nonce apostolique
à Djakarta: «La requête ne reflète pas les aspirations de la population locale et Mgr Belo n’aurait pas dû se mêler de politique», devait-il commenter.
L’annexion forcée de Timor Est est doublée d’une autre visée: l’épiscopat de Djakarta veut le rattachement du diocèse de Dili à l’Indonésie. Le
Vatican s’y oppose tant que la situation n’est pas réglée au plan international. La question est en tout cas délicate pour l’Eglise face aux autorités de l’Indonésie.
Mgr Belo n’a pas caché que c’est sur ordre de l’épiscopat de Djakarta
qu’il a invité le pape dans son diocèse. La visite de Jean Paul II risque
fort d’apparaître comme une caution à l’annexion. Au moment de la visite,
un certain nombre de détails seront importants: le pape célèbrera-t-il
l’eucharistie sur la place de Taci-Tolu (où des milliers de Timorais ont
été exécutés)? s’exprimera-t-il en tetum, la langue des Timorais, ou en indonésien? quel sera son message lors d’une visite organisée surtout depuis
Djakarta, sans grande concertation avec l’évêque et le clergé de Dili? Les
Timorais redoutent en tout cas que le voyage du pape ne débouche sur trop
de concessions au gouvernement et à l’épiscopat indonésiens. On prête au
Père Tucci, organisateur des voyages pontificaux, les propos suivants: «Ce
n’est pas pour 400’000 catholiques (timorais) que nous allons sacrifier
toute une chrétienté» (réd, les 4 millions de catholiques indonésiens).
Le pape rencontrera à Timor une chrétienté dynamique. En 1975, on y dénombrait 30% de catholiques. Ils sont aujourd’hui près de 500’000, près de
80% de la population. (apic/cip/pr)



