Le 'Réseau Laudato si' entend mieux coordonner les efforts, afin de réaliser les postulats de l’encyclique du pape François au Tessin | © Maurice Page
Dossier

«L’Église n’est pas née pour dominer, mais pour servir»

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Vu de Lugano*: Cristina Vonzun/catt.ch

Aujourd’hui, dans le diocèse de Lugano, l’Église catholique n’est plus enracinée dans une culture, une société, une politique chrétienne. Elle est dans le monde – au sens sécularisé du terme. Un monde qui a largement oublié ses origines culturelles chrétiennes. Se plaindre de cet état est de fait totalement inutile et, probablement, même contre-productif.

Cristina Vonzun, directrice du Centre catholique des médias de Lugano | © Regula Pfeifer

En lieu et place de se plaindre du contexte socio-culturel actuel qui a oublié ses racines chrétiennes, il faut entrer dans la proposition que le synode, lancé en octobre dernier par le pape François, offre à l’Église.

Le sixième thème synodal – «L’Église n’est pas née pour dominer, mais pour servir et nous, donc, avec elle» – nous invite à réfléchir sur le dialogue au sein de l’Église et dans la société. Le concile Vatican II, avec la Constitution pastorale Gaudium et spes, au numéro 40, offre l’image d’une Église et d’un monde unis par un même destin. Mais comment partager le destin de la société actuelle?

Je crois que ce fléau pandémique, qui nous rend tous plus humbles et plus fragiles, tous dans le même bateau, apporte une réponse à cette question, ouvrant l’Église et la société à des horizons communs de solidarité et de dialogue.

Pensons aux nombreuses initiatives lancées dans l’ensemble de la Suisse italienne qui, sans offrir de réflexions particulières, au fil des semaines racontent des histoires de dialogue concret entre Église et société: les réponses aux besoins des bénévoles de Saint Vincent; les initiatives de solidarité et d’accueil des pauvres du frère capucin Martino Dotta; les «Amici della Colletta» qui se sont associés au «Tavolino Magico» (La petite table magique) – initiative qui offre de la nourriture saine et fraiche aux personnes et familles qui rencontrent des difficultés financières; l’«Ape solidale» (l’abeille solidaire) et bien d’autres œuvres qui sont le fruit d’un dialogue que nous racontons, peu à peu, dans les pages de Catholica, l’encart hebdomadaire publié le samedi dans le quotidien Corriere del Ticino.

«Pensons aux nombreuses initiatives lancées dans l’ensemble de la Suisse italienne qui, au fil des semaines, racontent des histoires de dialogue concret entre Église et société.»

La société suisse italienne d’aujourd’hui est-elle sans référence au Christ? Je ne sais pas, elle est certainement une société où le dialogue entre l’Église et ce qu’on appelle le «monde», quand il existe, porte de bons fruits.

Pensons aux initiatives organisées par le Réseau Laudato si’, un exemple récent de coordination de plusieurs associations en faveur de la sauvegarde de la planète. C’est le pape lui-même qui nous encourage à emprunter ce chemin d’Église, espace de rencontre entre le monde séculier et celui du croyant.

Et même Mgr Lazzeri, dans sa sixième lettre pastorale, relance l’hypothèse de travail des «laboratoires de l’espérance» ; des lieux de rencontre et de partage à concevoir pour répondre aux besoins identifiés sur le territoire – ensemble. 

Et l’abbé Mauro Lepori a raison lorsque, dans son interview sur Catholica et catt.ch, il soutient que l’Eglise catholique actuelle est «une Eglise plus humble», qui vit sa mission dans un état de partage.

Dans ce point de vue, le document mentionné précédemment, Gaudium et Spes, nous invite à lire «les signes des temps» pour être une Église dans l’histoire, incarnée, servante et pauvre. Les signes des temps sont tous là, dans ce temps de Covid qui, d’une façon ou d’une autre, change tout et tout le monde.

Il nous fait vivre éloignés les uns des autres, mais au même temps aussi tous dans le même bateau.

Ceci exige de surmonter les oppositions, de se tenir aux côtés de ceux qui sont plus vulnérables et nous ouvre à des questions profondes sur le sens de la vie, sur la nécessité de nous renouveler et de renouveler nos modes de vie.

En ce moment, le dialogue se réalise en partageant les souffrances et les joies de tout le monde.

Sans oublier qu’il n’y a pas seulement de pauvreté matérielle, mais que la culture elle-même est pauvre, dans un monde d’anxiétés et d’agitations personnelles et sociales.

L’Église, composée de ceux qui essaient de croire, est aussi pauvre, et marche aux côtés des autres, sans «recettes», mais avec discrétion et amour, en partageant.

Finalement, revenons au Concile Vatican II. Je vous propose de relire le message que les Pères conciliaires ont écrit au début de l’assis, le 20 octobre 1962:

«En effet, en adhérant au Christ, non seulement nous ne nous soustrayons pas à nos soucis et à nos travaux, mais la foi et l’espérance du Christ nous poussent à vivre le monde comme un service à nos frères, à l’exemple de Jésus qui n’est pas ›venu pour être servi mais pour servir’ (Mt 20,28), tout comme l’Église n’est pas née pour dominer mais pour servir et nous, donc, avec elle. Il a donné sa vie pour nous et nous devons donner notre vie pour les frères’ (1 Jn 3,16)».

«Il n’y a pas seulement de pauvreté matérielle, mais que la culture elle-même est pauvre, dans un monde d’anxiétés et d’agitations personnelles et sociales.»

N’y a-t-il pas dans ces mots, une invitation à réfléchir sur un style de présence et de dialogue au sein de l’Église, comme aussi entre l’Église et la société, à approfondir dans cette période synodale? (cath.ch/catt.ch/cv/dp)

*Une collaboration entre centres médias
C’est déjà le cas actuellement, mais de manière ponctuelle. Désormais, cath.ch publiera régulièrement des articles proposés par les rédactions de Zürich et Lugano illustrant, décryptant ou analysant une réalité ecclésiale de leur région linguistique qui intéresse le reste de la Suisse. Cela afin de faire découvrir aux lecteurs des spécificités régionales, au-delà d’une simple actualité.

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Le 'Réseau Laudato si' entend mieux coordonner les efforts, afin de réaliser les postulats de l’encyclique du pape François au Tessin | © Maurice Page

Une collaboration entre centres médias

C’est déjà le cas actuellement, mais de manière ponctuelle. Désormais, cath.ch publiera régulièrement des articles proposés par les rédactions de Zürich et Lugano illustrant, décryptant ou analysant une réalité ecclésiale de leur région linguistique qui intéresse le reste de la Suisse. Cela, afin de faire découvrir aux lecteurs des spécificités régionales, au-delà d’une simple actualité.

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