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Théophane, 22 ans, «explorateur de la foi»

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Théophane Trojniar, à 22 ans, a la tête pleine de projets et de rêves. La foi et l’Eglise sont, pour le Fribourgeois, des champs d’exploration vers son «identité heureuse».

Chemise jeans bleue, manteau noir et barbichette, le grand jeune homme paraît tout à fait à sa place dans ce café branché de Fribourg. Il indique qu’il va, suite à l’interview avec cath.ch, aller chez le coiffeur pour troquer sa touffe de cheveux qui s’élance vers le ciel contre une coupe «typique des joueurs de tennis des années 80». Sa silhouette svelte révèle effectivement un goût prononcé pour le sport. Outre les courts de tennis, il parcourt régulièrement l’asphalte, la course à pieds étant sa seconde marotte sportive.

Comme beaucoup de jeunes de son âge, il partage sa vie entre de nombreux intérêts. Déterminé à devenir journaliste, il réalise actuellement une «passerelle» pour entrer à l’université. Il est bien conscient que c’est maintenant qu’il pose les jalons de sa vie future.

Se découvrir à travers l’autre

L’orientation religieuse est aussi à l’ordre du jour. Cela fait des années qu’il se pose des questions. Né dans une famille de culture catholique, d’un père d’origine polonaise et d’une mère d’origine française, Théophane a naturellement cherché des réponses dans l’Eglise. Même s’il assure que son éducation religieuse, familiale ou scolaire, n’a pas décidé de son engagement dans des projets d’Eglise. «Je suis allé de mon propre chef, pour voir comment c’était». Il est ainsi parti en Pologne pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), à Cracovie, en 2016. Il a participé ensuite à l’organisation du festival chrétien «Crossfire», qui a électrisé Belfaux en juillet 2018.

Pour autant, le jeune Fribourgeois ne s’estime pas réellement «croyant». Il est, selon ses propres termes, en recherche, dans une forme d’expérimentation, d’exploration, de l’Eglise et de sa propre identité. La foi est pour lui davantage de l’ordre du «pari» que de la conviction intime.

Théophane Trojniar pose un regard libre sur l’Église | © Raphaël Zbinden

Il réalise sa quête surtout au gré de ses rencontres, notamment avec d’autres jeunes ayant des approches très diverses de la spiritualité. Théophane a trouvé «paradoxalement», à travers ses contacts dans l’Eglise catholique, des occasions de rencontrer des personnes d’autres confessions et religions. Ce sont-là ses meilleurs véhicules pour avancer dans la compréhension du monde, de la vie, de la croyance. «Je mets les autres religions sur le même plan que le catholicisme, assure-t-il. Comme les être humains sont tous différents, ils ont tous des façons différentes de trouver leur voie. Mais le but est toujours le même, d’atteindre une vie pleine et heureuse». Il ne lui viendrait pas à l’idée de rester dans un cercle restreint de personnes du même milieu. Le trinational (suisse-polonais-français), se considère comme un «citoyen du monde» et préfère voyager vers de multiples horizons.

Le fléau des «Tartuffes»

S’il se fait de temps en temps pratiquant, il considère que ce n’est pas sa réellement sa voie. «Quand j’allais à la messe dans mon enfance, les idées que j’entendais me convenaient, mais pas la manière de faire». Si les célébrations le déçoivent souvent, il y trouve tout de même matière à expérimentation. Il «teste» même les offices avec des amis dont certains ne sont pas du tout croyants, mais qui sont comme lui désireux de découvrir des réalités nouvelles. «Certaines messes sont ennuyeuses, d’autres énergiques. Je pense que les prêtres devraient faire attention à cela. Car pour un jeune, cette ‘première impression’ peut être décisive».

Théophane, ne se sentant aucunement lié à l’Eglise, pose sur elle le regard libre, parfois revendicateur, mais aussi compréhensif, de la jeunesse. Il a sa propre opinion sur l’institution, forgée autant par son expérience personnelle que par ce qu’il a pu entendre dans ses rencontres.

«De nombreux jeunes restent à l’écart de l’Eglise parce qu’ils ne sont pas sûrs d’y rencontrer des personnes avec de bonnes intentions»

Il relève notamment une profonde crise de confiance des jeunes envers l’Eglise. Un phénomène qui a selon lui plusieurs causes. L’étudiant fribourgeois dénonce tout d’abord les «Tartuffes» de l’Eglise, d’après le célèbre personnage de Molière, qui sous les apparats d’une fausse dévotion, manipule son entourage. «Beaucoup de mes connaissances ont été ‘dégoûtées’ de l’Eglise après avoir rencontré les mauvaises personnes. Des responsables faussement humbles et dévots, qui n’ont pas une véritable pédagogie de foi. Cela a fait beaucoup de dégâts.»

La religion pour une meilleure société

Théophane déplore aussi la façon dont des autorités d’Eglise «se lavent les mains» quand on les informe de certaines dérives de leurs employés. «J’ai constaté que des responsables ne voulaient rien faire quand ils étaient informés de la double vie de quelqu’un. Ils rejetaient ça en prétendant qu’il s’agissait de questions privées. Mais cette hypocrisie choque beaucoup les jeunes et tend à les éloigner de l’Eglise».

Le Belfagien rappelle la crise de confiance provoqué par les abus sexuels, une réalité qui a aussi frappé l’Eglise fribourgeoise. Il estime que de nombreux jeunes restent à l’écart de l’Eglise simplement parce qu’ils ne sont pas sûrs d’y rencontrer des personnes «avec de bonnes intentions».

«Si tout le monde appliquait les Dix Commandements, par exemple, on éviterait d’avoir des comportements extrêmes»

Pour lui, une solution serait de donner plus de poids aux femmes et aux laïcs. Parce qu’elles sont «moins facilement des Tartuffes» que les hommes. Et les laïcs sont davantage en contact avec la réalité du monde que les prêtres.

Mais si Théophane s’intéresse à la religion, c’est surtout parce qu’il considère qu’elle est un moyen d’améliorer la société humaine. «Si tout le monde appliquait les Dix Commandements, par exemple, on éviterait d’avoir des comportements extrêmes et déviants, qui détruisent les bonnes relations entre les personnes. L’enseignement chrétien et mes convictions de citoyen, ce sont pour moi une double motivation à me comporter correctement».

Avant de sortir du café fribourgeois, Théophane expose ce qu’il attend de son avenir qui s’étend encore pleinement devant lui. Il le voit comme un grand champ de possibles et d’expérimentation. Que ce soit dans l’Eglise ou ailleurs, il espère atteindre son «identité heureuse». Ce qui signifie pour lui: «Voir les choses de façon positive, avoir de bonnes relations aux autres, prendre la vie telle qu’elle est, mais en augmentant les moments ‘supers’ et en relativisant les épisodes ‘saoulants’». (cath.ch/rz)

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Théophane Trojniar est passionné par le sport et le journalisme | © Raphaël Zbinden

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