Homélie du 28 juin 2020 (Mt 10, 37-42)

Sœur Isabelle Donegani – Chapelle de la Pelouse, Bex

 “Qui vous accueille m’accueille…”, dit Jésus. Paroles inouïes, frères et sœurs, vous en conviendrez. “Et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé” (Mt 10,40). Paroles plus inouïes encore, s’il est possible, vous en conviendrez aussi.

Inouïes et bonnes pourtant à entendre résonner au cœur de la liturgie de ce dimanche. Paroles qui nous parlent de mission et d’envoi, et par là même aussi d’accueil et d’hospitalité.

Paroles qui nous touchent au cœur, nous qui sortons à peine d’une période de confinement où nos relations et nos liens ont été totalement bouleversés. Où nous ne pouvions ni réellement sortir, ni effectivement être reçus et accueillis par d’autres.

Oui, ce matin, il est heureux d’entendre les Ecritures nous redire combien nous sont essentielles la présence de l’autre et la présence à l’autre. Combien aussi le Dieu de Jésus Christ est le Seigneur des hospitalités partagées.

La première lecture, tirée du Second livre des Rois, nous donne de rencontrer une femme que la traduction liturgique qualifie de “riche”. Littéralement, selon le texte hébreu : “une grande femme”. Les Bibles traduisent : une femme “de qualité”, “de haut rang”, “de distinction”. Mais qu’est-ce qui fait la “grandeur” de cette femme ? sinon son empressement à vouloir à tout prix attirer chez elle le prophète Elisée et lui ouvrir sa table. Plus même : sachant qu’Elisée est “un saint homme de Dieu”, lui offrir une chambre aménagée avec soin pour l’héberger à chacun de ses passages (2 Rois 4,8).

Le don gratuit de transmettre la vie

C’est dire combien cette femme est en attente d’une parole autre, d’une autre présence, à l’écoute d’un au-delà d’elle qu’elle semble pourtant elle-même ignorer. C’est ce très intime de son être de femme que la parole du prophète va rejoindre et illuminer : à celle qui n’ose s’avouer sa souffrance de n’avoir pas eu d’enfant, Elisée annonce que l’an prochain, à la même période, “elle embrassera un fils dans tes bras” (2 Rois 4,16). En fait de “récompense”, et pour la remercier de sa tendre et franche hospitalité, il n’est question ni de cadeau ni de quelque autre objet de valeur échangeable sur la place du marché, mais du don gratuit de transmettre la vie.

Frères et sœurs, comment ne pas en être bouleversés ? Le prophète et son Dieu n’ont d’autre désir que d’accomplir le désir profond de cette femme. Le Dieu des hospitalités partagées trouve sa joie dans le bonheur de ses enfants. Son désir fonde notre liberté. Il soutient les diverses formes de fécondité qui jaillissent de nos vies.

Nous retrouvons quelque chose du visage de ce Dieu dans l’évangile proposé ce jour, où il est plus radicalement encore question d’envoi et d’hospitalité.

Transmettre la “réelle présence” de Jésus

A la fin de ce que nous avons coutume d’appeler “le discours de mission”, au chapitre 10 de l’évangile selon Matthieu, Jésus dit à ses apôtres : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé” (Mt 10,42). Révélation inouïe, nous l’avons dit déjà : les missionnaires du Christ Jésus transmettent aux hommes, non un discours lassant ou une morale écrasante, mais la “réelle présence” de Jésus lui-même. Et pas seulement la sienne, celle aussi du Père qui l’envoie.

Qui, frères et sœurs, qui sinon le Fils envoyé par le Père, pourrait prononcer de telles paroles ? Lui seul a autorité, en tant que premier Envoyé du Père, de faire de ses apôtres ses “lieu-tenants” (au sens fort du terme : tenants-lieu de) incarnant en leurs personnes son Evangile au milieu du monde. Seul le Fils envoyé prendre chair humaine peut autoriser l’Eglise et ses apôtres comme missionnaires du Royaume du Père.

Et en quoi consistera leur action ? Eux qui ne sont pas “au-dessus” de leur maître, mais “comme lui”, devront en toute priorité, dit Jésus, “donner à boire” à qui a soif. Qu’y a-t-il de plus vital, pour un assoiffé, que de recevoir ne serait-ce “qu’un simple verre d’eau fraîche” (Mt 10,42) ? Ce don, très simple, très grand, il importe qu’il soit vécu non à l’égard d’autres disciples, dans un entre-soi confiné, mais envers “l’un de ces petits”, poursuit Jésus. Le petit, le déconsidéré, le laissé pour compte, c’est lui que le Père et le Fils veulent rejoindre, pour, à travers les missionnaires, faire en lui leur demeure.

Le Créateur a mis l’humain au centre

Frères et sœurs, mesurons-nous à quel point ce choix “du plus petit” est révolutionnaire ? Combien il questionne tous nos sacro-saints principes religieux ? Un jour du temps, par l’envoi de son Fils en chair d’homme, le Créateur a mis l’humain au centre. Désormais, tout homme vit de l’Esprit de ce Dieu en sortie, sans cesse en train de s’inviter dans le secret, au plus intime de notre vie.

Si c’est bien le Royaume des cieux qui se fait proche en Jésus, alors, comme il nous le demande, l’aimer “plus que père et mère”, “plus que fils ou fille”, n’est pas un outrage à nos liens les plus vitaux. C’est au contraire les ancrer dans le Dieu-Amour qui fonde notre propre capacité d’aimer. Alors, “se saisir de notre croix” devient possible. C’est le chemin de toute vie engagée, responsable, parsemée de douleurs, de deuils, de trahisons, de déconvenues et d’obstacles en tous genres. Mais aussi, comme saint Paul nous le rappelle dans sa lettre aux Romains : une vie qui, plongée par le baptême dans la mort de Jésus, nous donne de ressusciter avec Lui pour vivre en Lui une vie nouvelle. Libérés de nos esclavages, nous devenons capables de “saisir notre croix” et, avec Jésus et comme Lui, de “perdre notre vie pour la trouver” (Mt 10,39).

Présence de l’autre, présence à l’autre

Frères et sœurs, la pandémie de la covid-19 nous a tous rendus plus conscients et sensibles, je pense, à ce qui fait notre vie et notre joie, en profondeur : la présence de l’autre, et la présence à l’autre. Beaucoup d’entre nous peuvent en témoigner : seule une vie donnée, où se partagent joies et peines, seule une vie reliée, où nous prenons soin les uns des autres, donne sens autant à nos histoires personnelles qu’à nos divers engagements professionnels, politiques et sociaux.

“Qui vous, m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé” ! Oui, l’Eglise est porteuse d’un témoignage inouï.  Merci à vous, frères et sœurs, amis auditeurs, qui vous faites au quotidien, discrètement le plus souvent, les apôtres du Royaume des cieux à l’œuvre ici et maintenant. Gratitude infinie.

Passez un bel été. Prenez soin de vous, et des autres. En Jésus Christ, mais pas sans nous, nous l’espérons : ANDRA TUTTO BENE !


Dimanche de la 13e semaine du Temps ordinaire
Lectures bibliques :
2 Rois 4, 8-11.14-16a ; Romains 6, 3-4.8-11 ; Matthieu 10, 37-42

Homélie du 21 juin 2020 (Mt 10, 26-33)

Abbé François Dupraz – Basilique Notre-Dame, Lausanne

Jésus disait donc à ses apôtres: « Ne craignez pas les hommes ! ». Il sait bien Lui, Jésus qu’il ne sera pas toujours aisé – loin s’en faut – à ses disciples de parler de lui et des exigences de son évangile. Il leur faudra même bien du courage pour le faire!

Du courage oui, car, à l’instar de Jérémie, 1ère lecture, bon nombre de ceux qui s’engageront à sa suite, mettant leurs propres pas sur les pas du Christ, loin de connaître  sympathie et encouragements, auront à subir au fil des siècles épreuves sur épreuves, incompréhensions, moqueries et même, à l’instar de 240 millions de chrétiens d’aujourd’hui, de terribles persécutions. Ils auront à boire en d’autres mots à la coupe de douleurs et de déceptions que boira le Christ lui-même.

Appel à la foi-confiance

Pourtant, « ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme»,  insiste Jésus. Autrement dit, ne craignez pas les hommes dès lors qu’aucune puissance humaine n’est à même de détruire ce qui fait votre valeur véritable:   votre âme. De surcroît : « Vous valez bien plus que tous les moineaux du monde. Or pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille… ».

L’appel est donc à la foi; à la foi-confiance, au cœur même des épreuves qui ne manquent jamais aux disciples du Christ. Foi-confiance donc en la toute-puissance de l’amour miséricordieux, attentif, délicat de Dieu notre Père. « Le juste vivra par la foi » (Rm 1.17).

Le péché, cause de tant de souffrances

Et s’il y a tant de mal et de souffrances sur la terre, à l’image de ces 38 739 frères et soeurs morts en mer ou dans le désert depuis 1993 en essayant de fuir vers l’Europe, ce n’est pas que Dieu le veuille… Cela, jamais! C’est le péché des hommes qui est la cause de tant de maux et de souffrances de par le monde. Le péché des hommes, oui! Dieu Amour quant à Lui, Dieu tel que Jésus nous l’a révélé, ne fait que tolérer le mal et pour un  temps seulement. Il le tolère et en souffre infiniment… Il n’est qu’à méditer un tant soit peu sur la Passion du Christ pour le comprendre. Et nous aussi  chrétiens sommes dans la souffrance lorsqu’un homme, une femme est victime de l’injustice des uns, de l’égoïsme des autres… Nous souffrons et nous prions dans l’espérance – qui tend à l’assurance! – que Dieu quant à Lui, accueille à coeur ouvert les âmes de nos frères et de nos soeurs.

Quoiqu’il en soit j’aimerais évoquer quant à l’appel à la foi-confiance en « Dieu-Amour », la puissance du nom de Jésus lorsqu’il est prononcé précisément avec foi, avec amour par ceux qui ont trouvé en Lui, Jésus, LE grand Ami. JESUS!

Répétons-nous : Jésus sauve

J’aimerais évoquer ici la puissance du nom de Jésus lorsqu’il est prononcé avec foi, avec amour par ceux qui ont trouvé en lui, Jésus, LE grand Ami.

« Son nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous  sauver » (Ac 4.12). Quand nous assaillent la peur, l’angoisse, la crainte ou toute espèce de mal et de péché, répétons-nous que « Jésus est vainqueur », « Jésus sauve ». Jésus ne manquera pas de nous sauver de la peur paralysante, de la tentation, du sentiment de solitude ou d’abandon, de la tristesse.

« Puisqu’il s’attache à moi – dit-il – je le délivre ; je le défends, car il connaît mon nom » (Ps 90,14). Oui, Christ nous élève dès lors que nous connaissons Son nom. Ce nom, prononçons-le avec foi, avec amour, avec force. En lui, nous trouverons tout : pardon, communion, guérison, et paix. Amen.

12e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques :
Jérémie 20, 10-13; Psaume 68, 8-10, 14.17, 33-35; Romains 5, 12-15; Matthieu 10, 26-33