Le Dalaï-lama sort un premier album
Le Pape François alerte sur la pauvreté post-coronavirus
Homélie du 14 juin 2020 (Mt 9, 36 – 10, 8)
Frère Jean-Michel Poffet OP – Couvent St-Hyacinthe, Fribourg
Cet évangile nous est bien connu : la moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux. Et Jésus de nous inviter à prier pour que Dieu envoie des ouvriers en vue de la moisson. Comme catholiques, nous interprétons souvent : donne-nous les prêtres dont nous avons besoin… et comme nous entendons dans l’Exode parler d’un royaume de prêtres, nous aurions de quoi être confortés dans cet imaginaire somme toute très clérical ? Heureusement la Parole de Dieu nous invite à élargir l’horizon, à mieux écouter pour bien entendre.
Portés sur les ailes d’un aigle
Au livre de l’Exode, nous avons entendu le Seigneur appeler Moïse et l’inviter à se souvenir… tellement l’oubli est un danger permanent. « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte » (rappel de la fin de l’esclavage en vue d’une liberté retrouvée), « et comment je vous ai portés sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi ». Grâce aux réseaux sociaux, je suis tombé sur cette description qu’a partagé un montagnard parti en excursion dans l’extrémité de la vallée de Lauterbrunnen, près de l’Oberhornsee, face à la Jungfrau. Soudain il vit deux aigles planer dans le ciel. Il écrit : « Nous les admirions tandis qu’ils tiraient parti des courants ascendants pour s’élever sans un coup d’aile des profondeurs de la vallée à la hauteur des cimes. Or ce jour-là l’aiglon était de la partie ; ce devait être l’une de ses premières sorties. A un moment donné, il manifesta des signes de fatigue et appela au secours à sa manière. L’un des parents se précipita vers lui, exactement au-dessous de lui ; sur ses ailes déployées, il reprit le petit au vol, avant qu’il ne s’épuise ».
Magnifique illustration des paroles du Seigneur : « voici comment je vous ai portés sur les ailes de l’aigle et amenés jusqu’à moi ». Et lorsqu’on sait qu’un aigle royal a plus de 2m. d’envergure lorsqu’il déploie ses ailes, nous mesurons la qualité de ce soutien. Notre Dieu, parce qu’il est notre créateur et reste fidèle, est soucieux de notre liberté mais aussi de notre communion avec lui, il veille donc sur nous et au besoin vient secourir notre vol hésitant. Il n’attend pas que nous parvenions seuls jusqu’à lui, mais vient nous chercher, il nous accompagne et nous prépare à la rencontre plénière avec lui.
Vous voyez que ces paroles de Dieu à Moïse annoncent déjà et préparent la venue de Jésus, le Verbe fait chair, venu habiter au milieu de nous et pour nous. Saint Paul le rappelle dans un langage plus théologique : « la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » … En conséquence, nous serons sauvés par lui en ayant part à sa vie.
Offrir notre vie pour qu’advienne plus de vraie communion
Et si par le Christ Dieu veut nous guérir, nous recréer, nous libérer c’est dans quel but ? « Si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient : mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres ». C’est-à-dire un espace où la royauté de Dieu sera reconnue et mise en œuvre, très concrètement. Nous le demandons dans le Notre Père : « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, comme au ciel, ainsi sur la terre », sous-entendu par nous qui sommes tes témoins, les ouvriers de ce règne. Il ne s’agit donc évidemment pas d’un royaume de curés… mais d’un appel à tout le peuple à exercer ce ministère qui consiste à offrir non pas simplement des offrandes extérieures à nous-mêmes (un animal, une gerbe des premières récoltes, une prière ou un cierge) mais à offrir notre vie pour qu’advienne plus de vraie communion, de justice et de paix en ce monde souvent si violent : l’actualité nous le rappelle cruellement en ces jours. Le sacerdoce de quelques-uns est au service de cette offrande de tout le peuple des croyants en vue d’une humanité guérie, consolée, recréée.
Lorsque Jésus voit les foules, écrit saint Matthieu, il est saisi de compassion. Lorsqu’il voit les victimes de la pandémie actuelle, tant au plan de la santé physique qu’au plan psychique, personnel, familial avec toutes les conséquences que l’on sait au plan social et économique, il est sûrement pris de compassion. Pensons en ce moment à ce que vivent les populations du Brésil, de l’Amérique et de l’Inde en particulier. Heureusement, nombreux sont celles et ceux qui en ces moments difficiles ont fait montre de courage, de désintéressement, de persévérance au service des plus faibles, et ce n’est pas fini.
Posons des signes du Royaume
Oui nous prions pour que nous soyons plus nombreux au service de la moisson : posant les signes de ce Royaume tout proche annoncé par Jésus : soyons des soignants, posons les signes d’une vie qui va au-delà de la fragilité de nos existences, chassons les démons de toutes sortes qui ne charment que pour conduire au désastre. Soyons surtout des hommes et des femmes qui sachent le prix de la gratuité ! « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! ». Tout ne s’achète pas, tout ne se vend pas : c’est une des grandes leçons de cette pandémie en train de secouer et de bouleverser nos sociétés. Oui tenons à l’évangile et entendons cet appel à la mission : il leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.
11° dimanche du Temps ordinaire
Lectures bibliques : Exode 19, 2-6a; Psaume 99; Romains 5, 6-11; Matthieu 9, 36 – 10, 8
Pourfendeur du racisme, l’archevêque noir de York se retire
Le yoga n’est pas en odeur de sainteté chez les orthodoxes
Le Hajj aura-t-il lieu en juillet?
Homélie du 7 juin 2020 (Jn 3, 16-18)
Chanoine Roland Jacquenoud – Abbaye de St-Maurice, VS
La Trinité est le mystère central de notre foi, nous dit le Catéchisme de l’Eglise catholique. Tout de suite on s’arrête sur le mot mystère et il nous fait peur. Comment parler d’un mystère ?
Pourtant, avant d’être un mystère indicible, la Trinité est une réalité spirituelle que chaque chrétien vit – expérimente – dans sa vie de foi. Regardez ce qui s’est passé depuis la fête de Noël. Nous avons contemplé la naissance du Fils, et nous avons su alors que Dieu est Père. Depuis, jour après jour, dimanche après dimanche, nous faisons mémoire de la vie terrestre du Fils et à travers lui, nous apprenons la force de l’amour de Dieu.
Un amour fou
Le Père nous aime au point de nous donner son Fils : c’est ce que nous disait tout à l’heure l’Evangile de saint Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). N’importe qui devrait réagir à l’écoute de cette phrase. Se donner soi-même pour sauver quelqu’un d’autre. C’est beau, c’est héroïque. Mais donner son fils, son enfant : ce n’est plus héroïque – c’est incompréhensible – c’est presque scandaleux – c’est fou. Et pourtant, c’est de cet amour fou jusqu’à l’incompréhensible que Dieu nous aime.
Victoire de la vie
Le Fils, lui, nous aime au point de se donner totalement pour nous. Le philosophe Pascal, quelque part, fait dire à Jésus : « Je pensais à toi dans mon agonie, j’ai versé telle goutte de sang pour toi ». En Jésus, c’est Dieu lui-même qui se sacrifie pour chacun de nous. Ce mystère du don d’amour jusqu’au bout se transforme en victoire de la vie : c’est ce que nous avons contemplé à Pâques.
Le Père et le Fils habitent en nous par l’Esprit
Et ensuite, en nous préparant à la Pentecôte, nous avons entendu Jésus nous promettre la venue de l’Esprit Saint Consolateur, afin que tout ce dont nous avons fait mémoire ne soit pas seulement une belle histoire, mais que cela s’incarne dans notre vie ici et maintenant. C’est par l’Esprit que le Père et le Fils habitent en nous, par l’Esprit aussi que les sacrements de l’Eglise nous rendent présent le Christ : c’est par l’Esprit, en particulier, que le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang, présence réelle de Dieu dans l’humanité de Jésus offerte à chacun de nous.
La Trinité, avant d’être un mystère incompréhensible, nous révèle en fait l’absolue radicalité de l’amour, par lequel Dieu s’engage pour nous.
Dans le passage du livre de l’Exode, que nous avons entendu en première lecture, Dieu passait devant Moïse en proclamant son nom « Le Seigneur, le Seigneur ». En fait, le mot Seigneur, traduit ici le Nom de Dieu tel qu’il est révélé dans l’ancien Testament, que nous transcrivons souvent en Yaweh. Ce mot Yaweh est difficile à traduire. Il est en lien avec le verbe être : on le rend souvent par l’expression « Je suis ». Dieu se révèle comme celui qui est : ce qui n’est pas vraiment un nom propre. La tradition dira que c’est un nom de transcendance. D’ailleurs la tradition juive a toujours évité de le prononcer.
Un nom propre pour Dieu
Avec la naissance du Fils en notre monde, nous avons reçu en cadeau un nom propre pour nous adresser à Dieu : ce nom, c’est Jésus. Je dis bien que c’est un cadeau. Pouvoir appeler quelqu’un par son nom, c’est pouvoir nouer avec lui une vraie relation. Tant qu’on ne sait pas comment quelqu’un s’appelle, il manque quelque chose d’essentiel pour établir la relation. En Jésus, c’est Dieu lui-même qui nous dit comment l’appeler et qui nous permet d’entamer une vraie relation avec lui. En plus ce nom est si beau. Il signifie « Dieu sauve » : il nous laisse entendre que notre salut – notre vie –notre joie – sont au centre des préoccupations de Dieu. En Jésus, Dieu se fait si proche !
Et c’est Jésus qui nous apprend à nous adresser à Dieu comme à un père. « Notre Père, qui es au cieux ». Ce nom de Père peut apparaître un tantinet solennel. En principe, je ne dis pas « Père » à mon père, je lui dis papa. Et bien saint Paul, dans l’épître aux Romains, nous révèle quelque chose d’incroyable. Il nous dit : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 15). Ici saint Paul, alors qu’il écrit toute sa lettre en langue grecque, sent la nécessité d’utiliser le mot araméen Abba, qui est beaucoup plus intime que Père. Dans une catéchèse, le pape François propose de traduire le mot Abba par Papa, ou même petit Papa. Et c’est le Saint Esprit qui fait que nous pouvons prendre conscience de cet extraordinaire intimité établie par Dieu avec nous. Saint Paul le dit dans la suite du texte que nous venons de citer : « C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rm 8, 16).
Chers frères et sœur,
L’enseignement sur la Trinité ne nous a pas été donné afin de nous casser la tête avec des concepts théologiques incompréhensibles. L’enseignement sur la Trinité est nécessaire – vital – pour nous dire tout l’amour que Dieu a pour nous. Il est l’essence-même de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, qui nous révèle le Père et nous envoie l’Esprit. Amen !
Fête de la Sainte Trinité
Lectures bibliques : Exode 34, 4b-6.8-9; Cantique : Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56; 2 Corinthiens 13, 11-13; Jean 3, 16-18
