Homélie du 25 février 2018 (Mc 9, 2-10)

Abbé Marc Passera – Église St-Joseph, Genève

 

1 .« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » avait demandé Jésus. Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » (Mc 8,29). Et sa réponse constitue comme le pivot de l’itinéraire que Marc propose dans son évangile. Jusque là, en rapportant ce qu’il avait dit et fait, Marc nous permettait de faire connaissance avec Jésus et de nous situer par rapport à lui. Désormais, il va nous dire quel type de disciple Jésus attend : « Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite » Mc 8,31).

La réaction de Pierre nous la connaissons : il ne peut accepter que celui qu’il vient de proclamer « Christ » soit mis à mort. Il ne comprend pas.

Le découragement de Pierre

Comme il nous ressemble, Pierre! Comme il nous est difficile, comme à lui, d’être désorientés par celui que nous proclamons Seigneur. Comme il nous pèse d’entendre parler de mort, sa seule évocation peut nous paralyser (cf. He 2,15).

Pierre ne sait plus trop pourquoi il est avec Jésus. A nous aussi, il arrive de passer par le découragement, par la fatigue et nous ne savons plus trop dans quelle direction nous allons. A tel point que, comme Pierre, nous n’entendons même pas Jésus nous annoncer sa résurrection le troisième jour…

Face à ce qui le dépasse et qu’il peine à accepter, Pierre voudrait que Jésus change son projet. Ne sommes-nous pas tentés, nous aussi, réduire les paroles de Jésus à notre mesure ? Mais Jésus insiste ; et il adresse à ceux qui l’écoute des paroles énigmatiques : « Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu venu avec puissance » (Mc 9,1).

Un itinéraire à suivre

« Six jours plus tard » ces paroles se traduisent en invitation pour Pierre Jacques et à Jean. Suivons l’itinéraire que leur propose Jésus. Il est aussi celui auquel chacun de nous est invité.

  1. « Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne » (Mc 9,2). C’est lui qui prend l’initiative. Les verbes sont fort : il les prend à part (παραλαμβάνει), il les emmène (ἀναφέρει) sur une haute montagne. Le verbe utilisé par Marc indique un mouvement vers le haut (ἀνα). Et nous savons que si cette haute montage indique un lieu précis, elle est surtout -comme souvent dans la Bible- le signe d’une expérience forte de rencontre avec Dieu.

D’ailleurs, Moïse et Elie vivent l’étape déterminante de leur vie  dans leur rencontre avec Dieu sur la montagne.

C’est aussi sur la montage vers laquelle le Seigneur l’envoie qu’Abraham manifeste la profondeur de sa foi et que Dieu se manifeste à lui comme le Dieu de la vie, de la bénédiction.

Pierre Jacques et Jean, comme Abraham, Moïse et Elie et les autres se laissent faire. S’ils étaient restés là où ils étaient, ils auraient continué à voir les choses comme ils les voyaient avant, selon leur logique.

Se laisser entraîner par Jésus

Jésus les fait aller à l’écart. « Eux seuls ». Mais Jésus est avec eux. Ils ne sont plus noyés dans la masse qui oblige souvent à un bon sens qui n’est que sens commun. Ils ne sont pas non plus isolés : ils sont eux seuls, mais avec Jésus.

Le Seigneur veut nous prendre avec lui. Ne nous dit-il pas aujourd’hui, à nous qui si souvent sommes dans la préoccupation, menacés d’agitation : « arrête-toi, sors, Dieu a quelque chose à te dire » ?

L’invitation n’est pas à faire des efforts pour améliorer notre vie – même si cela est nécessaire – elle est de passer d’une certaine médiocrité, d’une habitude de la laideur à laquelle nous risquons de nous résoudre à la beauté, à la plénitude. Et cela , en nous laissant conduire, en faisant un passage, en vivant une Pâques. Paul écrit aux Galates : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit » (Gal 5,25).

Faits pour la beauté

Se laisser porter en haut, c’est devenir nous-mêmes. Nous sommes faits pour la beauté.

  1. Bien sûr, depuis les hauteurs, on voit les choses autrement. Avec le recul, on peut s’émerveiller de la beauté d’un paysage, là-bas dans la plaine. Mais Pierre Jacques et Jean, eux, posent leur regard sur Jésus.

« Il fut transfiguré devant eux ». Le verbe utilisé est celui de la métamorphose (μετεμορφώθη). Mais il n’indique pas une transformation dans le sens commun de l’expression où une réalité devient une autre réalité. Il indique plutôt un passage « au-delà de la forme » Jésus ne devient pas un autre, mais il se laisse voir au-delà (μετα), dans ce qui en lui demeurait caché. Il se manifeste dans la totalité de ce qu’il est. Il se laisse voir comme il est vu par le Père.

C’est un regard plus intérieur qui dit la vérité de Jésus. Qui nous permet d’aller au cœur de qui il est.

Le regard de Dieu

Nous nous souvenons des paroles que Dieu adresse à Samuel avant qu’il ne reconnaisse en David l’élu de Dieu «Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » (I Sam 16,7)

Paul écrit aux Corinthiens : « Notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel » (II Cor 4,18).

Sur la montagne, Jésus est transfiguré pour que nous puissions le voir avec le yeux de Dieu et qu’ainsi, en lui, nous puissions voir toute chose avec les yeux de Dieu…

Et Marc note avec une apparente ingénuité : « Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » (Mc 9,3). Il veut bien souligner qu’il ne s’agit pas d’une action humaine, mais d’un don de Dieu.

  1. De ce Dieu qui fait Alliance, qui parle à son peuple et à chacun de nous. Moïse et Elie, la Loi et les prophètes sont là parlant avec Jésus de manière familière (συλλαλοῦντες).

La nuée qui avait accompagné le peuple dans sa traversée du désert est là aussi qui les recouvre.

Pierre sent que la fête de sukkôt, fête de la rencontre avec Dieu, trouve maintenant sa pleine réalisation (même si au centre il envisage encore la tente de Moïse et pas celle de Jésus…). Voilà pourquoi il veut faire les tentes de le fête ; « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! » (Mc 9,5)

Tout est parlant, tout se manifeste comme invitation à entrer dans le mystère de Jésus en qui tout trouve son accomplissement. Et l’auteur de la lettre aux Hébreux nous aide à comprendre : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes » (He 1,1-2).

Le désir suscité par Jésus

  1. Mais voilà que « Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux ». Que reste-t-il alors de l’expérience extraordinaire qu’ils viennent de vivre ? Il reste Jésus dans son humanité ! Tout est en lui. Lui seul suffit.

Et l’on se souvient des mots que Jean Paul II adressait aux jeunes à Tor Vergata : « En réalité, c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur; c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait; c’est lui, la beauté qui vous attire tellement; c’est lui qui vous provoque par la soif de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis; c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie; c’est lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer. C’est Jésus qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser envahir par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle ».

Ces mots sont comme l’écho de cette sentence à première vue déroutante d’abba Alonios, l’un des pères du désert qui affirmait: “si un homme ne se dit pas dans son coeur que dans le monde, il n’y a que lui et Dieu, il ne trouvera jamais la paix”.

Et celà ne porte bien sûr pas à l’isolement, ni au repli sur soi. On se souvient aussi des mots d’Evagre le Pontique qui décrit le moine –mais c’est vrai pour chacun de nous- comme celui qui est “séparé de tous et uni à tous ». Être seuls avec Jésus, c’est être unis à tous en vérité.

La Parole : un trésor

  1. Désormais, Pierre Jacques et Jean ne contemplent plus sa gloire d’une manière spectaculaire, mais ils ont à accueillir l’invitation qui leur a été adressée : « « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! ».

L’écouter, c’est lui obéir, c’est lui faire confiance, c’est se laisser guider par lui, c’est construire sur lui notre vie comme l’on construit une maison sur le roc (cf. Mt7,24). C’est faire nôtre l’attitude d’Abraham. C’est aussi faire trésor de la Parole qu’il nous adresse de bien des manières et comme Marie la garder et en trouver l’unité (Lc 2,19).

Et cela, dans la plaine de notre quotidien. Parce que comme Pierre Jacques et Jean, il nous faut redescendre de la montagne de la Transfiguration. Mais plus comme avant : transfigurés nous aussi.

Il faudra encore du temps à Pierre à Jacques et à Jean pour oser être vraiment disciples. Il nous faut du temps, à nous aussi.

Pierre Jacques et Jean continuent de se demander ce que veut dire « ressusciter d’entre les morts » (Mc 9,10). Nous aussi, nous ne comprenons pas tout. Mais malgré leurs résistances, malgré nos questions et nos lourdeurs, nous sommes appelés, comme eux, à nous laisser guider par ce Seigneur qui avait dit par la bouche d’Isaïe : « je conduirai les aveugles sur un chemin qui leur est inconnu ; je les mènerai par des sentiers qu’ils ignorent » (Is 42,16).

  1. En nous prenant avec lui sur la montagne de la transfiguration, Jésus enlève le voile qui nous empêche de le voir. C’est lui qui enlève ce voile « pour qu’en le voyant tel qu’il est, nous devenions semblables à lui » (cf. I Jn3,2). En donnant sa vie, il nous donne la vie et nous fait entrer dans le mystère de ce qu’il est.

Et Marc prendra la peine de noter, au moment où Jésus expire, que « le voile du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas » (Mc 15, 38).

Alors, selon la belle expression de Paul : « nous tous à visage découvert, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image de gloire en gloire, par l’action du Seigneur qui est Esprit » (II Cor 3,18).

Comme pour Pierre, Jacques et Jean, Jésus veut nous libérer de tout ce qui défigure pour que nous vivions de manière transfigurée et pour que, comme disciples marchant à sa suite, nous avancions de gloire en gloire !


2e DIMANCHE DU CARÊME – Année B
Lectures bibliques : 
Genèse 22, 1-2.9-13.15-18; Psaume 115 (116); Romains 8, 31b-34; Marc 9, 2-10


 

 

Homélie du 18 février 2018 (Mc 1, 12-15)

Abbé Marc Passera – Église St-Joseph, Genève

  1. « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ».

C’est par ces paroles que Jésus a adressées personnellement à chacune et à chacun que nous sommes entrés dans le temps du Carême.
« Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » : deux impératifs. Ce sont les premières paroles de Jésus que rapporte Marc et qui donnent le ton à tout son Evangile.

Mais ces deux impératifs sont précédés de deux indicatifs : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche ». Pour accueillir les deux impératifs tels que Jésus nous les adresse, il importe d’abord d’entendre les deux indicatifs.

« Le temps est accomplis ».

Dans le temps qui passe, et qui peut nous paraître vide de sens,  dans notre temps qui parfois est du temps perdu, chacun de nous a vécu des moments particuliers, d’une qualité et d’une épaisseur surprenantes et chacun a perçu qu’il s’agissait d’occasion à ne pas manquer.

Or Jésus l’affirme avec force : « le temps (καιρός) est maintenant dans sa plénitude ».

« Le règne de Dieu est tout proche ».

Le règne tant attendu, tant désiré, il n’est pas seulement un peu plus proche qu’avant ; il est là, maintenant.
Il est là parce que Jésus est là et parce qu’il donne sa plénitude à ce temps qui est le nôtre.

Mais cela ne s’impose pas à un regard superficiel.
Voilà pourquoi il s’agit de se convertir, c’est-à-dire de changer de regard et de manière de comprendre ce qui nous arrive et qui arrive à notre monde.

La présence du règne non plus ne s’impose comme une évidence à un coeur attentif aux souffrances de ses proches et de notre temps ni à une intelligence qui s’interroge pour essayer de comprendre.

Voilà pourquoi il s’agit d’entrer dans la confiance: « croyez à la bonne nouvelle ».
Mais avant de rapporter ces premières paroles de Jésus, Marc tient à souligner une dimension qui nous permet de bien les comprendre.  Il nous dit que Jésus a reçu le baptême de Jean, il nous dit qu’il fut tenté au désert.

 

2. Le baptême de Jean : « Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient
auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés ».
Tous  – et nous avec – sentent qu’il faut que quelque chose change. Tous aspirent à une vie meilleure.
Mais tous font aussi l’expérience de ce péché qui nous limite tel un frein et qui nous empêche d’être pleinement nous-mêmes.
D’une manière ou d’une autre, tous se rendent compte qu’« image et ressemblance de Dieu » (cf. Genèse 1,26-27), nous nous retrouvons dans ce qu’Augustin appelle si bien la « région de la dissemblance »[1].
En plongeant dans les eaux du Jourdain, c’est le désir d’une vie nouvelle, pleinement libre, pleinement épanouie qui s’exprime.
Mais alors, que fait Jésus, lui qui est sans péché, (cf. I Pierre 2,22) au milieu de ces femmes et de ces hommes qui se reconnaissent pécheurs ?
Jésus le dira au scribes et aux pharisiens scandalisés de le voir manger avec des publicains et des pécheurs : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Marc 2,17).
Et il vient les appeler – nous appeler – en prenant sa place au milieu d’eux, en se frottant à notre réalité humaine, en faisant sienne la souffrance de vivre en deça de ce que nous sommes.
Il partage nos démarches parfois maladroites, mais qui expriment notre désir profond d’une vie nouvelle.
Et Marc de noter : « En remontant de l’eau, aussitôt (εὐθὺς) Jésus vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Et il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » (Marc 1,10-11).
C’est après s’être mêlé aux pécheurs et c’est parce qu’il s’est mêlé à nous que Jésus est appelé «mon Fils bien-aimé ».

3. Puis vient un deuxième « εὐθὺς» : « aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert » (Mc 1,12) ou pour traduire plus littéralement le « jette dans le désert » – et c’est violent… Là, pendant 40 jours, il est tenté ou pour mieux rendre le verbe grec, il est « mis à l’épreuve ».
De quoi s’agit-il ? Chacun de nous doit faire des choix, prendre des décisions, fixer des priorités, orienter sa vie.
Et il nous arrive d’être tentés par la facilité, la paresse, la fuite. Et nous pouvons céder à la tentation de briller, de nous enrichir à tout prix, et pour cela d’écraser les autres.
Et pourtant nous savons que cela nous détourne de ce qui est juste, de ce que nous voulons véritablement.
L’évangéliste Marc va nous aider à comprendre ce qui nous arrive en disant ce qui arrive à Jésus : «tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ». Satan, les bêtes sauvages, les anges : tout cela peut paraître bien loin à ce que nous vivons. Et pourtant !

Satan nous présente une image faussée de Dieu

Dans le langage de la Bible, Satan, c’est l’adversaire, celui qui veut nous détourner de Dieu et finalement nous déshumaniser. Il est celui qui nous suggère qu’il n’y a rien de mal à tout rapporter à soi, que nous pouvons sans arrière pensée nous servir des autres pour nous mettre en avant.
Il ne cesse de nous répéter qu’au fond, rien n’a vraiment d’importance, rien n’est vraiment grave.
Il ne se gêne pas non plus de nous présenter une image faussée de Dieu, tantôt comme d’un tyran qui nous empêcherait d’être nous-mêmes, tantôt comme de celui qui ne s’intéresse pas à nous et dont nous n’avons rien à attendre.
Nous vivons dans une culture où tout cela est relayé de bien des façons ; où cela nous est souvent présenté comme « normal », comme « politiquement correct » : tout le monde le fait, tout le monde pense comme ça, alors, pourquoi pas toi ?
Il est intéressant de noter que Satan apparaîtra une seconde fois dans l’Evangile de Marc. Quand Jésus dira à Pierre : « Passe derrière moi, Satan » (Marc 8,33). Et Jésus expliquera à Pierre pourquoi il lui parle sur ce ton : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. ».

Jésus : épreuve et fidélité

Jésus est lui aussi, comme chacun de nous, confronté à cette épreuve. Et nous comprenons bien que si Marc nous parle de 40 jours, c’est en référence aux 40 années de la traversée du désert, là où le peuple est tenté de ne plus faire confiance à Dieu. Là où il ne cessera de se lamenter.
40 ans, une génération, une vie, dans le langage de la Bible. C’est dire que Jésus, comme chacun de nous, tout au long de son chemin d’homme parmi les hommes –et pas seulement pendant 40 jours- ne cessera d’être confronté à cette épreuve. Jusqu’au bout : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » (Marc 15,29-30). Mais telle n’est pas l’attitude de Jésus. Comme le note Jean « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jean 13,1). Jusqu’au scandale de la Croix.
Et c’est par sa mort, qu’il a détruit la mort et tout logique de mort.
Et en étant victorieux de cette épreuve, il nous rend victorieux, nous aussi, si nous le voulons bien.
Pour lui comme pour nous, la véritable liberté consiste à demeurer fidèles à l’appel du Père, quelques soient les suggestions qui tentent de nous en détourner.

Les anges que le Seigneur nous envoie

Alors, Marc mentionne aussi « les anges qui le servaient ». Comment ne pas y reconnaître toutes celles et ceux qui à nos côtés nous accompagnent sur le chemin de la fidélité à Dieu. Prenons le temps de regarder leurs visages ! Nommons-les ! Autant de médiateurs de la tendresse de Dieu. Ne dit-on pas à ceux qui nous font du bien « tu es un ange »…
Ce sont ceux qui remettent la paix dans un couple, ils sont aux côtés de ceux qui souffrent, ils consolent ceux qui sont dans la peine, ils créent des liens de communion, de joie d’espérance là où l’on passe par l’épreuve, le doute, la tentation de baisser les bras : autant d’anges que le Seigneur envoie à notre service et dans lesquels nous retrouvons ceux qui servaient Jésus.

4. Nous l’avons compris, Jésus partage en tout notre aventure humaine. Il se mêle aux pécheurs, il affronte comme nous la tentation et l’épreuve. Plus encore, comme l’a écrit Pierre dans sa première lettre : « le Christ a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit.» (I Pierre 3,18)

Invités à prendre le chemin avec Jésus

C’est là que se situe notre chemin de Carême : non pas un ensemble d’efforts extraordinaires qui nous laisseraient inévitablement avec le sentiment d’une profonde frustration, mais une invitation à prendre le chemin avec Jésus, puisque lui est venu le prendre avec nous.

Ne l’oublions pas : « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés » (I Jean 4,10).
Bien sûr, il nous faut faire tout ce qui nous revient pour avancer comme lui et avec lui.
Mais il me semble que l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit de manière essentielle ce que nous sommes appelés à vivre: « Entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi » (Hébreux 12,1-2).
Oui, il est digne de confiance, et il mérite qu’on l’écoute celui qui aujourd’hui nous dit : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile» !

 

[1] Augustin. Confessiones 7,10


1er dimanche du Carême – Année B

Lectures bibliques : Genèse 9, 8-15;  Psaume 24 (25);  1 Pierre 3, 18-22; Marc 1, 12-15