A vélo à la découverte des lieux de culte en Suisse
Homélie du 9 juillet 2017 (Mt 11, 25-30)
Père Claude Etienne – Chapelle des Soeurs de St-Maurice, Bex
C’est à cette foule accablée par la vie, mais aussi à chacun de nous avec ses pesanteurs et ses faiblesses que Jésus adresse son appel : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau !» Lui qui a tout porté sur ses épaules avec sa croix nous invite à nous appuyer sur lui. Il nous tend la main. Il a même une parole qui risque d’être mal comprise : «Prenez sur vous mon joug !»
Les sages et les savants, se trompent souvent dans l’interprétation de cette parole. Serait-ce un fardeau de plus ? Pour comprendre cette parole de Jésus, il faut avoir connu les paysans des anciennes générations. Ceux-ci ne possédaient pas de tracteur. Ils travaillaient avec des bœufs qui étaient reliés l’un à l’autre au moyen d’un joug. Ils pouvaient ainsi tirer des fardeaux très lourds, remorque de foin, de bois, machine agricole… Un tout seul ne pouvait pas tirer ce fardeau, mais reliés l’un à l’autre au moyen du joug, ils étaient plus forts et tout devenait possible.
« Venez à moi ! »
Le Christ voit le lourd fardeau que nous traînons tout au long de notre vie. Mais il ne veut pas nous laisser seuls. S’il nous invite à prendre son joug, c’est précisément parce que ce fardeau il veut le porter avec nous. Cela ne sera possible que si nous acceptons d’être reliés à lui. Ce qui est important c’est cet appel : « Venez à moi ! » Or quand l’épreuve et le désarroi sont trop lourds, on ne veut voir personne. Celui qui souffre est tenté de s’enfermer dans le silence et l’isolement. Il est convaincu que personne ne peut le comprendre ni le soulager.
Une énergie nouvelle
« Je referai vos forces », nous dit Jésus. Cela veut dire qu’il vient nous relever par une force intérieure nouvelle. Il veut nous faire revivre, renaître. En nous donnant son Esprit Saint, il nous donne une énergie nouvelle pour marcher à nouveau et repartir vers une nouvelle étape. Nous ne serons pas dispensés de nos responsabilités. Nos fardeaux n’auront pas disparu. Mais ils cesseront de nous anéantir. Nous ne serons plus seuls à les porter.
La certitude d’être aimés
La bonne nouvelle de ce jour, c’est que l’Evangile est libérateur parce qu’il dénoue des liens du légalisme et de la culpabilité. Il n’est pas condamnation mais encouragement. Il apporte cette force extraordinaire que constitue cette certitude d’être aimés par le Seigneur. L’évangile est exigeant aussi, mais cette exigence est la clé d’un dépassement de soi, d’un bonheur de vivre une vie donnée. Il est source d’épanouissement joyeux.
Ne pas accabler l’autre
« Portez les fardeaux les uns des autres » nous dit saint Paul. Jésus a réagi très sévèrement contre la façon d’imposer la loi qu’avaient les scribes et les pharisiens de son époque. Ils la compliquaient et la rendaient insupportable : “Vous liez sur les épaules des gens des fardeaux considérables, et vous-mêmes vous n’y touchez pas d’un seul de vos doigts”. Nous devons éviter ce travers qui fait que nous sommes très exigeants pour les autres et très conciliants pour soi-même. Ne demandons pas aux enfants, aux jeunes, aux gens simples ce dont nous ne sommes pas capables. Ne leur demandons pas ce dont nous nous dispensons si facilement. Et puis, n’en rajoutons pas quand quelqu’un essaie péniblement de vider son sac. Il ne faut pas accabler celui qui a déjà tendance à se charger.
Venus à l’Eucharistie, nous déposons notre poids de vie auprès du pain et du vin offerts en sacrifice. Nous reconnaissons le Seigneur au partage de son Corps et de son sang qui nous fortifient. Jésus nous propose la nourriture qui nous permettra de continuer notre route et de vivre reliés à lui. Et nous repartirons heureux de témoigner que l’Evangile est un fardeau léger qui nous porte bien plus que nous ne le portons.
14ème dimanche du Temps ordinaire A
Lectures bibliques : Zacharie 9, 9-10; Psaume 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14; Romains 8, 9.11-13; Matthieu 11, 25-30
7e Pélé des jeunes à Einsiedeln
Les églises réformées plaident pour l’ordination des femmes
Retraites: une réforme sur le fil du rasoir
Homélie du 2 juillet 2017 (Mt 10, 37-42)
Abbé Vincent J.-J. Lafargue – Chapelle des Soeurs de Saint-Maurice, La Pelouse, Bex
Chers Amis,
La scène se passe dans un aéroport du sud de la France, il y a quelques années. Je m’apprêtais à prendre l’avion pour rejoindre la Suisse et je venais de passer laborieusement les contrôles de sécurité – vous savez qu’aujourd’hui ça devient presque un chemin de croix, il faut enlever ses chaussures, sa ceinture, ses clés, ses stylos… on ne nous demande pas encore de passer en caleçon mais ça va pas tarder si on continue comme ça !
Je vois qu’un homme m’observe alors que je suis en train de me rhabiller. Comme j’enfilais la petite croix de bois que je porte par-dessus mes habits, il vient vers moi et m’apostrophe :
« Ha ! Voilà bien les prêtres d’aujourd’hui ! Si vous aviez porté une soutane, mon Père, vous n’auriez pas eu toutes ces difficultés. On vous aurait laissé passer ! »
Sur le moment, j’ai été profondément choqué par ce que disait cet homme.
Ainsi un prêtre « habillé en religieux » serait mieux traité que n’importe quel passager lambda ? Voilà qui serait totalement injuste ! Nous ne sommes pas au-dessus des autres, au contraire, nous autres prêtres nous sommes au service des autres, nous devons passer après les autres, en aucun cas avant.
Accueil inconditionnel
Cet homme ne me semblait pas compris grand-chose au fait d’être prêtre, serviteur de tous et non pas prince de l’Eglise à qui l’on devrait des égards au nom de je ne sais quelle dignité supérieure.
Je ne connais rien de supérieur, personnellement, à la dignité intrinsèque de chaque être humain, quel que soit son métier, quel que soit son habillement, quelle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit son identité.
Cet homme ne me semblait pas non plus compris grand-chose à la spiritualité de l’accueil inconditionnel de chacun.
En termes d’accueil, il en était resté à notre première lecture tirée du livre des Rois, donc de l’Ancien Testament.
Que disait ce texte ? Une femme riche accueille un homme sous son toit. Elle s’aperçoit que ce n’est pas n’importe quel voyageur lambda mais un homme de Dieu, justement. Un prophète.
Et du coup, elle demande à son mari de le traiter au mieux, ce prophète. Petite chambre spécialement confectionnée sur la terrasse réservée pour lui à l’année pour qu’il se sente accueilli selon son rang.
Aurait-elle fait la même chose pour un mendiant, cette riche femme de Sunam ? Pas sûr, n’est-ce pas ?
Elle sera pourtant récompensée pour son geste, cette femme de l’Ancien Testament, de la Première Alliance, et c’est bien ainsi.
C’est bien, l’Ancien Testament, je ne vais pas vous dire le contraire après une semaine de session biblique ici, à la Pelouse, pendant laquelle j’ai notamment présenté quelques trésors de ces premières pages de nos Bibles.
Relier l’Ancien Testament à l’histoire du Christ
Il y a des accueils remarquables, Abraham avec ses trois mystérieux visiteurs par exemple.
Mais on ne peut lire l’Ancien qu’en considérant que le Nouveau y est caché, qu’en le reliant avec l’histoire du Christ, qu’en l’interprétant avec des lunettes chrétiennes qui changent tout, qui éclairent ces pages d’une lumière nouvelle.
Ainsi Paul, dans la deuxième lecture, nous invitait à porter un regard nouveau, à mener une vie nouvelle.
Dieu ne fait pas de différence
Et en termes d’accueil, le Christ précisait les choses dans l’extrait de l’Evangile que nous avons entendu : « qui vous accueille m’accueille ». Pas de différence, qui que ce soit.
Accueillir un réfugié qui a péniblement traversé la Méditerranée, c’est accueillir le Christ.
Accueillir Donald Trump en visite diplomatique, c’est accueillir le Christ. Aussi, eh oui. Nous sommes invités à ne pas faire de différence.
Parce que Dieu, lui, ne fait pas de différence. Qui vous accueille m’accueille, disait Jésus, et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé.
Peu importe l’habit, l’apparence, ce que nous savons ou croyons savoir de cette personne. C’est Dieu qu’on accueille à travers chaque visage que nous croisons.
Voilà, notamment, ce à quoi nous invitent les textes de ce dimanche, Chers Amis, et c’est intéressant au seuil de notre été. Souvenons-nous que Dieu habite chacun des visages que nous allons accueillir ou découvrir, selon que nous recevrons ou voyagerons.
Je pensais à tout cela tandis que je remettais ma ceinture dans l’aéroport où cet homme venait de m’interpellé de cette façon qui m’avait choqué. Mais alors que je brûlais d’envie de lui expliquer l’Evangile, je me suis soudain rappelé que derrière son visage à lui aussi se trouvait Dieu. Forcément.
Alors j’ai souri. Et je lui ai serré la main, heureux d’avoir croisé Dieu sur mon chemin.
13e dimanche du temps ordinaire, Année A
Lectures bibliques : 2 Rois 4, 8-11.14-16a; Psaume 88, 2-3, 16-17, 18-19; Romains 6, 3-4.8-11; Matthieu 10, 37-42
Affaire George Pell: le point de vue d’Arnaud Bédat
