Foin du cléricalisme!
Homélie du 26 août 2018 (Jn 6, 60-69)
Abbé Jean-Pascal Vacher – Basilique Notre-Dame, Lausanne
Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur !
« Plutôt mourir que de ne pas être baptisée ! » Voici, frères et sœurs, ce que j’ai entendu d’une catéchumène adulte à l’approche de son baptême. Les médecins lui demandaient de rester à l’hôpital pour un grave problème de santé. Elle leur a donné une décharge et s’est présentée au baptême comme prévu pour sa plus grande joie. Une précision : elle n’a eu aucune conséquence fâcheuse pour sa santé en renonçant à être hospitalisée. Deo gratias !
L’attitude que révèle cette parole est-elle bonne, juste, voire même édifiante ou exagérée, fanatique, absurde ? Sans aucun doute, les réponses à cette question pourraient être fort diverses !
« Ton Amour vaut mieux que la vie »
La grâce du baptême vaut-elle vraiment la peine de risquer sa vie ? Sans aucun doute cette personne le pensait ! Alors, que pensait-elle au sujet du baptême pour être prête à prendre un tel risque ? Peut-être tout simplement ce qu’affirme notre foi : que ce sacrement lui apportait quelque chose de plus important que la vie physique : la vie même de Dieu ; un psaume ne dit-il pas : « Ton Amour vaut mieux que la vie ? » (Psaume 62, 4.) Elle avait compris qu’elle était tellement aimée de Dieu que Celui-ci voulait par le baptême lui donner la propre vie de son Fils unique, la vie éternelle. Elle savait qu’elle allait être ensevelie dans la mort de Jésus et ressusciter avec lui. Elle allait devenir enfant de Dieu et membre d’une grande famille : l’Eglise. Alors, pour une telle grâce, est-ce que cela ne vaut pas la peine de tout sacrifier, même sa propre vie ?
Dans la lecture de l’Ancien Testament, Josué invitait le peuple d’Israël à répondre librement à l’appel de Dieu à entrer dans son Alliance sainte. Et le peuple a répondu : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur ! » Lui aussi avait compris qu’il était aimé du Seigneur et que pour cet Amour, il valait la peine d’être prêt à mourir !
Jésus lui-même qui est notre référence comme chrétiens a voulu librement mourir et est effectivement mort pour garder intégralement le cœur de ses disciples dans la Vérité qu’il est lui-même.
Un amour désintéressé
C’est déjà vrai du mystère de l’Eucharistie. Après la multiplication des pains, Jésus est au faîte de la gloire. Une foule nombreuse le suit. Elle l’écoute attentivement. Cependant, au moment de lui dire qu’il va lui donner sa chair en nourriture et son sang en boisson, la réaction se fait vive. La foule crie au scandale. Presque tout le monde l’abandonne. Au petit reste des apôtres, Jésus dit : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Il ne veut en effet pas que nous le suivions par une obligation de contrainte ou par intérêt pour les choses de la terre. Il veut que nous le suivions librement et par un amour désintéressé. Et voici la magnifique réponse de Pierre qu’il a reçue de l’Esprit Saint : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » Peut-être que Pierre n’avait pas encore tout compris du mystère eucharistique ; mais il faisait une confiance absolue à Jésus. C’est cela l’acte de foi qu’on appelle théologale, parce qu’il s’appuie sur la Vérité-même de Dieu. Il avait compris que Jésus, pour ce mystère, était prêt à mourir. Pour que nous soyons sûrs tout au long de l’histoire qu’il serait réellement présent après la consécration, Jésus a été prêt à perdre une foule de ses disciples.
Frères et sœurs, serions-nous prêts nous aussi comme Jésus à perdre notre popularité pour garder intégralement le mystère de l’Eucharistie ? La présence réelle de Jésus sous les humbles apparences du pain et du vin consacrés est-elle objet de notre foi théologale ? Serions-nous prêts à sacrifier notre vie comme Jésus ou comme tant de martyrs d’hier et d’aujourd’hui pour rester fidèles à la confession de foi en ce mystère qui est le Chef-d’œuvre de tous les chefs d’œuvre de l’Art divin, puisque cette petite Hostie contient la Réalité des réalités, le Fondement de toute réalité, Jésus, la Beauté fulgurante en sa Source, la Beauté éternelle de Dieu. Serions-nous prêts à mourir plutôt que de trahir l’Eucharistie ?
Étendre notre miséricorde à tous
Cet amour inconditionnel de l’Eucharistie a sans aucun doute des conséquences concrètes dans notre vie. Il nous presse d’y participer fidèlement. Il nous invite à venir fréquemment L’adorer dans nos églises en nous exposant à son rayonnement bienfaisant. Il nous invite à repartir de la contemplation du Christ, nous engageant envers ceux auxquels il a voulu lui-même s’identifier sans exclure personne : les pauvres, les petits, les malades, les personnes en fin de vie, les mères en détresse, les enfants non encore nés, les humiliés dans leur cœur ou dans leur corps, qu’ils soient des mineurs ou des adultes vulnérables, et quels qu’en soient les agresseurs, la responsabilité spirituelle, loin de conduire à l’impunité, ajoute à la gravité du crime par un abus de pouvoir particulièrement odieux. Cet amour exige encore de nous d’étendre notre miséricorde à tous, même au-delà des frontières de ceux qui nous sont sympathiques ou bienveillants, à ceux qui nous haïssent, par une vie de pardon sans condition qui brise l’engrenage de la violence, de la haine et de la vengeance, mais qui respecte le droit et la justice et garde le souci de la réparation. (Cf. Lettre du Pape François au Peuple de Dieu, Honte et repentir au sujet des abus sexuels, 20 août 2018, citant saint Jean-Paul II, Lettre Apostolique. Novo Millennio Ineunte, n.49.)
Jésus le Trésor de notre vie
Alors, frères et sœurs, plutôt mourir que d’abandonner l’Eucharistie : Jésus le Trésor de notre vie.
La lettre aux Ephésiens unissait l’amour conjugal et l’amour du Christ et de l’Eglise : « Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Eglise. » L’appel à la sainteté du mariage fait partie intégrante du message chrétien. Le Pape François, tout en étant très attentif à toutes les situations de précarité qui peuvent blesser l’amour conjugal et demande aux pasteurs d’âmes de révéler la miséricorde de Dieu en toutes circonstances, insiste aussi sur la nécessité pour l’Eglise de « proposer l’idéal complet du mariage, le projet de Dieu dans toute sa grandeur. » (Cf. Pape François, Amoris Laetitia 307ss.) Cependant, j’aimerais m’arrêter à l’exemplaire éminent du mariage qu’est l’union du Christ et de l’Eglise avec un texte testament plein d’émotion du bienheureux Pape Paul VI qui sera canonisé lors du prochain synode sur la jeunesse :
« C’est pourquoi je prie le Seigneur qu’il m’accorde la grâce de faire de ma mort prochaine un don d’amour à l’Eglise. Je peux dire que je l’ai toujours aimée ; ce fut cet amour pour elle qui m’arracha à mon étroit et sauvage égoïsme et me conduisit à son service. Mais je voudrais que l’Eglise le sache ; et que j’ai la force de le lui dire, comme une confidence du cœur qu’on n’a le courage de faire qu’aux derniers moments de la vie. Je voudrais enfin la comprendre tout entière… Je voudrais l’embrasser, la saluer, l’aimer en chaque être qui la compose… Et à l’Eglise, à laquelle je dois tout et qui fut mienne, que dirai-je ? Que les bénédictions de Dieu soient sur toi ; aie conscience de ta nature et de ta mission ; aie le sens des véritables et profonds besoins de l’humanité ; et marche, pauvre, c’est-à-dire libre, forte et amoureuse vers le Christ. Amen. Le Seigneur vient. Amen. » (Pensée sur la mort dans Xenio Toscani (Dir.), Paul VI. La biographie, Salvator, pp.624-625.)
Donc, plutôt mourir que d’abandonner l’Eglise, l’Epouse bien-aimée du Christ.
Prêcher par sa parole et plus encore par toute sa vie le mystère du baptême qui nous donne la vie de Dieu, l’Eucharistie qui contient le Sauveur du monde, la sainteté du mariage qui nous révèle la tendresse de Jésus pour son Eglise ou tout autre mystère de notre foi, c’est évangéliser. « Pour évangéliser, il faut être courageux ; n’avoir peur de rien, ni de personne » disait encore la Pape Paul VI. (Ibid. p. 580.)
Donc plutôt mourir que d’abandonner l’évangélisation qui est la forme la plus éminente de l’amour du prochain, puisqu’elle apporte la joie au monde en donnant Dieu aux hommes qui en ont un si grand besoin même quand ils l’ignorent. Amen.
21ème dimanche ordinaire
Lectures bibliques : Josué, 24, 1-2a. 15-17. 18b ; psaume 33 ; Ephésiens 5, 21-32 ; Jean 6, 60-69.
Evangile de dimanche: rude et scandaleux
Mgr Lovey: « Des révélations au loin ont permis à des victimes chez nous de se signaler »
En Irlande, le pape se rendra sur la tombe du saint patron des alcooliques repentis
Se reconstruire, une tâche typiquement moderne
Abus sexuels et vérité
A La Mecque, le hadj se veut résolument high-tech
Homélie du 19 août 2018 (Jn 6, 51-58)
Diacre Frédéric Gaillard – Hospice du Grand-Saint-Bernard
Chers frères et sœurs présents ici dans cette église du Grand Saint Bernard à 2472 m d’altitude, ou auditeurs au loin qui êtes en communion avec nous, par la magie des ondes de la radio (dans votre lit d’hôpital, dans votre cellule de prison, dans votre maison, dans votre voiture… ou ailleurs).
AUJOURD’HUI Jésus veut nous dire qu’il se fait présent au milieu de nous déjà par l’Assemblée que nous formons. On l’appelle aussi « Eglise », Corps du Christ tout entier, c’est-à-dire Tête et Membres. Jésus-Christ est présent dans la miséricorde qu’Il nous offre quand nous la lui demandons avec vérité et foi. C’est le rite du pardon qui suit celui de l’accueil dont je n’ai pas vraiment parlé.
La Parole à dévorer
Il est évidemment présent aussi dans sa Parole qu’Il nous donne à dévorer… Oui, vous avez bien entendu « à dévorer » ! « Le Verbe – c’est-à-dire la Parole – s’est fait chair et Il a habité parmi nous » … Dans l’Ancien Testament on voit déjà les Prophètes qui « dévorent » la Parole de Dieu, comme par exemple dans Jérémie 15, 16 : « Dès que je trouvais Tes paroles, je les dévorais », ou ailleurs, plusieurs fois, le Seigneur demande à des prophètes de mâcher le Livre de la Loi avant d’aller prophétiser…
La Consécration : secret d’amour
Puis, il y a le temps de la Consécration : Dieu se fait présent par l’Assemblée, par son pardon qu’Il nous offre, par sa Parole… Et voilà qu’après la Liturgie de la Parole, Dieu veut se faire présent en prenant le pain et le vin que nous Lui offrons. Ce pain et ce vin, c’est-à-dire ces oblats : ce sont nos travaux, nos joies, nos peines, nos souffrances, nos vies… Celles de toute l’humanité (d’hier, d’aujourd’hui et de demain). Nous les déposons sur l’autel – par le ministre ordonné – pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ ! Quel mystère, quel secret d’amour !
Pour comprendre un peu de ce Mystère Eucharistique, rappelons-nous le récit de Zachée et l’invitation de Jésus : « Il faut que j’aille demeurer chez toi ». Jésus nous le rappelle aussi dans l’Evangile de Jean qui nous est offert aujourd’hui : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui ».
Nous pourrions rester longtemps à méditer ce Dieu présent qui veut venir chez Zachée, chez les disciples d’Emmaüs, chez saint Paul, chez les premiers chrétiens réunis pour la fraction du Pain, chez nous aujourd’hui dans l’Eucharistie de ce jour à l’église du Grand-Saint-Bernard, dans votre maison, dans votre voiture, dans votre chambre de malade ou dans votre cellule !
Le « Notre Père »
Après le temps de la Consécration, il y a le temps de la Communion qui commence par le « Notre Père ». Quelle belle prière enseignée par Jésus pour nous rappeler que « je » ne suis pas chrétien tout seul. « Je » n’ai pas à rester un membre isolé du Corps du Christ… quand « je » prie le « Notre » Père, je devrais plutôt dire « nous » prions le « Notre » Père, car c’est vraiment le Corps du Christ tout entier qui prie. Alors je comprends mieux ce que saint Augustin dit pour la Communion : « Deviens ce que tu contemples, contemple ce que tu reçois, reçois ce que tu es : le Corps du Christ ».
Habités par Quelqu’un qui nous transforme
Eh, oh ! L’Eucharistie ne s’arrête pas à la Communion… Il y a l’Envoi. Zachée n’est pas resté les bras croisés après avoir reçu Jésus qui a voulu demeurer chez lui. Ce n’est pas dit que Jésus a passé chez Zachée… Il n’est pas passé, Il est allé « demeurer » chez Zachée. C’est pourquoi il y a eu transformation pour Zachée – ce collecteur d’impôts. Il n’est plus du tout le même car il est habité par Quelqu’un qui le transforme.
Je pense là que chacun a pu voir – surtout chez les autres – que des personnes ont été complètement changées par la présence dans leur cœur d’une amitié forte qui a transformé leur vie !
Jésus n’a pas vraiment quitté Zachée quand Il est parti de sa maison : Il est bien sûr resté présent dans le cœur de Zachée pour y demeurer et continuer à le transformer. Ce récit de « Repas Eucharistique » (comme nous pourrions l’appeler, je crois), nous pourrions en trouver bien d’autres dans le Nouveau Testament, comme par exemple avec les Apôtres, les disciples d’Emmaüs, saint Paul, les premiers chrétiens… Dans toutes ces expériences humaines racontées, mais aussi dans toutes celles qui se sont vécues depuis 2000 ans, je pense que de nombreuses personnes auront pu dire, à l’exemple de saint Paul : « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi ! ».
Et nous, ne serions-nous pas appelés à rayonner le Corps du Christ là où nous sommes par des œuvres de miséricorde ? Visites de malades, de prisonniers, de familles, de personnes seules… aumônes, gestes de solidarité et de partage. Alors nous pourrons dire en vérité que l’éternité commence aujourd’hui, car – vous avez bien entendu l’Evangile de ce jour – « Celui qui mange de ce pain vivra éternellement ».
20e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Proverbes 9, 1-6; Psaume 33; Ephésiens 5, 15-20; Jean 6, 51-58
