Légal? Moral?
Semper reformanda
Ma soeur la mort
Denis Müller
Denis Müller est professeur honoraire d’éthique de l’Université de Genève, où il a pris sa retraite en 2013. Il a enseigné également à l ‘Université de Lausanne depuis 1988. Né à Neuchâtel en 1947, il est pasteur de l’Eglise réformée depuis 1971. Il a exercé le ministère pastoral à Neuchâtel, à l’Eglise suisse de Londres et à Serrières. Marié, il est père de trois grands enfants et grand-père six fois. Son œuvre scientifique se compose d’une vingtaine de livres, d’une vingtaine de collectifs et d’un total de près de 400 publications.
Ses deux ouvrages les plus récents s’intitulent Dieu. Le désir de toute une vie, Genève, Labor et Fides, 2016; et La marche en avant de l’écrevisse. Mémoires d’un théologien à livre ouvert, Vevey L’Aire, 2019. Il est l’auteur de nombreux articles et interventions dans les médias et sur son site personnel.
Il dirige la collection Etudes de théologie et d’éthique chez Lit Verlag à Münster (Allemagne). Il a notamment enseigné et donné des conférences en Afrique du Sud, au Cameroun, au Canada, en Chine, en France et au Mexique.
Homélie du 5 novembre 2017 (Mt 23, 1-12)
Chanoine Thomas Rödder – Basilique de Saint-Maurice
Si nous avions à résumer les textes d’aujourd’hui en quelques courtes phrases, nous pourrions dire par exemple : «Ne soyez pas hypocrites. Conformez donc vos conduites à ce que vous dites. Soyez vrais. » Ce rappel à l’ordre s’adresse à nous tous. Dans l’Évangile, Jésus nous montre les pièges de l’autorité. S’adressant à la foule, il dénonce les comportements des scribes et des pharisiens. Mais ce qu’il dit pour eux vaut aussi pour chacun de nous. Qu’il s’agisse des autorités religieuses, politiques ou parentales, ces pièges sont les mêmes.
Les tentations sont devant nous
Plus qu’une leçon de morale élémentaire, Jésus veut ici creuser profondément les fondations solides d’une vraie personnalité. Nous vivons trop souvent à la surface de nous-mêmes, nous contentant de bonnes paroles ou de stériles critiques, parlant et ne faisant pas, masquant notre vide intérieur sous d’inutiles bavardages. Car les trois tentations pharisiennes sont avant tout les nôtres.
– Dire et ne pas faire. Qui d’entre nous peut prétendre à un parfait accord entre son idéal et sa conduite réelle, entre sa pensée et ses actes ?
– Vouloir dominer. Il n’y a pas que les scribes du premier siècle à faire preuve d’autoritarisme. Que de fois ne sommes-nous pas absolument sûrs de détenir la vérité, d’avoir raison, d’imposer nos points de vue, de devoir redresser les torts… des autres ?
– Se faire remarquer. La recherche des premières places, la vanité vestimentaire ne sont pas les défauts des seuls notables de l’ancienne Jérusalem. Qui de nous ne se laisse pas aller à de ridicules glorioles, à la course aux honneurs ou aux privilèges ? S’il n’est plus question « de phylactères et de franges très longues », la marque de voiture, les vacances de standing, le « look » les remplacent bien. Chacun de nous peut trouver ainsi sa manière à lui, très subtile, de tomber dans ces travers pharisiens.
Des attitudes positives
Mais, positivement, Jésus nous invite à adopter d’autres attitudes :
– La fraternité vraie : vous êtes tous frères. Au lieu de nous draper dans nos différences et dans nos titres (ecclésiastiques ou autres) bien ronflants, nous sommes invités à regarder chacun comme notre égal, et l’aimer vraiment comme un frère.
– La simplicité. N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. Dieu seul est Dieu, lui seul a droit à nos hommages. Est-ce à dire qu’il ne faut jamais appeler quelqu’un « père, ou pasteur » ? Ce serait là une lecture intégriste de l’évangile. Mais revendiquer ces titres comme un honneur sans les vivre comme un service, là est la faute.
– Le service. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Le sens du service pour Jésus n’est pas du tout humiliant. C’est être grand que d’être serviteur. C’est devenir comme Dieu, qui par l’incarnation et l’abaissement du Fils, s’est fait notre serviteur.
Personne n’est plus heureux que celui qui sait aimer activement ses frères. Oui, vraiment, lorsque nous prenons en nos mains le corps livré, la coupe du sang versé du Christ Jésus, il n’y a plus chez nous de maître ou de seigneur, mais la grande joie de nous aimer sans se préoccuper de qui pourrait être le plus grand. Car Seul est grand Celui qui, par pure grâce, fait de nous ses filles, ses fils.
31e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Année A
Lectures bibliques : Malachie 1, 14b – 2, 2b.8-10; Psaume 130, 1, 2, 3; 1 Thessaloniciens 2, 7b-9.13; Matthieu 23, 1-12
