Homélie du 4 septembre 2016 (Lc 14, 25-33)
Chanoine Thomas Rödder – Basilique de Saint-Maurice
Des grandes foules faisaient route avec Jésus. Mais les paroles de Jésus que nous avons entendues maintenant sont déroutantes. Faire route avec Jésus, venir à lui pour le suivre, ce n’est pas n’importe quoi. Il a ses exigences, et il nécessite des choix ; il oblige à prendre des risques. Les gens raisonnables qui suivaient Jésus pensaient d’abord à eux (à leur intérêt, aux profits qu’ils retireraient de l’opération), et non à suivre inconditionnellement celui qui marchait vers la mort. Ils s’aimaient eux-mêmes, mais ils n’aimaient pas suffisamment le Maître. C’est pourquoi Jésus leur conseille de s’asseoir, de réfléchir avant d’entreprendre quoi que ce soit. Sinon, ils iront au-devant de graves désillusions.
Des ruptures douloureuses
Luc, en rapportant ces paroles de Jésus, pensait aux chrétiens de sa génération. Beaucoup d’entre eux avaient fait un choix radical en devenant chrétiens. Le jeune juif devenu chrétien avait sans doute été rejeté par sa propre famille comme un hérétique. Le jeune païen avait dû rompre, non seulement avec sa famille, mais avec tout son environnement social et culturel. Et ces ruptures étaient sans doute très douloureuses. Elles pouvaient entraîner, non seulement un rejet de la part de l’entourage, mais peut-être la ruine, et parfois la mort. Certains, sans doute, avaient reculé et parfois même renié leur foi. Il n’était donc pas inutile de rappeler fortement la mise en garde du Christ : « Attention, marcher avec moi, cela exige des choix difficiles. Il vaut donc mieux commencer par s’asseoir et réfléchir, avant de se lancer dans l’aventure ».
Une foi vive en Jésus mort et ressuscité
Un exemple : c’est le cas de Philémon, le destinataire de la lettre de Paul que nous lisons aujourd’hui. Paul lui renvoie, avec un petit billet, l’un de ses esclaves, Onésime, qui s’était enfui. Dans la bonne société à laquelle appartient Philémon, l’esclave c’est, comme disait Aristote, « un instrument ambulant ». Un objet dont on peut disposer à sa guise. Or, Paul demande au maître d’accueillir l’esclave fugitif comme un frère bien-aimé ! Vous pouvez imaginer ce qu’il a dû en coûter à Philémon pour se faire à l’idée que ses esclaves étaient des frères ! A la racine de ces nouveaux comportements, il ne peut y avoir qu’une foi très vive en ce Jésus mort et ressuscité en qui les nouveaux chrétiens ont placé toute leur confiance.
“Passer de la religion à la foi”
Et nous, gens des vieilles chrétientés ? Nous qui avons été élevés dans une religion qui s’est transmise de générations et générations. Nous qui pratiquons cette religion du mieux que nous le pouvons ? C’est à nous que, ce matin, le Christ s’adresse. Et qu’est-ce qu’il nous demande ? De passer de la religion à la foi. C’est-à-dire, d’une religion de tradition à une démarche personnelle : l’adhésion à Jésus-Christ. Et pour cela, de nous asseoir, de réfléchir, de voir si nous sommes prêts à payer le prix, à opérer les ruptures nécessaires. Reconnaissons que ce choix, nous ne le faisons jamais franchement. Renoncer à tout pour le Christ ? Le préférer à tout ? Nous avons peur de perdre, de nous perdre. Et cela parce que nous ne faisons pas assez confiance à Dieu, à sa parole.
Faire d’abord confiance à Dieu
Au fond, nous confondons croire et réciter le Credo. Mais croire, c’est engager sa vie. C’est déplacer la confiance : au lieu de faire confiance, en priorité, à ce que nous avons, à ce que nous sommes, à nos relations, faire d’abord confiance à Dieu. Au fond, le Christ nous invite à la rencontre, et la première question qu’il faut nous poser est celle-ci : « Est-ce que, pour moi, le Christ est une personne qui compte dans ma vie ? »
Nous avons de la chance : nous vivons à une époque où le christianisme de tradition n’est plus guère possible. Et même si, souvent encore, on naît chrétien, la vie et l’environnement social se chargent bien de nous amener à choisir d’être chrétien ou de ne pas l’être, de vivre en chrétiens ou de vivre comme tout le monde. Nous ne sommes plus portés par un environnement chrétien.
Les choix redeviennent nécessaires. Et c’est tant mieux. Ce choix de foi, c’est de vraiment marcher à la suite du Christ et de nous laisser transformer par lui. C’est avec lui que nous entrerons dans la vraie vie. Amen.
23ème dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques: Sagesse 9, 13-19; Psaume 89; Philémon 9b-10.12-17; Luc 14, 25-33
Rue du Bac
Petite Bannière Cours
La fraternité fondamentale de la Création, selon François d’Assise
Un vieux prêtre
Homélie du 28 août 2016 (Lc 14, 1.7-14)
Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion – Eglise de Saint-Pierre-de-Clages, VS
Vous tous participants à la fête du Livre, Frères et soeurs, chers amis,
Quelle coïncidence magnifique en ce dimanche, que de pouvoir célébrer simultanément la Fête du Livre et celle de Saint Augustin. En effet, l’Eglise fête, ce 28 août, Saint Augustin. Un géant parmi les livres !
La première fois que je suis venu à la fête à Saint-Pierre-de-Clages, j’y venais avec le secret espoir de trouver un livre sur Saint Augustin qu’aucun bouquiniste ne m’avait encore procuré. Quelqu’un l’a trouvé pour moi. Et j’ai compris qu’on pouvait faire une fête du Livre ! S’il y a une personne dont la vie et l’oeuvre ont marqué la pensée occidentale, c’est bien Saint Augustin. Ses œuvres complètes constituent, à elles seules, une bibliothèque tout entière. Que dire alors de ce qu’on a écrit sur lui ! Je cherchais donc ce livre de C.F. Landry. C’était l’époque où la RSR avait à son programme une émission intitulée « Propos de Table ». La journaliste y recevait des invités et développait au micro des thèmes relevant de l’art culinaire d’aujourd’hui ou d’autrefois, d’ici et d’ailleurs, ou partageait des convictions et des passions comme on le fait entre amis au cours d’un banquet.
Ces propos de table sont de très anciennes coutumes. Dans la littérature ancienne gréco-romaine, le propos de table était un genre littéraire caractéristique dont le plus célèbre est le fameux dialogue de Platon intitulé « Le Banquet ». On peut même imaginer que Saint Luc le connaissait et s’est souvenu de ces modèles pour composer l’évangile que nous avons entendu aujourd’hui.
“Le fait divers : un repas auquel Jésus est invité”
Comme dans la littérature classique, c’est un fait divers qui sert de départ à tout un échange.
Le fait divers : un repas auquel Jésus est invité. Des convives qui épient Jésus pour le prendre en défaut. Des invités qui, par leur besoin de se mettre en valeur donnent à Jésus l’occasion d’une réflexion.
Jésus n’est pas en train de donner une leçon de savoir vivre sur le comportement avoir dans ce genre de situation. Sinon, le résultat serait le même. On ferait même exprès d’aller se mettre à la dernière place pour l’honneur et la gloriole de se voir conduit plus haut !
Chercher la dernière place en toutes circonstances
Non, l’enseignement de Jésus est comme une parabole et la question est de savoir sur quoi porte la pointe de cette histoire. Je crois que la leçon jaillit comme un glaive à deux tranchants, ainsi qu’il est dit de toute parole sortant de la bouche de Dieu :
« Tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé. »
Ainsi, ce n’est donc pas seulement dans le rang à table qu’il nous faut chercher la dernière place, mais en toutes circonstances. C’est sans arrêt que nous avons à lutter contre cette tentation orgueilleuse de mise en avant, de recherche de soi ; tentation qui fait qu’on s’encombre de soi-même, qu’on se soucie surtout de la manière dont les autres nous perçoivent ; tellement, qu’on en perd la liberté intérieure nécessaire pour être dans une juste relation avec le autres. Saint Augustin a connu cette expérience. ‘’Mais moi, loin de toi, je suis allé à la dérive, j’ai erré, mon Dieu, trop loin du chemin de stabilité, pendant l’adolescence. Je suis devenu à moi-même une région d’indigence’’. Conf. II, X, 18
La parabole de l’avant-dernière place
Le propos de table d’aujourd’hui pourrait s’intituler ‘’la parabole de la dernière place ; ou plutôt de l’avant-dernière place’’. C’est celle-là, en effet, qu’il nous faut viser, en tout et partout, parce que la dernière place est déjà occupée, c’est Jésus qui l’a prise. Et il l’a tellement prise que personne ne pourra la lui ravir.
Ensuite, dans l’évangile, Jésus s’adresse à celui qui l’a invité et lui dit comment procéder dans les invitations : Non pas les riches, les amis, les voisins, … mais les pauvres, les estropiés, les aveugles les
boiteux et pourquoi cela ? Parce ce que « cela te sera rendu à la résurrection des justes. » De nouveau, nous ne sommes pas dans un code de bonne conduite. Le propos de Jésus débouche sur la Résurrection.
“La vraie sagesse : savoir lire entre les lignes”
Voilà donc que le banquet n’est pas simplement un repas d’affaire ordinaire, mais il nous renvoie au banquet du Royaume. Il nous faut savoir discerner derrière le simple propos de table ce que le sage de l’Ancien Testament reconnaissait comme la suprême intelligence : « l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute ». Voilà la vraie sagesse : savoir lire entre les lignes, écouter les pauses et les silences.
Offrir le merci du coeur, c’est une vraie pauvreté
Et les invités qui sont-ils ? Mais c’est vous et moi ! Le maître invite les boiteux, les estropiés les pauvres que nous sommes. Si pauvres que l’on soit, nous sommes les invités de Dieu à son éternité festive. Il sait bien que nous n’avons pas de quoi lui répondre. « Que rendrai-je au Seigneur pour tout le bien qu’il m’a fait ? – J’élèverai la coupe du salut et j’invoquerai son nom. » Je n’ai donc que l’action de grâce, que le merci sur les lèvres en réponse à l’invitation. Accepter, devant le don de l’autre de n’avoir rien à offrir en retour que le merci du coeur, c’est une vraie pauvreté.
La mesure de l’amour
Si donc, au banquet du Royaume, le maître m’accueille, moi pauvre estropié, j’ai aussi à accueillir à la table de ma vie le pauvre et l’estropié, j’ai à exercer la charité à la manière dont Saint Augustin en a décrit la démesure puisque, dit-il, « la mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure. »
AMEN
C.F. Landry, St Augustin, Proie de Dieu
Lectures bibliques : Siracide 3, 17-18.20.28-29; Psaume 67; Hébreux 12, 18-19.22-24a; Lc 14, 1.7-14
Le tri des déchets
