Homélie du 25 septembre 2016 (Mt 19, 27-29)

Abbé Wolfgang Birrer – Basilique Notre-Dame, Lausanne

Solennité de saint Nicolas de Flüe 

La liturgie du dimanche qui suit le Jeûne fédéral cette année en Suisse fête le saint patron du pays, saint Nicolas de Flüe. Il reste dans les esprits – et estimé pour cela – comme ayant été un homme de service. Un homme de service, engagé dans sa vie de couple et de famille, dans les affaires de sa commune, dans l’armée à un moment donné de sa vie, dans son métier d’agriculteur. Plus tard, saint Nicolas reçoit de Dieu un autre appel. Un appel unique et très spécifique (un appel qu’il a discerné avec l’aide et le soutien de son épouse Dorothée) : celui de se retirer du monde pour s’engager dans un autre type de service, le service d’une vie contemplative.

Un homme de paix et de dialogue, de sagesse et de conseil, un homme de Dieu

Sa vie contemplative a aussi été au service du bien commun. Si saint Nicolas s’était retiré du monde au Ranft, à environ 10 minutes à pied de sa maison familiale, les gens n’en venaient pas moins le rencontrer et le consulter, à commencer par les membres de sa famille. Nous savons par l’histoire que son intervention à la Diète fédérale de Stans en 1481 a été décisive pour le maintien de la paix, et même de la constitution de la Confédération des XIII cantons. Ses contemporains reconnaissaient en lui un homme de paix et de dialogue, un homme de sagesse et de conseil, un homme de Dieu.

Artisans de paix

La 2ème lecture choisie pour sa fête tirée de la lettre de saint Paul aux Romains trouve donc un écho dans sa vie : « Recherchons donc, dit l’apôtre Paul, ce qui contribue à la paix, et ce qui nous associe les uns aux autres en vue de la même construction » (Rm 14, 19). A l’exemple de saint Nicolas, la Parole de Dieu nous encourage donc aussi à être des artisans de paix, selon notre mesure, là où la Providence nous a placés.

Comment être des artisans de paix ? Comment pouvons-nous chercher le bien commun, « en recherchant ce qui contribue à la paix, ce qui nous associe les uns aux autres en vue de la même construction » (Rm 14, 19) ?

L’Eglise: “la maison et l’école de communion”

Une piste concrète nous est donnée par saint Jean Paul II, dans sa lettre apostolique « Au début du nouveau millénaire », lettre qu’il a écrite au terme du Jubilé de l’an 2000. Il y parle des chrétiens comme étant les témoins de l’amour. L’idée est de faire de l’Eglise « la maison et l’école de communion ». Dans cette maison, nous, les chrétiens, sommes invités à percevoir le mystère de Dieu présent dans le frère/la sœur vivant à nos côtés (le pape François, quant à lui, parle de « se déchausser devant la terre sainte » qu’est le frère/la sœur) : ce faisant, les chrétiens envisagent le frère/la sœur avec un regard neuf. L’on devient alors capable de considérer l’autre « comme “l’un des nôtres” », écrit Jean-Paul II, « pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde.

Donner une place à son frère

Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu : un “don pour moi”, et pas seulement pour le frère qui l’a directement reçu. Une spiritualité de la communion, c’est enfin savoir “donner une place” à son frère, en portant “les fardeaux les uns des autres” (Ga 6, 2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies » (Jean Paul II, Lettre apostolique « Au sein du nouveau millénaire » (6 janvier 2001) numéro 43).

Dans la même veine, le pape François encourageait les chrétiens à faire de même dans sa lettre qui annonçait le Jubilé de la Miséricorde, à « savoir accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne » (Pape François, Bulle d’indiction jubilaire « Le visage de la Miséricorde », numéro 14).

« Savoir accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne »

Ce sont là des pistes très concrètes et faciles. Et si ce n’était pas toujours facile à mettre en œuvre concrètement, ce serait peut-être du moins un encouragement à l’exercer : « savoir accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne ». Ce faisant, nous, chrétiens, nous nous faisons artisans de paix, vivant ce que la Parole de Dieu nous dit par saint Paul : rechercher ce qui contribue à la paix.

Faire ainsi, cela nous fera peut-être quitter des manières de faire et de penser. Cela nous fera quitter des habitudes. Mais on quitte à la manière des apôtres dans l’évangile, à savoir quitter des réalités connues, mais pour obtenir en héritage la vie éternelle, ainsi que le Christ nous le dit dans l’évangile : « Pierre prit la parole et dit à Jésus : “Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre : alors, qu’est-ce qu’il y aura pour nous ? ” (…) Jésus déclara : ” (…) il aura en héritage la vie éternelle” » (Mt 19, 27 … 29).

Demandons au Seigneur qu’il nous obtienne par l’intercession de saint Nicolas de Flüe d’être, en tant que chrétiens, des artisans au service de l’unité et de la paix, des artisans au service du bien commun. Nous pouvons le demander avec la prière que la tradition nous donne de saint Nicolas de Flüe :
« Mon Seigneur et mon Dieu, Prends-moi à moi
Et donne-moi tout entier à Toi;
Mon Seigneur et mon Dieu, Prends-moi tout ce qui me sépare de Toi;
Mon Seigneur et mon Dieu, Donne-moi tout ce qui m’attire à Toi ».

Amen.


Lectures bibliques : Sagesse 7, 27c – 8, 2a.3-7.9 ; Ps 89 (90) ; Romains 14, 17-19 ; Matthieu 19, 27-29

Homélie du 18 septembre 2016 (Lc 16, 1-13)

Abbé Bernard Miserez – Eglise Saint-Pierre-aux-Liens, Bulle, FR

Çà devait être une histoire connue, celle que raconte Jésus à ses disciples. Puisée sans doute dans les faits divers de l’époque. Rien n’a changé, direz-vous. Hélas, les affaires liées à l’argent sont toujours d’actualité.

Ce gérant malhonnête nous révèle en fait que l’argent peut prendre toute la place dans une vie et, telle une obsession, il crée un appétit boulimique jusqu’à devenir un but en soi.

Avoir, avoir et avoir encore jusqu’à se laisser posséder par ce que l’on croit posséder.  Pour le dire autrement, le culte de l’argent est une forme du culte de soi-même. D’ailleurs, c’est cela une idole : une image qui me ressemble et qui est sans vie.

Les astuces de ce gestionnaire vont cependant émerveiller son maître, car l’habileté à gagner davantage sollicite adresse et ingéniosité. Bien plus, et  cela qui fera l’admiration du maître, ce gérant va faire de l’argent non plus un but, mais un moyen. En réduisant frauduleusement à chacun des débiteurs son dû, cet homme assure en quelque sorte son avenir auprès de ses complices. Cet acte, certes malhonnête, lui garantit un réseau sur lequel il garde le pouvoir.

Le chemin de la vraie liberté

Jésus, en commentant cette parabole, nous dévoile le chemin de la vraie liberté.  Ce gérant si habile montre la capacité de l’homme à inventer sa vie en  allant jusqu’au bout de son désir pour assurer sa sécurité.

Une question se pose alors. Quel est le désir profond pour lequel je suis prêt à tout risquer ? Et Jésus, nous venons de l’entendre, va plus loin. Il identifie deux chemins possibles : Dieu ou l’argent ! Lequel des deux est notre maître ? Et Jésus d’ajouter : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent.

“L’enjeu de cet Evangile nous ouvre le cœur à la confiance”

Ces paroles sont claires. Elles ne viennent aucunement condamner qui que ce soit. Elles sont, au contraire, au service du discernement que nous avons toujours à faire pour demeurer des filles et des fils de la lumière. Nous le sentons bien. L’enjeu de cet Evangile, ce matin, est redoutable. En même temps, il nous ouvre le cœur à la confiance.

Parfois, nous nous décourageons devant nos pauvretés, nos échecs, notre peu de foi. Nous nous sentons hors course devant les appels de Jésus. Incapables. Nous avons l’impression que notre vie de croyant s’émiette et se délite.

Oser se recevoir de Dieu

Aujourd’hui, Jésus nous incite à inventer nos chemins de foi, à mettre en œuvre toutes les énergies qui sont en nous comme des pépites en attente de croissance. Tout ce que nous sommes, tels que nous sommes, peut servir à donner visage au Royaume de Dieu. Il suffit de nous risquer dans l’inconnu et dans l’imprévisible. Mieux encore, mes amis, oser se recevoir de Dieu. Au fond, notre espérance, c’est le Christ ressuscité. Sa vie nous est donnée depuis toujours. Notre Oui à sa vie nous tient dans l’espérance.

Pour cela, frères et sœurs bien-aimés, il y a en chacune et chacun de nous ce trésor incomparable qu’on appelle la confiance. Humblement, puisque nous sommes les filles et les fils de la lumière, nous verrons luire sur le plus banal de nos journées la lumière qui ne s’éteint jamais.
Amen


25e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques :
Amos 8, 4-7; Psaume 112; 1 Timothée 2, 1-8;  Luc 16, 1-13