Paul H. Dembinski
Né à Cracovie, Paul H. Dembinski préside la Plateforme Dignité et Développement, groupe de réflexion romand inspiré par l’enseignement social chrétien. Professeur à l’Université de Fribourg, son enseignement s’articule autour des questions liées à la concurrence et à la stratégie internationale des entreprises. Il dirige également l’Observatoire de la Finance à Genève.
Les protestants adoptent la nouvelle traduction du Notre Père
Homélie du 19 novembre 2017 (Mt 25, 14-30 )
Abbé Jean-Claude Dunand – Eglise du Sacré-Cœur, La Chaux-de-Fonds
Les paraboles de Jésus sont bien souvent dérangeantes et celle que nous venons d’entendre ne fait pas exception. Le partage inégalitaire entre les serviteurs et l’invitation au rendement maximum sont des concepts fort peu évangéliques ! C’est l’indice qu’il ne faut pas prendre cette parabole au premier degré !
La vie entre nos mains
A l’époque de Jésus, un talent est un capital très important, une somme d’environ 15 ans de salaire ! Deux ou cinq talents, c’est donc une fortune colossale !
Les talents qui sont si généreusement confiés par le « Maître parti en voyage », – c’est-à-dire Dieu lui-même -, représentent la vie que nous avons reçu gratuitement, le monde à construire, le message de l’évangile à transmettre. C’est dans la perspective du Royaume qui vient, que Dieu a remis entre nos mains la vie pour que nous la fassions fructifier.
Dans la parabole, chacun aussi reçoit à la mesure de ses possibilités. Ce qui importe ce n’est pas le montant mais la capacité de déployer des efforts pour contribuer à la prospérité. Les deux serviteurs qui ont doublé l’apport initial sont félicités de la même manière. Si le troisième avait produit un seul « talent », il aurait eu droit au même compliment.
Dieu nous veut actifs, imaginatifs
Le message de cette parabole est bien que Dieu nous associe à ses affaires, c’est-à-dire à la réalisation de son Royaume. Chacun reçoit sa part de responsabilité. Dieu nous veut actifs, imaginatifs. Il y a tant à faire dans ce monde pour le transformer en un monde meilleur. Et pour cela nous avons toutes et tous reçus des talents. Il s’agit donc de déployer des projets qui conviennent ! Raoul Follereau racontait : « J’ai rêvé qu’un homme se présentait au jugement de Dieu, et il disait : «Tu vois, Seigneur, j’ai obéi à ta loi, je n’ai rien fait de malhonnête, de mauvais… Mes mains sont propres… » – « Sans doute, répondit le Seigneur, sans doute, mais tes mains, elles sont vides ! En fait, tu n’as rien fait, tu n’as rien risqué, rien produit. »
Le Royaume grâce à notre participation et à nos initiatives
Dans la parabole des talents, Jésus nous rappelle que pour être serviteur, il y a des risques à prendre. Retenons donc aujourd’hui que Dieu est sensible à notre manière de nous engager selon nos capacités. Agir concrètement au nom de notre foi, c’est respecter la confiance qu’il a fait en nous donnant la vie. Dieu s’est engagé d’une manière forte en créant l’homme à son image et le rendant participant à son œuvre. Il a été généreux envers nous. Nous avons donc, soutenus par son Esprit, à prendre des initiatives qui portent des fruits, qui changent les choses…
Oui le Seigneur veut construire son Royaume grâce à notre participation et à nos initiatives. Tous projets, aussi variés sont-ils, du plus petits aux plus grands, sont des lieux susceptibles où nous pouvons déployer nos efforts, surtout s’ils sont habités de notre foi en Dieu.
Et voilà une belle manière de lui rendre gloire.
La confiance génère l’audace d’entreprendre !
33e dimanche du temps ordinaire, année A
Lectures bibliques : Proverbes 31, 10-13.19-20.30-31; Psaume 127, 1-2, 3, 4-5; 1 Thessaloniciens 5, 1-6; Matthieu 25, 14-30
Un chiffre astronomique
« Tout peut (encore) changer », des conférences consacrées à la transition
Rejeter la Sagesse?
Une messe pas comme les autres
Homélie du 12 novembre 2017 (Mt 25, 1-139
Chanoine Jean-Marie Nusbaume – Carmel de Develier, JU
Au soir de leur vie, deux personnes discutent. L’une d’elles fait tout à coup cette confidence : « Toute ma vie, j’ai attendu quelque chose de beau, de grand qui transformera mon existence. Quelque chose ou quelqu’un. Aujourd’hui je n’attends plus rien. Mais je me demande si je ne suis pas passée à côté de l’essentiel à un moment ou à un autre. »
Attendons-nous la venue du Seigneur ?
Et nous, frères et sœurs ?
Attendons-nous quelque chose ou quelqu’un ou sommes-nous lassés, avec le sentiment d’être passés à côté de l’essentiel ?
Au cœur de chaque eucharistie après la consécration, l’Eglise nous invite à nous tourner vers le Christ et à proclamer : « Nous attendons ta venue dans la gloire. »
Mais, est-ce bien vrai ?
Est-ce bien vrai que nous attendons la venue du Seigneur dans la gloire ?
Ce moment a souvent été décrit comme un jour de colère et de châtiment qui a suscité
la peur de le voir advenir.
Garder le cœur en éveil
Or, « le Royaume de Dieu sera comparable à 10 jeunes filles invitées à des noces » nous dit Jésus dans l’Evangile.
Cela signifie que la venue du Seigneur comme un époux est un événement joyeux, heureux, dont il n’y a rien à craindre. Au contraire, il faut s’en réjouir.
Et pour cela, s’y préparer, garder le cœur en éveil, même si l’on est parfois endormi, comme les 10 jeunes filles de la parabole.
« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ». Tel est l’appel de Jésus hier comme aujourd’hui à ses disciples.
Pour toujours avec le Seigneur
La première communauté chrétienne attendait avec impatience le retour du Seigneur, persuadée qu’il était imminent.
Nous en avons un écho dans la 1ère lettre de saint Paul aux Thessaloniciens, dont nous avons entendu un extrait tout à l’heure.
La question était de savoir qui ressusciteraient en premier lors de la venue du Seigneur :
les défunts ou ceux et celles qui seraient encore vivants sur cette terre.
La réponse de l’apôtre est clair. Quand le Seigneur reviendra, ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord, puis les vivants qui seront encore là. « Tous seront pour toujours avec le Seigneur. »
Comme cette venue tardait, l’Eglise a appris à vivre, à s’organiser pour durer, au risque pour les chrétiens de se lasser d’ attendre le retour du Seigneur.
Le « oui » de l’humanité
On peut d’ailleurs se demander pourquoi le Seigneur tarde-t-il à revenir ?
Le théologien suisse, l’abbé Maurice Zundel a dit quelque chose que j’aime beaucoup
et que je cite de mémoire :
« Le Seigneur reviendra quand le dernier être humain aura fermé l’anneau des noces
de Dieu et de l’humanité. »
Ainsi le retour du Seigneur serait-il subordonné au « oui » de l’humanité, de chacune
et de chacun, à la proposition d’alliance que Dieu a scellée en son Fils Jésus.
Cela fait écho au psaume 90 repris par l’apôtre Pierre dans sa 2e lettre :
« Pour le Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour.
C’est pour vous permettre de vous convertir que le Seigneur prend patience. »
(2 Pierre 3,8 et Psaume 90)
Oui, Dieu patiente. Il nous laisse le temps de nous préparer. Car il n’a qu’un désir : que tous soient sauvés, que tous entrent dans la joie de son Royaume, que tous vivent de sa vie et partagent son bonheur.
D’une certaine manière, le retour du Seigneur dépend donc de nous, de notre foi, de notre désir d’entrer dans la joie de l’alliance avec Dieu.
La parabole des 10 jeunes filles racontée par Jésus retentit comme une question : sommes-nous prêts pour la rencontre ?
Quand l’époux arrive après avoir tardé, 5 jeunes filles sont prêtes à faire partie du cortège des noces. Elles ont été prévoyantes. Elles ont une réserve d’huile suffisante pour alimenter leur lampe.
Les 5 autres, insouciantes, ne sont pas prêtes. Elles n’ont plus l’huile nécessaire pour participer au cortège et à la fête. Elles trouveront portes closes quand elles arriveront
à la salle des noces.
Rester vigilants
Devant l’attente du retour du Seigneur qui se prolonge, est-ce que, mêmes parfois endormis, nous restons vigilants, disponibles pour aller vers le Seigneur quand la voix retentira : « Voici l’époux. Sortez à sa rencontre » ?
Aurons-nous encore de l’huile en suffisance dans nos lampes ? L’huile de la foi, l’huile de la confiance, l’huile du désir…
Autrement dit :
Croyons-nous vraiment que le Christ viendra dans la gloire ?
Gardons-nous le cœur et l’esprit en alerte pour guetter les signes de sa venue ?
Et pour cela, croyons-nous que le Seigneur vient déjà à notre rencontre ici et maintenant ?
Dans sa Parole, dans l’eucharistie, dans les sacrements de la foi, dans la rencontre fraternelle, dans la communauté rassemblée.
L’huile du désir de la rencontre
Avons-nous dans la lampe de notre vie l’huile du désir de rencontrer le Seigneur et de faire partie du cortège des noces de Dieu et de l’humanité ? Avons-nous le désir d’entrer dans le Royaume de Dieu pour participer au banquet nuptial ?
Si l’Eglise nous appelle à proclamer ainsi la grandeur du mystère de la foi au cœur de l’eucharistie, c’est pour creuser en nous un désir aussi vaste que les promesses de Dieu. C’est pour nous tourner vers l’avenir. Or, l’avenir de l’humanité, notre avenir, c’est le Royaume de Dieu, là où nous serons pour toujours avec le Seigneur.
« Seigneur, nous attendons ta venue dans la gloire. »
C’est ce que nous pouvons attendre de plus beau, de plus grand, d’essentiel et qui transformera notre existence.
Alors, frères et sœurs, veillons, pour ne pas risquer de manquer la rencontre !
32e dimanche du Temps ordinaire – Année A
Lecture bibliques : Sagesse 6, 12-16; Psaume 62, 2, 3-4, 5-6, 7-8; 1 Thessaloniciens 4, 13-18; Matthieu 25, 1-13
