Message de Pâques, 16 avril 2017
Message du pape François – Bénédiction Urbi et Orbi
Chers frères et soeurs,
Bonne fête de Pâques!
Aujourd’hui, dans le monde entier, l’Église renouvelle l’annonce pleine d’étonnement des premiers disciples: «Jésus est ressuscité!»- «Il est vraiment ressuscité, comme il l’avait dit!»
L’antique fête de Pâques, mémorial de la libération du peuple hébreu de l’esclavage, atteint ici son accomplissement: par sa résurrection, Jésus Christ nous a libérés de l’esclavage du péché et de la mort et nous a ouvert le passage vers la vie éternelle.
Dieu, notre Pasteur, est venu nous chercher
Nous tous, quand nous nous laissons dominer par le péché, nous perdons la bonne route et nous allons errant comme des brebis égarées. Mais Dieu même, notre Pasteur, est venu nous chercher, et pour nous sauver, il s’est abaissé jusqu’à l’humiliation de la croix. Et aujourd’hui, nous pouvons proclamer: «Il est ressuscité le bon Pasteur qui pour son troupeau est allé à la rencontre de la mort, alléluia!» (Missel Romain, IV° dimanche de Pâques, Antienne de la communion).
A travers les temps, le Pasteur ressuscité ne se lasse pas de nous chercher, nous ses frères égarés dans les déserts du monde. Et par les signes de la Passion – les blessures de son amour miséricordieux – il nous attire sur son chemin, le chemin de la vie. Aujourd’hui aussi, Il prend sur ses épaules beaucoup de nos frères et soeurs opprimés par le mal sous ses différentes formes.
Le Pasteur Ressuscité va chercher celui qui est égaré dans les labyrinthes de la solitude et de la marginalisation; il va à sa rencontre à travers des frères et des soeurs qui savent s’approcher avec respect et tendresse et faire entendre à ces personnes sa voix, une voix jamais oubliée, qui les rappelle à l’amitié avec Dieu.
La proximité du Bon Pasteur pour tout ceux qui souffrent
Il prend en charge tous ceux qui sont victimes des anciens et des nouveaux esclavages: travaux inhumains, trafics illicites, exploitation et discrimination, graves dépendances. Il prend en charge les enfants et les adolescents qui sont privés de leur insouciance pour être exploités; et qui ont le coeur blessé par les violences subies à l’intérieur des murs de leur propre maison.
Le Pasteur Ressuscité se fait compagnon de route de tous ceux qui sont contraints de laisser leur terre à cause de conflits armés, d’attaques terroristes, de famines, de régimes oppressifs. A ces migrants forcés, il fait rencontrer des frères sous tous les cieux, pour partager le pain et l’espérance sur le chemin commun.
Dans les histoires complexes et parfois dramatiques des peuples, que le Seigneur Ressuscité guide les pas de qui cherche la justice et la paix; et qu’il donne aux responsables des Nations le courage d’éviter l’expansion des conflits et d’arrêter le trafic des armes.
En ces temps, de façon particulière, qu’il soutienne les efforts de tous ceux qui s’emploient activement à apporter soulagement et réconfort à la population civile en Syrie, victime d’une guerre qui ne cesse pas de semer horreur et mort. Hier encore, la dernière attaque ignoble aux réfugiés en fuite a provoqué de nombreux morts et blessés.
Qu’il donne la paix à tout le Moyen Orient, à commencer par la Terre sainte, comme aussi en Irak et au Yémen.
Que la proximité du Bon Pasteur ne manque pas aux populations du Sud Soudan, du Soudan, de la Somalie et de la République Démocratique du Congo, qui souffrent de conflits qui se perpétuent, aggravés par la très sérieuse famine qui frappe certaines régions de l’Afrique.
Le Bon Pasteur donne l’espérance
Que Jésus ressuscité soutienne les efforts de tous ceux qui, spécialement en Amérique latine, s’engagent à garantir le bien commun des sociétés, parfois marquées de tensions politiques et sociales qui dans certains cas aboutissent à la violence.
Qu’on puisse construire des ponts de dialogue, en persévérant dans la lutte contre la plaie de la corruption et dans la recherche de solutions valables et pacifiques aux controverses, pour le progrès et la consolidation des institutions démocratiques, dans le plein respect de l’Etat de droit.
Que le Bon pasteur aide l’Ukraine, encore affligée par un conflit sanglant, à retrouver la concorde et accompagne les initiatives en vue d’adoucir les drames de tous ceux qui souffrent des conséquences.
Que le Seigneur ressuscité, qui ne cesse pas de combler le continent européen de sa bénédiction, donne espérance à tous ceux qui traversent des moments de crise et de difficultés, spécialement en raison du grave manque de travail surtout pour les jeunes.
Chers frères et soeurs, cette année comme chrétiens de toute confession, nous célébrons ensemble la Pâque. Ainsi, d’une seule voix dans chaque partie de la terre résonne l’annonce la plus belle: «Le Seigneur est vraiment ressuscité, comme il l’avait dit ! ». Il a vaincu les ténèbres du péché et de la mort, qu’il donne la paix à notre temps.
Bonne fête de Pâques !
Homélie TV du 16 avril 2017 (Jn 20)
Mgr Kevin Doran, évêque d’Elphin – Cathédrale de Sligo (Irlande)
Au cours de ces derniers jours, alors que je préparais cette célébration de Pâques, quelque chose a retenu mon attention. Le mot « témoin » est utilisé cinq fois dans la première lecture des Actes des Apôtres. Manifestement c’est un mot important. Pierre et Paul, Jean, Marie-Madeleine et Luc sont tous des témoins. L’Evangile nous dit que Marie a vu que la pierre avait été retirée. Elle en conclut que le corps a été enlevé par des inconnus et elle va annoncer la nouvelle aux autres.
La présence de Pierre et Jean : importance symbolique
Pierre et Jean arrivent ensuite l’un après l’autre. Jean a suivi Pierre à l’intérieur du tombeau. Il est un témoin attentif. Il nous donne ce genre de détails qui nous permet d’imaginer ce qui a pu se passer. Il utilise peu de mots mais il est clair que Jean a vu les signes que Jésus était ressuscité.
Dans la tradition juive, il est nécessaire que la preuve soit donnée par deux témoins pour qu’un procès soit valide et la présence de Pierre et Jean ensemble au tombeau vide est symboliquement importante. Finalement, le tombeau vide, et même le fait que le linge qui entourait le visage de Jésus soit soigneusement plié, ne sont que des signes indiquant la Résurrection pour ceux qui veulent les voir. Par eux-mêmes, cependant, ils ne prouvent rien. Nous devons chercher ailleurs pour trouver le sens de tout cela.
Saint Paul n’a jamais vu le tombeau vide
Comme Pierre, dont la prédication est citée dans la première lecture, la conviction de Paul est basée sur l’expérience personnelle qu’il a de Jésus, ressuscité des morts. De la même façon, d’autres récits de la Résurrection dans les prochaines semaines nous diront comment quelques femmes ont rencontré Jésus sur leur chemin ce matin-là, et comment Marie, en proie à la douleur, avait vu Jésus mais ne l’avait pas reconnu, jusqu’à ce qu’il prononce son nom. Plus tard ce même jour, deux disciples ont, eux aussi, rencontré Jésus sur la route d’Emmaüs. Comme Marie, ils ne l’ont pas reconnu, jusqu’à ce que, des heures plus tard, il s’assoie avec eux et rompe le pain.
Des témoins qui disent tous : Jésus est vivant
Dans n’importe quelle salle d’audience ou dans n’importe quel compte rendu, les témoins rapportent les faits tels qu’ils ou elles s’en souviennent. Chacun voit les choses de son point de vue et chacun a sa propre interprétation des faits. De petits détails peuvent se révéler très importants mais ce qui compte le plus, ce sont les preuves apportées par les témoins si elles sont solides. Lorsque cela concerne la Résurrection de Jésus, on relève de nombreux petits détails, mais ce qui compte le plus, c’est que les témoins disent tous la même chose : Il est ressuscité. Jésus est vivant.
La Résurrection : conforme aux Ecritures
Ce matin, à la fin de notre passage d’Evangile, saint Jean nous dit : « Jusqu’à présent, les disciples n’avaient pas compris que, selon les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Pour Pierre et Jean, il est important que la Résurrection soit conforme aux Ecritures du judaïsme. Avec leur propre expérience de la Résurrection, il peuvent regarder Jésus avec des yeux nouveaux. Ils commencent à voir plus clairement comment sa vie et son ministère sont l’aboutissement de la promesse faite par Dieu, et dont les prophètes ont parlé si souvent. C’est pourquoi, dans la première lecture des Actes des Apôtres, saint Luc cite les mots de Pierre : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage ».
Une expérience qui change la vie
Etre un témoin a aussi une autre implication qui ressort clairement dans la vie des croyants, après la Résurrection. Nous parlons parfois d’expériences qui changent la vie. Les personnes sont souvent bousculées et changées par ce dont elles ont été les témoins. La vérité exige que nous prenions position. Si Jésus qui était mort, est maintenant ressuscité, cela signifie vraiment que tout ce qu’il a fait et tout ce qu’il a dit pendant sa vie terrestre doit être vu et entendu de manière nouvelle. L’ensemble de son ministère a été authentifié par Dieu lui-même. Nous entendons saint Paul, dans la seconde lecture, prenant l’image de la levure et du pain, exhorter les chrétiens de Corinthe par ces mots : « purifiez-vous des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle – celle du pain non fermenté de la droiture et de la vérité ». Les Actes des Apôtres nous disent que les croyants étaient fidèles à l’enseignement des Apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain, aux prières et qu’ils avaient l’estime de tous.
Leur façon de vivre comme des frères et sœurs témoigne du fait que Jésus est vivant ; C’est ce que souligne l’expression « communion fraternelle » placée dans le texte entre « enseignement des Apôtres » et « fraction du pain », là où l’on ne peut l’oublier.
Invités à être témoins de la Résurrection de Jésus
Avant de terminer, je veux revenir un instant sur la réaction de Marie quand elle a vu que la pierre avait été retirée. « On a enlevé le Seigneur de son tombeau » dit-elle, « et nous ne savons pas où on l’a déposé ». Je pense que le tombeau vide est une image intéressante pour les chrétiens d’Irlande aujourd’hui, et ceux de toute l’Europe. Notre histoire et notre culture, notre art et notre architecture sont remplis de référence à Jésus. Nous attachons beaucoup d’importance à ce patrimoine. Mais, Jésus lui-même, où est-il ? Où l’avons-nous mis ? Nous a-t-il, en quelque sorte, été enlevé ? Ou bien est-il réellement vivant dans notre société d’aujourd’hui ? Quels sont les signes d’espoir ? Où sont les témoins ? Par « témoins », je ne pense pas à ceux qui ont juste entendu une rumeur selon laquelle il était ressuscité. Je pense à ceux qui ont réellement fait l’expérience de sa présence et de son action dans leur vie et en qui, maintenant, il est vivant. Aujourd’hui, puisque nous avons écouté sa parole, il nous invite à être ses témoins. Nous ne sommes pas appelés à dominer l’ensemble de la société, pas plus que ne l’ont fait les premiers chrétiens, mais il nous faut être présents dans l’espace public pour que les gens puissent voir par eux-mêmes que Jésus est vivant.
DIMANCHE DE PÂQUES : LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR
Lectures bibliques : Actes 10, 34a.37-43; Psaume : 117, 1-2, 16-17, 22-23; Colossiens 3, 1-4; Jean 20, 1-9 – Année A
Homélie du 16 avril 2017 (Jn 20)
Abbé Jérôme Hauswirth – Monastère des Bernardines, Collombey-Muraz, VS
Pâques : le tombeau vide
C’est par une femme que la mort est entrée dans le monde : Eve.
Mais c’est aussi par le « oui » d’une femme que Dieu s’est fait homme : Marie.
Et ce ne sont quasiment que des femmes qui sont restées fidèles jusqu’à la croix,
et la mort sur la croix.
C’est étonnant, cette place de la femme. Place essentielle. Toujours au moment clef.
Les hommes ont trahis ou reniés, ou alors fuit.
Mais les femmes sont restées fidèles… sans comprendre.
C’est beau cela : être fidèle, encore fidèle, toujours fidèle,
alors que l’on ne comprend pas, alors que l’intelligence est dépassée.
Les femmes ont un rôle unique dans le christianisme. Ce sont elles qui reconnaissent d’un seul trait le Christ, alors que les apôtres ont beaucoup douté.
Et voilà que dans l’évangile de ce jour,
c’est encore une femme qui se lève de bon matin
pour aller au tombeau.
Un signe : la pierre est roulée
Et voici qu’un signe est donné à cette femme, Marie Madeleine :
Elle va être la première à constater … que la pierre est roulée.
Et devant cette pierre roulée, face à ce tombeau ouvert, elle rapportera aux apôtres : « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis ».
Nous ne savons pas où on l’a mis…
Marie de Madeleine dit là quelque chose d’essentielle : nous /ne /savons /pas.
Croire : une autre façon de voir le monde
ET PARADOXALEMENT, C’EST UN BIEN QUE DE PAS SAVOIR !
CAR IL NE S’AGIT PAS DE SAVOIR, MAIS DE CROIRE.
La résurrection n’est pas une connaissance à acquérir,
mais regard différent à poser sur le monde.
Croire cela veut dire : s’ouvrir à une autre façon de voir le monde.
La foi, c’est un regard divin sur le monde !
Face à la même réalité, deux regards sont possibles :
Le regard avec la foi.
Et le regard sans la foi.
Le regard de Jean ou le regard de Pierre
Pour le dire autrement, avec l’Evangile du jour,
Le regard de Jean ou le regard de Pierre.
PIERRE entre dans le tombeau, voit les linges gisant à terre,
ainsi que le suaire qui couvrait la tête de Jésus.
Il voit rigoureusement ce qui est visible,
il voit ce qui tombe sous le regard.
Et ce qu’il voit, c’est l’absence.
ABSENCE TROUBLANTE DE CELUI QUI ÉTAIT JÉSUS.
Pierre est le représentant de l’ancien monde, dans ce monde
où il fait sombre, dans ce monde où la mort est le dernier mot.
JEAN, lui, se penche.
Geste qui fait penser à une prostration.
Et il contemple le linceul resté là.
SON REGARD, ILLUMINE PAR L’AMOUR SCRUTE L’INVISIBLE.
Et l’évangéliste de nous donner ses paroles absolument extraordinaires :
« IL VIT …ET IL CRUT » !
Mais qu’est-ce qu’il a vu ? Et bien il a vu la même chose que Pierre !!!
MAIS JEAN A PRESSENTI LA PRESENCE CACHEE AU CREUX DE L’ABSENCE.
Pierre est entré dans un tombeau vide.
Pour lui, la pierre a certainement été enlevée du tombeau pour faire sortir un cadavre.
Pour Pierre cela veut dire que la mort à gagné et que Dieu s’est retiré.
Pour Pierre, la mort a le dernier mot. Tout est perdu.
La vie a le dernier mot
Jean est aussi entré dans un tombeau vide.
Mais pour lui, la pierre est roulée pour permettre aux croyants d’entrer
et de se tenir en présence du Seigneur.
Pour Jean, tout a changé : le lieu a changé : ce n’est plus la sépulture d’un défunt,
mais le temple du Dieu vivant.
Pour Jean cela veut dire que nous sommes entrés dans un temps nouveau,
dans un monde nouveau.
Pour Jean, la vie a le dernier mot. Tout prend un sens nouveau !
Posons des gestes de foi
Je pense que chacun de nous passe par cette double approche.
Par la raison nous ne voyons que l’évènement brut.
Et l’analyse est comme limitée à ce qui est observable.
Par la raison, nous voyons ce qui est visible pour les yeux de chair.
MAIS L’ESSENTIEL EST INVISIBLE POUR LES YEUX
(comme le disait le renard du petit prince).
SEUL L’ESPRIT ILLUMINE PAR LA FOI PEUT VOIR L’INVISIBLE.
SEULE LA FOI PERMET DE VOIR DANS CE TOMBEAU VIDE
LA VICTOIRE DU VIVANT SUR LA MORT ET LE PÉCHÉ.
Cherchons donc à tout faire pour que notre foi grandisse.
POSONS DES GESTES DE FOI, CONCRETS, AU QUOTIDIEN.
Osons commencer la journée par un signe de croix.
Quand l’angélus sonne, écoutons Dieu qui nous appelle à la prière.
Quand nous passons à table, rendons grâce à Dieu
pour la merveille du repas partagé.
L’invisible présence de Celui qui est la Vie
LA FOI GRANDIT PAR DES ACTES LIBRES. Des actes simples. Des actes concrets.
SI ON POSE RÉGULIÈREMENT DE TELS GESTES, ALORS LA FOI GRANDIT.
Et quand la foi grandit, on voit la vérité. On voit même l’invisible.
ON VOIT JUSQUE DANS LE TOMBEAU VIDE L’INVISIBLE PRÉSENCE DE CELUI QUI EST LA VIE.
On voit dans une épreuve un sens plus réel encore que la souffrance !
Soyons clairs : Nous avons tous à convertir notre regard. A purifier notre regard.
CHANGE TON REGARD ET LE MONDE CHANGERA.
CHANGE TON REGARD ET TU CHANGERAS.
POSE DES GESTES DE FOI, AU QUOTIDIEN, ET TON REGARD SERA PROFONDÉMENT CHANGÉ.
ET ALORS TU CONTEMPLERAS DANS CE QUI RESSEMBLE A UNE ABSENCE
UNE PRÉSENCE PLUS RÉELLE ENCORE QUE LA RÉALITÉ.
Amen
DIMANCHE DE PÂQUES : LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR
Lectures bibliques : Actes 10, 34a.37-43; Psaume : 117, 1-2, 16-17, 22-23; Colossiens 3, 1-4; Jean 20, 1-9 – Année A
Homélie du Vendredi Saint 14 avril 2017 (Jn 18)
Abbé Martial Python et Pasteure Vanessa Lagier – Collégiale de Romont, FR
Passion selon Saint Jean 18, 1-19, 42
Abbé Python :
Cette Passion de Jean nous invite à la méditation. Elle nous interroge :
« Qui es-tu ? D’où viens-tu ? » Et nous voici au cœur du mystère. Un
homme se meurt sur une croix, mais qui est cet homme ? Et comment cet
homme peut-il affirmer qu’il est maître de sa propre mort ? Voire qu’il est
maître de toutes les puissances terrestres, y compris celle de l’Empire ? Il
le dit avec ce seul mot « Vérité ». « Je suis né, je ne suis venu dans le
monde que pour rendre témoignage à la Vérité. »
Un mystère de lumière
Jésus a donc ce pouvoir sur la Vérité. Mais il s’agit de la Vérité-Vitale dont
il témoigne, atteste. Celle d’un Dieu qui nous aime jusqu’au don de Lui-
Même, et qui fera que tout change à l’instant où nous entrons dans ce
mystère de lumière. Jésus n’est pas seulement venu dire la Vérité, mais il
est Vérité au sens qu’il est Lui-Même la preuve vivante de l’amour de Dieu.
Dynamisme de la Résurrection
Dès lors, la Passion de Jésus devient une traversée Pascale nous invitant
à nous mettre dans son sillage de Lumière. Par son témoignage, il vient
nous dire que tous nos combats existentiels avec leur lot de souffrances
et la mort qui s’ensuit n’ont plus le dernier mot sur la vie, parce que par
son témoignage, il les a remplis de sa présence pour les transfigurer dans
le dynamisme de sa Résurrection.
Une entrée dans la plénitude de l’amour du Père
C’est pourquoi tout est Vérité en Jésus. Il nous la révèle de par sa vie et
sa mort. Et même si des choses restent cachées au sujet de cette mort
sur la croix, nous sommes sûrs qu’elle nous sauve. À partir de sa mort,
toutes nos morts sont désormais épargnées du néant pour entrer dans ce
mystère de lumière celui de la plénitude de l’amour du Père.
Dès lors, on comprend pourquoi la méditation de la passion, présentée tel
un chemin de lumière, devient une source d’inspiration pour tant et tant
d’artistes comme Jean-Sébastien Bach….
Pasteure Vanessa Lagier :
Bach nous fait entrer en méditation avec la dernière parole du Christ en
croix.
« Tout est accompli ».
A qui Jésus dans son dénuement peut-il s’adresser? A Dieu ?
Aux hommes ? Qui peut entendre cette parole ?
Une parole qui a le goût de la victoire
« Tout est accompli ». Le Jésus de Bach le dit avec douleur et souffrance.
Il le dit aussi avec beaucoup de douceur, beaucoup de paix. Ces paroles
résonnent dans le silence et n’ont pas le goût de l’échec. Elles ont le goût
de la victoire. Le Christ est allé jusqu’au bout de sa mission sur terre. Il a
accompli, par son incarnation, tout ce que les prophètes avaient annoncé.
Jusqu’au bout, il a été Fils de Dieu, et a annoncé le Royaume de son Père.
Il a été béni pour porter une bonne nouvelle aux malheureux. Pour guérir
ceux qui ont le cœur brisé. Pour annoncer aux captifs la liberté.
A qui s’adresse Jésus ? Pour Bach, Jésus s’adresse aux affligés.
Une parole de confiance
« Tout est accompli ». La dernière parole du Christ est une parole de
confiance. Au cœur de la douleur, de l’abandon nous entendons la
mélodie de l’espérance. C’est la victoire pour les âmes souffrantes, les
âmes blessées, les âmes abandonnées. Elles peuvent désormais
continuer leur marche dans le désert avec la certitude que leur berger l’a
déjà traversé. Désormais, il les fortifie depuis la terre promise, depuis le
Royaume du Père.
Un aboutissement et un nouveau départ
« Tout est accompli ». Depuis le Royaume de Dieu, il est possible de voir
que désormais sur la terre des hommes, rien ne sera plus comme avant.
Nous sommes tous invités à y croire. La passion de Bach ne s’achève pas
sur la dernière parole du Christ en croix. Il nous emmène ailleurs, il nous
fait cheminer plus loin. La mort du Christ est ainsi un aboutissement et un
nouveau départ. Elle est le lieu d’une espérance inouïe pour toute
l’humanité.
N’est-ce pas ce que nous sommes ensemble, indépendamment de nos
confessions, invités à témoigner ?
« J’ai imaginé les douleurs de Jésus »
Le pasteur et sa belle-fille
Choco coco agneau: Lumière sur les symboles de Pâques
Egypte: les terroristes disposent d’une base sociale non négligeable
Homélie du 9 avril 2017 (Mt 26)
Père Jean-Bernard Livio, sj – Eglise St-Joseph, Genève
Que rajouter après le récit que nous venons d’entendre. Le sépulcre est fermé, la pierre est scellée, on a même posté devant le tombeau une garde pour être sûr qu’il ne se passe plus rien : tout est bien fini !
Et pourtant tout avait si bien commencé : la liturgie de ce jour s’est ouverte sur le récit de l’entrée de Jésus dans Jérusalem, acclamé par la foule, qui l’avait accueilli comme son « roi ». C’est vrai déjà dans ce prologue, l’évangéliste Matthieu nous avait prévenu : Jésus n’entre pas dans la Ville en triomphateur, chevauchant un étalon à la tête d’une armée ; il est assis sur un ânon, le petit d’une ânesse, comme l’avait prédit, à peine un siècle plus tôt, le prophète Zacharie : « voici venir ton roi, plein de douceur ». Dans cette ville contrôlée dans tous les coins de rues par les soldats, écrasée sous le joug de l’occupant romain, on est tout à coup pris ce matin-là d’un fol espoir en LE voyant s’avancer, libre, alors que les bruits courraient de plus en plus insistant que le pouvoir cherchait à l’arrêter, que même les autorités religieuses voulaient sa peau : mais on se risque à y croire : « et si IL était celui qui allait nous libérer de l’étranger, rétablir la paix, redonner à son peuple la dignité ». Il n’en fallait pas plus pour improviser rapidement une marche triomphale, avec les vêtements que l’on pose à même le sol sous ses pas, en brandissant des rameaux que l’on agite avec enthousiasme.
Une foule en délire
Tout cela ne ressemble-t-il pas à nos excitations avant un match de football, où l’on arbore les maillots et les écharpes de son club, que l’on voit déjà vainqueur ? ou à cette foule en délire qui manifeste avec les calicots du parti que l’on sait en tête des sondages ? comme elle se sent forte cette foule en joie quand elle est réunie autour de celui qui gagne ! quand elle chante son adhésion à ce « roi » qui à coup sûr va remporter la victoire, ou du moins nous fait croire que tout va changer !
De la gloire du dimanche des Rameaux aux ténèbres du vendredi saint
Et pourtant tout autre est le ton de la Passion que nous venons d’entendre. Il y est certes encore fait mention de roi, mais c’est pour expliquer le motif de sa condamnation, une inscription que l’on suspendra à la croix : « roi des Juifs ». Comment peut-on passer si vite de la gloire du dimanche des Rameaux aux ténèbres du vendredi saint ? de la victoire au silence de l’échec ?
Quel est cet homme ?
Il y aurait tant à dire en méditant le récit de la Passion. Pour ce matin, laissez-moi juste, chers amis, chers auditeurs, retenir une piste parmi tant d’autres. Tout au long de la narration de Matthieu, une question demeure, lancinante, presque sans réponse : quel est cet homme ? Celui que nous avons suivi, enthousiastes, quand il disait de si belles choses, quand il faisait tant de merveilles, quand il nous faisait croire qu’au-delà de nos fermetures il y avait des possibles inespérés, quand il parlait à Dieu l’appelant son Père … Quel est cet Homme que nous réunit ici, aujourd’hui encore, quand il partage le pain, quand il nous donne la coupe, nous invitant à être avec lui dans le Royaume ? La question revient pratiquement dans chaque scène du récit ; et à chaque question de notre part Sa réponse est toujours la même : « c’est toi qui le dit ! »
Confesser qui il est pour moi
Oui c’est bien ainsi que nous sommes invités ce matin à entrer dans ce récit dont nous sommes au quotidien les acteurs. De disciples qu’Il invitait à le suivre, nous voilà devenus acteurs. Et notre principale mission est de Le reconnaître pour ce qu’il est. N’attendons plus de Lui qu’il se nomme : c’est à nous désormais de dire au monde qui IL est, et tout d’abord de confesser qui IL est pour moi !
Qu’ai-je à dire ?
Les réponses – dans le récit de Matthieu – sont à choix, multiples : celle Judas, pour le trahir, celle de Pierre pour le renier, celle de celui qui veut le défendre par la violence en tirant l’épée, celle les disciples qui, tous, fuient en l’abandonnant, celle des autorités religieuses qui l’accusent de ne pas être conforme à leurs doctrines, … Est-il ce Christ, ce Messie, ce Sauveur du monde tant attendu ? Il se tait, ou alors il réplique comme pour m’inviter à risquer un témoignage, à oser la vérité : « c’est toi qui le dit » ! Mais qu’ai-je à dire ?
De qui suis-je le témoin ?
D’autres réponses jaillissent, reprises aujourd’hui encore par des voix diverses et pas des moindres, qui le raillent, le traitent de déviance, voire de décadence ! Et notre interrogation rebondit : es-tu notre espérance, notre salut ? es-tu le roi ?
- C’est toi qui le dit !
Etonnante réponse qui nous oblige désormais à prendre sa place, à nous engager, là où nous sommes, à reconnaître non seulement d’où IL vient, mais d’où je viens – non seulement de qui Il est, mais de qui suis-je le disciple, le témoin, l’ami !
Merveilleuse invitation qui nous permet de nous sentir appelé à nous impliquer, qui que nous soyons. Car pour disciples il n’a pas choisi les meilleurs, les plus forts, les plus intelligents, pour amis il ne choisit pas aujourd’hui une caste de privilégiés, mais il invite tout un chacun à sa suite …
Une suite qui prend en compte tout ce que l’être humain est appelé à vivre, dans la joie et dans le deuil, dans le succès et dans l’échec, dans la mort même, pour que la Vie prenne sens.
Le récit de la Passion se termine par une fermeture.
Et nous restons avec notre interrogation : qui est-il cet Homme, que nous voyons prêt à tout donner, même à ceux qui l’ont lâché ?
Et si c’était là précisément où nous sommes invités à trouver du sens pour notre vie : oser trouver cette espérance dans notre quotidien, ce sourire qui finit par illuminer le visage fermé de l’autre, ce geste de partage qui enrichit le plus démuni, cette parole de réconfort qui ouvre toutes nos fermetures.
Invités à devenir « Fils de Dieu »
Amis qui m’entendez, seuls chez vous, ou au volant de votre voiture, dans une chambre d’hôpital, une salle de maison pour personnes âgées, dans votre cellule de prison, que le Seigneur vous aide à trouver la réponse juste à sa question : Il est votre ami, et vous êtes son enfant : tout au long de sa vie, il n’a cessé de nous le faire comprendre. Lui le fils de l’Homme nous invite à devenir comme lui « Fils de Dieu ».
Cela me fait penser à cette rencontre que j’ai vécue il y a quelques années. J’avais reçu dans mon bureau une éminente personnalité, mais que je ne connaissais pas. Il avait appelé au secrétariat ; et c’est moi qui étais de garde ! Je l’ai reçu, écouté, longuement. Il portait des choses très lourdes, avait pris sur lui bien des décisions qui le nouaient, l’enfermaient dans le remords et la culpabilité. A la fin de l’entretien, pendant lequel je n’avais pas dit grand-chose – qu’y avait-il à dire ? il me fallait surtout l’écouter – il s’est levé et dans un dernier geste de demande, comme en mendiant, il me tendit sa carte de visite, en me disant comme pour se justifier : « Vous ne m’avez pas demandé qui je suis ! »
J’ai lu sa carte, toute pleine d’une succession de titres : professeur, docteur, membre de tel institut, fondateur de telle institution, etc.,…
Je l’ai regardé, une dernière fois ! Et je n’ai rien su de mieux que lui dire : « oh, il manque un titre sur votre carte ! » Il m’a regardé sévèrement, surpris je crois ! J’ai rajouté : il manque « fils de Dieu ».
Je ne l’ai pas revu, mais je ne l’ai jamais oublié.
AMEN.
Dimanche des Rameaux et de la Passion
Lectures bibliques : Isaïe 50, 4-7; Psaume 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a; Philippiens 2, 6-11; Matthieu 26, 14–27, 66 (ou brève : 27, 11-54) – Année A
