Homélie du 15 janvier 2012

Prédicateur : Père Johann Roten
Date : 15 janvier 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers frères et sœurs dans le Christ, chers auditeurs,

Noël est passé. Les rois sont repartis. La présence de Dieu parmi les hommes – l’Incarnation – entre dans une phase nouvelle. C’est le temps de l’appel, de la rencontre et de la mission.

Il y a des temps quand Dieu est obligé de réveiller l’homme. L’appel de Samuel est un réveil. Si Dieu réveille, c’est qu’il cherche la rencontre avec l’homme. “Viens et vois“, dira Jésus à André et à son compagnon. Les deux restent le temps d’une rencontre qui durera toute la vie. A certains, Dieu donne un nom nouveau et leur confie une mission. Simon devient Pierre. Il sera le rocher de l’Eglise du Christ.

En plus des douze apôtres, l’appel du Christ est allé à 72 disciples. Dans la mentalité juive, le nombre 72 désignait l’ensemble des régions du monde. C’est ainsi que le nombre 72 s’applique aux disciples du Christ de tous les temps et de tous les lieux. Guillaume-Joseph Chaminade (1761-1850) fut un de ces disciples appelé, visité et envoyé par Dieu.

La Famille marianiste, des laïcs, des religieuses et des religieux répandus et actifs dans le monde entier a célébré cette année le 250e anniversaire de la naissance de Guillaume-Joseph Chaminade. L’existence de Chaminade est à cheval sur la révolution et la restauration. Chaminade fait partie de ces grands individus, indépendants et forts, à qui il sera demandé au lendemain de la révolution de reconstruire l’Eglise en France et ailleurs. Ce sont des hommes et des femmes d’action. Leur théologie est un carnet de route, leur philosophie un esprit de vie et leur figure de proue la Vierge, femme forte parce que Immaculée Conception.

Chaminade garde de la révolution un sens aigu des réalités sociales nouvelles. Il y a parmi ces réalités la liberté de l’individu, la solidarité de tous et le bonheur pour tout le monde. Chaminade fera de ces valeurs la liberté pour Dieu, la solidarité de tous à son service et la recherche d’un bonheur qui ne s’arrête pas devant l’autel de la déesse Raison.

Chaminade sera amené à faire face à l’indifférence religieuse de sa culture, à l’apathie cynique des intelligences et à la torpeur des cœurs. Il puisera pour le faire dans la grande tradition de l’Eglise. Avec saint Paul, il partage le défi et le zèle apostolique en toutes circonstances; avec saint Augustin, il se remet à l’absolu de Dieu en toutes choses. Avec saint François, il cherche la foi du cœur simple et l’intimité du Christ. Il trouve dans saint Ignace le sens de la méthode spirituelle et de l’organisation apostolique.

Chaminade n’est pas un de ces chefs de fil aigris qui va organiser une phalange de conservateurs nostalgiques ou d’intégristes butés, mais il conserve dans son cœur et dans son action l’intégralité de l’espérance annoncée par le Christ. Il y a chez lui l’appel, la rencontre et la mission. L’appel sera Saragosse, la rencontre Bordeaux et la mission Rome.

En effet, c’est pendant l’exil à Saragosse, au pied du Pilier de la Vierge qu’il trouve l’inspiration de sa vie. Saragosse est la racine de ses fondations apostoliques, l’ouverture à tous les moyens d’évangélisation et la couleur mariale de sa spiritualité.

Si Saragosse est l’endroit où tout a commencé, c’est à Bordeaux que la véritable rencontre avec le Christ se fera. Un Christ rencontré dans l’épuisement, dans les déceptions et les recommencements. Bordeaux est pour Chaminade et pour un chacun d’entre nous, le lieu des mains sales et des pieds fatigués, mais c’est aussi l’endroit où la grâce et la fécondité de Dieu deviennent visibles. Bordeaux est partout. C’est Sion ou Tokyo, c’est l’ici et le maintenant de notre engagement de chrétiens et d’apôtres.

La géographie chaminadienne ne serait pas complète sans Rome, beauté visible de la catholicité, mais vase d’argile toujours fragile de l’amour de Dieu. Chaminade y rencontre et la mère et la croix. Chaminade offre à l’Eglise le service de ses fondations. Il va léguer à ses disciples une âme ecclésiale mûrie dans une foi aimante et patiente.

Or, une âme ecclésiale est une âme mariale. En effet, la géographie spirituelle de Chaminade s’ébauche et s’inscrit sur fonds bleu, sur fonds marial. Marie est pour Chaminade le rappel constant que le Dieu chrétien est un Dieu fait chair, concret et présent au monde. Marie fera de Chaminade et de ses disciples des hommes et des femmes à la recherche des traces de Dieu dans le monde et toujours à l’affût de l’étincelle de grâce qui éclaire les nuits humaines. Pour Chaminade, Marie incarne la joie du OUI libre et généreux, la promotion humaine active et persévérante, mais également la compassion tendre et sans faille. Chaminade voit en Marie le refus de toute séparation facile entre culture et religion, entre morale et spiritualité, entre prière et action. Pour parler avec la liturgie, Marie est l’appel reçu par le cœur, la rencontre de Dieu vécue dans la chair et la mission du Christ qui résonne dans son invitation pressante: “Faites tout ce que [Jésus] vous dira“!

Revenons donc pour conclure à la liturgie de ce jour. Permettez-moi un brin d’effronterie en affirmant qu’il y a Samuel parmi nous. Pourquoi ne pas l’admettre! Nous sommes tous Samuel. Nous avons tous besoin, à nos heures, d’être réveillés par la voix de Dieu.

Et nous sommes tous André, au masculin comme au féminin, à qui le Christ lance l’invitation: Viens et vois, viens et goûte à mon amour pour toi.

Avec Pierre, nous sommes porteurs d’un nom nouveau, un nom de promesse et d’espérance, un nom de défi et d’engagement. C’est là le sens de notre nom de chrétien, un nom né du sang du Christ, un nom au service de la justice et de la paix, un nom devenu culture, un nom chanté par les arts.

Une philosophie du jour nous propose aujourd’hui un art de vivre qui est à la recherche de la vraie vie et d’une intensité existentielle à tous les niveaux. Le chrétien ne cherche guère autre chose. Il cherche la vraie vie et l’intensité existentielle.

Avons-nous le courage et la simplicité du cœur d’un Chaminade et de tant d’autres hommes et femmes, pour miser notre existence sur le Christ, source de vraie vie et promesse d’intensité existentielle sans relâche et surtout sans fin ?»

Jean, Johann Roten, Guillaume-Joseph Chaminade

Lectures bibliques : 1 Samuel 3, 3-19; 1 Corinthiens 6, 13-20; Jean 1, 35-42

Homélie du 08 janvier 2012

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 08 janvier 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Fête de l’Epiphanie

Chers auditeurs de la Radio suisse romande, chers malades, chers frères et sœurs en Christ, et vous qui avez participé au 7e Festival d’Art Sacré.

Une fois n’est pas coutume : je vous invite à fermer les yeux, maintenant, quelques instants, afin que vous puissiez projeter sur l’écran personnel de votre imaginaire la scène suivante :

Dans le lointain, une plaine verdoyante, quelques bosquets épars qui rompent une certaine monotonie du paysage, et des collines recouvertes de forêts, un décor tout en douceur et en rondeurs.

Au premier plan, sur votre droite, une sorte de kiosque à musique qui, ô surprise, n’abrite pas quelques musiciens exerçant leurs talents, mais un âne et un bœuf. Le bœuf, couché à même le sol, a posé sa tête sur le rebord d’une mangeoire ; l’âne, bien planté sur ses quatre pattes, observe, l’air tout étonné, une jeune femme, assise à quelque distance, qui tient à bout de bras un enfant.

En face de cette dame, trois personnages dont les regards se portent sur le tout petit : un vieil homme, barbe blanche bien fournie, un autre, d’âge mûr, barbe brune, lui, un troisième enfin, le visage glabre ; sûrement le plus jeune des trois.

C’est ainsi que l’iconographie byzantine a commencé à représenter les mages dès le 4e siècle. Si, dès le 2e siècle, ils ont été qualifiés de rois par Tertullien, c’est en référence au psaume 71 : Les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront des offrandes…

L’évangile arménien de l’Enfance, un texte apocryphe tardif, du 4e ou 5e siècle, leur donnera des noms : Melchior, Balthasar et Gaspard. Et sur les mosaïques de Ravenne, leurs noms apparaissent autour de leur représentation dès le 11e siècle.

A partir du 15e siècle, toujours en Italie, Melchior apparaît tête nue, sa couronne déposée aux pieds de l’enfant. Balthazar porte lui sa couronne royale et Gaspard a le chef enturbanné, tel un calife. Chacun des trois porte des habits somptueux, comme il sied à des personnages de haute lignée. Couleur bleue du ciel pour Melchior, marron de la terre pour Balthazar et un habit rose ou orangé pour Gaspard, orangé de la terre s’unissant mystiquement au ciel.

Progressivement, divers artistes populariseront nos trois rois en dignes représentants de trois continents, Melchior pour l’Europe, Balthazar pour l’Asie et Gaspard pour l’Afrique.

L’art et l’imagination des artistes nous aident à lire en profondeur la réalité spirituelle qui se cache derrière la visite des mages.

Commençons par l’âne et le bœuf. Les Evangiles ne les mentionnent pas, mais pourquoi ne remonterions-nous pas jusqu’au prophète Isaïe :

Cieux écoutez, terre prête l’oreille, car Yahvé parle. J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir, mais ils se sont révoltés contre moi.

Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas.

Nos deux animaux ne pourraient-ils pas représenter, de manière agreste certes, tous ceux qui, au cours des âges, sauront reconnaître en l’enfant Jésus leur « possesseur », la source de la Vie véritable. Et par leur présence, c’est la création tout entière qui s’invite à la crèche en un geste d’adoration silencieux et paisible.

Poursuivons par les mages, Ils sont d’âges divers : les hommes, les femmes et les enfants de tous les temps sont donc invités à se pencher sur la crèche et à contempler, comme eux, l’enfant Jésus. C’est le mage le plus âgé qui s’agenouille le premier devant l’enfant, après avoir déposé sa couronne : il reconnaît ainsi que le seul roi devant qui il vaille la peine de s’incliner, c’est le Christ ; il invite ses deux compagnons à faire de même. Ils viennent tous trois de diverses régions du monde : c’est donc que le Verbe fait chair, la Bonne Nouvelle incarnée, s’adresse à l’ensemble de l’humanité.

Et les présents qu’ils offrent au tout petit sont tout un programme théologique : l’or, métal très précieux, pour reconnaître la divinité du Verbe fait chair et sa royauté sur le monde, l’encens, utilisé dans le culte, pour désigner celui qui est le seul Grand Prêtre devant l’éternel, et la myrrhe dont on se servait pour embaumer les corps pour affirmer la véritable humanité du Fils de Dieu devenu Fils de l’homme.

La royauté du Christ s’exprime ainsi de manière radicalement différente de celle d’Hérode ; elle se manifeste au monde dans la simplicité et la douceur (a contrario d’Hérode qui massacrera de nombreux enfants innocents) et s’accomplira dans la justice et la charité. Elle est proposée à tous ceux qui acceptent de se mettre en route pour aller à la rencontre de Celui qui est venu parmi nous, l’Emmanuel de Dieu. Elle nourrit notre espérance et nous pousse à suivre les traces de ce roi nouveau-né : C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaître pour mes disciples.

Christ manifesté au monde. Il est le vin de l’Alliance nouvelle. Celui de l’ancienne alliance encourageait le peuple d’Israël à aimer son prochain et haïr son ennemi, celui de la Nouvelle Alliance en Christ élargira le champ de l’amour jusqu’à l’infini : eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.

Le récit de la visite des mages, récit historique ou symbolique, compte donc essentiellement pour ce qu’il sous-entend : l’universalité du message du Christ, Verbe fait chair, et sa compréhension possible par les petits (les bergers chez Luc) et l’ensemble des nations (les mages chez Mt).

Puissions-nous repartir tout à l’heure dans nos foyers, comme les mages qui s’en retourneront dans leurs pays après avoir adoré, avec au fond du cœur cette étoile qui ne cesse de nous désigner Celui qui est la Lumière du monde manifestée aux hommes.

AMEN.

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 08 janvier 2012

Prédicateur : Abbé Roland Häfliger
Date : 08 janvier 2012
Lieu : Eglise du Sacré-Coeur, Lenzburg
Type : tv

Fête de l’Epiphanie –

Une lumière est apparue aux mages de l’Orient. Ils ont découvert une nouvelle étoile. Très rapidement, ils ont décidé de se mettre en chemin, de suivre l’étoile, de quitter leur environnement habituel et sortir dans la nuit noire, illuminés par la lumière du firmament, qui les a conduits et à qui ils ont fait confiance.

Cette nouvelle étoile a rendu possible une rencontre entre trois types de rois, avec trois façons différentes d’exercer le pouvoir.

Commençons par le royaume où le pouvoir exercé est celui de la sagesse. Les mages de l’Orient en sont les représentants. Ils observent la nature, la nuit, le firmament. Ils lisent des livres saints, ils sont intelligents et bien formés. Ce ne sont pas « des idiots compétents » qui se laissent enfermer par ce qu’ils connaissent déjà, qui ne s’en tiennent qu’à ce qu’ils comprennent et analysent ou ce qu’ils sont à même de compter.

Une vraie sagesse peut s’émerveiller de ce qui est inconcevable, mystérieux, par une nouvelle étoile qui les met en mouvement, on ne sait ni comment ni pourquoi.

Une vraie sagesse se laisse bouger en dehors du laboratoire, d’une salle d’études. Depuis un dos d’un chameau ! Laissant tous les livres et les instruments à la maison.

Une vraie sagesse sait que la vérité peut aussi se trouver complètement ailleurs, bien loin, dans un autre pays, au sein d’un autre peuple, et même dans une autre religion.

Une vraie sagesse est conduite par un profond désir, l’attente du salut pour tous les hommes, le désir d’une vraie lumière pour tous.

Cependant, toute sagesse qu’elle soit, une sagesse humaine ne s’interdit pas de penser de manière très humaine quand même. C’est ainsi que les mages commence par se rendre à Jérusalem dans le palais royal ostentatoire pour chercher le vrai roi, le messie.

Et là ils rencontrent alors un deuxième type de royaume, où le pouvoir s’exerce par la force, le pouvoir de la tyrannie et de la terreur : Hérode le Grand. Le royaume d’Hérode est un royaume qui ressemble à notre monde, on lit le journal, on regarde la télé. Un monde dans lequel les hommes se dominent les uns les autres et parmi eux, quelques-uns ne sont rassurés que lorsqu’ ils en tourmentent d’autres. Pour ceux qui possèdent le pouvoir comme Hérode, les êtres humains ne sont que de la marchandise, des pions, que l’on déplace ici ou là, que l’on dresse avec le fouet de la peur, que l’on force à obéir.

C’est un monde qui trahit l’essence de l’être l’humain. Pourtant il nous apparait normal, si horriblement normal qu’aucune nouvelle du téléjournal ne nous fait bondir de notre fauteuil.

Ce royaume de l’abus arrogant du pouvoir, on ne le trouve pas seulement chez les puissants de ce monde. Non, il se niche aussi dans notre propre cœur, nous domine partout où nous considérons les autres comme de la marchandise, comme moyen pour notre fin, que ce soit dans notre famille, à notre travail ou dans nos loisirs. Des sortes de Mini-Hérode. La religion n’est pas épargnée par eux. D’ailleurs Hérode lui-même utilise la religion comme moyen de pression. Hérode prétend aux trois rois mages qu’il souhaite lui-aussi adorer l’enfant-roi et les envoie à Bethléem.

Et là se trouve le troisième type de royaume, le pouvoir du sans-pouvoir, de l’impuissance. Le royaume d’un enfant sur la paille, le royaume de l’étable.

Dieu n’a mis en valeur ni la sagesse, ni le savoir avec son royaume et encore moins le pouvoir arrogant de la tyrannie. Non, Dieu a donné son royaume à ce qui ne vaut pas grand-chose dans le monde : la pauvreté, la faiblesse, les petits.

Le Dieu tout puissant choisit l’impuissance d’un enfant, le fort sera faible, le grand petit, le riche pauvre. Ça c’est le royaume de Dieu, le royaume qui n’est pas de ce monde. La toute-puissance de l’impuissant, la toute-puissance de l’amour.

Hérode le roi de la terreur va envoyer l’épée contre le royaume de Dieu en tuant les enfants à Bethléem.

Les trois mages, les rois de la culture, de la sagesse et du savoir vont s’agenouiller devant cet illettré, devant cet enfant couché dans une mangeoire.

Ils font confiance à l’étoile qui reste et prennent en compte ce qui est inconcevable : un roi dans une étable, le messie, le sauveur pour tous dans une mangeoire.

Ils vont ainsi être capables de deviner les intentions de la tyrannie, la démasquer et, comblés de cadeaux, ne pas retourner chez Hérode en choisissant de repartir par un autre chemin.

Les mages de l’Orient doivent aussi être pour nous des modèles.

Soyons nous aussi ouverts à ce qui n’est pas concevable, à la lumière qui nous oriente pour trouver l’enfant, masquée par la tyrannie – même en nous-mêmes, et croire que ce royaume d’un autre monde confère de la dignité aux pauvres et aux faibles, aux victimes du monde.

(Traduction : Evelyne Oberson)»

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 01 janvier 2012

Prédicateur : Abbé Denis Lamon
Date : 01 janvier 2012
Lieu : Monastère des Bernardines, Collombey
Type : radio

Chers frères et sœurs, chers auditeurs,

On demanda un jour à un cadre d’entreprise, un homme débordé d’activités professionnelles, sportives et culturelles comment il s’y prenait pour garder calme et sérénité en dépit de ses multiples occupations.

Il répondit :

« Quand je marche, je marche »

« Quand je parle à quelqu’un, je parle à quelqu’un »

« Quand j’écoute, j’écoute »

On lui répondit :

« Mais, nous aussi ! »

Et notre homme de répondre :

« Non, quand vous marchez, vous courez et quand vous courez vous êtes déjà au but »

« Quand vous parlez à quelqu’un vous pensez déjà à votre prochain rendez-vous »

« Quand vous écoutez, vous savez déjà ce que vous allez rétorquer à votre interlocuteur ».

Vous ne vivez pas l’instant présent, vous vous projetez sans cesse dans l’avenir, c’est cela qui vous fatigue continuellement.

Cette petite parabole reflète si souvent notre état d’esprit. Nous sommes si fréquemment absents de notre réalité concrète, mal à l’aise avec notre « ici et maintenant ». Nous fuyons.

Une nouvelle année s’ouvre devant nous. Un cadeau. Une succession d’instants offerts. Un don de Dieu, à vivre au présent, comme Marie qui retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Dans la prière à Marie, le « Je vous salue Marie », nous lui demandons justement de prier pour nous, pauvres pécheurs, aux deux instants les plus importants de notre vie : « maintenant » et « à l’heure de notre mort ».

Marie nous enseigne la pédagogie du temps. Le temps est de plus en plus une denrée rare. Comment le gérer ? Certains se figent dans la nostalgie du passé, comme si hier était meilleur qu’aujourd’hui. D’autres fuient dans l’avenir, en refusant la réalité et en idéalisant leurs désirs et leurs projets. Ils rêvent d’un avenir meilleur, en faisant confiance à la science, aux technologiques ou à telle ou telle prédiction.

La méditation de la vie de Marie nous propose de vivre pleinement et simplement le temps dans toute son intensité.

Marie est la femme de l’aujourd’hui. Elle vit l’instant présent.

Puissions nous être présents ici et maintenant durant tous les instants de cette nouvelle année . Le « maintenant » est le seul moment qui nous appartient.

Vivre au présent en laissant le passé au passé et à la miséricorde de Dieu, puisque nous ne pouvons plus rien y changer. Vivre au présent en confiant notre avenir à la Providence de Dieu qui s’occupe de nous et veut le meilleur pour chacun de nous qui sommes ses enfants. Vivre au présent, c’est nous disposer à accueillir la paix que Dieu veut pour nous.

Le temps est souvent compressé: on vit dans l’agitation qu’imposent nos agendas surchargés. On est soumis à un zapping perpétuel d’une activité à l’autre.

La prière, la rencontre avec Dieu, l’Eucharistie nous proposent une manière unique et vivifiante d’habiter l’instant présent. « Il est là », disait le curé d’Ars en brandissant l’hostie consacrée.

L’Eucharistie, la messe, c’est l’aujourd’hui de Dieu, c’est le « ici et maintenant » d’une présence qui se communique dans le silence.

La messe, c’est le mémorial du don de Dieu « Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang » qui est mis à notre portée et qui nous communique la vie en Jésus pour chaque instant de nos existences.

Vivre au présent, certes, mais tâcher de vivre ce présent avec intensité. « à fond », comme le disent les jeunes, « à 200% »!

Demandons à Dieu la grâce de ne pas « vivoter », dans une sorte de résignation, de léthargie, mais de vivre, avec un grand V.

Si nous voulons connaître la durée d’une année, demandons-le à un collégien qui vient de redoubler.

Si nous voulons connaître la durée d’un mois, demandons-le à deux amoureux séparés par un stage professionnel à l’étranger.

Si nous voulons connaître la durée d’une semaine, demandons-le à un malade qui attend les résultats d’un examen médical.

Si nous voulons connaître la durée d’un jour, demandons-le à une femme qui attend en salle d’accouchement.

Si nous avons oublié combien de temps dure une heure, demandons-le à un skieur accidenté qui attend son entrée aux urgences.

Si nous doutons de la valeur d’une minute, observons un passager qui vient de rater son train.

Si nous pensons qu’une seconde est une quantité négligeable, parlons-en à un automobiliste qui a risqué un accident à cause d’une inattention.

Si nous ne croyons pas que quelques dixièmes de secondes durent longtemps, demandons l’explication au skieur qui a gagné la médaille d’argent en montant sur la seconde marche du podium.

C’est à nous et à nous seul qu’appartient de profiter de chaque instant qui nous est offert pour aimer.

Le temps est précieux, le temps est cadeau.

Accueillons tous les instants de cette nouvelle année avec intensité.

Au seuil de cette nouvelle année, prenons la résolution de prendre du temps et de vivre intensément chaque instant qui nous est donné comme un cadeau.

En plus, 2012 étant une année bissextile, nous aurons un jour supplémentaire à disposition pour cela : le 29 février !

Pendant cette nouvelle année : Prenons du temps pour Dieu, prenons du temps pour les autres, prenons du temps pour nous-même.

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! »

Chers frères et sœurs, chers auditeurs,

Je vous souhaite à chacun :

12 Mois de joie

52 Semaines de paix

366 Jours d’amitié avec Dieu

8’784 Heures de partage avec les autres

527’040 Minutes de sérénité

31’622’400 Secondes de bonheur à vivre à chaque instant

Et enfin, UNE TRES BONNE ANNEE 2012»

Lectures bibliques : Nombres 6, 22-27; Galates 4, 4-7; Luc 2, 16-21

Homélie du 25 décembre 2011

Prédicateur : Mgr Pier Giacomo Grampa
Date : 25 décembre 2011
Lieu : Eglise Saint-Martin, Bironico (TI)
Type : tv

(traduction)

Les textes bibliques d’aujourd’hui devraient nous donner une sensation de vertige, car ils invitent à entrer dans le cœur de l’événement de Noël en nous offrant une lecture profonde, théologique, de ce qui s’est passé à Noël.

D’habitude, on privilégie la lecture narrative du mystère de Noël, on décrit ce qui s’est passé : l’annonce de l’ange, le trouble de Marie et Joseph, l’histoire parallèle d’Elisabeth et Zacharie, le recensement d’Auguste, avec le voyage de Nazareth à Bethléem. La naissance de l’enfant, la visite des bergers, la circoncision, la présentation au temple, l’adoration des mages, la furie d’Hérode, la fuite en Egypte.

Dans cette messe par contre, la liturgie nous propose une autre lecture du mystère de Noël : celle du prologue de l’évangile de Jean, au profil théologique et existentiel élevé, de haute expression lyrique.

Il nous dit comment le Verbe Divin, le Fils Unique du Père, la Parole Eternelle de Dieu qui a créé toute chose, se fait chair, en pénétrant dans l’histoire des hommes et en nous offrant une lecture différente du mystère par lequel Dieu sort de lui-même pour rencontrer l’homme à son niveau en se rapprochant du quotidien de l’homme, mieux encore, en entrant dans sa propre chair, c’est-à-dire, dans son existence.

De cette façon Jean chante, avec une vibrante inspiration poétique : « le Verbe s’est fait chair, et il est venu demeurer parmi nous »

Ainsi, on célèbre, l’union profonde entre le divin et l’humain : on ne peut être que stupéfait, qu’admiratif : on ne peut pas ne pas être pris de vertige. Comprenez-vous ce que Noël nous révèle ?

Il ne s’agit pas seulement de la belle histoire d’un enfant qui naît, pas seulement d’un enfant qui nous est donné, mais cet enfant est la Sagesse de Dieu, il est la Parole de Dieu, il est le Fils de Dieu, et il est Dieu lui-même.

Dieu est la Parole, cette parole qui fait la différence entre les créatures humaines et les autres créatures vivantes. Dans la parole, les hommes communiquent, disent leur propre histoire, leurs propres doutes et espérances, leurs propres angoisses et joies. Par la parole l’âme se communique.

Ainsi chaque créature peut avoir accès à Lui, pour chercher lumière et vérité.

Elle peut le faire avec liberté, en l’accueillant ou en le repoussant, choisissant la lumière ou en restant dans les ténèbres.

Notre Dieu qui est la Parole, se laisse comprendre dans tous les langages humains. Il est donc disponible à toutes les créatures, et personne ne pourrait empêcher le dialogue mystérieux et personnel que chacun peut débuter dans le silence de sa conscience.

Toute culture, toute histoire, tout événement peut accéder à Dieu, lui qui ne s’offensera ni des doutes, ni des perplexités, ni des refus. Patiemment il veut seulement assurer une réponse exhaustive, sans contrainte ni vengeance.

Notre Dieu qui est Verbe fait chair, a choisi le chemin de l’humanité pour révéler à l’homme son visage, le visage du Père.

La Parole en Jésus s’est faite homme avec toutes les caractéristiques de la vie humaine ; à l’émotion de ces jours de nativité suivra l’histoire difficile du fils de Dieu adulte qui connaîtra l’accueil, la chaleur humaine, les disciples, mais aussi mépris, trahison et refus. Un peu comme toutes les histoires humaines, jamais complètement heureuses ni totalement désespérées.

Il dépend de nous d’accueillir cette Parole qui est Lumière et Vie. Pas tout le monde l’accueille. Les ténèbres de l’orgueil et de la présomption, ou ceux de la superficielle inattention n’aiment pas la lumière de l’amour et de l’humilité.

« Il est venu parmi les siens, mais ils ne l’ont pas reçu ; à ceux qui l’ont accueilli il leurs a donné le pouvoir de devenir Fils de Dieu ».

Alors nous comprenons l’application que la liturgie fait de la prophétie d’Isaïe à l’événement de Noël, montrant le messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui annonce la paix.

On ne peut pas rester indifférent face au lyrisme entraînant du prophète, qui rappelle l’annonce de joie qui rejoint toutes les extrémités de la terre

« Comme il est beau de voir courir sur les montagnes qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle » et la référence poétique aux sentinelles qui exultent, car elles voient le retour du Seigneur.

Le passage de la lettre aux Hébreux confirmait que Dieu, après avoir parlé aux hommes de plusieurs manières, « nous a parlé par ce Fils » parce que nous sommes « prédestinés à devenir ses fils adoptifs ».

Voilà la grande surprise de la nativité de Jésus, il dépose dans l’homme le mystère trinitaire de Dieu, le faisant participer à un dialogue d’amour Père –Fils.

C’est le but que Noël veut réaliser, reporter l’homme aux splendeurs de son origine dans le dessein originel d’amour de notre Dieu que notre péché détruit, mais que Jésus vient restaurer.

Si nous comprenions la beauté et la grandeur de Noël et savions apprécier le don d’être participants à la vie divine, nous comprendrions ces paroles de sainte Thérèse de Lisieux : « Si vous deviez me trouver morte un matin, ne vous inquiétez pas, cela veut dire que Dieu est venu me chercher comme un bon papa, seulement ça. Sans aucun doute c’est une grâce de recevoir les sacrements, mais si le bon Dieu ne le permet pas, son étreinte est toujours une étreinte amoureuse pour le fils aimé, qui a espéré et cru en lui ».

Mon vœu est que vous puissiez vivre Noël avec cette sérénité, avec cette simplicité, avec cette félicité : malgré tout ce qui m’arrive, je suis enfant de Dieu, Dieu m’aime, Dieu marche avec moi, même si je suis un homme de peu de foi, Dieu est avec moi et nous marchons ensemble.

Voilà le sens profond de Noël.

Joyeux Noël !»

Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Homélie du 24 décembre 2011

Prédicateur : Abbé Nicolas Maillat
Date : 24 décembre 2011
Lieu : Eglise Saint-Etienne, Lausanne
Type : radio

« Il nous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

Chers frères et sœurs, une fois de plus nous avons entendu ce récit merveilleux de la Nativité de Jésus et nous n’avons aucune peine à évoquer l’émouvant et charmant tableau : l’enfant couché dans la crèche, près de lui, Marie, la maman attendrie, Joseph, saisi de respect et quelques bergers, des pauvres, méprisés, appelés les premiers à contempler le « Verbe fait chair ».

Elle s’est donc accomplie la prophétie d’Isaïe : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. La souveraineté est sur ses épaules. On proclame son nom : ‘Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.’ »

Frères et sœurs, que vous vous soyez avancés vers cette église avec joie, ou sur le pointe des pieds, vous êtes invités, ainsi que vous tous qui nous écoutez, à contempler le nouveau-né de Bethléem. Heureux de vos réussites ou meurtris par l’échec, par la maladie, le handicap, le deuil, la solitude, ou au contraire satisfaits, sûrs de vous ou encore déçus de tant de faiblesses, peu importe ! Malgré tout, vous restez capables d’aimer et d’être aimés ; dès lors, c’est à vous, à nous tous, que Dieu s’adresse et donne un signe d’espoir, de salut.

En ce Noël, comme chaque année, Dieu nous fait signe, Dieu parle et sa Parole est étrange : c’est un enfant, un nouveau-né, son Fils Jésus !

Certes, nous devons veiller à nous garder de réduire Noël à la seule fête des enfants et pourtant, au cœur de notre civilisation technologique, le signe de l’enfant n’est-il pas le signe par excellence de la Vie ? De la vie humaine et divine – dans nos veines coule la grâce de Dieu –, de la vie humaine et divine donc, que nous sommes invités à respecter et à protéger. Cette vie qui nous est donnée par Dieu et qui est malheureusement de plus en plus noyée dans l’artificiel des techniques de notre monde occidental, matérialiste à outrance.

Le signe de l’enfant ; le signe de la vie. Pensons à ces foyers amis qui souffrent tant de n’avoir pu encore accueillir chez eux un « petit », fruit de leur amour… à ces autres foyers, plus heureux, qui ont vécu l’attente, leur « Avent » et que la naissance d’un enfant a transformé. « On ne les reconnaît plus, tout est changé pour eux ! » disent les voisins.

Oui, frères et sœurs, tous ces instants privilégiés où, aujourd’hui encore, l’enfant est « sauveur ». Ici, c’est une naissance qui a renforcé l’amour d’un couple en difficultés, là c’est la première communion du fils, qui a permis aux parents de renouer avec une vie plus chrétiennement engagée.

Alors, en ce Noël, ensemble frères et sœurs, ne craignons pas de rendre visite à l’Enfant de Bethléem. Nous représenterons toute la famille humaine invitée à accueillir le signe de Dieu. Jésus est le commencement, la vie, le seuil, le ferment de notre pâte humaine. Il est le sang de Dieu au cœur de notre humanité.

Frères et sœurs, il n’est sans doute pas inutile de nous interroger sur la qualité de la visite que nous allons rendre à la Crèche de Bethléem : Simple courtoisie ? Concession à l’habitude, simple rite ?

Eh bien, en cette nuit très sainte, nous sommes invités à entrer en liaison avec ce Dieu qui est venu « habiter parmi nous » : alors, contemplons longuement l’Enfant-Dieu à la Crèche : il peut provoquer en nous une sorte de tressaillement intime, susciter tendresse et respect et – pourquoi pas ? – réveiller, chez certains d’entre nous, cette modeste flamme de la foi qui, depuis quelque temps, semblait définitivement éteinte.

Pensons au jeune Claudel, à Notre-Dame de Paris, passant devant le Tabernacle, qui eut brusquement « le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu ». En un éclair, ses idoles s’écroulèrent, « et voici que vous êtes Quelqu’un tout-à-coup », dira-t-il.

Et à la Messe de Minuit en l’église St-Augustin, Charles de Foucauld, qui venait de se convertir et recevait, par la communion « ‘son’ bien-aimé frère et Seigneur Jésus », qui l’incitait à « partager jusqu’à la dernière bouchée de pain avec tout pauvre, tout hôte, tout inconnu, à recevoir tout humain – la vie – comme un frère bien-aimé » : Il ajoutait : « Jésus est venu dans cette crèche pour sauver les âmes ; il nous enseigne à faire du salut des âmes l’œuvre de notre vie ».

Enfin, pour Thérèse Martin, ce Noël 1886 fut pour elle, quelques mois avant son entrée au Carmel de Lisieux, la « nuit de Lumière », où elle sentit la charité entrer en son cœur.

Frères et sœurs, « en cette nuit où le Fils de Dieu se fait faible et souffrant par amour pour nous », venons l’adorer et le contempler à la crèche. Ainsi, à la suite de la ‘petite’ Thérèse, nous retrouverons l’esprit d’enfance, qui transformera notre regard sur l’autre. Nous serons alors capables de recevoir ce prochain (tout être humain), mis sur notre route, comme un cadeau du Père.

Et en notre cœur se mettra aussitôt à résonner sans fin ce refrain :

« C’est Noël sur la terre chaque jour,

Car Noël, ô mon frère, c’est l’Amour. »

Ainsi soit-il.

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6;Tite, 2, 11-14; Luc 2, 1-14

Homélie du 24 décembre 2011

Prédicateur : M. le cardinal Jean-Claude Turcotte
Date : 24 décembre 2011
Lieu : Eglise de la Purification de la Vierge Marie, Montréal
Type : tv

Un enfant est né il y a plus de 2000 ans. Non seulement nous nous souvenons encore de lui, mais, un peu partout sur terre, se célèbre aujourd’hui sa naissance. Marie, sa mère, le mit au monde alors qu’elle se trouvait à Bethléem pour le recensement ordonné par le gouverneur Quirinius. L’évangéliste Luc raconte en quelques mots comment cela se passa. Marie «emmaillota son fils premier-né et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.» Jésus couché non pas dans un berceau comme c’eut été normal, mais dans une mangeoire. Pourtant, il avait été «conçu du Saint-Esprit» cet enfant et il était Fils de Dieu!

Comme Dieu peut être étonnant! Comme Dieu peut être habile à nous surprendre, à nous déconcerter, à nous émerveiller! Le Fils de Dieu couché dans une mangeoire, c’est un signe qui nous est donné.

Jésus vient de Dieu. Il est tout-puissant, comme Dieu son Père!

La liturgie de cette nuit a raison de lui attribuer les noms qu’on trouve dans le livre du prophète Isaïe: «Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix». Mais il est couché dans une mangeoire! Il manifeste ainsi sa volonté d’être accessible à tous: petits et grands, riches et pauvres, forts et faibles, gens heureux et malheureux. Il vient pour tout le monde, mais il sera particulièrement attentif à rejoindre les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles, les plus malheureux. Il vient révéler à tous le plus beau et le plus vrai visage de Dieu. Ce visage est celui d’un Roi à qui tout appartient et par qui tout a été fait, mais qui devient serviteur de tous, sans aucune exception.

Étonnant mystère de Noël! L’amour de Dieu est manifesté d’une manière inattendue. Merveilleux mystère de Noël! Dieu se fait tout petit et tout démuni. Il devient enfant et se met à vivre avec nous. C’est le ciel qui descend sur terre. C’est le Dieu invisible qui se rend visible à nos yeux. C’est la lumière d’en haut qui vient dissiper les ténèbres d’en bas.

Marie coucha donc son enfant dans une mangeoire. Personne autour d’elle, à l’exception de Joseph, ne savait qui était cet enfant. Personne ne faisait cas de sa présence. Le cours des choses aurait pu se poursuivre ainsi, sans que rien de particulier n’arrive. Mais ce n’est pas ce que Dieu voulait. Il voulait que tous les hommes et toutes les femmes de la terre sachent ce qui venait d’arriver. Il chargea donc l’un de ses anges – l’Ange du Seigneur, écrit saint Luc – d’intervenir. Et l’ange intervint.

Il le fit d’une manière qui nous surprend. Il ne se rendit pas chez les grands de ce monde pour annoncer ce qui venait d’arriver. Il choisit des bergers, des pauvres, des gens qu’on méprisait. Il les enveloppa de lumière. Cette lumière était celle de la gloire de Dieu. Les bergers se demandaient ce qui leur arrivait. Ils étaient tout craintifs. L’ange les réconforta, puis leur annonça la Bonne Nouvelle, l’incroyable nouvelle, la merveilleuse et divine nouvelle: «Aujourd’hui vous est né un Sauveur… Il est le Messie, le Seigneur… vous le trouverez emmailloté et couché dans une mangeoire». Et alors, dans le ciel, «une troupe céleste innombrable» se mit à louer Dieu: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.»

Les bergers se rendirent à Bethléem. Ils découvrirent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans une mangeoire. Ils se mirent alors à raconter «ce qui leur avait été annoncé» et ce qui leur était arrivé. Ils étaient tout heureux. «Ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu.»

Chers amis de la paroisse de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, chers amis du diocèse de Montréal, vous toutes et tous qui, partout dans le monde, m’entendez vous parler ce soir, soyez-en bien conscients, l’histoire de la naissance de Jésus que l’évangéliste Luc nous a transmise est une histoire vraie. Elle raconte un événement divin qui nous concerne. C’est pour chacune et chacun de nous que Jésus est né à Bethléem, il y a plus de 2000 ans. Les paroles que l’Ange du Seigneur adressa alors aux bergers, c’est à nous qu’elles s’adressent maintenant: «Aujourd’hui [nous] est né un Sauveur… il est le Messie, Seigneur.»

Il nous offre sa paix. Il nous offre la lumière et la joie qui viennent du ciel. Il nous offre l’amour de son Père et le sien. Il nous offre le souffle de l’Esprit Saint. Il nous offre le pardon qui réhabilite et rend capables de «vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux». Il nous offre de devenir, tous ensemble, «un peuple ardent à faire le bien».

Qu’il est admirable ce Fils de Dieu, ce fils de Marie, qui ne cesse de venir nous rejoindre et de se faire notre serviteur pour mieux nous révéler le visage de son Père. Qu’il nous soit donné, ce soir, de l’accueillir comme jamais encore nous ne l’avons accueilli. Qu’il nous soit donné de le reconnaître comme jamais encore nous ne l’avons reconnu. Qu’il nous soit donné de croire en lui et en son Évangile, comme jamais encore nous n’y avons cru.

Qu’il nous soit donné de le prier et d’espérer en lui, comme jamais nous ne l’avons fait.

À lui tout honneur et toute gloire, ce soir… et pour les siècles des siècles! Amen!»

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6; Tite, 2, 11-14; Luc 2, 1-14

Homélie du 18 décembre 2011

Prédicateur : Chanoine Claude Ducarroz
Date : 18 décembre 2011
Lieu : Institut Sainte-Ursule, Fribourg
Type : radio

Il y a des rendez-vous qu’on ne peut manquer. Par exemple, à l’approche de Noël, le rendez-vous avec Marie, la mère de Jésus. Car au cours de la nuit de Noël, que virent donc les bergers ? « Ils découvrirent Marie avec le nouveau-né ». Ils sont donc inséparables.

L’Eglise aujourd’hui nous propose de remonter, une fois de plus, au commencement. Attention ! le voyage est insolite, et même parfois déconcertant, typiquement à la manière du Dieu des surprises.

N’allons pas à Jérusalem, la grande ville royale. Non. Prenons la route d’une petite bourgade de Galilée, dont on disait alors que rien de bon ne pouvait sortir d’elle.

Et là, entrons dans une modeste demeure, comme les autres. Une jeune fille habite ici. Elle est belle sans doute, car elle est jeune. Mais attention : déjà promise en mariage à un homme du même village, Joseph l’artisan charpentier. Pas de quoi en faire toute une histoire, me direz-vous.

Et soudain, c’est le coup de foudre, le coup de foudre de Dieu pour notre humanité, l’irruption du divin amoureux dans notre condition de misère. Un messager de Dieu entre, non sans surprendre la jeune fille qui est l’objet de la grâce divine. « Je te salue, comblée de grâces… » Marie ne s’attendait pas à une telle déclaration d’amour. Elle en est toute bouleversée, mais sans perdre son sang froid. Car elle demeure assez lucide pour poser des questions, intelligentes même.

Heureusement, le Dieu qui l’étonne jusque dans ses profondeurs de femme n’est pas du genre violent. Au contraire, il est tout en délicatesse, en respect. Le projet d’alliance de Dieu avec l’humanité doit se nouer en elle, tel est le souhait de Dieu sollicitant sa liberté. Oui, Dieu veut devenir plus qu’une parole dans son esprit, mieux qu’un bon sentiment dans son cœur. Dieu veut se faire quelqu’un jusque dans sa chair de femme afin d’être parmi nous, pour la première et dernière fois, l’un de nous, comme nous, au milieu de nous, pour nous. « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils. »

Et ensuite, tout explose dans le mystère. Car c’est la puissance de l’Esprit-Saint qui la prendra sous son ombre ». Et que sera cet enfant, fils de sa chair et pourtant pas tout à fait comme les autres ? « Il sera le Fils du Très-Haut, oui, le Fils de Dieu. »

Marie aurait pu s’effondrer devant des annonces et des promesses si déconcertantes, qui la conduisent à l’orée du mystère même de Dieu, bien au-delà des espérances d’Israël qu’elle partageait sans doute dans sa foi simple et profonde. Mais elle reste debout dans sa dignité, avec toute sa personnalité de femme et de croyante : « Comment ? je suis vierge ». Admirable réalisme d’une fille du peuple qui sait ce qu’elle est et veut aussi comprendre, autant que possible, même avec un ange, même avec Dieu.

Alors l’ange lui donne un signe, encore tout féminin. Sa cousine Elisabeth est enceinte, elle aussi, mais dans sa vieillesse, elle la femme qu’on appelait stérile. Alors la conclusion s’impose : « Rien n’est impossible à Dieu ».

Maintenant Marie s’incline, pas comme une vaincue par la religion, pas comme une humiliée par son Dieu, mais comme une petite servante invitée délicatement à l’extrême confiance, parce que ce Dieu-là est Amour. Un souffle de Dieu l’a effleurée en la touchant comme une subtile respiration d’en-haut. Dieu lui fait un cadeau dont elle ne mesure sans doute pas encore qu’il va changer le cours de l’histoire universelle, sauver toute l’humanité, bouleverser le cosmos, renouveler la face de la terre et des cieux.

Elle est là, toute petite devant une si grande nouvelle, émue par son Dieu qui l’interpelle et l’inspire. Elle lâche prise dans un immense abandon par liberté, ce qu’on appelle la foi : « Je suis la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Et commence en elle une vie inédite ; elle est comblée par une nouvelle présence, charnelle et spirituelle à la fois ; elle est la mère du Seigneur, elle est la maman de Jésus, le Sauveur du monde. « Car le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ». Chair en elle d’abord, en croissance durant neuf mois, parce qu’il voulut naître d’une femme. Parmi nous, parce qu’il est venu pour nous, de Noël à Pâques, en passant par la croix. Et depuis ce jour-là, à Nazareth de Galilée, grâce à la féminine collaboration de Marie, la petite servante du Seigneur, Jésus demeure chaque jour avec nous, comme il nous l’a promis, jusqu’à la fin des temps.

C’est la messe. Nous allons communier. Certains parmi vous ne savent pas ce qu’est l’eucharistie…ou l’ont peut-être oublié. Je pense aussi à vous qui souvent ne pouvez pas communier parce que vous êtes malades, handicapés, âgés, mais qui espérez sûrement recevoir la communion à l’occasion de Noël, peut-être grâce à un ou une ministre laïc.

Communier, c’est participer au mystère de l’annonciation, de l’incarnation. C’est accueillir le Christ, y compris avec son corps emmailloté de pain, dans notre vie béante, telle qu’elle est, avec ses ombres et ses lumières. Si Marie fut le premier tabernacle du Verbe incarné, nous pouvons devenir des réceptacles de celui qui est à la fois le fils de Marie et le fils de Dieu. Prenez, mangez…

Le corps à corps eucharistique est une merveilleuse communion d’amour. Un peu comme Marie. L’eucharistie, la messe : c’est Noël tous les jours.»

Lectures bibliques : 2 Samuel 7, 1-5. 8-16; Romains 16, 25-27; Luc 1, 26-38

Homélie du 11 décembre 2011

Prédicateur : Chanoine Claude Ducarroz
Date : 11 décembre 2011
Lieu : Institut Sainte-Ursule, Fribourg
Type : radio

3e dimanche de l’Avent

Tiens, le revoilà. Revoilà Jean-Baptiste. Il était entré dans la liturgie de dimanche dernier par la porte de Marc. Le voilà qui revient par la porte de Jean, l’incontournable Jean-Baptiste.

C’est qu’il n’est pas n’importe qui, ce prédicateur vêtu de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins et son menu quotidien de sauterelles et de miel sauvage.

Pas n’importe qui, selon ce que Jésus lui-même a dit de lui : « Plus qu’un prophète » (Lc 7,26), le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme (Cf. Mt 11,11), « l’ami de l’époux » (Jn 3,29). Un grand monsieur de l’Evangile puisqu’il fut « envoyé par Dieu pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui » (Jn 1,6-7).

Et pourtant aujourd’hui, à l’écouter lui-même en personne, il ne veut surtout pas qu’on le prenne pour un autre. Il est d’abord l’homme des « non ». Ni le Messie, ni Elie, ni le grand prophète. S’il vous plaît : pas de malentendu à son sujet !

Une petite phrase explique à la fois cette touchante humilité et son immense autorité : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Jean-Baptiste, c’est l’homme qui n’existe que par et pour un autre qui est plus grand que lui. Il se fait tout petit devant lui puisqu’il « n’est même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Mais il est pourtant utile et même nécessaire parce qu’il doit aplanir les chemins devant lui et rendre témoignage à la Lumière venue chez les siens. Tel est le rôle de ce précurseur : ouvrir la route qui mène au Christ, le désigner aux yeux de celles et ceux qui attendaient le Messie et s’effacer devant lui. Car il faut, pour que Jésus grandisse, que son précurseur diminue, jusqu’à conduire ses disciples au seul vrai maître, jusqu’au martyre même. C’est bel et bien ce qu’a fait Jean-Baptiste, le grand témoin de Jésus le Christ.

Comment ne pas reconnaître dans cette figure exceptionnelle, mise en évidence durant ce temps de l’Avent, la mission de l’Eglise, aujourd’hui encore ? On cherche des Jean-Baptiste pour notre temps, et pourquoi ne serait-ce pas toi, moi, nous ?

Après deux mille ans d’évangélisation et de témoignage, Jésus n’est-il pas encore, et même de plus en plus chez nous, ce quelqu’un qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas, le plus souvent parce que nous l’avons oublié ?

Il se tient là, certes, avec sa parole en écho par l’Eglise dans le brouhaha du monde. Il est bien au milieu de nous avec les signes de sa présence grâce aux sacrements. Discret jusqu’au silence, il palpite pourtant au cœur de celles et ceux qui, à commencer par les pauvres et les malheureux, attendent un geste de solidarité pour se sentir et se savoir aimés par l’Amour majuscule. Depuis le matin de Pâques et grâce à l’Esprit de Pentecôte, le Seigneur Jésus marche sur les sentiers de notre humanité comme un divin passant qui frappe délicatement aux portes de nos consciences et de nos cœurs, en espérance d’invitation et d’ouverture pour partager son repas de fête avec nous, chez nous.

Jésus ne manque jamais. Mais peut-être les Jean-Baptiste manquent-ils aujourd’hui. Il est temps que l’Eglise -je veux dire tous les chrétiens, et donc chacun de nous- retrouve le dynamisme de Jean-Baptiste qui accomplit sa mission en toute humilité certes, mais aussi avec un engagement total, jusqu’au don de sa vie pour Jésus, lui le chemin, la vérité et la vie.

Noël approche. Malgré la crise, qui devrait pourtant nous faire réfléchir et nous ramener à des valeurs plus humaines, nous voyons que s’étale le matérialisme d’une société obsédée par le profit et les plaisirs égoïstes, tandis qu’ailleurs, dans le village mondial d’à côté, des hommes, des femmes, des enfants crèvent de misère jusqu’à mourir de faim, de solitude, de désespoir.

Que dirait Jean-Baptiste dans ce contexte ? Où sont les Jean-Baptiste d’aujourd’hui ? C’est à l’Eglise, aux Eglises, de relever le défi. C’est à nous, les envoyés de Dieu par le baptême dans l’Esprit, de devenir ou redevenir témoins de celui qui se tient anonyme au milieu de nous, le Sauveur du monde.

Il est la Parole. Il a besoin de porte-parole qui proclament son Evangile comme une bonne nouvelle de libération. Il est le Pain et le Vin à partager dans la foi. Il attend de nous que nous soyons certes des célébrants de l’eucharistie, mais d’abord des invitants chaleureux à la table où il se donne encore pour la multitude. Il est l’ami des pauvres, des petits, des pécheurs. Il compte sur nous pour démontrer à nos contemporains que la joie consiste en la simplicité de vie, en la satisfaction d’être solidaires et miséricordieux, dans le bonheur d’être ensemble, notamment à Noël, plutôt que dans l’illusion d’avoir beaucoup, et si possible plus que les autres.

Jean-Baptiste : le précurseur du Messie Jésus, mais aussi le précurseur de l’Eglise, l’indicateur de sa mission, l’incitateur à mettre en pratique l’Evangile, le prophète du renouveau de nos communautés chrétiennes.

Tout cela s’est passé à Béthanie de Transjordanie, là où Jean baptisait.

Tout cela peut se passer aujourd’hui, là où nous vivons, en Eglise d’Avent, parce que nous sommes les Jean-Baptiste de notre temps.»

Lectures bibliques : Isaïe, 61, 1-2, 10-11; 1 Thessaloniciens 5, 16-24; Jean 1, 6-8, 19-28

Homélie du 11 décembre 2011

Prédicateur : Abbé Hugo Gehring
Date : 11 décembre 2011
Lieu : Eglise Saints Pierre et Paul, Winterthur
Type : tv

3e dimanche de l’Avent

Nous rêvons tous la nuit – plusieurs fois même. La plupart du temps, on ne se souvient pas de ses rêves. Mais parfois on se réveille avec une image d’un rêve encore très présente. Il y a des rêves terribles où on est content de savoir qu’ils ne sont pas réels et que ce sont des cauchemars. Mais il y a aussi des rêves merveilleux et on est déçu de constater qu’ils ne sont pas vrais quand on se réveille. Dans ces rêves, tout est plus beau que la réalité.

Des fois on rêve aussi les yeux ouverts – et ça c’est un vrai cadeau : ne pas être confronté à ce qui est mais pouvoir se plonger dans un monde de fantaisie.

Un tel rêve en plein jour, c’est ce qu’a eu le prophète Isaie. Il a vu avec ses yeux intérieurs un lieu où existe la paix : où le loup et l’agneau, le veau et le lion, l’enfant et serpent sont ensemble, personne ne fait de mal.

Mais cela, évidemment, ce n’est pas possible. En tout cas pas dans notre monde, seulement dans un monde de rêve.

Je crois cependant que chaque être humain rêve à l’intérieur de lui-même d’un vivre ensemble en paix. Mais malheureusement, nous avons peine à le concrétiser – le mal et l’injustice continuent d’exister encore et toujours, tout comme les disputes et les guerres.

L’histoire du petit loup nous présente aussi une situation de rêve : au final, ils font une belle fête tous ensemble. Pourtant cette histoire commence pas un cauchemar épouvantable. Un des loups est exclu de la meute et ne va plus jamais en faire partie, il se retrouve tout seul, frigorifié et sans aide. C’est hélas ce qui se passe souvent dans notre monde : l’un est exclu, l’autre est repoussé. Même parmi les enfants.

C’est pourquoi, il existe avant la fête de Noël – une fête qui nous permet de rêver de belles choses – c’est le temps de l’avent, qui nous prépare à la fête.

Pour que le rêve de paix à Noël puisse vraiment se réaliser, nous devons nous efforcer de n’exclure personne ou de réintégrer celles et ceux qui ont été mis de côté ; pour qu’ainsi soit banni tout ce qui fait mal.

Les gens dans notre histoire ont d’abord dû découvrir que ce n’était pas juste de rejeter le petit loup. Ensuite, ils ont dû s’efforcer de le retrouver. C’est seulement après cette expérience que la fête fut formidable.

Vous avez chanté au tout début de cette célébration « Nous sommes tous ensemble et toi Dieu tu es avec nous »

C’était beau ! Mais ça l’est plus encore quand nous entreprenons quelque chose pour que nous soyons ensemble tous unis parce que nous n’avons laissé personne en dehors de notre cercle ou alors que nous sommes allés rechercher celui ou celle qui avait été écarté.

C’est tellement bien quand on invite chez soi à Noël des personnes qui, autrement, auraient été seules. La fête prend alors un autre goût. Elle est encore plus réussie et ainsi au moins durant un instant un de nos rêves devient réel : le rêve de la paix.»

Lectures bibliques : Isaïe, 61, 1-2, 10-11; 1 Thessaloniciens 5, 16-24; Jean 1, 6-8, 19-28