Homélie du 17 novembre 2013

Prédicateur : Abbé Vincent Marville
Date : 17 novembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Neuchâtel
Type : radio

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc         (Lc 21, 5-19)

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? »

Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. »

Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel.

Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

Dans ce dialogue avec les enfants du primaire, j’ai trois objectifs :

– je cherche à mettre en valeur ce qu’ils ont compris de l’Evangile du jour, pour les « confirmer » dans leur foi, leur dire « oui, c’est aussi mon espérance ».

– je cherche à corriger éventuellement les mauvaises interprétations ou impressions que la lecture peut occasionner ; une page de l’Evangile se lit en résonnance avec une autre et ce « tissage » qu’on appelle la lectio divina est un plaisir qui doit s’apprendre.

– en entendant l’Evangile, les enfants rebondissent souvent sur leur vie, ce qui les marque, ce qu’ils ont besoin de partager. C’est aussi mon rôle d’accueillir par là toute leur humanité.

Ces objectifs posés, notre évangile du jour est particulièrement copieux. Les thèmes sont trop nombreux pour être traités dans le détail : destin du temple de Jérusalem – signe des temps derniers – faux messies – détresse cosmique – persécution des disciples – secours de la sagesse – désunion des familles – persévérance finale. Tout cela en 14 versets !! Voilà pourquoi, dans l’esprit des lectures brèves parfois indiquées dans le lectionnaire, je m’autorise exceptionnellement à en retrancher une part, non pas par peur du message, mais pour mieux mettre en valeur ce qui est possible dans le bref délai d’une messe radiodiffusée.»

33e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Malachie 3, 19-20a; psaume : 97, 5-6, 7-8, 9; 2 Thessaloniciens 3, 7-12; Luc 21, 5-19

Homélie du 10 novembre 2013

Prédicateur : Abbé Vincent Marville
Date : 10 novembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Neuchâtel
Type : radio

Cette histoire des sadducéens n’a pas de sens. Des frères bien alignés, tout autant stériles et disposés à mourir selon leur rang. Dans l’agenda de la veuve, l’aîné s’efface avant le cadet, le lundi meurt avant le mardi, puis vient le mercredi ; mais tout ça sans réelle fécondité. « Que reste-t-il de tout cela, dites-le moi ! » chantait Charles Trenet :

Que reste-t-il de ces beaux jours

Des mois d’avril, des rendez-vous

Que reste-t-il de tout cela, dites-le moi !

Et si toute cette histoire improbable était invariablement la nôtre ? Celle de notre quotidien bien sage, qui s’efface sans laisser de trace.

Et dans ces 7 jours, lequel est-il prépondérant ? demandent les sadducéens. Jésus répond : ‘c’est le 8e, c’est le jour de la résurrection’. Car je me permets une relecture de l’histoire des 7 maris stériles avec nos jours de la semaine, lesquels ne sont pas forcément féconds en termes de relations. Jeudi, vendredi… et vient enfin le week-end. Ou alors, peut-on voir le dimanche comme échappant au cycle des 7 jours ?! « Venant après le sabbat, le dimanche peut être considéré non seulement comme le début d’une nouvelle semaine, mais aussi comme un au-delà du sabbat, un 8ème jour. Un jour surnuméraire, qui fait déboucher dans le temps de Dieu et nous fait déjà toucher du doigt les temps derniers ; cette conception a été très importante pendant des siècles. » J’emprunte la réflexion à un conférencier chargé de dresser l’origine du dimanche. (Père Philippe Lefebvre, OP ; intervenant à la session diocésaine)

Ce 8e jour, c’est le « dimanche pour la vie » : tel a été le titre de la récente session diocésaine, qui a réuni quelques 420 prêtres, diacres et agents pastoraux laïcs du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Lors de cette session de trois jours, le diocèse a cherché par quel point de vue mieux mettre en valeur le dimanche comme étape de rassemblement et de ressourcement. Les optiques sont nombreuses, que l’on vienne de la pastorale des jeunes, de la pastorale des malades ou tout simplement d’une paroisse traditionnelle. Mais tout d’abord, un peu d’histoire.

Jusqu’au 4ème siècle, les chrétiens célèbrent le dimanche alors que la société où ils sont ne le considère pas du tout comme un jour chômé. On a de beaux témoignages sur la célébration du dimanche, dès le 2ème siècle. Les persécutions n’arrêtent pas le courage des martyrs, ces martyrs témoins du Christ bien sûr, mais également témoins du dimanche, tels ces jeunes de la ville d’Abithina en Afrique proconsulaire :

«Nous avons célébré la Cène du Seigneur sans aucune crainte, parce qu’on ne peut y renoncer; c’est notre loi » ;

« Nous ne pouvons pas vivre sans la Cène du Seigneur », sans le repas du Seigneur.

 

En Orient, St Jean Chrysostome indique en quoi la participation à la célébration forme un plus :

Tu ne peux pas prier à la maison comme à l’Église, où il y a le grand nombre, où le cri est lancé à Dieu d’un seul cœur. Il y a là quelque chose de plus, l’union des esprits, l’accord des âmes, le lien de la charité, les prières des prêtres.

Mais nous sommes en 2013. La résurrection n’est plus comprise comme une réalité si essentielle qu’elle imprimerait déjà sa marque dans notre calendrier. Cependant, il est important de « ne pas nous poser comme victimes d’une société jugée hostile au dimanche, avertit le Père Wernert, un des conférenciers de la session venu de Strasbourg. Il s’agit d’être acteur d’une communauté qui croit au sens du dimanche dans des formes visibles, ouvertes et heureuses ».

Au moment de commencer une nouvelle semaine, quel jour m’aura spécialement marqué ? Le jour de la lessive, le jour des courses, ou la date de mon opération ? Quel jour sera véritablement fécond, dans cette succession de dates, de saisons, puis d’années ? Quel jour sera-t-il celui de l’alliance, d’un mariage durable, le jour qui me remplit ?

Jésus répond : “Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts, ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection.

Héritiers de la résurrection, proximité des anges, monde à venir : quel feu d’artifice ! Savons-nous encore percevoir toute cette fête, toute cette richesse dans l’humble célébration dominicale de notre paroisse ?»

32e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : 2 Maccabées 7, 1-2.9-14; Psaume : 16, 1ab.3ab, 5-6, 8.15; 2 Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5; Luc 20, 27-38

Homélie du 03 novembre 2013

Prédicateur : Chanoine Jean Scarcella
Date : 03 novembre 2013
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Mes sœurs, mes frères,

”Zapper”, un terme à la mode ; ”clip” en est un autre… Des mots qui s’apparentent à l’image qui se déroule sous nos yeux, au cinéma comme à la télévision. Une caractéristique commune à ces deux mots : la vitesse. Je zappe, parce que je veux vite passer d’une image à l’autre, d’un programme à l’autre ; je regarde un clip et je suis étourdi par la vitesse à laquelle se succèdent les images, j’ai l’impression de ne rien voir…

« Zachée, descends vite… vite il descendit… »

Cet épisode de la vie de Jésus à Jéricho va très vite, les images se succèdent rapidement : Jésus traverse la ville, Zachée grimpe dans un arbre, Jésus le regarde et l’appelle, Zachée descend et, à la demande de Jésus, le reçoit chez lui. Et il ne se demande même pas si tout est prêt pour accueillir un hôte, si la maison est rangée, si quelque nourriture pourra le sustenter. Tout va si vite dans ce récit, quelques flashes et une vie est changée ; un regard, une parole suffisent. Zachée ne pose pas de question à Jésus, à l’instar de cet autre riche, le jeune homme riche, qui demandait à Jésus ce qu’il fallait faire pour le suivre. Zachée, riche lui aussi, ne demande rien, il ouvre sa maison à Jésus, il lui ouvre son cœur et ainsi met un trait sur sa vie passée.

Alors, comme pour un clip, on pourrait croire que Zachée n’a rien vu passer ! Détrompons-nous, Zachée a tout vu : Jésus passer… il a tout compris : le regard de Jésus… il a tout reçu : son amour. Frères et sœurs, quand le Seigneur entre chez nous tout est simple et tout devient limpide.

Jésus présente Zachée comme un fils d’Abraham : « Lui aussi », dit-il. Lui… elle… et moi ? C’est vrai, tous nous sommes fils et filles d’Abraham et nous marchons, nous aussi, sur la route que nous montre le Seigneur et qui conduit à son Royaume. Oh, ce n’est pas souvent un boulevard bien asphalté, droit comme une autoroute, c’est plutôt un chemin tortueux et difficile, c’est vrai ; mais quand on est capable de se rendre compte de cela, frères et sœurs, eh bien c’est qu’on est vraiment en route, et qu’on a alors conscience que tous les méandres de nos parcours sont notre péché. Reste que c’est le chemin du Royaume, parce que nous sommes fils et filles d’Abraham et que nous cheminons dans la foi claire, comme dans la foi obscure. Devenus fils et filles de Dieu par notre baptême, nous vivons de la vie même de Dieu, dans l’espérance de la résurrection, pour une vie qui ne finira plus.

La magnifique prière de l’auteur du Livre de la Sagesse entendu à l’instant est un acte de foi sans condition à l’amour de Dieu envers sa création : les êtres humains qu’il aime et a établis dans la lignée d’Abraham. Le Créateur continue à aimer son œuvre, même si cette œuvre profite de sa liberté pour s’opposer à Lui. C’est ça la route et ses méandres ; à chacun de nos péchés se dessine un contour ; mais le Seigneur déploie envers le pécheur une pédagogie patiente et progressive. C’est au nom de son amour qu’il a voulu aller manger chez Zachée, un pécheur notoire et homme de très mauvaise renommée. Il l’aimait d’un amour infini, ce que le Livre de la Sagesse explique en disant : « Seigneur, tu as pitié de tous les hommes ». Et si Dieu « ferme les yeux sur nos péchés », dit encore la Sagesse, ce n’est pas pour nous laisser faire ce qu’on veut, mais c’est pour pouvoir toujours continuer à nous aimer avec son intense amour de créateur ; car il ne peut renier sa création et sa propre vie qui circule dans les êtres humains qu’il a re-créés par le baptême. Et c’est ce « trop grand amour » du Seigneur, comme l’a dit saint Paul, qui, lorsqu’il est reçu et se fait reconnaître, provoque la conversion.

Dieu ne peut avoir de haine envers ce qu’il a créé : « Et Dieu vit que cela était bon… très bon », dit le récit de la création au Livre de la Genèse. Ceux qui tombent il les reprend peu à peu, les avertit, leur rappelle en quoi ils pèchent, afin qu’ils se détournent du mal et puissent croire en Lui.

Vous serez d’accord avec moi, frères et sœurs, que cette prière, issue du Livre de la Sagesse, est aussi celle de Zachée, et donc peut également être la nôtre. Je vous invite à la méditer paisiblement chez vous.

Nous ne sommes pas des collecteurs d’impôts, enrichis à la manière de Zachée, mais parfois nous cherchons à nous enrichir sur le dos des autres et à leurs dépens… Alors faisons comme Zachée, ne doutons pas que le Seigneur nous visite. En effet, Zachée, avant l’arrivée de Jésus à Jéricho, avait déjà commencé sa conversion, puisqu’il voulait voir Jésus – certes par curiosité, mais sûrement aussi par désir. Et là où il y a un désir, il y a un chemin. Il y avait cette recherche dans son cœur, c’est indéniable, il avait comme un pressentiment, il ne doutait pas qu’il serait visité. C’est pourquoi il a pu recevoir le message du regard d’amour de Jésus ; par cette brèche du désir, le Seigneur s’est frayé un chemin dans le cœur de Zachée. Ce Zachée qui, de petit qu’il était, aveuglé par son péché, perdu derrière ceux qu’il ne peut aimer et qui ainsi forment comme un mur de l’anti-amour entre lui et l’Auteur de l’amour, ce Zachée s’est non seulement élevé en grimpant physiquement dans le sycomore, mais encore a vu sa croissance spirituelle être manifestée. Alors, recevant Jésus chez lui, il se convertit.

N’ayons pas peur, frères et sœurs, de nous élever et de lever les yeux au-dessus de notre péché pour voir le Seigneur qui nous regarde. C’est cet amour qui guérit. Plus nous cherchons à voir en nous et en nos frères les merveilles que Dieu fait, plus nos sentiers vers le Royaume deviendront droits, plus nous serons dignes d’inviter le Seigneur sous notre toit. L’amour a révélé à Zachée son mal, il s’en est détourné et a cru au Seigneur qui s’était installé chez lui. C’est un cœur qui s’arrache à lui-même pour s’en remettre, tout joyeux, au cœur de Dieu.

Ainsi soit-il !

31e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Sagesse 11, 23-12,2 7; Psaume 144 ; 2 Thessaloniciens 1, 11-2,2 ; Luc 19, 1-10

Homélie du 27 octobre 2013

Prédicateur : Père André Carron
Date : 27 octobre 2013
Lieu : Chapelle de l’Ecole des Missions, Le Bouveret
Type : radio

Une prière qui nous « ajuste » au cœur de Dieu et nous rend justes !

« Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres ! »

Une parabole, une histoire inventée par Jésus pour faire passer un message !

Etre juste !

Juste me fait penser à justesse !

A la justesse, par exemple, des instruments qui accompagnent nos chants, nos fêtes, nos liturgies…

Une guitare, un piano, un violon, çà a besoin de justesse et çà s’accorde régulièrement !

Pour sonner « juste »…

Et si on veut que les trois jouent ensemble, forment un « groupe », un début d’orchestre, c’est encore plus vrai !

Vous, les chanteurs du Chœur de jeunes, vous savez combien vos répétitions sont indispensables et utiles, chaque semaine, pour cultiver vos voix et apprendre à chanter vraiment ensemble.

Comme c’est beau quand toutes les voix et tous les instruments chantent et sonnent « juste » !

Nos cœurs sont comme ces instruments, comme nos voix : ils ont besoin d’être sans cesse réglés, accordés, pour sonner « juste » ! Pour s’accorder aux autres !

Avant chaque chant, le chef donne le ton…

Pour nous les chrétiens, c’est Jésus qui donne le ton, exactement à chacun, avec justesse ; il est d’ailleurs invoqué comme le « juste des justes »…

Le pharisien de l’histoire estime qu’il sonne juste !

Il est bavard… Il se vante !

Il n’envisage aucune remise en question… Il jette un regard de mépris sur ce publicain…

Il ose le juger, il n’a pas compris que, comme nous l’a rappelé le sage Ben Sirac :

« Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. »

Le publicain, par contre, sait que dans sa vie çà « sonne faux »… Il se tient à distance… Il baisse les yeux ! Il sait trop bien que son cœur ne bat pas au même rythme que celui de Dieu qu’il vient rencontrer au temple… S’il est là au temple c’est qu’il cherche, qu’il a une envie au cœur !

Il a envie qu’on oublie qu’il est un pécheur, un nul… ce que les gens lui rappellent tous les jours, à lui le « vendu » au pouvoir des occupants romains ! Il a pressenti que Dieu peut oublier qu’il est pécheur et le regarder autrement… Il se frappe la poitrine et c’est son cœur qui parle : « Prends pitié du pécheur que je suis ! »

Qui d’entre nous, et moi le premier, ne se sent jamais supérieur ou meilleur que les autres !

Qui d’entre nous, et moi le premier, ne succombe à la tentation de juger les autres ?

Comme le pharisien !

Qui n’a pas honte et envie qu’on oublie certaines choses, d’être pardonné !

Comme le publicain !

Nous ressemblons aux deux, à ce pharisien et à ce publicain, on peut s’y reconnaître !

Des milliers de livres et des traités superbes ont été écrits sur la prière… sur la manière de prier… sur le sens de la prière… On peut prier :

Seul – Avec les autres comme ce matin – En ouvrant la Bible, l’Evangile – Avec la « Prière du Temps Présent », la grande prière officielle de l’Eglise (celle que les moines prient tous les jours), on peut consacrer du temps à la méditation… C’est aussi : Une pensée du matin – Une prière du soir – Une bougie allumée – Des fleurs déposées devant un modeste oratoire – Un arrêt près d’une croix – Un soupir de fatigue – Une larme – Des pleurs – et même un silence …

Prier, c’est toujours une rencontre !

Prier, c’est se couler dans le grand courant de l’amour de Dieu.

Prier c’est écouter la sublime mélodie de la tendresse, de l’amour et de la miséricorde de Dieu.

Prier, c’est découvrir la force, la puissance de l’orchestre dirigé par l’Esprit-Saint, capable de faire toutes choses nouvelles, de renouveler la « face de la terre » !

La prière « ouvre » le cœur aux autres, à l’étrange étranger… elle rend possible ce qui paraît impensable… Du coup, nos cœurs commencent à ressembler au cœur de Dieu, « ouvert » et offert à tous les hommes !

La prière nous installe dans la confiance… Saint Paul l’a vécu, il en témoigne :

« Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu’au bout l’Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. »

Rappelons-nous un autre conseil de Jésus : « Pour toi quand tu pries, retire-toi dans ta chambre… »

Une affaire de cœur ! De cœur-à cœur avec Dieu, avec Jésus !

Ainsi, petit à petit, la prière, vécue comme une rencontre, « règle » nos cœurs sur la fréquence du cœur de Jésus !

Petit à petit notre cœur change, s’ajuste, notre regard sur soi, sur les autres, sur les événements se modifie… Notre intelligence s’éclaire et l’Esprit-Saint inspire nos actes !

C’est ce qu’a vécu le publicain de l’histoire de Jésus. Il est reparti avec un cœur neuf, « ajusté »…

« Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste… »

Dans le petit orchestre de ma famille, au milieu de mes amis, à l’école, auprès de mes collègues de travail, dans le grand orchestre de l’humanité, je suis appelé à jouer toujours plus « juste »…

A toutes les heures, l’actualité ne nous offre pas qu’une belle et harmonieuse mélodie !

C’est souvent comme un bruit, un bruit qui fait mal… « çà grince » !

Les réglages de la justice, du partage, du pardon sont difficiles… déjà chez nous mais de manière combien plus tragique dans tant d’autres pays,… entre autres au Malawi !

Parfois, on est frôlé par un certain découragement : à quoi çà sert de prier ! De demander avec l’impression de ne jamais être entendu ! On rêve pourtant de soulever, de changer le monde comme le pape François qui nous a invités, il y a quelque temps, à prier pour la paix…

Ma petite prière a-t-elle un effet, du poids ?

Jésus nous a donné une parabole… Je vous laisse avec cette histoire…

Histoire de la mésange !

« Dis-moi combien pèse un flocon de neige ? » demanda la mésange charbonnière à la colombe.

« Rien d’autre que rien ! » fut la réponse.

Et la mésange raconta alors à la colombe une histoire :

« J’étais sur la branche d’un sapin quand il se mit à neiger. Pas une tempête, non, juste comme un rêve, doucement, sans violence. Comme je n’avais rien d’autre de mieux à faire, je commençais à compter les flocons qui tombaient sur la branche où je me tenais. Il en tomba 3’751’952…

Lorsque tomba le 3’751’953 ème, rien d’autre que rien comme tu l’as dit, la branche cassa ! Sur ce la mésange s’envola. La colombe, une autorité en matière de paix depuis l’époque d’un certain Noé, réfléchit un moment et se dit finalement :

« Peut-être ne manque-t-il qu’une personne, qu’une prière pour que tout bascule et que le monde vive en paix ? »»

30e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Siracide 35, 12-14.16-18; Psaume : 33, 2-3, 16.18, 19.23 2e; 2 Timothée 4, 6-8.16-18; Luc 18, 9-14

Homélie du 20 octobre 2013

Prédicateur : Pasteur Jeff Berkheiser
Date : 20 octobre 2013
Lieu : Chapelle de l’Ecole des Missions, Le Bouveret
Type : radio

La première fois que j’ai rencontré quelqu’un qui avait fait le pèlerinage à pied depuis la Suisse jusqu’à St-Jacques de Compostelle, c’était à la fin des années 90. C’était un jeune homme qui avait fait 2’200 km en un peu plus de 2 mois, et qui nous parlait du « dépouillement » du pèlerin, l’importance de se débrouiller avec un minimum de matériel. Par exemple, il nous disait qu’il était parti de Suisse avec trois slips… mais que, au bout de deux semaines, il en avait renvoyé deux à la maison… Et moi, je me disais, il faut vraiment être fou pour faire ce Chemin de St-Jacques !

Mais voilà que cinq ans plus tard, en juin 2003, je suis parti moi-même pour plusieurs mois sur ce chemin de Compostelle. Accueilli chez une famille en Haute-Savoie, j’ai été impressionné par une sculpture qu’ils avaient dans le mur devant leur maison, l’œuvre d’un artiste local, et qui portait le titre « Le dépouillement du Pèlerin ». On y voyait un pèlerin en marche, avec son bâton et son sac sur le dos… mais il était tout nu… !!!

Dans les jours qui ont précédé mon départ en pèlerinage, j’avais dû passer par l’épreuve bien connue de tous ceux qui partent pour ce genre d’aventure : le choix pas toujours évident entre ce qu’il faut prendre avec soi et ce qu’il faut laisser à la maison…

Entre le désir d’avoir tout ce qu’il faut « au cas où » et la nécessité de limiter le poids du sac pour pouvoir avancer convenablement, le cœur balance… Et me voilà déjà bien lancé dans le cheminement intérieur qui accompagne la marche avec les pieds… Une belle expérience qui permet de prendre du recul par rapport à nos dépendances matérielles habituelles.

Mais lorsque je lis le passage de l’Evangile que nous avons lu tout à l’heure, je me dis que, par rapport aux douze disciples que Jésus envoie en mission je suis encore loin du compte: « Ne prenez rien avec vous pour le voyage : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux chemises chacun… » Il ne parle pas du nombre de slips autorisés, mais au moins il me laisse porter quelques habits… J Mais à part ça, pas grand-chose…

Le Pape François, dès son élection, a lancé un appel aussi radical au « dépouillement » : « Je voudrais une Eglise pauvre, pour les pauvres… » nous dit-il. Voilà une déclaration qui a attiré l’attention des protestants autant des catholiques… et probablement aussi des gens qui ont pris leurs distances par rapport aux Eglises… Depuis, ce Pape multiplie les gestes pour accompagner ses paroles dans ce sens, que ce soit dans son style de vie, ou dans sa visite, au début de ce mois, à Assise, où il a été le premier Pape à visiter la « salle du dépouillement » où, il y a 800 ans, Saint-François a enlevé tous ses beaux habits de jeune homme riche pour devenir le « Poverello » qui allait être tellement aimé par les gens si démunis sur le plan matériel…

Mais qu’est-ce que le « dépouillement » que Jésus demande à ses disciples, aujourd’hui ?

Tout pasteur protestant que je suis, je ne peux que me laisser interpeler par ce nouveau Pape qui déclare : « Jésus a lui-même suivi un chemin de dépouillement, pour devenir serviteur, humilié jusqu’à la Croix. Si nous voulons être chrétiens, il n’y a pas d’autres chemins. On peut essayer de faire un christianisme sans la croix, sans dépouillement, sans Jésus; alors on deviendra des chrétiens de boulangerie, on sera de beaux gâteaux un peu sucrés, mais pas de vrais chrétiens… »

Alors, d’après le Pape François, ce dépouillement comporte non seulement une remise en question de la place qu’occupent les biens matériels dans notre vie et dans notre tête, mais aussi une démarche d’humilité, par rapport à notre désir de « gagner » la conversion de l’autre.

D’une part, parce que le prosélytisme est pour le Pape ce qu’il appelle « une bêtise magistrale », car il trouve que l’essentiel est de    « se connaître et de s’écouter, et de faire connaître le monde qui nous entoure ».

Et d’autre part parce que, dans les paroles de Jésus, il y a le fait que nous n’aurons pas toujours le succès qu’on aimerait avoir. Il avertit bien ses disciples qu’il y aura des endroits où « les gens refuseront de les accueillir »…

L’une des choses dont nous avons donc besoin de nous « dépouiller », c’est notre désir de dominer, de « gagner à tout prix ». Un désir qui a mené à des pages très sombres de l’histoire de la mission, et qui a trop souvent pourri les relations entre chrétiens à travers les siècles. Le désir de « convertir » l’autre à sa propre vérité, au nom de l’Evangile…

Sans parler des dégâts, des « burn-out » comme on dirait aujourd’hui, de gens peut-être bien intentionnés mais qui ont confondu le succès de leur mission personnelle et la véritable mission que Jésus leur a confiée, de combattre le mal et d’apporter la guérison… Des gens qui ont oublié que leur vocation était d’annoncer une « bonne nouvelle » partout où ils passaient… ou qui ont oublié que le « succès » de leur mission ne dépendait pas seulement de leurs efforts.

Cette mission, pour Jésus, l’a amené … à la Croix. Aux yeux du monde, c’était un échec total… du moins sur le moment. Mais aux yeux de Dieu, et de tous ceux qui y ont cru, ça a été la plus belle des réussites.

Si Jésus demande à ses disciples de ne pas prendre grand-chose avec eux lorsqu’ils partent en mission, ce n’est pas pour les priver de confort ! Non, c’est plutôt pour leur permettre de ne pas crouler sous le poids de leurs choses… ou de leurs habitudes… et de découvrir que Dieu va pourvoir à tous leurs besoins.

Tout comme, si on partait en balade avec les enfants du Chœur des plus jeunes, qui animent notre Messe ce matin, on éviterait de les surcharger de sacs trop lourds. Ils seraient, d’ailleurs, les premiers à nous dire s’ils avaient trop de poids à porter ! Pourquoi ? Eh bien, parce que, d’une part, ils reconnaissent leurs limites plus facilement que les adultes… et d’autre part, parce qu’ils ont confiance que tout ce qu’il leur faut leur sera donné au moment voulu…

Jésus disait : « Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas au Royaume des cieux »… (Mt 18, 3)

Que nous puissions avoir cette confiance… et nous lancer avec joie et légèreté dans cette belle mission que Dieu nous confie, d’apporter l’amour de Dieu à un monde qui n’a pas besoin de plus de poids sur ses épaules, mais d’une Bonne Nouvelle…   Amen.»

29e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Exode 17, 8-13; 2 Timothée 3, 14 – 4, 2; Luc 18, 1-8

Homélie du 13 octobre 2013

Prédicateur : Père Jean-Louis Rey
Date : 13 octobre 2013
Lieu : Chapelle de l’Ecole des Missions, Le Bouveret
Type : radio

Apparemment, les textes entendus ne nous disent rien sur le thème de la Mission Universelle. Et pourtant… regardons-les de plus près.

Naaman, ce général syrien atteint par la lèpre, est prêt à tout pour être guéri, même se plonger 7 fois dans le Jourdain… Mais quand il est guéri ou plutôt ‘purifié’, il veut, à tout prix, réaliser quelque chose afin de témoigner, de dire aux autres que le Dieu d’Israël est le seul vrai Dieu puisqu’il l’a guéri, purifié.

L’Evangile nous parle de 10 lépreux qui veulent rencontrer Jésus.

En Europe, nous ne connaissons plus la lèpre, mais, au pays de Jésus, et en Afrique, aujourd’hui encore, c’est une maladie honteuse qui détruit petit à petit. Les lépreux sont vraiment des morts-vivants, ils ne peuvent plus ni manger, ni habiter avec les autres, et on les évite à tout prix.

C’est pourquoi, de loin, les lépreux crient vers Jésus : ‘Maitre, prends pitié de nous.’ Jésus leur dit simplement : ‘Allez vous montrer aux prêtres’ En effet, seuls les prêtres pouvaient examiner les rares lépreux guéris, les déclarer ‘purifiés’ et les réintégrer dans la société.

Et voilà qu’en cours de route, les 10 lépreux se rendent compte qu’ils sont guéris. Mais un seul a l’idée de revenir vers Jésus pour le remercier et le reconnaitre comme son Sauveur en se prosternant devant lui. Un seul et, de plus, il n’est même pas juif, il est étranger.

Et les autres? demande Jésus ? ‘Relève-toi. Ta foi t’a sauvé…’ Non seulement, il est guéri, purifié mais, en plus il est sauvé parce qu’il a su reconnaitre que sa guérison venait du Seigneur Jésus.

Aujourd’hui notre drame, c’est que l’homme croit se suffire à lui-même, il n’a plus besoin de Dieu ou de Jésus Christ, ni des autres. Grâce à l’internet, nous connaissons, en temps réel, ce qui se passe à l’autre bout du monde, et pourtant l’homme ne s’est jamais senti aussi seul. Progrès technique continu et confort matériel grandissant mais ça ne profite pas à tout le monde et l’homme ne sait plus finalement d’où il vient ni où il va.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, c’est Rabelais qui le disait déjà, il y a bien longtemps. C’est tout le problème du sens de la vie, de la souffrance et de la mort, le problème de l’éthique, de la morale.

Sommes-nous conscients qu’en tant que croyants, en tant que chrétiens, nous sommes riches de cette Révélation apportée par Jésus-Christ : Dieu est Amour, il nous a créés par amour et il a envoyé son Fils Jésus Christ pour nous appeler à tout faire, même donner notre vie comme Lui, afin qu’arrive, toujours davantage, dans la puissance de l’Esprit-Saint, un monde d’amour, de justice et de paix qui s’épanouira auprès de lui en vie éternelle.

Mais ce trésor – le Christ, son Evangile – nous le portons dans les vases d’argile que nous sommes, fragiles au moindre choc et pouvant être totalement défigurés, détruits par les épreuves de la vie. C’est saint Paul qui nous le dit dans sa 2ème lettre aux chrétiens de Corinthe.

Comme les 10 lépreux de l’Evangile, crions vers le Seigneur en le reconnaissant comme notre Maitre, comme le Potier qui nous a créés et façonnés à son image et à sa ressemblance : Prends pitié et guéris-nous.

‘Allez vous montrer aux prêtres’. Le Seigneur peut se manifester à nous directement, mais le plus souvent, il nous renvoie à l’Eglise, communauté paroissiale ou groupe de prière, cercle d’amis ou de formation. ‘Là où 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis au milieu de vous.’

C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes beaucoup moins attachés à nos paroisses traditionnelles, mais nous avons chacun à retrouver ou à créer ce cercle d’amis dans lequel nous serons assez à l’aise pour partager nos espérances et même notre foi. Et alors, connectés les uns aux autres, branchés ensemble sur Jésus Christ, nous rayonnerons cette joie de vivre, cette confiance mutuelle, cette ouverture aux autres, cette libération de la peur, qui sont les 1ers signes du salut que nous apporte Jésus Christ.

Je termine en vous appelant à la sortie de la messe à regarder la croix fixée dans le mur de la Chapelle : ses 4 bras sont enserrés dans un cadre filiforme, mais ils dépassent facilement ce cadre. De même le salut de Jésus-Christ se concrétise d’abord dans son Eglise, mais il dépasse facilement les limites de l’Eglise pour atteindre tous les hommes, l’ensemble du Peuple de Dieu en marche sur cette terre.

Vous voyez que, finalement, les 10 lépreux de l’Evangile peuvent bien nous aider à être nous-mêmes missionnaires, à condition de revenir vers Jésus-Christ comme l’étranger de l’Evangile. Etre missionnaires, c’est-à-dire rayonner auprès de tous ceux et celles que nous côtoyons et avec qui nous vivons, rayonner tout ce que nous recevons du Seigneur et qui nous fait vivre : cette joie de vivre, cette confiance mutuelle, cette ouverture aux autres, cette libération de la peur, cette volonté d’agir ensemble pour un avenir meilleur.

Oui, Seigneur Jésus-Christ, nous ne sommes que des vases fragiles, dans lesquels tu veux venir habiter

pour rayonner ton Amour et ton Salut.

Que ton Esprit-Saint nous connecte davantage les uns aux autres

et nous branche ensemble sur Toi.

Afin que, sans peur, nous nous laissions davantage façonnés par toi, par les événements et par les personnes. AMEN.»

28e dimanche du temps ordinaire – Semaine missionnaire mondiale

Lectures bibliques : 2 Rois 5, 14-17; 2 Timothée 2, 8-13; Luc 17, 11-19

Homélie du 06 octobre 2013

Prédicateur : Abbé Nicolas Bessire
Date : 06 octobre 2013
Lieu : Eglise du Christ-Roi, Bienne
Type : radio

La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde… Ce n’est pas un reproche de Jésus, c’est plutôt un encouragement !

« La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : Déracine-toi et va te planter dans la mer ; il vous obéirait » C’est une manière de nous dire que rien n’est impossible à celui qui croit, parce que rien n’est impossible à Dieu, tout simplement. C’est dire aussi que, désormais, toute parole découragée ou morose nous est interdite.

Combien de fois nous avons reçu en pleine figure ce cri de révolte: «Que fait Dieu face au mal?» «Notre fille n’ira plus au catéchisme ! Elle n’admet pas ta mort de sa mamie. Elle dit qu’elle ne croit plus. » C’est ainsi que des parents signifiaient par écrit la fin de la catéchèse de leur enfant…

Dieu qui souffre avec nous. Le respect de Dieu pour la liberté humaine devrait avoir ses limites, pensons-nous! Le Tout-Puissant devrait à tout prix empêcher

le méchant de nuire! C’est le même raisonnement que nous tenons à l’égard de parents qui ne parviennent pas à empêcher un enfant de sombrer dans la délinquance. La force de la tendresse s’avère parfois impuissante à conjurer le mal.

Le Dieu de Jésus Christ en qui nous croyons nous a montré en son Fils combien il pouvait souffrir du mal et de la haine qui hantent les êtres humains. S’il y a en Dieu une toute-puissance, elle est toute-puissance d’amour. Et aimer rend vulnérable à la souffrance de ceux qu’on aime.

Dieu qui en appelle à notre responsabilité. Dans la lecture d’Habacuc, Dieu n’est ni indifférent ni silencieux. Il répond au cri si humain et si émouvant du prophète. Cependant, dans la lutte contre le mal, l’homme n’est pas que spectateur; il est acteur.

La foi n’est pas démission et l’espérance n’est pas résignation. Jésus compare la foi à une énergie fantastique capable de soulever les montagnes. Et Dieu sait s’il existe des montagnes d’indifférence, de lâche complicité et de compromission à soulever pour libérer le monde et les hommes de la chape du mal qui les écrase!

Dieu stimule notre patience. Attendre! Patienter!

Mais, devant l’urgence des problèmes, avons-nous le temps?

Une jeune femme, souffrant atrocement de l’infidélité d son mari qui lui demandait du temps pour faire la lumière en lui, disait : « Il veut du temps, mais moi je n’en ai pas! » Il est sur terre des maux extrêmes où l’attente est insupportable. Le temps de l’attente est aussi celui qui nous est nécessaire pour prendre conscience de nos complicités, ignorées souvent mais quelquefois bien réelles, avec le mal et les désordres que nous dénonçons. Il doit être le plus court possible!

Augmente en nous la foi. C’était la prière des Apôtres ; mais Jésus les invite à tout autre chose. Tout compte fait, il ne s’agit pas de rêver d’augmenter nos capacités ; le secret consiste peut-être au contraire à reconnaître notre petitesse et à nous appuyer sur l’infinie puissance de Dieu. Nous retrouvons bien là la leçon de la parabole qui suit dans l’évangile de ce dimanche : nous reconnaître comme de simples serviteurs quelconques au service d’une tâche qui nous dépasse infiniment, quel soulagement ! Il n’est donc pas question de « rendre notre tablier » comme on dit. Il s’agit pour les humbles apôtres que nous essayons d’être, chacun à notre place, d’accomplir petitement, au jour le jour, le service qui nous est demandé avec notre toute petite foi de rien du tout, Dieu peut faire de grandes choses. Lequel d’entre nous oserait prétendre que sa foi, petite ou grande, ajoute quoi que ce soit à la grandeur ou à la puissance de Dieu ?

Nous sommes des serviteurs quelconques. Nous sommes donc invités à nous appuyer tout simplement sur la force de Dieu et à nous réjouir de la confiance qu’il nous fait en nous associant à son œuvre. Le titre de « serviteurs de Dieu » n’est-il pas, effectivement, notre plus beau titre de gloire ?

Seigneur, nous croyons en toi, fais grandir en nous la foi.»

27e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : : Habaquq 1, 2-3 ; 2, 2-4; 2 Timothée 1, 6-8.13-14; Luc 17, 5-10

Homélie du 06 octobre 2013

Prédicateur : Curé de la paroisse St-Maurice, Appenzell
Date : 06 octobre 2013
Lieu : Eglise Saint-Maurice, Appenzell
Type : tv

Chers paroissiens et vous amis téléspectateurs,

Avec leurs costumes folkloriques, nos enfants et nos chanteurs sont connus dans le monde entier: nous sommes Appenzellois.

Nous maintenons nos coutumes et nous prenons soin de nos valeurs.

Comme vous le savez Appenzell n’est, de loin pas, un monde parfait, mais nous veillons à ce que nos vieilles traditions familières et nos chansons gardent présente la vision d’un monde meilleur. Et nous donnons à nous-mêmes et à vous un coup de pouce pour que ce rêve devienne réalité.

Les Appenzellois le font aussi par conviction, avec joie et avec un peu de fierté – ils se démarquent par leurs couleurs, ils ne se sentent pas gênés et ne sont pas honteux !

C’est ce que nous nous souhaitons aussi comme chrétiens. L’avertissement de la 2e lettre à Timothée: «N’aie pas honte, demeure dans la foi et l’amour qui se donne à nous par le Christ», cet avertissement reste le même deux mille ans plus tard.

Tenir à Jésus et avouer être un chrétien pratiquant, en sachant que l’on n’est pas sans fautes, ni un saint, n’est facile pour personne.

Probablement que chacun d’entre a déjà vécu la situation inconfortable de se risquer à une déclaration de foi timide qui va provoquer un sourire fatigué, compatissant, ou même moqueur du côté de son interlocuteur.

Vous percevez alors le découragement, dont il est déjà question dans la lecture, les inhibitions et l’anxiété, lorsqu’on nous considère si facilement comme un disciple indigne de Jésus.

Et les raisons d’avoir honte sont aujourd’hui suffisantes dans notre Eglise: Nous connaissons les révélations sur les abus, les querelles embarrassantes et les machinations financières du Vatican, l’incapacité effroyable de nous comporter fraternellement avec ceux qui se tiennent aux marges de l’Eglise officielle.

Et aussi dans nos communautés beaucoup de choses ne fonctionnent pas selon l’esprit de l’Evangile. Nous les chrétiens, nous prêtons aujourd’hui un flanc énorme à l’attaque aux médias et aux personnes critiques. Il n’est donc guère surprenant que, dernièrement, des personnes se soient détournées de l’Eglise par déception et résignation.

Il serait trop facile de contester ces reproches et de nous défendre avec des arguments éculés.

Au contraire, nous chrétiens sommes défiés à nous plonger de manière à nouveau plus consciente aux sources de notre foi et de nos traditions. Celui qui veut aller la source, doit nager à contre-courant.

«Accroche-toi à la saine doctrine»: ce conseil n’est pas seulement destiné à Timothée, mais s’adresse à tous les chrétiens.

Préserve le don précieux de l’Evangile qui t’a été confié – vis-le, partage le, ne le laisse pas enfermé dans des lois étroites, ne le cimente pas dans des traditions rigides, traduis-le, c’est-à-dire: traduis le de manière nouvelle pour votre époque.

Le Concile Vatican II a constitué pour l’Eglise catholique un travail de traduction révolutionnaire, il y a 50 ans.

Par un travail approprié, on a épuré des usages privés de sens, des rituels incompréhensibles et des cérémonies sans vie qui étaient encore pratiqués par obéissance passive.

Les signes extérieurs de la foi étaient presque plus importants, à l’époque, que le cœur du message de Jésus. La foi était et est encore confondue jusqu’à nos jours avec une obéissance aveugle tournée vers le passé. Comme chrétiens devenus matures et responsables, nous avons depuis appris à transmettre les traditions précieuses dans un langage contemporain.

En même temps, nous vivons avec gratitude comment nous pouvons donner aujourd’hui à notre foi un profil convivial et attrayant à travers des expressions nouvelles, créatives et ludiques.

Celui qui se soucie de traditions est toujours encore considéré comme quelqu’un de non moderne, détaché du monde et qui ne doit pas être pris trop au sérieux.

Mais les bonnes habitudes ne sont pas tout à fait ordinaires. En bonne tradition, le primitif et l’essentiel ne sont pas perdus, ne sont pas faussés, banalisés ou durcis, ils ne doivent pas être rabaissés au rang d’un folklore digne du musée.

La tradition chrétienne veut plutôt trouver son expression commune dans une expression symbolique forte et festive, comme dans une pratique religieuse qui a fait ses preuves dans la charité vécue au quotidien.

Ces temps-ci, le pape François nous donne un bon exemple d’une manière libérée et insouciante de vivre les traditions. Durant les premiers mois de son ministère, il a déjà fait éclater X fois et publiquement les formes traditionnelles, probablement au grand dam des uns et au bonheur des autres.

Déjà avec de petits gestes et des mots simples, il rend clair que, même dans les formes anciennes, la bonne nouvelle de Jésus peut être communiquée de manière fascinante et ainsi l’image publique de l’Eglise se transforme rapidement.

Qui sait, peut-être qu’il crée de nouvelles traditions de cette façon?

En fin de compte, une bonne tradition s’attache à savoir si et comment les graines de la foi grandissent, s’épanouissent et peuvent se propager, comme l’évoque Luc dans l’Évangile de ce jour.

De toute évidence, les apôtres avaient déjà de la peine, quand ils demandent à Jésus: «Renforce notre foi».

Celui qui veut suivre Jésus est invité à faire éclater la coquille dure de notre monde souvent si étroit et égocentrique, afin que les graines puissent prendre racine et se déployer selon la volonté de l’amour de Dieu.

La stabilité dans l’enracinement en Dieu fait grandir notre foi, la préserve des histoires moralisatrices et donne à nos traditions chrétiennes la crédibilité nécessaire.

Elles n’ont donc rien à faire avec une grandeur et une puissance triomphalistes, elles veulent et peuvent transmettre au monde plutôt la chaleur et la tendresse, ainsi que la force prophétique de Jésus, ici et maintenant.

Comme les premiers chrétiens, nous devons être sans arrogance ni fausse modestie, célébrer notre foi et la confesser.

Des repères clairs clarifient généralement aussi les conversations difficiles, même par-delà les frontières, en particulier dans le dialogue interculturel et interreligieux.

Vous connaissez peut-être la petite histoire symbolique dans laquelle un ange répond à un homme qui veut acheter un monde parfait: «Dans mon magasin, nous ne vendons pas de fruits, mais seulement des graines».

De la même manière, nous pouvons croire et ne pas acheter simplement les traditions qui y sont associées et les revendre.

Mais nous, chrétiens, nous pouvons uniquement – comme Jésus nous l’enseigne – donner une chance à la graine: la semer, l’entretenir pour qu’elle se développe et finalement donne du fruit!»

27e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : 2 Timothée 1, 6-8.13-14; Luc 17, 5-10

Homélie du 29 septembre 2013

Prédicateur : Abbé Patrick Werth
Date : 29 septembre 2013
Lieu : Eglise du Christ-Roi, Bienne
Type : radio

Piaf, la pécheresse publique pour laquelle l’Eglise – il y a cinquante ans – ne pouvait pas célébrer de messe de funérailles, Piaf est l’exact inverse du riche de la parabole que vous venez d’entendre.

Pour comprendre cette affirmation, il faut se remémorer deux-trois choses en lien avec l’Evangile et deux-trois choses en lien avec la vie de l’artiste.

Parce que je pense qu’il vaut la peine d’aimer le Christ et l’Eglise, tout en restant autocritique, je peux comprendre l’opinion du philosophe allemand du 19e siècle Nietzsche quand il reproche au christianisme d’empêcher les personnes d’aller au bout de leur potentiel de créativité en les obligeant à recouvrir un lourd manteau de fausse modestie. Mais environs cent ans plus tard, que voyons-nous ? Pour ainsi dire partout, les gens sont libérés de la tutelle de l’Eglise et c’est une bonne chose. Mais quel est le résultat ? Les gens sont-ils vraiment intéressés à aller au bout de leur potentiel de créativité, sont-ils plus responsables ? Je vous laisse juge en observant presque chacun-e qui ne décolle plus de son i-phone, qui court après les objets quitte à les acheter à crédit ou sur le dos de personnes qui travaillent dans des conditions parfois épouvantables. En cela, nous sommes tous un peu l’homme riche et impitoyable de l’Evangile d’aujourd’hui.

Jésus est un idéaliste et l’Eglise n’est pas sans faute. Mais quelle question nous posent-ils à travers la parabole que nous venons d’entendre ? Ils nous demandent si le sens de la vie consiste simplement à gagner toujours plus pour pouvoir profiter toujours plus ? Et comme ils pensent aussi toujours au plus faible, ils proposent une autre voie, une autre voie que la célébration quasi permanente de nous-mêmes.

Jésus – et on n’en est pas surpris – propose une solution radicale qui n’est pas donnée à tout le monde : vend tout, donne tout et suis-moi.

L’Eglise – responsable de défendre l’essentiel du message du Christ à travers les siècles – est un peu plus modeste : elle propose de chercher une voie moyenne entre ses propres intérêts et la défense des plus fragiles.

Mais pourquoi Piaf, celle à qui on a refusé des funérailles religieuses parce qu’elle était considérée comme une pécheresse publique, pourquoi Piaf est-elle si proche de l’idéal du Christ ?

Beaucoup de gens ont entendu sa voix et connaissent ses chansons les plus célèbres telles l’Hymne à l’amour et Non je ne regrette rien.

Mais cinquante ans après sa mort, et même si le film dans lequel Marion Cotillard interprète formidablement bien le rôle de l’artiste a eu un immense succès, ils sont logiquement moins nombreux à se rendre compte de la dimension dramatique de la vie de Piaf qui va chercher l’amour toute sa vie, qui va le chanter toute sa vie, … sans vraiment le trouver.

Mais qui sait encore que Piaf n’a pas seulement une vie en bâtons de chaises : qu’elle dort le jour, emmène sa cour voir quinze soirs de suite la même pièce de théâtre, se drogue pour supporter sa polyarthrite, elle est aussi d’une générosité absolue. Pour elle qui a été pauvre et dont on pourrait comprendre qu’elle désire compenser, l’argent ne représente rien. Il y a des liasses de billets dans un tiroir et on se sert, les profiteurs aussi.

Piaf, celle qui ne chantait jamais sans sa croix autour du cou, a eu une vie qui rappelle celle de Marie-Madeleine, la pécheresse de l’Evangile, celle que Jésus accueille parce qu’il sait qu’elle recherche l’essentiel : elle veut aimer et elle veut être aimée. Comme le Christ a accueilli Marie-Madeleine, comme il a accueilli Lazare, je ne doute pas un instant qu’il a accueilli Piaf dans la vie éternelle. Amen

26e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Amos 6, 1a.4-7; 1 Timothée 6, 11-16; Luc 16, 19-31

Homélie du 22 septembre 2013

Prédicateur : Abbé Guy Oberson
Date : 22 septembre 2013
Lieu : EMS d’Humilimont, Marsens
Type : radio

Chères sœurs, chers frères de l’EMS d’Humilimont, chères auditrices, chers auditeurs,

Après l’écoute des trois lectures de ce dimanche, comment ne pas faire le lien avec les dramatiques problèmes d’argent qui secouent notre planète, avec les conséquences désastreuses qui pèsent sur différents peuples, tels la Grèce. Chypre, et les plus fragiles des populations des pays riches dans l’angoisse de ne pouvoir vivre décemment.

La lecture du prophète Amos et l’évangile de Luc se rejoignent pour dénoncer les graves dangers que fait courir à l’homme un attachement excessif aux biens matériels, notamment à l’argent. Il ne s’agit pas seulement d’un vilain défaut nommé cupidité, mais d’un système pervers qui fait de l’argent une idole sacrée, intouchable.

En donnant la parole à des marchands sans scrupules, le prophète Amos dévoile leurs intentions secrètes : les fêtes religieuses à peine passées, ils s’empressent de pratiquer leur commerce pervers en diminuant les mesures, en faussant les balances et en augmentant les prix.

Plus encore déclarent-ils : « Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales ». Que deviennent les personnes humaines avec de telles pratiques ?

Le cri prophétique d’Amos ne garde-t-il pas toute sa pertinence pour notre temps. Pensons simplement à la votation de ce dimanche sur l’ouverture des shops sept jours sur sept, 24 heures sur 24, ouverture qui vise la satisfaction individuelle et l’appât au gain, sans la moindre prise en compte du droit au dimanche et de cet espace si nécessaire pour vivre ensemble une vie de qualité. Mgr Martin Werlen nous rappelle l’enjeu du repos dominical en ces termes : « Lorsque performance et consommation sont érigés en maîtres, l’homme subit une pression toujours plus forte. Il devient toujours plus agité et ressent peu à peu le néant l’envahir. Or le dimanche férié vient briser cette spirale malfaisante ». Plus largement encore, le message d’Amos questionne et interpelle quant au fossé qui se creuse entre pays riches et pays pauvres, comme les salaires se creusent chez nous entre les travailleurs des entreprises et leurs managers. Des initiatives diverses tentent de stopper cet écart qui va grandissant.

Nous le constatons, le message de l’évangile prend également et, je dirais nécessairement, le chemin de l’action politique, visant à promouvoir le développement d’une société juste et solidaire, mettant au centre le bien de chaque personne humaine.

L’évangile dans sa lecture brève que nous avons retenue, affirme impérativement que nous ne pouvons pas servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent.

Que faut-il comprendre ? L’un des enseignements fondamentaux, premier du message évangélique est le service, selon la déclaration de Jésus lui-même : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir » servir Dieu son Père en servant l’homme. Jésus ne nous demande pas de nous désintéresser de l’argent. Au contraire comme il le dit, il nous invite à être dignes de confiance dans les toutes petites affaires et à fortiori dans les grandes. Nous devons être dignes de confiance avec l’argent trompeur de telle sorte que nous le soyons avec le bien véritable. Et le bien véritable ne serait-ce pas le service de l’homme en toute chose, notamment dans la manière de gérer l’argent.

Or, nous ne cessons d’être choqués par toutes les affaires qui font scandales : fraudes, tromperies, blanchiments, malversations, spéculations, escroqueries et j’en passe. Et l’Eglise elle-même n’est pas épargnée comme en témoignent les préoccupations de notre pape François au sujet de la banque du Vatican. Que d’interrogations pour les croyants que nous voulons être au plus prêt de notre conscience, interrogations toujours plus pressantes qui renvoient nécessairement à un besoin de transparence et d’honnêteté dans l’action personnelle et sociale.

L’enseignement social de l’Eglise nous dit que la richesse existe pour être partagée. Je cite : « Les biens, même légitimement possédés, conservent toujours une destination universelle ; toute forme d’accumulation indue est immorale, car en plein contraste avec la destination universelle assignée par Dieu Créateur à tous les biens ». Dans la première lettre à Timothée, saint Paul nous dit : «Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l’âme de tourments sans nombre. » (1 Tm 6,10) Serait-ce la raison pour laquelle, Paul demande à Timothée dans la deuxième lecture de ce dimanche de prier « pour les chefs d’Etat et tous ceux qui ont des responsabilités, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux ». C’est à eux qu’incombe, en premier, la responsabilité de mettre l’argent au service de tous les hommes.

L’atmosphère sociale et morale du monde sera-t-elle respirable demain si les nouvelles générations se contentent de reproduire et même d’amplifier les dérives d’aujourd’hui ? Puissions-nous servir Dieu en servant l’homme.»

25e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Amos 8,4-7; 1Timothée 2,1-8; Luc 16,1-13