Homélie du 15 septembre 2013

Prédicateur : Abbé Guy Oberson
Date : 15 septembre 2013
Lieu : EMS d’Humilimont, Marsens
Type : radio

Chères sœurs, chers frères de l’EMS d’Humilimont, chères auditrices, chers auditeurs,

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et ils mangent avec eux ! » Une fois de plus, les scribes et les pharisiens s’insurgent contre Jésus en récriminant. L’évangéliste Luc fait remarquer le grand succès de Jésus auprès des publicains et des pécheurs, ils viennent tous à lui, ce qui doit profondément mettre en colère les défenseurs de la Loi. De plus, cet homme Jésus fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux. Manger avec des pécheurs, cela est hautement répréhensible pour un Juif, car, les pécheurs comme les publicains font partie des impurs. Et la Loi de Moïse ne permet pas à un pratiquant de cette loi de manger avec les impurs.

Rappelons l’essentiel de la mission de Jésus disant : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre le sens de cette parole : C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». (Matthieu 8,12-13).

Pour répondre aux récriminations des scribes et des pharisiens, Jésus choisit de raconter ces deux paraboles que nous venons d’écouter pour éviter le débat, qu’il ne pouvait avoir directement avec des opposants. Il n’y avait pas de discussion possible avec ceux-ci. Par ces paraboles, Jésus espérait désarmer l’opposition pharisienne.

Dans les deux paraboles, c’est lui Jésus, le bon berger, lui la femme, lui qui va chercher et qui ramène. Il n’hésite pas à laisser tout le troupeau pour partir à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’aie rejointe et prise sur ses épaules pour la ramener avec les autres, lui la femme qui abandonne tout jusqu’à ce qu’il aie trouvée la pièce précieuse.

Et ça se prolonge toujours dans la fête avec les amis et dans la joie d’avoir retrouvé ce qui était perdu. Et jusque dans le Royaume où il y a plus de joie pour un pécheur qui revient que pour nonante neuf justes qui n’ont pas besoin de se convertir. Car la miséricorde sans mesure dont fait preuve Jésus pour les publicains et les pécheurs, a pour but qu’ils se convertissent, une conversion source de joie, une joie qui se fête.

Alors comment ne pas retrouver ce Dieu de Jésus-Christ, ce Dieu Père qu’il vient nous révéler, ce Dieu qui se passionne pour l’homme à tel point qu’il le cherche jusqu’à ce qu’il le retrouve pour le faire revenir. Ce Dieu nous le rencontrons maintenant.

N’est-ce pas une Bonne Nouvelle, la Bonne Nouvelle pour tous les temps, donc pour nous aujourd’hui !

Essayons de saisir mieux encore la portée de la parabole de la brebis perdue et retrouvée, pour chaque pécheur que nous sommes. Jésus n’est pas un berger comme les autres. Quel berger se permettrait d’abandonner le troupeau pour une seule brebis. Il ne met aucune limite à sa recherche, il cherche jusqu’à ce qu’il la retrouve, sa brebis perdue. Il veut nous dire ainsi qu’il ne met aucune limite à son amour du pécheur qu’il veut sauver. N’ira-t-il pas jusqu’à donner sa vie sur la croix pour sauver tous les pécheurs ? Et que dire de ce berger qui rassemble ses voisins, ses amis pour se réjouir ensemble du retour de la brebis ?

Et bien par ces différentes formes d’exagération de la parabole, Jésus veut nous faire découvrir l’amour sans borne avec lequel il rejoint les pécheurs que nous sommes. Cela ne disqualifie en rien le comportement des justes, ils sont faibles et pécheurs eux aussi, et ils savent que Jésus les cherchera jusqu’à ce qu’il les trouve et que leur retour fera, en plénitude, la joie de Dieu !

Par ses paraboles, Jésus nous invite à faire de même. Le dimanche du jeûne fédéral nous est proposé chaque année pour nous aider à reconnaître tous les bienfaits dont bénéficient notre pays et ses habitants. Et pour les croyants, c’est une invitation à exprimer notre reconnaissance à Dieu pour ses dons. Mais ne serait-ce pas aussi le jour où nous devons reconnaître ce que nous n’avons de la peine à réaliser à la suite du bon berger. Car dans notre pays, n’y a-t-il pas nombre de personnes qui vivent comme des brebis perdues, hors des bienfaits reconnus pour la majorité de ses habitants. Ils sont sept à huit cent mille selon les prospections des Oeuvres d’entraide, à vivre en dessous du seuil de pauvreté. Je suis persuadé qu’il y en a parmi vous qui nous écoutez. Qui leur prête attention jusqu’à les chercher, les trouver et les aider à revenir ? Et quelle prise en charge offrons-nous aux personnes qui doivent impérativement quitter leur pays sous toute sorte de menaces et viennent frapper à notre porte, telles celles de Syrie, ces temps. Que le message de la parabole de la brebis perdue et retrouvée suscite des réponses d’un humanisme empreint d’évangile.

En ce dimanche d’action de grâce, je ne doute pas que vous les résidents de cet EMS d’Humilimont, et vous qui nous écoutez, ayez de bonnes raisons d’exprimer votre reconnaissance pour tant de bienfaits qui nous sont accordés. Et que ceux et celles qui se sentent oubliés soient rejoints et soutenus par les disciples de ce bon berger, envoyés par le Dieu d’amour qui met sa joie à nous donner son Fils Jésus-Christ par amour pour tous les hommes.»

Célébration du Jeûne fédéral – 24e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Exode 32, 7-11.13-14; 1 Timothée 1, 12-17; Luc 15, 1-32

Homélie du 15 septembre 2013

Prédicateur : Pasteur Christian Pittet
Date : 15 septembre 2013
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
Type : tv

Célébration oecuménique du Jeûne fédéral

Prier pour le peuple, voilà bien ce que fait Moïse. Il intercède auprès de Dieu pour qu’il se souvienne de ses promesses : « ce n’est pas en faisant descendre ta colère sur ce peuple que tu permettras de faire naître la descendance nombreuse promise à Abraham ! » Comme si Dieu ne le savait pas !

Par contre, Dieu se réjouit de la prise de conscience par Moïse de la faute du peuple. Quelle est la faute du peuple : l’idolâtrie, certes, mais qu’est-ce qui pousse le peuple à l’idolâtrie : l’impatience ! Moïse a disparu sur la montagne pendant 40 jours… et rien ne se passe. C’est le sentiment du vide, l’absence d’action du leader, interprétée comme l’absence de Dieu, qui pousse le peuple vers une nouvelle idole. Aaron va même réussir à lui prendre tout son or pour fabriquer ce leader brillant, mais tout aussi vide, mort. L’angoisse du vide nous jette dans les bras de ceux qui donnent l’illusion de la puissance, du savoir, de la force : un ersatz de Dieu parce qu’on a perdu de vue le vrai Dieu.

Moïse, lui, est loin du peuple, mais il est en prise avec le Dieu vivant, qu’on ne peut rejoindre qu’en prenant de la hauteur, en regardant vers le haut, vers l’universel, vers l’éternel. Et comme aurait dit Soeur Emmanuelle : « A ce moment-là, on peut accrocher sa charrue à une étoile ! »

Prier pour le peuple, c’est demander pardon à Dieu pour notre idolâtrie, pardon pour tous ces moments où nos coeurs se voilent à sa lumière et que nos esprits choisissent de suivre des guides limités, éphémères : que ce soient des personnes, des idées ou des besoins. Ils ne sont pas inutiles… juste limités.

Prier pour le peuple, c’est aussi s’engager en tant que chrétien, pour que l’impatience ne prenne pas le dessus, pour que les plus éloignés de Dieu perçoivent les fruits de la foi.

Comme les Hébreux, nous sommes en chemin à travers le désert, et dans ce cheminement, Dieu donne des signes, des paroles, des perspectives, des règles d’organisation aussi. Il y a plusieurs tribus, mais qui se soutiennent pour aller dans la même direction : la terre fertile où la vie sera abondante. Et Dieu fait des miracles de temps à autre pour que la marche ne s’arrête pas. Par contre, c’est bien le peuple qui marche, c’est la force et la foi du peuple qui permettront d’arriver à bon port.

La terre, l’eau, le feu et l’air sont les éléments constitutifs de la vie. Mais déchaînés, ces éléments peuvent aussi être porteurs de morts : coulées de boue, ouragans, tsunamis, incendies.

Porteur dépose l’éolienne

(le souffle pour dire la vie, le mouvement, l’agitation)

Les éléments ont été utilisés pour symboliser la force de Dieu, de sa Parole, de son Esprit, de sa colère ou de son pardon… Et toute cette force, Dieu veut nous la transmettre. Ces images sont-elles là pour nous faire comprendre qu’il ne tient qu’à nous de faire de cette puissance une force de vie ? Et Jésus nous indique la voie, le canal par lequel passe la vie de Dieu, à travers tout son enseignement… et en particulier dans ces paroles que nous venons d’entendre, c’est la voie du pardon qui est indiquée. Un pardon qui dépasse toutes les prévisions de Pierre.

Dans la tradition rabbinique, il est habituel de parler d’un pardon renouvelable 4 fois. Alors avec 7 fois, Pierre pense déjà faire preuve d’une générosité incommensurable – 7 étant le chiffre de la perfection. Or Jésus le déstabilise en lui disant qu’il est encore bien loin de la réalité du pardon que Dieu souhaite voir entre les humains. Et découlant de ce principe, Jésus propose une procédure pour gérer les dérapages en Eglise. Une procédure qui a trois étapes : entre quatre yeux, puis avec une ou deux personnes, enfin en communauté.

C’est à la lumière de cette quête du pardon qu’il nous faut entendre la parole « Ce que vous lierez ou délierez sur terre sera lié ou délié dans le ciel. » Loin de donner une procédure d’exclusion, Jésus rappelle que le coeur du croyant souhaite que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel. Dit autrement, ni le pardon ni la justice ne doivent rester des idéaux dans les nuages.

Prier pour le peuple alors, c’est mettre en oeuvre une révélation du péché en vue de la repentance et du pardon. Celui qui n’écoute pas l’Eglise, considère-le comme un païen ou un publicain. Cela ne veut pas dire un moins que rien, puisque Matthieu appelle Jésus « l’ami des publicains ». Cela signifie qu’il y a de la distance entre cette personne et la communauté, et ce chemin demande à être re-parcouru pour rétablir le lien de fraternité.

Prier pour le peuple, c’est rétablir un lien de fraternité entre les gens. La procédure proposée par Jésus concerne l’Eglise, mais on peut le prendre pour tous nos rapports humains : d’abord se parler, ensuite demander de l’aide, enfin avoir recours à la communauté. Celle-ci peut aussi être civile. Et la communauté civile s’est dotée de différentes institutions pour faire ce travail.

Construire ou reconstruire ces liens de fraternité, c’est le coeur de notre prière en ce Jeûne Fédéral. Dans ce temps où les communautarismes de tout poil refont surface pour résister à la centralisation et à la mondialisation, ne laissons pas la fraternité se déliter. Face à une violence surmédiatisée, ne laissons pas la peur nous éloigner des autres. Et face aux difficultés économiques, écologiques, sociales ou politiques, ne démissionnons pas !

Soutenons-nous les uns les autres, non seulement dans un travail de solidarité, où l’on relègue volontiers les Eglises, et qui ressemble souvent à du colmatage de brèches, mais collaborons aussi dans le travail de refondation d’une société aux valeurs disparates.

La traversée du désert semble parfois longue, désespérante, on ne sait plus s’il faut écouter Aaron ou Moïse, alors asseyons-nous de temps en temps, discutons, prenons le temps de régler les différends, remettons tout cela à Dieu et reprenons la route avec confiance… car si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, dit Jésus, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Amen

 

Hier à Berne, la Communauté de travail des Eglises chrétiennes de Suisse a organisé une célébration invitant à « revitaliser le Jeûne fédéral. » Plusieurs parlementaires y ont participé, suite à l’appel de 119 d’entre eux qui ont signé l’an dernier un appel en faveur du Jeûne fédéral. Monsieur André Bugnon, conseiller national vaudois et ancien président de l’Assemblée nationale a signé cet appel. Nous le remercions de nous adresser un message durant cette célébration.

Intervention de Monsieur André Bugnon

Mesdames et Messieurs, chers paroissiennes et paroissiens,

Un proverbe africain dit : « Lorsque tu bois de l’eau pense toujours à celui qui a creusé le puits ».

Connaissant bien l’Afrique, après avoir passé, entre autres, 15 jours chez une famille africaine dans une case sans eau courante ni électricité, j’ai pu mesurer la valeur de ce dicton en allant puiser l’eau dans le puits.

Dans nos régions pour avoir du lait ou du pain frais à 6h du matin, il faut que le paysan et le boulanger se lèvent tôt. C’est en étant conscient de cela que j’ai ressenti de la reconnaissance envers autrui pour ce que nous pouvions obtenir.

Il va de soi – et ce serait trop facile – que les biens et valeurs qui font que la vie des humains dans notre pays est agréable et paisible ne tombent pas ainsi gratuitement du ciel. Comme cela ne tombe pas du ciel automatiquement il faut que les êtres humains participent à ces réalisations mettant ainsi en pratique le proverbe biblique «Aide-toi le ciel t’aidera».

Ainsi tant le pain, le vin et les autres nourritures terrestres, de même que, dans le domaine sécuritaire, la stabilité politique, la paix et le développement économique de la Suisse sont dus au travail et à l’engagement d’hommes et de femmes qui ont agis pour mettre ces biens à disposition de la collectivité. Ils ont travaillé physiquement ou intellectuellement afin que les habitants de ce pays puissent vivre dans la tranquillité et l’harmonie tout en étant rassasiés des biens de ce monde. Au fil des générations d’autres hommes et d’autres femmes ont continué de s’engager pour maintenir voire développer ces valeurs.

La reconnaissance pour ce que l’on a obtenu envers celles et ceux qui nous l’ont donné est le but voulu lors de la mise en place d’une journée du Jeûne fédéral. Les cantons protestants ont décrété l’introduction d’un jour de jeûne annuel en 1639 alors que la Diète catholique en faisait de même en 1643. Toutefois c’est en 1796 que la Diète fédérale a décidé de célébrer dans toute la Suisse un jour de jeûne en signe de reconnaissance pour la préservation des misères de la guerre jusque-là.

Nous pouvons dire que, grâce à la mise en place du concept de neutralité, cette préservation a continué d’exister puisque notre pays a échappé également aux conflits qui ont suivis. Cette célébration du jeûne a voulu être et doit être encore perçue comme un symbole de l’unité de la Suisse, nation née de la volonté collective de ses habitants.

J’ai toujours trouvé merveilleux le fait que nous puissions être reconnaissants pour ce que nous avons reçu. Bien sûr il ne s’agit pas d’être béat et de dire merci en permanence même quand la vie vous donne des gifles. Dans ma jeunesse de fils de paysan où, alors que les autres jouaient, il fallait sortir les sarments des vignes, ou faire les moyettes en été ou soigner les veaux, je trouvais les messages bibliques autour de la reconnaissance un peu facile : reconnaître quoi quand vous n’avez rien ou pas grand-chose, parce que je pensais n’avoir rien reçu à ce moment-là. J’ai bien vu par la suite, lorsque j’ai été en âge de comprendre, que ma perception de ce qui fait le bonheur était erronée et que le fait d’avoir pu passer une vie à la campagne en pleine nature en produisant de la nourriture pour les animaux et les humains m’a beaucoup donné.

Bien sûr vous me direz maintenant : c’est facile de venir prôner la reconnaissance quand la vie semble vous avoir tout donné, comment dire à celles et ceux à qui elle n’a rien ou peu donné d’être reconnaissants ? Et bien je vais vous le dire, la vie ne m’a pas seulement donné, mais elle m’a aussi enlevé.

Enlevé une fille de 38 ans par maladie. Et même s’il est difficile d’accepter un tel sort, je reste reconnaissant envers mes parents qui m’ont donné la vie, envers mon épouse et mes autres enfants qui font qu’elle soit acceptable, envers les autres humains que j’ai rencontrés – et ils sont nombreux – pour la qualité de nos rencontres, et envers les hommes et les femmes qui ont construit ce havre de paix qu’est notre pays.

Ainsi quelle que soit notre situation familiale, personnelle, professionnelle ou autre, nous bénéficions dans ce pays de l’état de stabilité, de sécurité et de niveau économique que nous avons pu atteindre, grâce à la volonté et à la vision de ceux qui nous ont précédé et ont mis en place un véritable Etat démocratique et libre. Ils ont voulu qu’il en soit ainsi. Si nous ne sommes pas aveugles, dans le sens imagé du terme, et à l’époque de la télévision et d’internet il est difficile de ne pas voir ce qui se passe ailleurs, nous ne pouvons qu’être reconnaissants pour ce que nous avons reçu dans notre pays. C’est le symbole voulu par cette journée du jeûne fédéral et je suis heureux de partager ce moment de reconnaissance avec vous.

Merci pour votre attention.

Lectures bibliques : Exode 32, 7-11.13-14; 1 Timothée 1, 12-17; Luc 15, 1-32

Homélie du 08 septembre 2013

Prédicateur : Abbé Willy Kenda et pasteur Philippe Genton
Date : 08 septembre 2013
Lieu : Eglise catholique, Monthey – Schubertiade d’Espace 2
Type : radio

INTRODUCTION AU THEME (Par le curé Willy Kenda)

Frères et sœurs, le pasteur et moi-même avons voulu mettre cette célébration œcuménique sous le thème de la fête de la Croix Glorieuse, normalement célébrée le 14 septembre. Cette fête se rattache à la dédicace (consécration) de la basilique de la Résurrection, à Jérusalem, érigée par Constantin sur le tombeau du Christ en 335. D’après une ancienne tradition, l’emplacement du Calvaire avait été découvert par sainte Hélène, la mère de Constantin, venue en pèlerinage à Jérusalem : ayant fait faire des fouilles, elle avait retrouvé les reliques de la crucifixion : les clous, la couronne d’épines, la croix.

A première vue, il peut paraître « fou » de fêter un tel instrument de supplice, le plus abominable qui soit, sur lequel Jésus a tant souffert. Saint Paul répond à cette objection : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est sagesse de Dieu. »(1 Corinthiens 1, 18)

La croix est en effet « sagesse de Dieu », en ce qu’elle est signe de son amour qui a bravé avec patience toutes les épreuves de la vie jusqu’à la mort. Sagesse qu’il nous est demandé de contempler pour prendre conscience de l’étroitesse humaine qui n’a pas pu reconnaître l’amour : « Ceux qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. » (Luc 23, 48).

Frères et sœurs, le Christ ne veut nullement nous enfermer dans notre péché mais nous ouvrir à son pardon. Les larmes amères qui jaillissent de nos cœurs repentants nous ouvrent au feu de l’amour divin : « Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à Moi. »(Jean12, 32).

  • Ainsi, la Croix, devenue la gloire et l’exaltation du Christ, est aussi la fierté et l’emblème des chrétiens : « Que notre seule fierté soit la Croix de notre Seigneur Jésus Christ. En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection. Par lui, nous sommes sauvés et délivrés. » (Galates 6, 14).

Dialogue entre le curé Willy Kenda et le pasteur Philippe Genton

Philippe
C’est bien entendu l’Évangile, plus encore le Christ qui nous invite à partager cette célébration, même si c’est également la Radio Télévision Suisse, mais c’est également Schubert qui en est l’argument.

Willy
C’est vrai. Et la joie que nous en ressentons nous vient essentiellement du Christ et de la Croix glorieuse que j’ai rappelée tout à l’heure. Mais… avant de nous retrouver en communion de foi, nous avons quelque plainte… enfin…

Philippe
… disons que c’est une remarque que nous tenons absolument à faire. Et à faire ensemble !

Willy
Oui, c’est ça…
Nous sommes très heureux de participer à ces Schubertiades, très heureux à la pensée que la chorale paroissiale va tout à l’heure chanter une des messes de Schubert, mais nous avons constaté qu’il manque quand même des paroles essentielles dans les credos d’au moins deux d’entre elles.

Philippe
En effet : cela concerne en tout cas la Messe en mi bémol majeur, et celle en la bémol pour certaines questions, et toutes les messes pour d’autres.
En effet : dans le credo de la messe en mi bémol majeur il y manque… Je te laisse le dire et le traduire, le latin t’est familier…

Willy
Oui, trois choses manquent: omission, au début, du « Patrem omnipotentern » en français « Dieu tout Puissant » pour la personne de Dieu le Père, du «Genitum non factum » en français « engendré et non créé » pour celle du Fils, et la troisième qui manque dans toutes ses messes : Et Unam Sanctam Catholicam et Apostolicam Ecclesiam» en français, « et l’Église une, sainte, catholique et apostolique »

Philippe
Ce n’est pas rien quand même, une révision théologique de poids ! Et ce n’est pas tout, dans cette messe en mi bémol majeur, comme dans celle en la bémol, il y manque finalement l’essentiel :

Willy
Comme tu dis, il y manque l’essentiel : Et exspecto resurectionem mortuorum. » en français au sujet de Jésus Christ : … et ressuscité d’entre les morts… comme tu dis, ce n’est pas rien….

Philippe
Vous comprenez notre remarque à la RTS : nous demander de prêcher l’Évangile, sans rien dire, alors que Schubert se permet de faire de la théologie… enfin de la contre théologie !

Willy
C’est vrai, Philippe, mais ne crois-tu pas que nous sommes un peu « pédants » avec ces remarques ? d’autant plus que nous sommes bien incapables d’expliquer pourquoi Schubert corrige le credo. Je suis d’ailleurs bien incapable de savoir si c’est lui tout seul qui a écrit ces paroles, ou s’il a subi des influences…

Philippe
Tu as raison… ne jouons pas les musicologues. Restons humblement des théologiens, et revenons à nos discussions de ces dernières semaines. Tu me faisais remarquer qu’il y a deux omissions qui sont typiquement modernes :

Willy
Oui. La contestation de l’universalité de l’Église et la résurrection.

Philippe
Tu veux dire la catholicité de l’Église.

Willy
Par égard pour les protestants, j’évitais d’utiliser le mot catholique.

Philippe
Je t’en remercie, mais c’est dommage. Je suis convaincu quant à moi que les relations à l’intérieur du christianisme y gagneraient si toutes les églises revendiquaient toutes d’être catholiques.

Willy
Que veux-tu dire ?… ce n’est peut-être pas le moment de relancer les débats difficiles qu’avait fait naître l’encyclique Dominus Iesus ?

Philippe
A mon avis, revendiquer d’être catholique n’implique pas de se demander quelle est l’Église véritable. Nous sommes tous catholiques puisque l’Église ne peut-être qu’universelle, du fait même qu’elle est l’œuvre de Dieu ! d’ailleurs toi, tu n’es pas catholique !

Willy
Je ne suis pas catholique ? première nouvelle ! et je suis quoi alors ?!?

Philippe
Mais tu es romain. C’est pour cela que je dis que nous sommes tous catholique ! Rassure-toi, tu es bien catholique, mais tu es catholique romain. Comme il y a des catholiques orthodoxes grecs et russes, des vieux catholiques, des catholiques chrétiens…

Willy
Et tu es quoi toi ?

Philippe
Et bien je suis catholique réformé ! voilà tout !

ORGUE par Marie Christine Raboud

Et si Schubert était « Jésus, oui, l’Eglise, non » ?
Je crois en l’Eglise… J’attends la résurrection…

Willy
Pour moi, cette affirmation veut dire que le mystère du Christ et celui de l’Eglise sont inséparables. On ne peut pas connaître Jésus uniquement par la science historique. Ce serait un homme du passé… Pour les croyants, connaître Jésus exige une certaine relation vivante avec lui. Cela passe par la prière qui inclut la communion avec tous ses frères. Et cette immense communauté de vie, Paul l’appelle « Corps du Christ » et c’est elle qui rend le Christ présent dans l’histoire jusqu’à la fin du monde.

Philippe
il est aussi vrai que le slogan « Jésus, oui, l’Eglise non » est la conséquence des erreurs commises dans le passé, et dont nous nous sentons responsables, mais l’Eglise ne peut pas être identifiée à l’agir de quelques-uns. Elle déborde les frontières conventionnelles et ne se résume pas aux comportements dispersés des individus. C’est cette Eglise-là, corps mystique du Christ, qui est la continuation du Christ ressuscité et de sa présence efficace à toutes les époques, pour être instrument d’unité de tout le genre humain. Cette Eglise-là subsiste dans les églises catholique et réformée. Je peux donc dire : Je crois en l’Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

Willy
si nous assumons cette identité d’être « le Corps du Christ », nous réalisons qu’à l’exemple de Jésus et à sa suite, nous sommes envoyés les uns envers les autres pour rendre réelle et toujours abondante la vie divine. C’est peut-être là la meilleure définition de la Résurrection ? J’aimerai faire mienne cette méditation de Louis Evely : « Le seul moyen de croire à la résurrection, c’est d’avoir été un jour ressuscité par l’amour. Il ne faut pas demander à un chrétien actuel s’il croit en la résurrection, il y a bien des chances qu’il y croit d’une façon passive et conventionnelle, que c’est comme s’il n’y croyait pas ! Cela ne change rien à sa vie, et cela ne l’engage à rien. Aussi, la vraie question à poser, c’est (…) Quelqu’un t’a-t-il déjà assez aimé pour te ressusciter ? Quelqu’un t’a-t-il déjà si bien pardonné que tu t’es senti plus heureux après ta faute qu’avant ? Y a-t-il, dans le monde, un être capable de te ressusciter ? Et toi, as-tu déjà ressuscité quelqu’un ?

Philippe
en effet, un chrétien ne croit pas à une vie future, mais à une vie éternelle. Et si elle existe de toute éternité, c’est bien qu’elle est déjà là : « Mes bien-aimés, parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes déjà passés de la mort à la vie. Celui qui n’aime pas reste dans la mort. » (1Jean3, 14) Nous écouterons à la fin de cette célébration de nombreux témoignages de ceux qui ressuscitent les autres par les petits gestes d’amour. Je puis donc dire ce que Schubert a omis : « J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen.

Lectures bibliques : Philippiens 2, 5-11 et I Corinthiens 6, 19; Psaume 22

Homélie du 01 septembre 2013

Prédicateur : Chanoine Guy Luisier
Date : 01 septembre 2013
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

L’été tire sur sa fin. C’est une saison culturelle un peu à part. Et aussi une saison spirituelle à part. Je voudrais l’aborder sur le plan culturel, mais nous pourrons ensuite y trouver des résonnances spirituelles en lien avec le Message de Jésus que nous venons d’accueillir.

L’été est le temps des spectacles en plein air. Les festivals vont leur train. On va au concert, au théâtre ou au cinéma sous les étoiles. Certains d’entre nous ont eu la chance de visiter, parmi des ruines antiques, des théâtres ou des amphithéâtres romain ou grecs. On admire les architectures et l’acoustique. Car l’enjeu, en ces temps-là, lorsque la technique était rudimentaire, était de se faire entendre depuis la scène, et aussi de se faire voir, de capter l’attention.

Dans le théâtre antique, pour être vus de loin et reconnus des derniers spectateurs, les acteurs devaient s’allonger et grandir en se mettant des chaussures à talons démesurés, des vêtements très amples et des perruques très fantaisistes. Ainsi harnachés ils n’étaient plus tout à fait maîtres de leurs mouvements. Ils devaient se déplacer très lentement ou prendre le risque d’être ridicules, comme le demandaient d’ailleurs les pièces comiques.

Ce qui était vrai dans les théâtres d’il y a bien longtemps est souvent vrai dans la vie de tous les jours, jusque dans nos aujourd’hui.

Tout théâtre est parabole de la réalité. Certaines personnes d’ailleurs prennent leur vie réelle comme la scène de théâtre de leur existence, et souvent leurs proches comme des faire-valoir. Soyons lucides, personne n’échappe à cette tentation. Chacun de nous se met en scène, chacun joue son cinéma. Un peu au moins.

Pour être vus et reconnus, combien d’entre nous s’encombrent de déguisements et de mensonges plus ou moins consentis, se drapent dans des orgueils ridicules, se juchent dans des certitudes qui cachent leurs faiblesses et leurs fragilités. Ainsi accoutré, on peine à donner à sa vie un dynamisme libérateur.

Or l’humilité libère. Elle incite à regarder les choses, les personnes, les événements et soi-même en transparence, sans s’encombrer des décors ou de trompe-l’oeil. Elle dégage le terrain et permet donc à la vie de déployer réellement son potentiel. Nous ne sommes pas ici dans les techniques, si modernes, de développement personnel et de réalisation de soi, qui peuvent facilement n’être qu’un décor de plus. Mais, avec cette idée d’une humilité qui libère, nous touchons du doigt l’humilité, la liberté que Jésus applique à lui même et qu’il veut enseigner à tous ses disciples.

Jésus n’est certainement jamais allé au théâtre, même s’il y en avait dans son pays colonisé par les Grecs et les Romains. Jésus n’allait pas au théâtre, sans doute parce qu’il considérait, dans sa mission, que la vie suffisamment riche en distractions positives, en enseignements profonds.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, il regarde les gens vivre, se montrer, chercher la place de choix dans le repas, jouer des coudes pour voir et se faire voir, pour entendre et se faire entendre. Il lit la réalité avec un critère qu’il nous propose, pour notre propre lecture de notre réalité et de la réalité du monde : l’humilité de la dernière place.

L’humilité libère. L’humilité, qui fait fi des déguisements encombrants, des prise de hauteur orgueilleuses et souvent ridicules, libère. Elle nous rend libres, libres de nos mouvements. Pas seulement de nos mouvements physiques mais aussi de nos mouvements intérieurs, beaucoup plus importants : que de mouvements d’âme qui s’appuient sur l’envie et l’orgueil et qui finissent par nous enchaîner à eux !

Quand on n’est plus attaché à son petit pré-carré, à sa petite place de choix qui rassure, aux échos de sa réputation chez les autres, on finit par tout posséder.

On aboutit au paradoxe : moins on possède, plus on possède. Moins on prend de place plus on en gagne.

Je me suis demandé pourquoi on aboutit à un tel paradoxe. Et c’est sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui m’a donné la solution. Elle a dit : « Il me semble que l’humilité, c’est la vérité ; je ne sais pas si je suis humble, mais je sais que je vois la vérité en toute chose. »

Les textes bibliques d’aujourd’hui nous engagent sur ce chemin de vérité. Quand Jésus dit que « Qui s’abaisse sera élevé », il parle d’abord dans le concret. Celui qui est humble voit le monde de façon plus vraie et transparente, plus dégagée de plus haut que les autres, plus largement que les autres.

C’est pourquoi Dieu manifeste sa toute puissance dans la toute humilité, de sa vie, de sa croix, de sa mort et de sa résurrection. Et c’est pourquoi il nous invite à faire comme lui.

Humilité, vérité et liberté, c’est un trio inséparable.

J’en tire deux enseignements qui peuvent dynamiser et aérer notre façon de voir les choses.

D’abord pour notre vie individuelle, nous avons tous en nous des élans et des tentations qui nous poussent à nous mettre en avant. Or se mettre en avant n’est pas synonyme d’aller de l’avant. Au contraire. C’est en se dégageant des artifices qui cachent nos peurs et nos fragilités que nous allons de l’avant. Essayons de prendre du temps pour être plus lucides sur toutes ces peurs qui nous empêchent d’être vrais et libres.

Ensuite et enfin. Si Jésus nous invite à l’humilité de la dernière place, il le fait individuellement mais aussi communautairement. L’Eglise tout entière doit savoir prendre la dernière place. Dans ce monde tel qu’il est, apparemment de plus en plus athée, christianophobe et superficiel, nos Eglises, nos communautés peuvent avoir peur de perdre du terrain, de l’influence, peur d’être évacuées de la scène, du théâtre. Alors on pourrait se demander si peut-être l’Eglise n’a pas elle aussi à d’aller se mettre à la dernière place pour être plus libre et plus vraie.

Les diverses circonstances actuelles rendent cette question plus pertinente que jamais !

Amen.

22e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Si (Ecclésiastique) 3, 19-21.30-31; Hébreux 12, 18-19.22-24a; Luc 14, 1a.7-14

Homélie du 25 août 2013

Prédicateur : Père Guy Musy
Date : 25 août 2013
Lieu : Carmel du Pâquier
Type : radio

« Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers » Luc 13,30

Voici encore une maxime de Jésus promise à une notoriété exceptionnelle.

Un proverbe, sans doute emprunté à la sagesse populaire de tous les temps. Il aurait pu inspirer, par exemple, la fable du lièvre et de la tortue de notre vieil ami Jean de La Fontaine.

Un propos qui illustre aussi ce qui se passe parfois dans les meilleures familles où l’on oppose un aîné, appliqué, studieux et obéissant à un cadet désinvolte, rebelle et paresseux, mais prodigieusement audacieux et imaginatif et qui finit par laisser loin derrière lui sur le chemin de la réussite sociale son aîné   besogneux.

Sur un plan politique, les révolutions ont confirmé que des peuples considérés comme les derniers, humiliés, exploités, honteusement colonisés ont fini par dormir dans les lits de leurs oppresseurs. Ceux-là même qui pensaient être les premiers pour l’éternité. Le chant du Magnificat le dit à sa manière quand Marie souhaite voir renversés les puissants et exaltés les humbles.

Mais il est clair que lorsque Jésus propose ce proverbe il n’envisage pas la révolution d’octobre, la chute de la Bastille ou le serment des Trois Suisses. Il parle de religion et de la sienne en particulier, celle d’Israël, cette nation à laquelle il appartient. Quand il parle de premiers et de derniers, il se réfère donc à sa propre expérience religieuse. Mieux encore, il se souvient des controverses et conflits qui l’opposaient à ses contradicteurs. Ces derniers – les Pharisiens – s’estimaient être les plus proches de Dieu et regardaient avec dédain ces pauvres publicains, prostituées et autres pécheurs, ces derniers promis de toute façon au feu éternel.

Comme Jean-Baptiste l’avait fait avant lui, Jésus change la donne. Il s’oppose à la loi des privilèges religieux. Il proclame le salut pour tous. A commencer pour ces pécheurs, ces lépreux, ces délinquants, tous ces exclus que les braves gens montrent du doigt.

C’est ce que nous ne cessons de rappeler à chaque messe quand le prêtre élevant la coupe répète les paroles de Jésus : « Ceci est le calice de mon sang, versé pour la multitude en rémission des péchés ». Pour la MULTITUDE. Le voile du temple est déchiré. Tous ont accès au sanctuaire, au saint des saints dont l’entrée était jusque-là réservée au seul grand-prêtre. Tous peuvent avoir part au bonheur divin. Même les goïm, les étrangers qui ne sont pas les héritiers directs d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Quelle révolution spirituelle.

Peut-être direz-vous : tout cela est bel et bon. Mais c’est une vieille histoire. Nous ne sommes plus guère concernés par ces controverses de préséance qui intéressaient les Juifs du premier siècle. Une autre question nous taraude : « Qui sont dans l’Eglise d’aujourd’hui ces derniers qui vont occuper la première place et qui sont ces premiers qui se voient rétrogradés au dernier rang ? » Bonne question, en effet !

Il y a une réponse courante qui a la vie dure. Les premiers seraient les chrétiens de vieille souche et de vieille génération. Des chrétiens, peut-être, comme vous et moi. Depuis des siècles ces chrétiens-là professent le même credo et reçoivent les mêmes sacrements. Ils sont même partis au-delà des mers dans le but de se faire des disciples. Ce sont eux les fils et les filles aînés de l’Eglise…

Mais voilà qu’aujourd’hui les choses changent. Nos églises, dit-on, se vident. Aux manifestations de foi a succédé une apostasie quasi générale. Tandis que ceux qui vivaient dans « les ténèbres », ceux qu’on appelait « sauvages », cachés dans quelque épaisse forêt ou savane africaines, sur les rives de l’Amazone, voir dans les rizières du Tonkin, ceux-là seraient devenus devant Dieu les premiers, déclassant ceux qui les avaient d’abord évangélisés. Ils occupent désormais les loges et les fauteuils d’orchestre, jusque là réservés aux chrétiens à la peau claire.

Je vous abandonne cette interprétation assurément discutable et même simpliste. Je préfère revenir à la lettre de notre évangile. Il nous offre une explication plus pertinente et plus honorable.

Il y a, dit Jésus, deux sortes de gens qui veulent entrer dans le royaume du Père, royaume du vrai et de l’éternel bonheur. Il y a ceux qui s’efforcent de passer par la porte étroite. Il en est d’autres qui pensent y parvenir en empruntant une voie large, facile et rapide. L’autoroute en quelque sorte, sans fatigue excessive. Pourquoi se fatiguer en effet, puisque, de toute façon, comme dit la chanson : « Nous irons tous au paradis ! » Ces insouciants et ces prétentieux ne seraient-ils pas les derniers arrivés de cette course au vrai bonheur ? Tandis que ceux qui passent par le rude escalier de service en évitant le large portail d’entrée finiraient par se trouver les premiers à pénétrer le palais de leur rêve.

Il y a bien des années, au cours d’un pèlerinage à Bethléem, désireux d’entrer dans la Basilique de la Nativité, j’avais eu une image saisissante de cette « porte étroite » dont parle Jésus. La porte de cette église, presque emmurée, ne laissait passer aucun convoi, aucune procession solennelle de prélats mitrés et crossés. Elle n’était qu’un passage serré, anguleux qui ne laissait défiler les pèlerins qu’un à un, la tête courbée et les épaules rentrées. Comme s’il était nécessaire pour avoir accès au Christ, né sur la paille en ce lieu, d’imiter sa pauvreté et son humilité. Non, le Royaume de Dieu n’est pas de soi accessible aux galonnés, mais à ces petits, humiliés et oubliés, qui s’efforcent d’y pénétrer. Ceux-là sont les derniers qui deviennent premiers.

Notez bien qu’ils n’y entrent pas sans effort. Eh oui ! On ne passe pas par la porte étroite sans risquer de se cogner la tête et de se blesser aux entournures. « Il faut bien faire un effort », me disait une dame d’âge respectable un de ces dimanches caniculaires, alors qu’elle franchissait la porte de mon église genevoise. Bien sûr, ne serait-ce que l’effort de réactualiser et affiner notre désir de rencontrer Dieu.

Et je pense à vous, chers malades, pour qui le mot « effort » s’accompagne souvent de souffrances, de patience, mais aussi d’isolement et de solitude. C’est votre porte étroite. Ne vous découragez pas. Le Royaume du vrai bonheur vous fait signe au-delà de ce passage anguleux.»

21e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Isaïe 66, 18-21; Hébreux 12, 5-7.11-13; Luc 13, 22-30

Homélie du 18 août 2013

Prédicateur : Père Guy Musy
Date : 18 août 2013
Lieu : Carmel du Pâquier
Type : radio

« Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit allumé ! » (Luc 12,49)

Encore une de ces paroles de Jésus éparses et solitaires. Luc est le seul des quatre évangélistes à la retenir et à nous la proposer.

Evidemment, on ne peut que faire confiance aux spécialistes de la Bible qu nous disent que le feu dont il est ici question est le feu de la colère Dieu. Le feu du ciel qui réduisit en cendres Sodome et Gomorrhe et qui aurait dû anéantir ces Samaritains qui refusaient de recevoir Jésus et ses disciples. Image terrifiante qui évoque notre enfer, aux flammes dévorantes et éternelles.

Alors, me voilà condamné à me faire l’avocat du diable et de ses thuriféraires incendiaires ? Que Dieu m’en garde ! Si je veux être fidèle à l’esprit de l’évangile, ce n’est pas d’enfer dont j’ai à parler, de feu destructeur et dévastateur, mais de jugement. Autrement dit, de cette nécessaire prise de position face à Jésus. L’évangile n’est pas à l’eau de rose, ni rédigé pour les mauviettes. Pas plus qu’il est conte de fées pour endormir les enfants sages. Non. Mais il est une parole forte, une parole de feu, qui traverse notre cœur, comme une épée tranchante et qui peut faire mal. Il arrive même que ce « glaive de douleurs », comme le suggère la Lettre aux Hébreux que nous venons d’entendre, nous demande de « résister jusqu’au sang ».

Revenons donc à ce feu que Jésus a hâte d’allumer ? Un feu qui a bien d’autres propriétés que celle de faire bouillir les damnés. Le feu ? Une image polyvalente dans la Bible, pour symboliser notre condition de croyant. J’en dénote trois aspects.

Tout d‘abord, le feu est symbole de vigueur, d’éclat, de force qui réveille les endormis, les assoupis, les tièdes, les résignés et les assagis. Il les met sur le chemin de l’action, sur les chemins d’une nouvelle vie. Vous pensez bien sûr au feu de Pentecôte, feu de l’Esprit qui mit sur les routes de la mission universelle une poignée d’hommes apeurés. Il n’est même pas besoin d’être scout pour chanter dans la fraternité d‘un campement nocturne: « O feu, joli feu, ton ardeur nous réjouit ! » . N’est-ce pas aussi l’occasion de reprendre le chant de François d’Assise : « Louez sois-tu mon Seigneur pour notre frère le feu ! Par lui tu illumines la nuit. Il est beau et agréable à voir, indomptable et fort. » Indomptables et forts aussi ceux dont le cœur est brûlé par l’Esprit.

Une autre image du feu reprise en christianisme est celle du foyer. Un mot qui signifie aussi bien la maison que le feu qui la chauffe et l’illumine. Un foyer dont il faut entretenir la flamme pour que la chaleur et la lumière ne se perdent pas. Un feu ravi aux dieux selon la légende de Prométhée pour assurer la survie des humains. Le christianisme occidental a retenu et développé cette image, notamment dans la tradition provençale de la bûche de Noël. Elle se consume lentement dans une cheminée qui rassembler dans une chaleureuse proximité ceux qui se préparent à fêter Noël.

Enfin, le feu, dans la Bible, est aussi symbole de purification. Revient souvent l’image de l’or fin obtenu au terme d’une fusion prolongée à très hauts degrés pour en éliminer toutes les impuretés. Passer par le feu, signifie passer par l’épreuve, physique et morale pour se retrouver dans la pureté de son être profond, pour être accessible à son Dieu. Souvenez-vous du buisson ardent du Sinaï, limite infranchissable qui démarquait le domaine du divin. L’homme n’y a accès que si son cœur se laisse purifier.

Une flamme qui excite, réchauffe et purifie : voilà donc le feu que Jésus a hâte d’allumer. Mais, pouvons-nous aller plus loin et nous approprier ces symboles ? J’ai quelques raisons de le croire.

Tout d’abord, n’avons-nous pas besoin d’une nouvelle flambée d’Esprit-Saint pour réveiller notre zèle et nous remettre en marche ? Voici bien des années un supérieur religieux implorait l’Esprit de venir mettre le feu au bois mort de sa communauté ankylosée. Le bois ne manquait pas ; les vocations étaient alors nombreuses, mais endormies dans le formalisme et le confort. Du bois mort ! La prière de ce supérieur rejoignait celle de Jésus, impatient de voir s’embraser la terre entière. J’imagine que notre pape François ne prie pas autrement. Plus d’un milliards de baptisés, trois millions de jeunes à Rio : cela devrait faire un beau feu de Pentecôte pour «renouveler la face de la terre » ! Alors, qu’attendons-nous pour réanimer la flamme reçue au jour de notre baptême ? L’avons-nous étouffée ?

Que deviennent aussi nos foyers spirituels ? Nos paroisses, nos communautés, nos familles, nos Eglises ? Sont-elles chaleureuses ou glaciales, conviviales ou mortifères ? Sont-elles des lieux où il fait bon vivre, comme autour de la cheminée quand se consumait la bûche de Noël ? Bien sûr, l’isolement, la solitude… Je pense aux pensionnaires de nos EMS. Mais il est d’autres déserts de glace. Qui viendra réchauffer les humains qui ont été parqués sur ces banquises gelées? Qui transformera nos mouroirs en foyers lumineux, là où les yeux des aînés rayonnent de la joie des enfants qui trottinent autour d’eux ?

« Vaste programme », dites-vous, résignés ou désabusés. Mais personne ne prétend qu’on le réalisera sans peine, sans purification, sans passer par le feu ! Faut-il attendre la crise pour nous réveiller ? Il vaut mieux prendre les devants et nous laisser brûler par l’Esprit. Même… à petit feu !»

20e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Jérémie 38, 4-6.8-10; Hébreux 12, 1-4; Luc 12, 49-53

Homélie du 11 août 2013

Prédicateur : Père Guy Musy
Date : 11 août 2013
Lieu : Carmel du Pâquier
Type : radio

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ! » (Luc 12, 34)

Ton cœur ? Qu’est-ce à dire ?

Ton cœur ? Et bien, toute ta force d’aimer, de désirer, de jouir de ce qui t’attire au-delà de toi-même…

Ton coeur ? Toute ton énergie vitale, celle qui te dominais dans ta jeunesse et qui ne s’éteint pas quand tu vieillis…

Ton cœur ? Tout ce qui vibre en toi tant que tu as quelqu’un ou quelque chose à aimer…Tant que tu ne le tiens pas encore entre tes mains…

Alors, dis-moi, où est ton trésor pour que je sache aussi où se cache ton cœur ? Dis-moi cette chose ou cette personne qui te fait courir au bout du monde, pour l’avoir entre tes doigts, le caresser, comme Harpagon caressait de ses griffes d’avare la divine cassette qu’il adorait.

Curieuse histoire de ce mot « trésor ».

Il évoque le jeu de la course au trésor de nos enfances, le pactole de Rakham le Rouge de Tintin et de son fameux capitaine. Un Eldorado aussi fictif que merveilleux qui aurait pour vocation de combler toutes nos attentes.

Mais quittons le monde du rêve.

Ton trésor ? Est-ce ton amoureux ? Ton amoureuse ? « Dein Schatz », comme susurrent les amants d’Outre-Sarine ?

A moins que ton trésor ne soit ce bout de choux qui trottine entre tes jambes ou cette petite puce que tu tiens dans tes bras et que tu appelles tendrement : « mon trésor » ?

Ton trésor ? Plus banalement, ta voiture dernier cri, celle que tu bichonnes chaque samedi pour épater tes copains et tes copines ?

Ou alors, plus banalement, tes comptes à numéros, tes bijoux, tes tableaux enfouis dans un coffre bancaire ?

Dis-moi où est ton trésor, je te dirai alors où est ton cœur.

Retour à l’évangile. Il nous parle aujourd’hui d’un autre trésor. Curieusement, Jésus ne lui donne pas de nom particulier, mais définit ses caractéristiques : il est inusable, inoxydable ; il ne s’éclipse pas de nos mains quand elles croient le tenir et personne ne peut nous le ravir.

Tandis que nos trésors habituels s’effritent, se dilapident, ne durent guère. Comme une boule de neige que vous tiendrez au creux de la main un jour de canicule. Inutile d’insister. L’expérience est là pour attester que même nos plus belles amours, soit disant éternelles, se diluent au fil des jours et des années.

C’est pourquoi Jésus nous encourage à miser sur des valeurs sûres, cotées à la bourse du ciel. « Faites-vous un trésor dans les cieux », dit-il. Autrement dit, DIEU est votre vrai trésor ! Lui seul mérite tout votre amour. En Lui se repose comblé votre coeur !

« Nous voici bien avancés », dites-vous ! Et tous nos petits bonheurs, toutes nos amours ? Tout cela n’est-il que vapeur et fumée inconsistante ? Non, dit Jésus, tous ces petits trésors peuvent nous conduire à Dieu à condition de ne pas nous y agripper, nous y enfermer. Et, dans ce but, Jésus de nous conseiller le dépouillement volontaire de tout ce qui nous barricade et nous entrave. De lâcher prise, comme on aime dire aujourd’hui.

« Mais nous ne sommes ni des moines ni des moniales », répliquez-vous. « Nous n’avons point prononcé de vœux de chasteté et de pauvreté ». « Qui vous parle d’ascèse ? » , réplique Jésus. Votre dépouillement doit prendre la forme du DON. Libérez-vous du superflu en faveur des pauvres qui manquent du nécessaire, ne vous laissez pas emprisonner par de fausses richesses. Alors, vous trouverez Dieu, votre plus sûr bonheur.

Dieu, le vrai trésor, ne se découvre donc que dans le partage et le don. Je trouve mon bonheur quand je m’oublie et me donne sans réserve.

Parfois, nos châteaux s’effondrent brutalement sans que nous le voulions. Et nous voilà sur la paille et la cendre. Comme ce personnage de François Mauriac qui après avoir perdu en une seule nuit d’orage et de grêle toute sa vigne précieuse qui était son trésor, soupçonne en balbutiant l’existence d’un autre trésor : « Enfin, je suis détaché. Je ne sais quoi, je ne sais qui m’a détaché ; des amarres sont rompues ; je dérive. Quelle force m’entraîne ? Une force aveugle ? Un amour ? Peut-être un amour… »

Il fallut le malheur pour mettre ce vieil avare sur le chemin de l’amour. Il vaut mieux prendre les devants, ne pas attendre d’être dépouillé par les éléments, la maladie et toutes les forces contraires. Il vaut mieux se dépouiller soi-même pour découvrir l’Amour, le seul qui ne mente pas.

Cette messe est célébrée au Carmel du Pâquier. Il y a deux jours nous faisions revivre dans cette chapelle la mémoire d’une carmélite d’exception, Edith Stein, morte à Auschwitz en 1942. Elle aurait pu se réfugier ici même si les autorités suisses du moment avaient montré plus d’empressement pour l’accueillir. Juive d’origine, elle a sacrifié ses relations familiales, sa brillante carrière professionnelle, parce qu’elle était à la recherche d’un trésor que les mites, la rouille et les voleurs ne pourraient ni détruire ni voler. Elle a compris que pour l’obtenir elle devait elle-même suivre Jésus sur son chemin d’offrande, sur son chemin de croix. Mais elle a fait de ce dépouillement obligé un don gratuit. Alors que la Gestapo l’emmenait avec sa sœur vers le camp de la mort, elle dit simplement : « Allons pour notre peuple ». Donnons notre vie pour lui ! Edith faisait de sa mort programmée, de cette ultime pauvreté, le don le plus sublime. Son trésor était au bout de ce chemin.

Témoignage sublime et qui nous dépasse !

Nous en avons tout de même besoin.

Les saints ne sont-ils pas des phares sur les rives de nos mers agitées ?

Des étoiles au plus profond de notre nuit ?

Des boussoles dans la forêt où nous nous égarons ?

Edith Stein ouvre la piste de notre course au trésor.

 

19e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Sagesse 18, 6-9; He 11, 1-2.8-19; Luc 12, 32-48

Homélie du 04 août 2013

Prédicateur : Chanoine José Mittaz
Date : 04 août 2013
Lieu : Hospice du Grand-Saint-Bernard
Type : radio

A l’écoute de la parole de Dieu dans la réflexion, dans la méditation de notre foi, il nous arrive très souvent de réfléchir, de scruter le mystère de la pauvreté, de nos pauvretés ; de ce qui est misère en nous, de ce qui est petit en nous.

L’évangile de ce matin nous invite à poser un regard sur ce qui est richesse. Peut-être parce qu’il est tout aussi difficile de bien vivre nos richesses que de bien vivre nos pauvretés : l’une et l’autre doivent s’apprendre. La réflexion sur la richesse, dans l’évangile que nous venons d’entendre, est amorcée par cet homme qui demande à Jésus au milieu de la foule : « Maître, dit à mon frère de partager avec moi notre héritage ». Richesse, héritage.

A l’écoute peut-être de l’histoire de notre famille ou en tout les cas de l’histoire de Jean que nous connaissons, nous savons combien le partage d’un héritage est un moment délicat. Et ceci nous invite déjà à entendre que derrière le mot « richesse à partager », il n’y a pas que la question de l’argent : il y a la question « qui suis-je ? ». Si je ne reçois pas la part d’héritage qui me revient parce que j’appartiens à telle famille, et bien je ne me sens pas reconnu pour qui je suis. Richesse a à voir avec reconnaissance. C’est tellement vrai que quand on cherche à savoir qui est l’autre, on lui demande qu’est-ce qu’il fait comme profession, pour pouvoir le situer dans une échelle sociale et peut-être aussi économique. C’est évidemment un piège. C’est un piège parce que cela peut nous conduire justement à chercher de la reconnaissance en amassant les biens.

Vous l’avez entendu dans la parole de Dieu, dans la parabole que Jésus nous a proposé, cet homme très riche qui vivait dans l’abondance – et Jésus ne critique pas que cet homme était dans l’abondance – Jésus nous invite à discerner le chemin à suivre, à partir de cette réalité. Il est dans l’abondance et son soucis c’est que ses greniers sont déjà pleins et ils sont trop petits pour la récolte qui vient d’arriver. Que fait cet homme ? Il réfléchi en lui-même. Et vous connaissez la suite : il décide de construire un plus grand grenier, un plus grand entrepôt, pour entasser tout son blé. Et il se dit à lui-même « te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années, repose toi, mange, bois, jouis de l’existence ».

Il y a une grande tristesse dans cette attitude. La tristesse ce n’est pas qu’il n’a pas été charitable, au sens moral du mot. La vraie tristesse, c’est qu’il est dans un monologue intérieur. Il est seul cet homme. Il est aussi seul que celui qui a interpellé Jésus en disant « mais fais en sorte que mon frère partage avec moi parce que sinon je me sens seul, je ne me sens pas reconnu dans ces liens qui tissent mon existence ! » Le monologue intérieur, peut-être que chacune et chacun d’entre nous en a une expérience, de ces paroles qui tournent en rond à l’intérieur de nous même, de ces paroles qui nous empêchent d’être en lien avec l’autre, de ces paroles, de ces pensés qui nous sabotent et qui polluent notre regard d’espérance, notre regard d’émerveillement. On peut se demander d’ailleurs, si l’homme de la parabole, si sa vraie richesse ce n’est pas son monologue intérieur ; et voilà que la tristesse est encore plus désolante.

Parce que c’est quoi la richesse ? La richesse c’est ce qui m’emplie le cœur. Quelles sont mes préoccupations ? Quels sont mes désirs ? Quels sont mes projets ? Quels sont mes biens ? Et qu’est-ce que j’en fait ? Toutes ces questions là nous font découvrir où nous situons notre vraie richesse. Parce que la vraie richesse, ce n’est pas des billets de banque en soi ; c’est peut-être ce que j’en fais. La richesse ce n’est pas une opulence, c’est ma manière de me donner. Et quand cet homme se dit en lui-même – dans ce monologue triste – « repose toi, mange, bois, jouis de l’existence ! » ; ce ne sont pas ces verbes là qui font problème, c’est la manière de les vivre.

Rappelez-vous, dans un autre passage du même évangile, quand les disciples sont envoyés deux par deux en mission et qu’ils reviennent enthousiasmés par tout ce qu’ils ont pu offrir de leur richesse et de la présence de Dieu qu’ils avaient déjà pu intériorisé en eux-mêmes ; et bien Jésus leur dit « venez à l’écart et reposez-vous, un peu ». Se reposer, ce n’est pas contraire à l’évangile.

L’itinérance nous appelle, je le disais en introduction, à faire de nos richesses un chemin vers l’autre. Mais le repos, la paix, c’est une manière aussi d’être en lien avec sa profondeur, pour que le chemin vers l’autre ne me fasse pas oublier qui je suis. Nous avons certes à nous donner, à donner la richesse que nous sommes, mais nous avons aussi à prendre soin de qui nous sommes.

Dans le don de nous-mêmes, il ne s’agit jamais de se sacrifier : il s’agit plutôt de faire une œuvre sacrée, de consacrer notre vie pour une valeur, pour une présence qui fait notre richesse. Cet homme qui interpelle Jésus du milieu de la foule, il devait être bien triste, il devait être dans un conflit intérieur bien délicat. Parce qu’en général quand on a ce type de problème de famille et d’héritage, on ne le dit pas au milieu de la foule. On le dit, on se confit dans le secret, ou alors si parfois on le crie c’est parce qu’il y a tellement de souffrance que l’on en devient violent. Cet homme ne parvient plus à parler à son frère, et en ne parvenant plus à parler à son frère, il risque de faire de Jésus un juge et non plus un sauveur, et non plus un frère qui partage notre condition humaine. Ce que vit cet homme, chacune et chacun d’entre nous le vit également. C’est pourquoi Jésus, lorsqu’il offre cette parabole, il ne s’adresse plus à cet homme mais il s’adresse à toute la foule qui est là. Chacune et chacun d’entre nous est concerné par ce questionnement. « Jouis de l’existence, mange et bois », ces verbes sont aussi importants.

Qu’est-ce que nous célébrons ce matin ? Nous célébrons le mystère où Jésus nous dit « prenez et mangez en tous, ceci est mon corps livré pour vous ; prenez et buvez en tous, ceci est mon sang livré pour vous ». Il nous offre sa présence comme son unique richesse et il nous appelle à faire de même quelle que soit l’histoire de notre vie, sans nous perdre en nous-mêmes dans ces monologues de culpabilité, mais en osant croire au cadeau que nous sommes, puisque Dieu désire être accueilli en nous. Aussi, jouir de l’existence, ce n’est pas éprouver le plaisir pour soi, un plaisir égoïste, chargé d’amertume. Jouir de l’existence, c’est se réjouir que ma présence puisse dessiner le sourire sur le visage de l’autre. Mais nous le savons là aussi, et c’est peut-être notre pauvreté, nous pouvons parfois nous donner pour offrir cette présence souriante et l’autre ne le reçoit pas. Dans ces moments-là, disons nous simplement que nous sommes au Vendredi Saint. Et Saint Paul nous invite à oser continuer à regarder vers les réalités d’en haut parce que nous sommes ressuscités avec le Christ.»

18e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Ecclésiaste 1, 2 ; 2, 21-23; Colossiens 3, 1-5.9-11; Luc 12, 13-21

Homélie du 28 juillet 2013

Prédicateur : Chanoine Raphaël Duchoud
Date : 28 juillet 2013
Lieu : Hospice du Grand-Saint-Bernard
Type : radio

Frères et Sœurs dans le Christ,

Au cœur de ce pèlerinage que nous avons commencé hier en marchant depuis Ferrêt jusqu’ici à l’hospice du Grand-Saint-Bernard, en méditant sur le thème : “Fragile existence : un appel à vivre”, nous sommes interpellés ce matin par une parole de Dieu qui révèle une dimension fragile dans le cœur de l’homme et, si j’ose me permettre de dire, également dans le cœur de Dieu.

Dans l’Evangile dont nous venons d’entendre la lecture, un des disciples demande à Jésus : « Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean-Baptiste l’a appris à ses disciples. »

Question surprenante quand on pense que les disciples partageaient quotidiennement leur temps avec Jésus. Mais cette question ne révèle-t-elle pas un manque ressenti dans le cœur des apôtres, témoins de la vie spirituelle de Jésus ? Ce qui peut encore surprendre davantage, c’est que ce sont les disciples eux-mêmes qui demandent à Jésus de leur enseigner à prier, comme si leur maître ne se souciait pas de leur enseigner à entretenir un rapport avec Dieu dans la prière.

C’est que Jésus ne s’impose pas ; il laisse à chacun de ses disciples, comme à chacun de nous, cette liberté intérieure de se tourner vers le Père. De notre part, il nous arrive de nous comporter comme des personnes auto-suffisantes : en nous appuyant sur nos propres forces quand tout semble bien aller dans notre vie, en oubliant que nous ne sommes pas faits pour les réalités de ce monde et en mettant Dieu hors de la sphère de notre existence. A partir du moment où nous ressentons que notre vie est fragile, deux perspectives peuvent voir le jour : ou bien on se replie sur soi-même dans une attitude de découragement, ou alors, au cœur de cette prise de conscience de la fragilité nous discernons un appel à vivre, à aller de l’avant.

Les disciples de l’Evangile d’aujourd’hui demandent à Jésus de leur enseigner à prier ; certes, en voyant le Sauveur passer de longues heures en prière, ils prennent conscience du manque dont ils sont habités par le fait de ne pas savoir prier. Ce qui est intéressant, c’est de noter que ce sont les disciples qui en font la demande et ce n’est pas Jésus qui les y oblige. Le Seigneur respecte leur temps, mais quand il exauce leur prière, il les amène vers l’authenticité des rapports de l’homme avec son Père en leur enseignant la relation filiale avec Dieu au moyen de la prière par excellence : celle du Notre Père.

Un deuxième aspect à relever dans ce contexte est celui qui invite et aussi fait sortir impérativement chacun de sa tranquillité : celui de la prière qui dérange. Dans la parabole que Jésus exprime dans la deuxième partie de l’Evangile, celle de l’ami importun, la fragilité de l’existence du requérant à cause du manque de pain en l’occurrence se traduit par un appel à vivre adressé à celui qui « à cause du sans gêne ce cet ami, se lèvera et lui donnera tout ce qui lui faut. »

Frères et sœurs dans le Christ, cette prière incessante, voire importune à laquelle le Christ exhorte conduit à une découverte plus profonde du visage du Père tel que l’Evangile nous révèle. On peut même découvrir une fragilité chez Dieu, non pas due à la présence du mal en lui puisqu’il est parfait, mais à la présence d’un amour vulnérable qu’il voue pour sa créature bien-aimée qu’il a créée à son image et sa ressemblance.

Par son exhortation de prier sans cesse, Jésus introduit ses disciples dans la connaissance d’un Dieu amoureux de l’homme, qui se laisse déranger par les supplications de ses enfants. L’homme de l’Ancien Testament, Abraham, apprend déjà à découvrir cette mansuétude divine par sa prière insistante pour le salut des justes dans la ville de Gomorrhe. Mais Dieu a une manière de répondre qui va dans le sens du don de la vie pour ses enfants : de la même façon que des parents avisés donnent satisfaction à la requête de leurs enfants pour leur bien, Dieu répond à nos prières de façon à nous procurer ce qui est nécessaire à notre vie spirituelle. « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse car nous ne savons pas prier comme il faut » nous dit saint Paul.

Dans ce contact avec Dieu dans la prière, le Seigneur nous invite à faire l’expérience de la fragilité de notre existence mais dans le sens d’un appel à vivre. Souvent celui-ci prend des chemins inattendus pour nous atteindre. Bien souvent, cela se manifeste dans l’attitude de la prière : combien de fois entendons-nous dire que nos prières ne sont pas exaucées.

Cela me fait revenir à la mémoire cette anecdote vécue lors d’une de mes visites auprès des malades à l’hôpital au début de mon ministère en paroisse en tant que jeune prêtre : alors que je me trouvais près du lit d’un octogénaire frappé par une attaque cérébrale, je me suis entendu cette réflexion de la part de ce patient : « Monsieur le Vicaire, savez-vous pourquoi souvent nos prières ne sont-elles pas exaucées ? C’est parce qu’elles ne sont pas faites au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. »

Au cœur de notre existence fragile, l’appel à la vie nous invite à nous tourner vers celui qui est venu habiter parmi nous et remplir notre souffrance de sa présence. C’est lui qui est venu au cœur de notre fragilité humaine nous enseigner le chemin qui conduit à la vie. « Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné tous nos péchés » nous dit saint Paul dans sa lettre aux Colossiens. Certes, ce n’est pas le chemin auquel on aurait pensé de prime abord, mais la fragilité qu’on peut ressentir en diverses occasions peut et doit être le point de départ d’une nouvelle étape dans la vie, ce qui fait comprendre que la croissance intérieure n’emprunte pas d’autres chemins que celui de la Croix du Christ.

J’ai demandé la force   Dieu m’a donné les difficultés pour me rendre fort.
J’ai demandé la sagesse   Dieu m’a donné des problèmes à résoudre.
J’ai demandé la prospérité   Dieu m’a donné un cerveau et des muscles pour travailler.
J’ai demandé de pouvoir voler   Dieu m’a donné des obstacles à surmonter.
J’ai demandé l’amour   Dieu m’a donné des gens à aider dans leurs problèmes.
J’ai demandé des faveurs   Dieu m’a donné des potentialités.

Je n’ai rien reçu de ce j’avais demandé…
Mais j’ai reçu tout ce dont j’avais besoin.

17° dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Genèse 18, 20-32; Colossiens 2, 12-14; Luc 11, 1-13

Homélie du 21 juillet 2013

Prédicateur : Pasteur Pierre Boismorand
Date : 21 juillet 2013
Lieu : Hospice du Grand-Saint-Bernard
Type : radio

Vous connaissez l’histoire ?

Un homme voyage dans un pays lointain. Il y passe trois semaines. A son retour, il publie tout un livre.

Un autre homme se rend dans le même pays. Il y reste davantage : trois mois. A son retour, il rédige seulement un article.

Un autre homme séjourne dans ce même pays. Il y demeure plus de trois années. A son retour, alors qu’on lui demande d’en parler, il répond : – « Vous savez, ce pays est tellement complexe, divers, varié… Il faudrait que j’y vive bien plus longtemps pour être capable de dire, d’écrire quelque chose de véritablement sérieux ».

Appliquons cette leçon aux Evangiles. Et même à toute la Bible.
Est-il concevable que nous ayons : une vue d’ensemble des Ecritures ?
Que, sur la Bible, nous portions un regard le plus large possible ?
Plus notre connaissance est étroite, limitée, plus nos idées risquent de l’être, elles aussi.
Et quand notre attention se focalise sur un passage, sur une parole, le parti-pris nous menace.
Mais la conscience de ce piège ne nous empêche pas de nous emparer d’un texte, parfois même : de saisir un seul verset et de généraliser.
D’ériger des absolus.
Et d’aboutir à des conclusions finalement peu nuancées.

D’ailleurs, n’est-ce pas ainsi que nous procédons avec Marthe et Marie.

Prenant appui sur ces quelques versets de l’Evangile de Luc, sur ce récit de leur rencontre avec Jésus, nous nous faisons une idée du caractère des deux sœurs.

Et nous agissons comme si ce texte constituait notre seule source d’information à leur sujet.

Alors, évidemment, quand on s’en tient à ce passage. On constate que : Marthe est dévouée et qu’elle a l’esprit d’initiative :

C’est elle qui invite, qui « reçoit Jésus dans sa maison ».

Et on l’oppose à Marie, qui est fervente et semble plus détachée des réalités matérielles : « assise aux pieds du Seigneur, elle écoute sa parole ».

Et puis on précise.

On relève que Marthe est : peu patiente et plutôt impulsive. Mais qu’elle a le sens de la justice.

En effet : « accaparée par les multiples occupations du service », elle n’accepte pas que sa sœur reste les bras croisés, tandis qu’elle s’active.

Ça l’agace !

Aussi, elle prend Jésus à témoin. Se plaint du comportement de Marie. Et souhaite que leur hôte intervienne en sa faveur.

Sauf que Jésus tranche d’une manière tout à fait inattendue.

Il déclare que : l’attitude de Marie est de loin la meilleure.

Voilà donc « deux ou trois choses que l’on sait d’elles ». Quelques éléments qui nous permettent de dessiner les contours de leurs personnalités.

Maintenant, est-il possible d’approfondir ? Afin d’en savoir un peu plus sur Marthe et sur Marie.

Le moyen habituel dont on dispose pour aller plus loin, c’est : l’interprétation du texte.

Partant de ce qui est écrit, on procède par déduction.

On essaye de faire parler l’Evangile. De lire entre les lignes.

On espère mieux comprendre. En apprendre davantage.

Mais cette méthode n’est pas assurée.

Bien ! Maintenant, imaginons qu’un chercheur découvre, au fond d’un tiroir d’une vieille bibliothèque ou dans les sables du désert, un ancien manuscrit qui parle de Marthe et de Marie.

Ce serait véritablement passionnant.

Ça nous permettrait de compléter nos connaissances à leur sujet.

Eh bien, chose inouïe, cet antique manuscrit, je l’ai trouvé !

Et Anne-Marie va vous en lire quelques extraits :

« … Jésus arriva à Béthanie où se trouvait Lazare, qu’il avait relevé d’entre les morts. On y offrit un dîner en son honneur : Marthe servait, tandis que Lazare se trouvait parmi les convives.

Marie prit alors une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix ; elle oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux et la maison fut remplie de ce parfum. ».

Vous avez entendu ?

Marie ne serait pas cette femme discrète, passive, très en retrait qu’on imagine !

D’après ce manuscrit, elle aurait fait preuve d’une audace incroyable.

Devant tout le monde, elle aurait posé un geste, osé une offrande, manifesté pour le Christ un amour et une liberté tout à fait saisissants.

Admettons que mon manuscrit dise vrai.

Et que ce soit Marie qui ait versé ce parfum sur les pieds de Jésus. Puis, dénouant ses cheveux, qui les ait essuyés.

Est-ce que ça ne modifierait pas notre regard ?

Est-ce que ça n’élargirait pas notre compréhension de l’Evangile ?

Sachant que cette femme était capable d’écouter le Christ, mais l’avait aussi imploré avec une douceur, une tendresse incomparables !

Ça me fait penser à ces paroles de Mère Teresa : « Plus nous recevons dans notre prière silencieuse…, plus nous pouvons donner dans notre vie active. Nous avons besoin d’écoute et de silence pour toucher les âmes… et porter un regard neuf sur toutes choses… L’essentiel n’est pas ce que nous disons, mais ce que Dieu nous dit, et ce qu’il dit à travers nous ».

Mais Anne-Marie nous lit un dernier extrait de ce manuscrit … :

« Il y avait un homme malade ; c’était Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe.

Il s’agit de cette même Marie qui avait oint le Seigneur d’une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux ; c’était son frère Lazare qui était malade.

Les sœurs envoyèrent dire à Jésus : – Seigneur, celui que tu aimes est malade…

Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare.

Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie était assise dans la maison. Marthe dit à Jésus : – Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera.

Jésus lui dit : – Ton frère ressuscitera.

– Je sais, répondit-elle, qu’il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour.

Jésus lui dit : – Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?

– Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.

Là-dessus, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas : – Le Maître est là et il t’appelle.

A ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui.

Lorsque Marie parvint à l’endroit où se trouvait Jésus, dès qu’elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : – Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.

Lorsqu’il les vit se lamenter, elle et les Juifs qui l’accompagnaient, Jésus frémit intérieurement et il se troubla.

Alors Jésus pleura.

A nouveau, Jésus frémit intérieurement et il s’en fut au tombeau ;

c’était une grotte dont une pierre recouvrait l’entrée.

Jésus dit alors : – Enlevez cette pierre. Marthe, la sœur du défunt, lui dit :

– Seigneur, il doit déjà sentir… Il y a en effet quatre jours…

Mais Jésus lui répondit :

– Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?

Vous avez entendu ?

Ce texte, cet antique manuscrit que j’ai en ma possession, qui nous apporte des révélations extraordinaires sur Marthe et sur Marie. Il se trouve que vous le connaissez aussi bien que moi. Puisque c’est, tout simplement : l’Evangile de Jean !

Et alors que Luc ne consacre que 5 versets à Marthe et à Marie.

Jean, lui, nous parle d’elles et de leur frère Lazare pendant 68 versets et pas moins d’un chapitre et demi ! Excusez du peu : ça fait seulement 13 fois plus !

Et vous voyez à quel point ça peut éclairer d’un jour nouveau notre point de vue sur ces deux sœurs.

Nous les rencontrons, dans la profondeur et la vérité de leur être.

Marthe et Marie ! Généreuses, accueillantes, passionnées, tellement attachantes avec leurs contradictions :

Comme Marthe : capable d’une des plus belles confession de foi de l’Evangile : – « Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». Mais qui, l’instant d’après, s’emporte ou est saisie par le doute.

Marie et Marthe : éplorées, crucifiées par le deuil, courant, éperdues, au devant du Christ et lui reprochant : – « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ».

Puis goûtant la résurrection, la Vie, « témoins de la gloire de Dieu ».

Quelle joie de redécouvrir avec vous cette Bonne Nouvelle adressée aux femmes, adressée à nous par des femmes.

Et de se rendre compte que, loin de faire des différences entre Marthe et Marie, Jésus les aime toutes les deux. Amen»

16e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Genèse 18, 1-10a; Colossiens 1, 24-28; Luc 10, 38-42