Homélie du 14 juillet 2013

Prédicateur : Mgr Joseph Roduit, abbé
Date : 14 July 2013
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

« Elle est près de toi cette parole, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »

Par cette phrase du Livre du Deutéronome, la Bible nous donne un des enseignements des plus importants de Moïse. Aujourd’hui encore combien pensent que Dieu est muet. Et voilà que Moïse enseignait déjà qu’il parle par notre bouche et dans notre cœur. Saint Augustin découvrira que Dieu est plus intime à chacun de nous que notre propre intimité. Ne cherchons pas Dieu au dehors, il est au dedans de nous. Ne cherchons pas sa parole au loin, elle parle en nos cœurs.

La parabole dans nos vies

Nous sommes tous concernés par la parabole du Bon Samaritain.

Elle se vit chaque jour dans nos vies. On peut passer à côté et faire semblant de n’avoir rien vu, comme on peut porter secours de bien des manières à un blessé de la vie.

Ça va de l’épouse qui souffre en silence et qu’un mari méprise, de l’époux qu’on évite et se sent rejeté.

Ça va de l’infirme sur sa chaise roulante qu’on ne regarde pas trop à un membre de son propre entourage qu’on évite quand on sent qu’il voudrait nous parler.

C’est encore l’adolescent que l’on gronde sans cesse sans essayer de comprendre son désarroi ou le vieillard qu’on n’écoute plus parce qu’il raconte toujours les mêmes histoires.

Ou encore cela va l’ouvrier étranger qui ne connaît pas la langue et qui a de la peine à s’intégrer jusqu’au mendiant dont on fuit le regard. Qui n’a pas détourné son regard de ceux qui, assis parterre, vous tendent la main ?

Les exemples de personnes qui auraient besoin d’un regard de bonté ou de compassion ne manquent pas.

Tout cela nous le savons bien. Je n’ai pas besoin d’insister. Je suis d’ailleurs le premier à devoir m’accuser de tous mes manques d’égards et de regards, mes manques d’amour et de patience.

Un jour que je me trouvais en France, dans une ville, et j’ai causé un instant , successivement, à trois mendiants. Quand je suis repassé par là, une demi-heure plus tard, ils étaient tous trois attablés à une table de bistrot et m’ont invité à partager un verre avec eux. Et ils m’ont dit : « Tu ne nous as rien donné, mais tu as parlé avec chacun de nous. C’est pour cela que nous voulons te remercier ensemble. » Ce jour-là, j’ai reçu une belle leçon !

Tirons tout de même un premier enseignement de cette parabole : osons poser un regard de bienveillance sur les autres. C’est une première manière de se faire le prochain de l’autre, comme l’a demandé Jésus à celui à qui il a adressé cette parabole.

Ce n’est pas pour rien que ceux qui suivent des cours de premiers secours, on les appelle des samaritains. Parfois, en famille, en société, en communauté, les premiers secours, les premiers soins, sont ceux du dialogue qu’on n’a pas fui, du temps qu’on a pris pour écouter et soulager une peine.

Sens spirituel de la parabole

Voilà pour le sens pratique et quotidien. Mais il y a une autre interprétation spirituelle de cette parabole. On la trouve chez les Pères de l’Eglise, ces théologiens des premiers siècles. Tel Origène, un grand docteur de l’Eglise d’Alexandrie en Egypte.

Pour lui, l’homme descendant de Jérusalem à Jéricho, c’est Adam venant du paradis et allant vers le monde. L’attaque des bandits, c’est l’assaut des tentations, c’est le péché originel. L’homme est dépouillé de ses vêtements, c’est-à-dire qu’il perd l’innocence par le péché d’origine. Il est laissé à demi-mort dans son humanité blessée.

Le prêtre qui passe d’abord, c’est la Loi. Le Lévite, ce sont les prophètes. Le bon Samaritain , c’est Jésus lui-même.

Le vin, c’est la parole de réconfort, la parole de Dieu. L’huile versée sur les plaies ce sont les sacrements. L’hôtellerie, c’est l’Eglise. Les deux deniers qu’il laisse à l’aubergiste, ce sont les deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

Cette interprétation allégorique d’Origène donne un sens à chaque personnage, à chaque geste. Juste avant cet évangile, Jésus s’exclamait : « Heureux êtes-vous d’entendre ce que vous entendez ! Beaucoup de prophètes auraient désiré entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ; voir ce que vous voyez, mais ne l’ont pas vu »

Or les apôtres ont entendu et vu.

Il en est de même pour nous aujourd’hui. C’est un bonheur d’entendre ces paroles et paraboles de l’évangile.

Car le blessé au long du chemin de la vie, c’est chacun de nous. Chacun de nous a été pris en charge par le Christ, conduit à l’Eglise par des parents, des personnes qui ont donné l’exemple. Chacun a été soigné par les sacrements, réconforté par la Parole de Dieu.

Comme à celui qui a demandé « qui est mon prochain ? » Jésus nous répond encore : Le prochain c’est celui qui s’est fait proche de celui qui est blessé par la vie. Et à chacun de nous Jésus, qui nous soigne et guérit, nous dit encore : « Va et toi aussi fais de même ! »»

15e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Deutéronome 30, 10-14; Colossiens 1, 15-20 ; Luc 10, 25-37

Homélie du 07 juillet 2013

Prédicateur : Abbé Emmanuel Rudacogora
Date : 07 juillet 2013
Lieu : Chapelle Saint-Michel, Begnins
Type : radio

Des jeunes au service de l’évangile.

On les accuse de ne pas rentrer dans les normes traditionnelles, ils ne vont pas à la messe tous les dimanches, ils ne sont accrochés qu’à leurs portables, bref il y en a même qui se droguent – mais cette définition est-elle objective ? Nos jeunes ont d’autres valeurs : ils ne connaissent probablement pas par cœur les mystères du Rosaire mais ils savent bien ce qu’est le service du prochain. Vivant dans une société de plus en plus métissée, les jeunes, nos jeunes ont une capacité d’adaptation défiant toute concurrence. Chers jeunes, vous partez au Togo pour rendre service dans un orphelinat, vous serez au contact avec les enfants blessés par un deuil et peut-être dans des circonstances tragiques.

Je vous envoie comme des agneaux nous dit Jésus dans l’évangile de ce jour. La tendresse et l’amour sont des armes redoutables qui ne font que du bien. N’hésitez pas à puiser au fond de vous ce trésor de bonté pour porter plus haut le flambeau de votre foi et la couleur du drapeau suisse. En Suisse, tout le monde n’est pas riche ! Si, tout le monde est riche de paix plus que de compte bancaire. En Suisse, tout le monde n’est pas individualiste ! C’est vrai, nous avons une tradition de solidarité et de partage. Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir nous dit l’évangile. Donner plus ce que nous sommes que ce que nous avons et surtout accueillir l’autre comme une richesse unique.

N’emportez rien mais restez authentiques. Attention à l’excédent de bagages. Ni sac, ni argent, ni sandales : un peu dur non ! Jésus : au moins une brosse à dent et quelques produits intimes ! J’ai compris, tu rappelles à celles et ceux que tu envoies que l’essentiel est à l’intérieur de soi, non dans le sac. Que c’est plus facile de distribuer des bonbons et des biscuits que de donner son temps dans la patience. Donc presque rien dans le sac et tout dans le cœur. C’est l’authenticité de l’humanité et de nos convictions.

Comment bronzer sans bikini ? Lomé, la capitale du Togo est au bord de l’océan Atlantique. Vous ne partez pas pour bronzer au bord de l’océan. En travaillant dans l’orphelinat, vous allez bronzer autrement. Construire un lieu de re-création, de loisir pour les petits, les caresser sur vos genoux (j’utilise les paroles de la première lecture de ce dimanche), fraterniser pour partager un peu d’humanité, vous allez accomplir une mission magnifique. Eh oui, la tendresse sauvera le monde.

Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Les Togolais ne sont pas des loups, surtout pas les enfants de l’orphelinat. L’abbé Jean-Jacques connaît certes les quartiers branchés de Lomé mais attention, avec modération, vous voyez ce que je veux dire. Jésus nous invite aussi à chasser le loup qui habite chacun de nous pour qu’enfin l’agneau de la tendresse se manifeste pour le bien de tous.

Nous avons une pensée pour tous les jeunes de la Suisse Romande qui se rendront à Rio pour les journées mondiales de la jeunesse. Merci à tous ceux qui aiment et soutiennent les jeunes. En revenant d’Afrique ou du Brésil, ayez à cœur de vous dire à vous mêmes et aux autres que le bonheur est possible dans la simplicité.»

14e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Isaïe 66, 10-14c; Galates 6, 14-18; Luc 10, 1-12.17-20

Homélie du 30 juin 2013

Prédicateur : Eric Monneron, diacre
Date : 30 juin 2013
Lieu : Chapelle Saint-Michel, Begnins
Type : radio

Voici donc un Evangile surprenant, voire même choquant. D’habitude, lorsque Luc évoque Jésus, il nous le montre, la plupart du temps, comme un homme qui parle et agit en témoin de la miséricorde.

Or voilà, qu’aujourd’hui, Luc nous rapporte trois dialogues caractérisés par une certaine concision dans les répliques du Seigneur. On pourrait même y voir une certaine dureté.

Pourquoi donc une telle attitude de la part de Jésus ? Pourquoi donc une pareille dureté ?

Pour répondre à cette question, il faut peut-être envisager la première phrase de cet extrait d’Evangile : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem ».

Voici donc le début de la dernière et ultime étape, étape décisive, de la vie de Jésus.

Il quitte la Galilée qui lui a été si propice et il s’engage sur le chemin de la Judée en direction de la capitale, Jérusalem. Et c’est dans cette cité qu’il livrera la grande bataille qui le confrontera à ses ennemis.

Et vous l’avez peut-être remarqué, Luc dit que c’est avec courage qu’il prend la route. Le texte nous dit littéralement qu’il « durcit son visage ».

Durcir son visage, dans le cas de Jésus, cela signifie qu’il rassemble toute son énergie pour surmonter sa peur, afin d’accomplir ce qu’il doit accomplir.

A ce moment-là, on peut considérer que Jésus commence son agonie : il entre en lutte, d’abord avec lui-même, mais il entre en lutte aussi avec Satan dans un combat qui, nous le savons, sera triomphal et permettra d’assurer le règne définitif de l’amour miséricordieux du Père.

L’heure est arrivée où il va accomplir le plan divin, où il va se donner complètement, faisant preuve du plus grand amour en souffrant et mourant sur une croix, et cela pour le salut de tous les hommes.

Le moment est donc grave et c’est donc sur un ton d’une très grande gravité qu’il va s’entretenir avec ces trois hommes qui sont disposés à la suivre.

A noter ici que les disciples de Jésus, Jacques et Jean, ont également besoin d’entendre les propos percutants de Jésus, eux qui sont furieux devant le refus des Samaritains d’accueillir leur Maître. Ils sont prêts d’ailleurs à leur envoyer la destruction par le feu tombant du ciel. Voilà, vous en conviendrez, une attitude fort peu évangélique.

Et oui : tout au long de l’histoire humaine – et cela continue hélas ! – on a tellement cherché à détruire et à exterminer…

A la lecture de ce morceau d’Evangile, nous nous trouvons à un moment quasi historique, et cela peut expliquer l’attitude de Jésus à l’égard de ces trois personnages.

Si vous voulez me suivre, leur dit-il, il ne faut pas vous faire d’illusions : il faut me préférer à tout autre, il faut adhérer totalement et inconditionnellement à ma personne et à mon message.

Et c’est ainsi que Luc veut nous faire comprendre très fort les exigences qui sont au cœur du message.

Reprenons attentivement chacune des déclarations prononcées par le Christ, en considérant qu’elles sont la Bonne Nouvelle qui nous est adressée, une Bonne Nouvelle qui est celle de l’indépendance, de la vie renouvelée et de notre propre consécration au Royaume de Dieu que nous avons mission de bâtir.

La Bonne Nouvelle de l’indépendance se trouve dans la métaphore des renards et des oiseaux : « Les renards ont des tanières, affirme Jésus, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ».

Nous ne pouvons suivre Jésus si nous voulons auparavant programmer notre destin. Pour suivre Jésus, il faut être entièrement disponible.

Mais il faut le reconnaître : c’est très difficile, car, jaloux de notre indépendance, nous voulons être en quelque sorte « le seul maître à bord », même si nous sommes de bonne volonté pour suivre Jésus.

Oui, c’est bien difficile d’intégrer notre propre indépendance dans celle du Seigneur, d’accepter, en quelque sorte de lui signer un chèque en blanc.

La Bonne Nouvelle de la vie renouvelée, nous la trouvons dans les propos que Jésus adresse à son deuxième interlocuteur : « Laisse les morts enterrer leurs morts. »

Entendons-nous bien : Jésus n’a pas l’intention de supprimer le commandement qui nous enjoint de donner une digne sépulture à nos défunts.

Mais il veut que nous regardions au-delà de l’humain; il veut que nous nous situions dans un autre ordre qui est celui du surnaturel, c’est-à-dire du spirituel.

Pour lui, celui qui ne veut pas entrer dans cet ordre est un mort. « Laisse les morts enterrer leurs morts ». C’est-à-dire : Laisse ceux qui ne peuvent dépasser l’ordre matériel , qui ne peuvent pas se lier à moi, enterrer leurs défunts.

En nous attachant au Christ, nous naissons à une vie nouvelle, à une vie surnaturelle, spirituelle, une vie qui doit s’enrichir chaque jour davantage.

Voilà ce que Jésus souligne : il n’y a pas d’obligation humaine à prioriser si on veut s’attacher à Lui. « Je suis la Vie », nous dit-il. « Je suis venu pour que vous l’ayez, et que vous l’ayez en surabondance. »

Et voici le troisième volet de cette Bonne Nouvelle : notre propre consécration au Royaume de Dieu que nous avons mission de bâtir.

Il nous faut en effet mettre la main à la charrue, sans nous retourner pour regarder en arrière.

Bien sûr, nous croyons au Christ et nous essayons de le suivre.

Mais quant à nous donner totalement à Lui, car c’est ce qu’Il attend de nous, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres…

Nous sommes attachés à tant de choses; parfois nous y sommes même asservis dans la mesure où nous ne pouvons nous en passer.

Nous ne voulons pas quitter ce qu’il faudrait quitter, nous n’avons pas le courage de dénouer tous ces liens qui nous retiennent prisonniers…

Mais Jésus nous parle aujourd’hui avec une sorte de hâte pour nous énoncer les conditions nécessaires pour que nous puissions le suivre.

Chers Amis,

Il y a une chose qu’il ne faut jamais oublier : là où nous sommes et avec ce que nous sommes, nous avons pour mission de bâtir le Royaume; c’est cela la grande aventure de la sainteté !

Et en plus, nous devons aussi aider nos frères et sœurs à participer à cette construction.

Et cette tâche ne souffre aucun délai…

Jésus brûle d’un autre feu que celui dont parlaient tout à l’heure Jacques et Jean : il s’agit du feu de son amour dont il a un immense désir de le voir s’allumer et brûler sur toute la terre, dans tous les cœurs.

Et lorsqu’on parle de dureté de Jésus dans le texte que nous venons d’entendre, il faut considérer que cette dureté est celle d’un amour qui donne tout et aussi exige tout.

Par ces propos, Jésus nous annonce ce que son amour attend de nous: Il nous demande de L’aimer et de nous aimer les uns les autres, et cela dans la plus grande des libertés.

Puisse la Vierge Marie, notre Mère, nous aider à donner une réponse sans réticences, sans regrets, totale, joyeuse et généreuse à l’image de celle de son Fils…

Amen.

13e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : 1 Rois 19, 16b.19-21; Galates 5, 1.13-18; Luc 9, 51-62

Homélie du 23 juin 2013

Prédicateur : Abbé Emmanuel Rudacogora
Date : 23 juin 2013
Lieu : Chapelle Saint-Michel, Begnins
Type : radio

La croix : le chemin de l’amour

Des fois, c’est nous qui posons des questions à Dieu, nos prières de demande. Des fois, nous avons même l’impression que nos prières sont inexaucées. Mais cette fois-ci, Dieu nous a piégés. C’est lui qui nous pose la question : « Dites, pour vous, qui suis-je ? » Il ne s’agit pas de répéter des formules que d’autres ont déjà écrites avant. Il s’agit de répondre personnellement pour dire : « Seigneur, je sais que tu es le Messie. » Pierre nous a donné l’exemple, mais chacun de nous est appelé à répondre personnellement à cette question « pour toi, qui suis-je ? » sinon ça ne sert à rien de professer la foi, de connaître par cœur le credo, qu’il soit de Nicée Constantinople ou le symbole des apôtres, si on n’ose pas répondre à la bonne question « pour toi qui suis-je ?».

Mais quand je dis que Dieu nous a piégés s’il nous pose la question, une fois qu’on a répondu alors il nous dit la mission qui nous attend : « si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. » La croix qui était autrefois un instrument de honte, destinée aux malfaiteurs, aux assassins et aux étrangers, est devenue un chemin d’amour. Donc Dieu nous dit, « si quelqu’un veut être mon disciple, que chaque jour il accepte encore le rendez-vous d’amour, pour ce qu’il reçoit et pour tout ce qu’il peut donner. » On peut avoir des excuses, on n’a pas tous les mêmes moyens, on n’a pas grand-chose dans le portemonnaie ou on a des soucis, mais sur le terrain de l’amour, nous n’avons pas d’excuses, et c’est là où Dieu nous attend. La croix qui autrefois amenait aux croisades où les gens se sont faits mal, et justement, nous sommes heureux dans cette communauté de Begnins qui a trouvé un mode de vivre avec l’œcuménisme, avec nos frères réformés, mais aussi avec les autres. Aujourd’hui, dans nos classes, les enfants côtoient des enfants qui sont aussi musulmans ou qui sont bouddhistes, mais qui sont humains, et sur ce terrain Dieu nous attend.

Donc la croix ne porte plus aux croisades, je dirais aujourd’hui que la croix porte à une croisière où on est tous embarqués sur le chemin de l’amour, sur le chemin de la vie, où on peut apprendre à vivre ensemble, à se pardonner, à s’aimer, à se respecter. Moi, je disais il n’y a pas longtemps aux enfants du caté qui recevaient justement la croix, je leur disais : « Pour moi, la croix c’est une boussole. » Justement, pour une croisière on a besoin de connaître la direction. Mais pour être plus moderne, je dirais que la croix, c’est un GPS. Vous mettez la croix, tournez à gauche, tournez à droite, c’est là le chemin de l’amour, c’est là le chemin de la vie, c’est là le chemin de la miséricorde. Un GPS, voilà le cadeau que Dieu nous donne aujourd’hui à vous qui êtes ici, mais à vous aussi qui nous écoutez de loin. Il nous offre un GPS gratuit où nous pouvons avancer sur le chemin de l’amour, où nous pouvons vivre tout ce que nous avons envie de vivre en découvrant que la croix finalement, c’est la promesse de liberté qui nous est donnée ; une promesse de vie.

Mais ne l’oublions jamais : c’est chaque jour. Il n’a pas dit : si quelqu’un veut être mon disciple qu’il aille à la messe que le dimanche ; du tout. Il a dit : qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il se laisse accompagner. Parce que celui qui veut sauver sa vie va la perdre. On pense à nos factures, à tout ce qu’on doit payer : nos impôts et tout ça ; et les assurances, on en a besoin. Mais celui qui perd sa vie donne un peu de son temps. On ne va pas nous demander de nous crucifier, comme ça se voit dans certains pays le vendredi saint où les gens font encore l’autoflagellation.

Ce n’est pas un Dieu qui nous invite à souffrir pour être ses amis, au contraire. Mais il nous dit, même la souffrance ne peut pas nous empêcher d’aimer et de faire ce que nous voulons au nom de l’amour, mais l’amour qui vient de Dieu. La croix nous a piégé ; ce n’est pas une croix en or comme on peut les choisir maintenant et quand on a la chance d’être évêque on a une croix qui coûte les yeux de la tête, non c’est juste une croix qui est gravée dans nos cœurs, dans nos vies, pour que nous puissions trouver le chemin. Le chemin de la vie, le chemin de l’amour.

Et que le Seigneur poursuive en chacun de nous, avec sa croix, avec nos croix, avec nos blessures aussi, qu’il poursuive en chacun de nous l’œuvre qu’il a commencée. Amen»

12e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Zacharie 12, 10-11a ; 13, 1 Galates 3, 26-29; Luc 9, 18-24

Homélie du 16 juin 2013

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 16 juin 2013
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
Type : tv

La femme de mauvaise vie, Jésus l’accueille.

Et comment ! Il n’aurait jamais dû faire cela. C’est du moins le point de vue de Simon le Pharisien, chez qui Jésus prend son repas. « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche et ce qu’elle est : une pécheresse ». Et donc, il ne se laisserait pas toucher. Cela pourrait être aussi notre point de vue : tout de même, il y a des choses qui ne se font pas !

L’accueil de Jésus est d’une largesse d’esprit, de cœur et de corps pour le moins étonnante. Il se laisse baigner de larmes, de parfums, couvrir de baisers par une pécheresse, donc par une exclue de la société juive. Et non seulement, il se laisse aimer, mais encore il donne le pardon de Dieu : « Tes péchés sont pardonnés. Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! ».

Il est frappant de voir que cet accueil est un échange. Et même un admirable échange. En fait, c’est d’abord la femme qui fait les gestes de l’accueil pour Jésus : lui lave les pieds, le parfume. C’est d’abord la femme qui offre son amour et son désir d’être pardonnée. Elle ose le faire, parce qu’elle sait que Jésus est plein de miséricorde et que, par là même, il est pleinement accueillant.

Et Jésus accueille cet amour débordant de larmes. Et il donne, avec une haute simplicité, le pardon, la paix, la réconciliation. Admirable échange.

Cela nous interroge sur le pardon. Il est présenté souvent de manière unilatérale. Dans sa grande miséricorde, Dieu pardonne ! Et c’est tout ! Mais non, Dieu nous considère comme des personnes responsables, capables d’amour et de changements. Et il attend cet amour et ce changement.

Admirable échange : pour que le pardon ait lieu, il faut la miséricorde de Dieu – elle est toujours là – et, de notre part, l’offrande de la confiance et d’un amour qui renaît ou qui veut renaître.

Comme le dit saint Paul : « on devient justes, non pas par nous-mêmes, mais par la foi en Jésus-Christ et par l’amour qu’Il nous donne ».

Voilà donc que l’accueil et le pardon sont un admirable échange pour Dieu et pour les autres.

Aujourd’hui, dimanche des réfugiés, nous sommes encore interpellés d’une façon différente sur notre manière d’accueillir et d’échanger. Comment accueillir ceux qui frappent à notre porte pour des raisons politiques, économiques, sociales…et le plus souvent dans une grande détresse ?

La question se pose pour chaque personne. Mais encore plus, elle se pose de groupes à groupes, d’Etat à Etat. Il faut reconnaître que c’est très compliqué, tant le nombre des requérants d’asile est grand et est, hélas, appelé à grandir.

Du point de vue de l’Evangile, il faut poser d’abord que l’hospitalité est une valeur très importante. Cela remonte d’ailleurs jusqu’à Abraham ! Par son sens de l’hospitalité, il a même accueilli des anges, qui lui annoncèrent la naissance future de son fils Isaac. L’hospitalité a ses divines surprises…

Abraham se souvenait qu’il avait été un « Araméen errant », accueilli dans bien des endroits comme un frère. Et il le rendait bien. Il avait le sens de l’échange. A la suite d’Abraham, le peuple juif avait reçu mission de prendre un égard particulier pour « le pauvre, la veuve et l’étranger ». Ce ne fut pas toujours réussi, mais l’injonction reste.

L’accueil à la manière de l’Evangile nous invite à deux attitudes fondamentales : le respect de la dignité des personnes. Et la générosité. La plus grande générosité possible.

Mais nous savons bien que la générosité a des limites. Sur une barque qui contient 100 personnes, on ne peut pas en mettre 200, hélas !

La question qui se pose à nous – et aux collectivités publiques – devrait continuer d’être la suivante :

Comment respecter pleinement la dignité des personnes ?

Et comment être le plus généreux possible dans notre pays prospère et qui a tant à partager ?

Et plus profondément encore : comment faire de l’accueil des réfugiés un échange, car ils ont aussi quelque chose à nous apporter.

Les réponses sont compliquées et forcément partielles, je le sais. Mais elles devraient toujours s’inspirer des questions fondamentales de la vraie hospitalité.

Accueillir c’est un échange.

Pour ce faire, il faut avoir les bras ouverts, en signe et disponibilité et de don.

Avec Jésus-Christ, je peux prendre le risque de les ouvrir.

Et ce qui se passe alors fait circuler l’amour, le pardon, les petites résurrections d’un jour et la grande Résurrection de toujours.

Amen.

11e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : 2 Samuel 12, 7-10.13; Galates 2, 16.19-21; Luc7, 36–8, 3

Homélie du 09 juin 2013

Prédicateur : Père Jean-Claude Cuennet
Date : 09 juin 2013
Lieu : Eglise de Porsel, FR
Type : radio

Elie a une certaine audace.

Il se retrouve dans un pays où sévit la famine, il va chez une veuve et lui demande à manger.

Il insiste alors qu’elle lui annonce qu’elle n’a qu’un peu de farine et un peu d’huile, de quoi faire un pain et attendre la mort.

Elle consent pourtant à répondre à sa demande et lui fait le pain. Son geste se révèle salutaire, ni la farine ni l’huile ne s’épuiseront, ils mangeront Elie, cette veuve et son fils tout le temps de la famine.

Elle est consciente d’avoir hébergé un homme de Dieu. N’a-t-elle pas mis le bien de son côté ?

Alors pourquoi à ce moment, son fils, son unique fils vient à mourir ? Elle s’en prend à Elie : « Qu’est-ce que tu fais ici ? »

Elle sait qu’elle n’est pas parfaite, Elie serait-il venu lui rappeler sa faute, celle qui conduit à la mort ?

Elie est reconnu comme un homme de Dieu alors il s’adresse à son Dieu directement, il ne le comprendrait pas sous ce visage. Il questionne Dieu : Lui veux-tu du mal à cette femme ?

Non, Dieu, par la parole et le geste d’Elie, montre son dessein sur l’homme. Il veut un homme heureux, un homme debout. £Et ce que fait Elie provoque chez cette femme, un acte de foi. : »Je sais que dans ta bouche la parole du Seigneur est véridique »

Frères et sœur, je pense que comme Elie nous avons à être ces prophètes par qui la parole de Dieu se révèle. Une parole qui fait vivre, une parole qui remet debout.

Un voisin est-il dans la difficulté ? Quelle parole, quel geste lui donnent une peu d’espérance ? Quelle visite lui donnera la certitude qu’il n’est pas seul, qu’il peut encore compter sur quelqu’un ?

A la suite du Christ nous aussi, nous prenons la main de notre frère, de notre sœur pour le relever, pour le mettre debout.

Lui, le Christ, n’est pas passé insensible à côté de cette mère de Naïm. Elle n’avait d’espérance que ce fils, Jésus le lui rend à nouveau debout.

Nous connaissons dans nos communautés des femme et des homme qui s’engagent, qui visitent, qui apportent un peu de leur joie pour redire à leur manière : Dieu se révèle encore comme le Dieu de vie.

Etre prophète dans ce sens c’est notre mission.

Paul nous en laisse un passage merveilleux. Il se reconnaît lui-même comme attaché fondamentalement à la tradition. Il défend cette pensée jusqu’à persécuter la jeune église naissante, celle du Christ. Lui, pense avoir raison, mais Dieu n’a pas ce visage. Il l’interpelle sur le chemin de Damas. Paul se trouve lui aussi un homme à terre. Dans une communauté de frères il trouvera la paix, la lumière mais surtout l’Esprit qui ne cessera de le mettre sur les chemins du monde.

Paul reconnaît alors qu’il a été choisi par Dieu.

Oui Dieu peut être surprenant. Il est là dans notre histoire, il compte sur nous pour révéler sa tendresse, son projet de vie pour chacun.

Dieu visite son peuple, il nous visite en ce moment, il nous dit : prenez c’est ma vie.

Amen

10e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : 1 Rois 17, 17-24; Galates 1, 11-19; Luc 7, 11-17

Homélie du 02 juin 2013

Prédicateur : Frère Luc Devillers, OP
Date : 02 juin 2013
Lieu : Monastère de la Visitation, Fribourg
Type : radio

Frères et sœurs, nous voici chez les Sœurs de la Visitation. Dans les Règles et Constitutions qu’il a rédigées pour elles en 1613, le futur saint François de Sales a écrit : « Cette Congrégation […] a convenablement choysi pour Patronne Nostre Dame de la Visitation, puisque en ce mistere la tres glorieuse Vierge fit cet acte solemnel de sa charité envers le prochain que d’aller visiter et servir sainte Élizabeth au travail de sa grossesse, et composa néanmoins le cantique du Magnificat, le plus doux, le plus relevé, plus spirituel et plus contemplatif qui soit escrit . » Par ces mots, saint François a résumé les deux parties de l’évangile de ce jour : la visite que fit Marie à sa vieille cousine et son chant du Magnificat.

Avec justesse, il y voit un merveilleux raccourci de la vie chrétienne, toute imprégnée de charité active et débordante d’action de grâces. Action et contemplation vont de pair, à condition de ne pas les résumer à la caricature que l’on en fait parfois : l’action devenant alors pur activisme, fuite dans l’agir horizontal, et la contemplation étant synonyme de fuite verticale, par laquelle on croit atteindre Dieu en se coupant du monde et des autres.

À l’image de Marie visitant Élisabeth, nous sommes appelés à aimer en vérité le prochain. C’est la seule manière qui nous soit offerte pour dire notre amour de Dieu. Car, comme le dit la Première lettre de Jean : Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas (1 Jn 4,20). La charité agissante et inventive nous fait aimer l’autre, quel qu’il soit, au nom de Dieu. Cela commence dans le cercle de famille et englobe tous les âges, comme dans la scène de la Visitation : Marie se rend avec hâte chez sa vieille cousine à un moment où celle-ci a particulièrement besoin d’aide, et du sein de sa mère le petit Jean-Baptiste accueille avec joie l’enfant Jésus porté par Marie. Mais l’autre qui attend notre visite, c’est aussi tout être humain, spécialement l’exclu en qui le Christ se reconnaît : J’étais malade ou en prison, et vous êtes venus me visiter… C’est encore celui en qui nous voudrions voir un ennemi, mais que le Christ nous demande de regarder autrement : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Et saint Paul ce matin renchérit : Bénissez ceux qui vous persécutent, souhaitez-leur du bien et non du mal. Les mots « amour » et « charité », trop souvent galvaudés, usés et trahis, expriment le mystère même de Dieu : Dieu est amour, dit encore la Première lettre de Jean (1 Jn 4,8.16). Comme le Christ nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous, notre amour de l’autre nous engage jusqu’au bout.

Quant à notre contemplation, elle s’enracine dans l’action de grâces. Tel est bien le Magnificat de Marie. Ce chant jaillit de l’Ancien Testament et du judaïsme de son temps. Marie y parle en son nom personnel, mais aussi au nom de son peuple, dont elle reprend les mots pour tisser vers après vers son propre cantique. Elle y dit son expérience de l’amour de Dieu : il vient sauver son peuple, il aime les petits et les pauvres, il comble de biens les affamés mais renvoie les riches les mains vides. Il y a quelque chose de révolutionnaire dans ce cantique, et certains militants ou dirigeants politiques ne s’y sont pas trompés. Le théoricien de l’Action française ne pouvait que le détester. Quant à l’ancien dictateur d’Argentine qui vient de mourir, il n’avait pas pu en interdire l’usage liturgique, mais il en avait censuré le verset qui dit : « Il a renversé les puissants de leurs trônes, il a élevé les humbles. » Le cantique de Marie apparaît comme la mise en œuvre poétique d’une vraie théologie de la libération.

Si Marie exprime sa louange, c’est parce qu’elle a déjà goûté à la visite de Dieu : Le Seigneur s’est penché sur son humble servante, le Seigneur a fait pour moi des merveilles : saint est son Nom ! Elle nous invite à reconnaître les merveilles que Dieu a déjà faites dans notre vie, et à le louer d’avance pour celles qu’il veut encore y faire. Non seulement ce cantique, mais toute la scène de la Visitation déborde de joie, comme les lectures de cette messe l’ont souligné. Chez le prophète Sophonie, les verbes de joie se succèdent et se renforcent l’un l’autre : Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! Saint Paul aussi nous exhorte à la joie, tout en précisant que cette joie ne doit pas se faire indiscrète face à une personne accablée de tristesse : Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. À l’image de Marie, à l’invitation de Sophonie et de Paul, soyons donc des êtres de joie et de compassion, heureux de nous savoir aimés de Dieu et sauvés, promis par lui à la vie, appelés aussi à annoncer son salut. Car la vraie raison de cette joie, c’est le salut que Dieu offre à tous. Aujourd’hui, il est discrètement présent dans l’enfant Jésus encore caché dans le sein sa mère, mais déjà repéré par Jean-Baptiste.

Bien des gens ne voient dans le message chrétien qu’une menace de jugement, suscitant la peur. Il est temps de leur dire que le salut de Dieu est source de joie, et non de peur. C’est notre devoir, à chacune et chacun de nous aujourd’hui, de tout faire pour que ce monde, qui est sorti des mains de Dieu et aimé de lui, accueille le trésor de la Bonne Nouvelle. Comme Marie, hâtons-nous de lui porter la joie ! Non pas la joie factice, toute de façade, des placards publicitaires ou des magazines de sectes. Mais la joie mûre qui vient de Dieu, et permet même de traverser les plus dures épreuves. Cette joie que Jésus offre à ses disciples : Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète… je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, rien ni personne ne pourra vous l’enlever (Jn 15,11 ; 16,22). C’est cette joie que le pape François nous invite à vivre, à goûter pour mieux la donner.

Mais le prophète Sophonie a encore évoqué une autre joie, beaucoup plus étonnante : Le Seigneur ton Dieu… aura en toi sa joie et son allégresse… il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête ! Comment aurions-nous pu imaginer que Dieu lui-même sauterait de joie ? Et pourtant, Sophonie nous le déclare : notre Dieu est un Dieu qui danse de joie ! Or, ce qui fait sa joie, c’est son propre peuple, c’est nous ! Ne refusons pas, frères et sœurs, de faire la joie de notre Dieu. Accueillons comme Marie les merveilles qu’il fait dans notre vie. Disons au monde qu’il est aimé et appelé à la vie. Ainsi, tous ensemble, nous pourrons nous préparer à entrer dans la joie du Seigneur. Et, dans son Royaume, nous danserons de joie avec lui, chacun de nous faisant la joie de l’autre. Amen.»

Lectures bibliques : Sophonie 3, 14-18a; Romains 12, 9-16b; Luc 1, 39-56

Homélie du 26 mai 2013

Prédicateur : Abbé François Dupraz
Date : 26 mai 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

La fête de la Sainte Trinité n’existerait évidemment pas si Dieu n’avait pris l’initiative de nous parler de lui et de lever un peu le voile sur le mystère qui l’enveloppe. Un peu car la Trinité restera toujours – nous l’avons dit – un mystère ; pour nous en ce monde du moins…

J’aimerais rappeler que Dieu s’est révélé non pas comme une source anonyme d’énergie mais comme une personne ; une personne qui a un cœur, une intelligence, une personne qui pense, une personne qui aime.

Et plus que cela… Avec le Nouveau Testament on peut dire – car ce nous fut révélé – qu’il y a en Dieu trois personnes : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Et c’est au nom de ces trois personnes que nous fûmes baptisés un jour ; que nous nous rassemblons de dimanche en dimanche en Eglise et que nous commençons de jour en jour bon nombre de nos prières.

Lorsque, me préparant à prier, je fais sur moi un beau signe de croix et me signe au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, qu’est-ce que je fais? Eh bien quand je me signe ainsi, je commence par mettre – implicitement tout au moins – ma foi en Dieu le Père, Père tout puissant créateur du ciel, de la terre, de l’univers que je vois et de celui que je ne vois pas ou pas encore…

Un Dieu tout puissant et en même temps infiniment pauvre et humble… « Dieu est amour », écrira Saint Jean.

Au nom du Père donc… Oui, au nom du Père ! Dieu, mon Père, créateur, source de vie ; un Père pour lequel je compte qui que je sois, quelles que soient mes pauvretés, mes erreurs, mes errances. Il est mon Père ; j’ai du prix à ses yeux car Il m’aime. A mon tour je puis l’aimer, me déchargeant sur Lui 24 heures à la fois – mais pas davantage ; la joie chrétienne est à ce prix ! – me déchargeant sur lui de tous mes soucis car Il prend soin de moi, de nous, de tous.

Il nous est de fait bien doux, mes amis, de cheminer en ce monde en véritables fils et filles du Père éternel. « Abba », en araméen, la langue du Christ, ce qui se traduit : Papa !

Au nom du Père donc… oui, au nom du Père ! Et… du Fils.

Quand je me signe au nom du Fils, que fais-je ? Je mets ma foi dans la personne du Fils unique de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi, et pour vous, et pour tous…

Au nom du Fils, ce Fils, Jésus, Christ, Emmanuel ; Dieu avec nous ; Dieu en nous. « Qui m’a vu a vu le Père » dira Jésus. « Mon Seigneur et mon Dieu » s’écrie Thomas l’incrédule au lendemain de Pâques en présence du Ressuscité.

Ce Fils « est Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père et, par Lui, tout a été fait. » Telle est la foi de l’Eglise, la foi de nos pères, la foi de toujours en la personne de Jésus de Nazareth.

Méditons et prions de temps à autre sur la foi de l’Eglise indivise. Nous nous en porterons bien.

Et quand je me signe au nom du Saint Esprit, je dis que l’Amour est si fort entre le Père et le Fils que cet Amour est une personne, précisément l’Esprit Saint, le souffle, la vie, l’amour qui procède du Père et du Fils. L’Esprit fait de nous des enfants de Dieu ; Il nous met en communion avec Dieu ; Il nous rend frères et sœurs du Christ.

Oui, comme le rappelait Paul VI au lendemain du Concile, nous autres chrétiens croyons en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Il nous a parlé par les prophètes, il nous a été envoyé par le Christ après sa résurrection et son Ascension auprès du Père, il illumine, vivifie, protège et conduit l’Eglise ; il en purifie les membres si tant est qu’ils ne se dérobent pas à la grâce. Son action qui pénètre au plus intime de l’âme, rend l’homme capable de répondre à l’appel de Jésus : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». (Matthieu 5, 48)

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, donc… Ô sublime Trinité ; abîme d’amour, mystère des mystères.

Ce mystère, plus qu’une énigme à déchiffrer est un appel ; un appel lancé par Dieu ; une invitation à l’accueillir au plus intime de notre vie ; à communier à sa vie.

Dans la grâce de la foi en ce mystère, à qui affirme l’absurdité du monde et sa tristesse, nous chrétiens répondons que le centre de l’univers est amitié, tendresse, amour et cela, c’est une excellente nouvelle pour un monde qui meure de soif sur les rivages d’éternité.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit donc. Vivons tous au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et que règne l’Amour sur ce monde.

Amen.

Fête de la Sainte Trinité

Lectures bibliques : Proverbes 8, 22-31; Romains 5, 1-5 ; Jean 16, 12-15

Homélie du 19 mai 2013

Prédicateur : Abbé Claude Pauli
Date : 19 mai 2013
Lieu : Foyer Saint-Paul, Cologny
Type : radio

Chers résidents du foyer St Paul,

Très chers malades qui vous unissez à nous et que nous portons dans notre prière d’une manière particulière

Très chers auditeurs qui nous rejoignez, peut être par hasard, sur les ondes d’Espace 2

Mes frères et mes sœurs en humanité,

Nous célébrons aujourd’hui dans la joie la fête de Pentecôte. Elle est la fête par excellence du commencement de l’Eglise. L’Esprit Saint s’est précipité sur la terre pour l’embraser du feu de Dieu. Depuis la première Pentecôte dont vient de nous parler les actes des apôtres, le message de l’évangile est répandu et communiqué, compris par les hommes et les femmes de bonne volonté dans les langues de toute la terre. Depuis la première Pentecôte, l’Esprit agit dans l’Eglise et le cœur de ceux qui se laisse brûler par sa présence comme un défenseur.

Le défenseur, c’ est l’Esprit aux sept dons : les connaissons-nous encore ?

* Esprit d’intelligence qui nous révèle qui est Dieu, Esprit de sagesse qui met chaque jour en nous le désir de répondre à son Amour en écho à l’évangile d’aujourd’hui « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » vient de nous rappeler Jésus.

* Esprit de conseil ou de discernement qui nous permet de saisir quelle est la volonté de Dieu tandis que l’Esprit de force nous donne le courage d’agir selon cette volonté. « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ».

* Esprit de connaissance qui nous ouvre à la contemplation de Dieu et qui suscite en notre cœur l’Esprit d’adoration. Je le redis et cela doit être le mot d’ordre de chacun de nos établissements pour personnes agées : quoi qu’on en dise ou qu’on pense, il n’y a pas de jour perdu ; il n’y a que des jours gagnés dans la mesure où nous mettons chacune de nos journées dans les mains de Dieu.

* Et c’est l’ Esprit d’affection filiale qui nous pousse à présenter à Dieu chaque jour l’offrande de notre vie.

Avec un si beau programme de vie qui n’a pas d’âge pour être appliqué, comment pouvons-nous, comme chrétien, envisager qu’une fin de vie, que le temps qui nous reste puisse nous paraître inutile ?

Chers frères et sœurs, chers résidents, chers malades, légitimes sont parfois nos lassitudes et notre envie de baisser les bras. Le Seigneur lui-même le comprend et il ne nous en veut pas. Il connaît mieux que personne la fragilité de notre nature humaine, patiemment il l’accueille avec tendresse parce qu’Il est notre Père et qu’Il nous aime.

Comme le disait si bien Monseigneur Genoud : « Il est des jours où Le Seigneur ne nous demande pas forcément de lui dire oui ; mais Il nous demande de ne jamais lui dire non. » Il nous demande d’avoir suffisemment d’humilité pour lui faire confiance et de ne pas hésiter à recourir aux nombreuses grâces qu’Il nous offre au travers de la beauté des sacrements. Laissons-nous toucher par cette merveilleuse pensée de Saint François de Sales qui disait : 
 » J’aime mieux être infirme que fort devant Dieu, car les forts Il les mène par la main, tandis que les infirmes Il les prend dans ses bras « .

Très chers résidents, aujourd’hui, certains d’entre vous allez accueillir le sacrement des malades, vous qui êtes fatigués et qui ressentez le besoin d’un « coup de pouce » du Seigneur. Par l’onction que vous allez recevoir, remplie de toute la force de l’Esprit de Pentecôte, le Seigneur, dans une démarche d’amour, va se pencher sur chacun d’entre vous, va venir communier à vos souffrances. Il veut vous donner la force et le courage d’accepter votre maladie, votre handicap, votre vieillesse et non de les subir. Ce sacrement n’a rien d’une potion magique mais une grâce du Seigneur, un don gratuit de son amour. C’est le sacrement du réconfort et de la tendresse de Dieu. Il amène un germe d’espérance au cœur de la relation que peut avoir la personne malade ou agée avec le monde et avec Dieu. Pour celui qui le reçoit, il est surtout l’acte de foi et d’espérance le plus radical qu’une créature puisse faire envers le Père qui l’aime et qui vient, au cœur de sa détresse ou de sa maladie « faire sa demeure » comme nous l’a rappelé l’évangéliste saint Jean.

Chers auditeurs, sans recevoir le sacrement des malades, n’avons-nous pas à quelque part tous besoin d’être touchés par l’Esprit Saint, l’Esprit de guérison ?

Pour qu’il nous guérisse de cette grande maladie qu’est la distorsion entre notre volonté et la sienne.

Pour qu’il unifie notre volonté à la sienne afin que notre filiation divine s’en trouve toujours renforcée.

Enfin pour qu’Il donne à nos frères malades comme à nous-mêmes la paix de l’âme, la sérénité du cœur et l’amour de sa volonté.

Il n’y pas d’âge pour se laisser toucher par l’Esprit de Dieu. Si chaque matin tu redis simplement :

« viens Esprit-Saint, remplis le cœur de tes fidèles, allume en eux le feu de ton amour ».

Ta journée en sera illuminée. Elle ne sera pas un jour perdu, mais un jour gagné.

Frères et sœurs bien aimés, jusqu’à notre dernier souffle, laissons l’Esprit de Pentecôte enflammer nos cœur et de son feu brûlant les purifier comme on passe l’or au feu du creuset. Comme les apôtres au jour de Pentecôte, nous témoignerons, par notre parole ou notre silence, nous aussi chaque jour d’avantage, d’un autre langage : celui de l’amour et de la compassion, celui de l’audace et de l’adoration, celui de la confiance et de l’abandon à la volonté de Dieu qui ne veut que notre bonheur et cela pour l’éternité.

AMEN.

Fête de la Pentecôte

Lectures bibliques : Actes 2, 1-11; Romains 8, 8-17; Jean 20, 19-23

Homélie du 12 mai 2013

Prédicateur : Chanoine Jean-Claude Crivelli
Date : 12 mai 2013
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Au Moyen Age, les artistes – poètes et musiciens – avaient souvent recours à un procédé de composition qui aujourd’hui ferait se courroucer les sociétés de droits d’auteur : le « contrafactum », que l’on pourrait traduire par « contrefaçon », « imitation », voire (mais ce serait un anachronisme) par « pastiche » ou « plagiat ». Ainsi un troubadour pouvait-il mettre sur une mélodie des paroles qu’il avait trouvées chez un poète ou bien un musicien d’Église s’approprier la mélodie d’une chanson qu’il avait entendue dans les rues, composée par un autre. Dans l’un et l’autre cas c’était rendre hommage au poète ou au compositeur que l’on copiait ou imitait.

En quelque sorte il en va de même pour notre vie de disciples du Christ. Comment en effet pourrions-nous inventer de toutes pièces notre existence chrétienne ? Celle-ci ne peut être qu’une imitation de la vie de Jésus, du moins un essai d’imitation. « Qu’aurait fait le Christ à ma place ? » : c’est la question que de nombreux spirituels nous invitent à laisser résonner en nous au fil des situations qui nous posent problème. Dans l’épreuve, l’adversité, l’échec, la maladie, la persécution, l’incompréhension de nos proches ou encore quand une décision importante doit être prise.

Le lectionnaire du Temps pascal nous donne à lire les Actes des Apôtres, lesquels ne sont pas autre chose que les paroles et les actes des premières communautés chrétiennes, tout attentives à imiter leur Seigneur dans les circonstances et les temps qui étaient les leurs, à se conformer à « tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis » (Ac 1, 2) – pour citer l’incipit du livre des Actes. « Se conformer », disais-je, parce qu’il s’agit bien de laisser l’Évangile donner forme à notre vie, la dynamiser, la ressusciter. Et, quand nous nous y essayons, alors nous mesurons que se produit en nous une « métamorphose », une lente transformation de notre être pour qu’il adopte ce style de vie unique – j’allais dire « inimitable » ! – cette manière de traverser le monde qui appartient au Christ. « lui qui a passé en faisant le bien » (Ac 10, 38).

La geste d’Etienne, racontée en Ac 7, traite d’une telle métamorphose ou comment le disciple ne fait rien d’autre qu’imiter son Maître et se conformer à son Évangile. « Seigneur Jésus, reçois mon esprit … ne leur compte pas ce péché. » (Ac 7 59-60). Le génie du christianisme se résume dans le pardon des péchés qui affligent notre humanité. Acte du Christ qui en Croix s’écrie : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 34). Acte du disciple, qui en est comme le troubadour et qui, dans une situation extrême, ne peut qu’imiter son Seigneur, ne rien dire qui ne vienne de Lui et proférer le seul chant qui convienne en de telle circonstance : s’en remettre totalement à Dieu et remettre ses bourreaux à Celui-là seul qui peut pardonner. Car bien sûr, en dernier recours, le pardon reste toujours l’œuvre de Dieu en nous-mêmes. Pardonner c’est laisser le pardon du Christ, pardon accordé à toute l’humanité, s’accomplir en nous, se concrétiser dans ma propre vie.

Or un tel acte – acte du Christ, acte du Christ en ceux et celles qui se réclament de lui –est éminemment évangélisateur. Il résume le passage de Jésus sur terre : repris et imité par ses disciples, il ouvre le cœur de ceux qui perçoivent le génie d’un tel geste et donne de reconnaître qui est Jésus. La présence de Saul au martyre d’Etienne est ici pleine de sens. Pleine de sens également aujourd’hui l’épreuve que traversent les communautés chrétiennes du Proche et du Moyen Orient. « En ce moment, il y a beaucoup, beaucoup de chrétiens qui souffrent de persécutions dans beaucoup de pays » – commentait le pape François, ajoutant : « Lorsqu’une personne connaît vraiment le Christ et croit en lui, elle ne peut s’empêcher de communiquer cette expérience. Et si elle rencontre des incompréhensions ou des adversités, elle répond comme le Christ, avec l’amour et avec la force de la vérité ».

« Ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (Jn 17, 24). Le lieu où le Christ nous veut aujourd’hui est celui du pardon. N’oublions pas que le Christ de la Résurrection se laisse reconnaître dans le pardon qu’il accorde aux disciples qui l’on lâché durant sa Passion, et que le pardon demeure pour les chrétiens d’aujourd’hui le lieu privilégié de la reconnaissance : reconnaître le Christ en ceux et celles qui l’imitent dans l’attente de sa venue. « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il aura fait. » (Ap 22, 12).»

7e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 7, 55-60; Apocalypse 22, 12-14.16-20; Jean 17, 20-26