Homélie du 27 janvier 2013

Prédicateur : Père Jean-Philippe Halluin
Date : 27 janvier 2013
Lieu : Eglise de la Visitation, Meyrin
Type : radio

Chers frères et sœurs, chers amis,

Permettez-moi de vous poser une question : Que s’est-il réellement passé dans la petite Synagogue de Nazareth, le jour du Sabbat, un samedi matin, lorsque Jésus avait décidé de revenir dans le petit village où il avait grandit. ?

Ce jour-là, on peut s’imaginer que le Rabbin de Nazareth ne trouve personne pour faire la lecture.

Cela arrive aussi en paroisse de temps en temps. Alors, Jésus fait signe qu’il accepte volontiers de rendre ce service.

On lui présente le livre du Prophète Isaïe, et non les rouleaux de la Torah.

En principe, c’est le Rabbin lui-même qui se charge de psalmodier le passage de la Torah qui est prévu pour ce jour-là, selon la tradition.

Pour Jésus, Isaïe représente d’avantage le souffle nouveau de l’Esprit.

Il tombe, sans doute par hasard, sur les premiers versets du chapitre 61 du livre d’Isaïe qui dit textuellement : « l’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération, aux opprimés la liberté. »

Juste après cette lecture, courte mais très dense, bizarrement, Jésus va se rassoir. A mon avis, Il a dû éprouver une émotion très forte.

Il est stupéfait de constater que cette parole tirée du livre d’Isaïe s’applique exactement à lui : en effet par le baptême que Jésus vient de recevoir, le Père L’a consacré par l’Onction, puisque l’Esprit Saint est descendu sur Lui sous l’apparence d’une colombe et a profondement transfiguré son être intérieur.

En même temps, sa mission lui est précisée : il s’agit pour Lui d’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, et la libération aux opprimés.

Cette mission, reçue de son Père, Jésus va effectivement l’accomplir.

Pendant sa vie de prédicateur itinérant, Jésus, habité intérieurement par la force de l’Esprit Saint, a eu le courage d’annoncer à tous, mais surtout aux pauvres, un extraordinaire message d’espérance.

A tous ceux qui avaient cédé à la tentation du découragement ou du fatalisme, et dont, à l’époque, personne ne s’occupait, Il annonce :

« Reprenez courage, restez dans l’espérance, Dieu agit dans le monde et dans votre vie. »

Peu de temps après, Il dira pratiquement la même chose dans le sermon sur la montagne lorsqu’il a proclamé avec force : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. »

Ou bien« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés »

Deux mille après, posons- nous la question : où en sommes- nous en matière de pauvreté et d’oppression ?

On est bien obligé de reconnaitre que les pauvres sont très nombreux dans notre monde. Il y a aussi beaucoup de gens qui connaissent l’oppression, ou des formes modernes d’esclavage. Le travail forcé des enfants en est un exemple parmi d’autres.

Est-ce que rien n’est changé dans notre monde depuis la venue de Jésus, il y a 2000 ans ?

Il y a, certes, encore énormément de souffrance dans le monde mais en même temps, jamais il n’y a eu autant de motifs d’espérance.

En effet, on constate un peu partout, de très belles prises de conscience face à ces grands problèmes de notre monde d’aujourd’hui. C’est connu et tout le monde en parle.

De plus , on n’en finirait pas de citer des exemples de personnes qui s’engagent au service des autres pour faire reculer la pauvreté, et les divers esclavages ou oppressions. Très nombreux sont aujourd’hui les humanitaires qui donnent leur vie pour les pauvres.

Oui, frères et sœurs, soyons convaincus que le monde ne va pas vers sa perdition, comme un bateau qui va à la dérive sans gouvernail au milieu d’une mer déchainée. Non, Dieu veille sur ce monde et sur chacun d’entre nous car chaque jour se lèvent des authentiques artisans de Paix. Et à travers ces artisans de Paix , C’est Dieu qui est à l’œuvre.

Croyez- moi, ils n’ont jamais été aussi nombreux depuis que l’humanité existe. C’est là un très grand motif d’espérance qui devrait nous réjouir le cœur.

Jésus a donc eu pleinement raison de dire à Nazareth : « Aujourd’hui, cette parole est accomplie ». L’accomplissement ne concerne pas seulement la venue de Jésus, mais il se réalise aujourd’hui parmi nous.

Alors surgit certainement parmi vous une objection :

Là où je suis, je ne peux rien faire. Je n’ai pas de responsabilités particulières dans la société. Je ne suis ni homme politique ni humanitaire engagé à fond dans une ONG.

Ou bien, vous allez me dire, je me sens inutile depuis que j’ai été licencié, ou que je suis au chomage ou retraité. Tout seul dans ma maison, dans ma chambre d’EMS, ou couché sur mon lit d’hopital, que voulez-vous que je fasse pour améliorer la situation du monde d’aujourd’hui.

A chacun d’entre vous, J’aimerais vous dire que vous pouvez déjà faire beaucoup en apportant votre soutien positif aux nombreux artisans de paix répandus un peu partout sur notre planète.

On peut aussi prier pour eux et c’est bien plus important que vous ne l’imaginez.

Mais quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve, on peut toujours regarder lucidement sa vie à la lumière de l’Evangile de ce jour.

Jésus est allé dans la synagogue de son petit village, le jour du Sabbat, pour participer à un modeste rassemblement de juifs croyants qui souhaitaient écouter la parole de Dieu.

A nous de prendre un peu de temps pour s’interroger : Ou est ma petite synagogue dans laquelle je me retire quelques instant dans la journée pour me mettre à l’écoute du Seigneur qui souhaite me parler ?

Quand est-ce que je trouve le moyen de faire shabbat c’est-à-dire de m’arréter, de suspendre un court instant le sur-activisme dont nous sommes tous plus ou moins atteints.

En faisant « shabbat », nous donnons au Seigneur l’occasion de venir nous régénérer le cœur de son amour, de nous libérer de nos oppressions, de nos manques de libertés intérieures.

Dans les précieux instants que j’accorde au Seigneur, Il me redonne courage et joie de vivre. De plus, Il me permet de poser sur le monde d’aujourd’hui un regard plus juste et plus équilibré.

Enfin, est-ce-que j’accepte de rejoindre un petit groupe de chrétiens qui a le souci de se ressourcer au contact la parole de Dieu, une parole qui nous rassemble et qui nous unit sur l’ essentiel de la FOI. Le projet du diocèse qui s’appelle « L’Evangile à la maison » peut nous aider dans ce domaine. L’objectif de cette année étant de lire, en petites communautés, l’Evangile de LUC.

En conclusion, il me semble qu’il serait bon de nous souvenir qu’en me changeant en profondeur dans mon être tout entier, Dieu change le monde.

Il poursuit sans cesse son œuvre de libération, en moi et autour de moi. Soyons profondément habités par cette certitude.

Merci Seigneur, d’être allé un moment dans la synagogue de ton petit village,
Pour partager avec d’autres la Parole,
viens maintenant visiter mon cœur par ta Parole et par ton Eucharistie,
je pourrais ainsi rayonner plus librement le feu de ton Amour.

AMEN.

3e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Néhémie 8, 1-10; 1 Corinthiens 12, 12-30; Luc 1, 1-4; 4, 14-21

Homélie du 20 janvier 2013

Prédicateur : Père Mihai Mesesan, représentant de la communauté orthodoxe de la Suisse italienne.
Date : 20 janvier 2013
Lieu : Paroisse de St-Christophe de Cureglia (TI)
Type : tv

Nous sommes réunis aujourd’hui pour prier ensemble. L’œcuménisme, nous en sommes convaincus, on ne peut le décréter, ni l’ordonner, il ne naît pas des hiérarchies, mais de la base des organisations chrétiennes qui entendent le dernier message de notre unique Seigneur Dieu Jésus-Christ: “Soyez tous un afin que le monde croie”, qui s’unissent dans la prière avec la conscience que c’est l’Esprit Saint qui nous affermit, nous appelle à l’unité et à un témoignage durable. Malgré l’arrêt dont on parle peut-être trop souvent, la voie œcuménique a porté beaucoup de fruits ces dernières années. L’un des plus importants est la conscience de chrétiens de toutes les confessions et toujours plus nombreux que l’unité présuppose la pluralité. La pluralité n’est jamais sans l’autre, jamais sans l’autre frère, jamais sans l’autre Église, jamais sans la reconnaissance du statut théologique de l’autre. Aujourd’hui la coopération entre les Eglises, les paroisses, les communautés chrétiennes orthodoxes, catholiques et protestantes dans la préparation et la célébration de la Semaine de prière est devenue un usage commun. Il rend évident l’efficacité de la prière et nous légitime à parler de l’histoire de la Semaine comme d’un succès et d’une source de joie et gratitude.

Cette année le Student Christian Movement en Inde a été chargé, à l’occasion de son centième anniversaire, de préparer le matériel pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Durant la phase préparatoire, pendant qu’on réfléchissait sur la signification de la Semaine de prière, on a considéré le contexte de grave injustice qui touche en Inde les Dalits, qu’on appelle les “parias” ou “intouchables”, aussi à l’intérieur de l’Église. Il a été décidé que la recherche de l’unité visible devait être unie à l’effort d’éliminer le système des castes et qu’elle devait mettre en évidence la contribution à l’unité que donnent les plus pauvres des pauvres. Dans le système des castes, il y a une hiérarchie des classes sociales, et, puisque les Dalits sont tenus pour une communauté “hors caste”, ils sont vraiment les derniers des derniers dans la société indiennes: socialement mis à la marge, politiquement sous-représentés, exploités économiquement et soumis culturellement. Presque le 80% des chrétiens indiens sont d’origine dalit, et puisqu’ils sont souvent discriminés par leurs propres frères qui appartiennent à une caste, le système des castes constitue une raison de division entre les Eglises, ainsi qu’un grave problème doctrinal. Dans ce contexte, cette année, la Semaine de prière pour l’unité nous invite à réfléchir sur les versets 6 à 8 du sixième chapitre du prophète Michée, qui discute de ce que le Seigneur nous demande.

« Quelle offrande devons-nous apporter lorsque nous venons adorer le Seigneur, le Dieu très-haut ? Faut-il lui offrir des veaux d’un an en sacrifices complets ? Le Seigneur désire-t-il des béliers innombrables, des flots intarissables d’huile ? Devons-nous lui donner nos enfants premiers-nés pour qu’il pardonne nos révoltes et nos infidélités ? » On vous a enseigné la conduite juste que le Seigneur exige des hommes : il vous demande seulement de pratiquer la justice, rechercher la bonté et vivre avec humilité devant notre Dieu. (Mi 6,6-8)

Le livre de Michée appartient à la tradition littéraire de la prophétie et, au centre de son message, il y a le jugement de Dieu vers l’injustice des Hommes. L’appel fort de Michée à la justice et à la paix se concentre en particulier aux chapitres 6 et 7. Il place la justice et la paix dans l’histoire de la relation entre Dieu et l’humanité, mais il insiste sur la nécessité d’un fort engagement éthique de la part des Hommes afin que la paix et la justice deviennent réalité. La vraie foi en Dieu est donc inséparable de la sainteté personnelle et de la recherche de la justice sociale. Afin que se réalise la libération par Dieu de l’esclavage et de l’humiliation quotidienne le culte, les sacrifices, les offrandes ne suffisent pas, mais il faut aussi que nous obéissions au commandement de « pratiquer la justice, rechercher la bonté et vivre avec humilité devant notre Dieu».

La situation que le peuple de Dieu devait affronter aux temps de Michée peut être comparée à plusieurs égards à la situation actuelle de la communauté dalit en Inde. Michée dénonce l’avidité de ceux qui exploitent les pauvres, auxquels il reproche : « Vous dévorez mon peuple. Vous l’écorchez, vous lui cassez les os. » (3,3). En refusant les rituels et les sacrifices hypocrites, il nous rappelle que Dieu veut que la justice soit au cœur de notre religion et de nos rituels. Dans un monde semblable, aujourd’hui, le système des castes, le racisme et le nationalisme posent des défis sévères à la paix des peuple et, dans beaucoup de pays, d’autres castes, même si elles sont appelées avec des noms différents, empêchent le dialogue et meurtrissent la liberté de parole et d’écoute. En tant que disciples du “Dieu de la vie et de la paix”, du “Soleil de la justice”, selon l’hymnologie de l’Orient orthodoxe, nous devons marcher sur le chemin de la justice, de la miséricorde et de l’humilité. La métaphore du “chemin” a été choisie pour relier thématiquement les huit jours de prière de cette semaine, parce que, si on entend par chemin un parcours intentionnel et continu, cette image véhicule aussi le sens de dynamisme qui caractérise la suivance chrétienne.

En Inde ce chemin est accompagné par le rythme du tambour dalit et par la joie qu’on lit sur le visage des chrétiens. J’ai eu la chance l’année passée de participer à un culte protestant dans une petite île indonésienne et j’ai été fasciné par le sourire, la joie et le bonheur de la communauté entière. À ce moment, je n’ai pas pu ne pas me demander pourquoi nous, chrétiens d’Occident, nous sommes trop souvent tristes et nous sourions peu. J’ai lu dans certains livres et j’ai entendu dire par des moines et des prêtres dans leurs prédications que le Seigneur, selon la Bible, n’a jamais souri. Il est vrai qu’il n’est pas dit explicitement qu’il l’ait fait, mais il est aussi vrai qu’il a prononcé les Béatitudes/le Sermon sur la montagne.

En revenant à la métaphore du chemin que la Semaine de prière nous propose, je crois que nous, chrétiens du vingt-et-unième siècle, nous sommes appelés à montrer avec notre vie des chemins de libération et de salut qui puissent être parcourus par tous les hommes. Maintenant, la manière la plus efficace pour découvrir et parcourir ces chemins consiste à pratiquer la recherche du sens, exercice qui, de nos jours, paraît toujours plus rare : il est devenu difficile, surtout pour les nouvelles générations, de donner du sens à la vie et aux réalités qui la constituent, à tel point que l’on dénonce de plusieurs côtés la “crise du sens”. Dans cette situation, nous les chrétiens devrions savoir montrer à tous les hommes, avec humilité et détermination, que la vie chrétienne n’est pas seulement bonne, c’est-à-dire marquée par la bonté et par l’amour, mais aussi belle et bienheureuse, c’est la voie de la beauté, de la béatitude, du bonheur. Mère Teresa de Calcutta et beaucoup d’autres chrétiens ont réalisé ce bonheur qui est une seule chose avec l’amour, en souriant pendant qu’ils soignaient les malades et aidaient les indigents. Suivons nous aussi, dans la limite du possible, leur exemple et abandonnons la tristesse, qui, pour un chrétien ne peut être justifiée que par l’oubli d’être les enfants de Dieu, qui nous a envoyé son Fils Unique pour nous amener la paix, l’amour, la joie.»

Lecture biblique : Michée 6, 6-8

Homélie du 20 janvier 2013

Prédicateur : Georgette Gribi et Alain Decorzant
Date : 20 janvier 2013
Lieu : Centre oecuménique de Meyrin
Type : radio

Dialogue entre Alain Decorzant et Georgette Gribi

A :       Mais enfin, qu’est-ce que tu fais ?

G :      Ben je marche, ça se voit pas ?

A :       Nous, on voit que tu marches… mais je te rappelle qu’on nous écoute à la radio… et les auditeurs ne peuvent pas voir ce que tu fais. Et puis, qu’est-ce que c’est ce bouquin sous ton bras ?

G :       C’est une Bible. Et je marche parce que je cherche Dieu. Et pour chercher Dieu, paraît-il que marcher est un bon truc.

A :       Quoi ? Marcher aiderait à trouver Dieu ? Oh ! Tout d’abord, arrête-toi, parce que tu nous donnes le tournis à t’agiter comme une hélice ! Approche-toi un moment et, s’il te plait, racontes-nous.

G :       Marcher est un bon truc lorsque l’on est en quête de Dieu. Voilà ce qui est marqué là, dans ce livre. Ecoute plutôt : « ce que le Seigneur attend de toi, c’est que tu marches humblement avec ton Dieu. » Alors je me dis qu’en marchant, je vais peut-être trouver ce que je cherche.

A :       « Ce que le Seigneur attend de toi, c’est que tu marches humblement avec ton Dieu » c’est une phrase du prophète Michée (je crois). Mais tu penses vraiment que tu vas trouver Dieu comme ça en marchant ? D’ailleurs, chercher Dieu, c’est un peu vague, ça, non ?

G :       Je cherche Dieu, parce que j’ai soif, j’ai faim… il y a quelque chose au fond de moi, comme un souffle, une aspiration, un manque… je ne sais pas…

A :       Et ben, vaste programme, ça. Et puis c’est marrant, parce qu’en t’entendant, je me dis que moi aussi, je cherche Dieu.

G :       Toi ? Laisse-moi rire Alain! Tu es un prêtre, et tu enseignes à l’AOT, à l’Atelier Œcuménique de Théologie ; ton travail, c’est d’expliquer aux autres qui est Dieu et comment on peut s’en approcher. Ne me dis pas que toi tu cherches Dieu, c’est pas possible ! Tiens, d’ailleurs ; tu pourrais peut-être me dire quel chemin prendre, pour trouver Dieu, ça me ferait gagner du temps ?

A :       Tu sais, j’ai bien lu quelques livres, j’ai réfléchi sur Dieu ; mais j’ai beau être prêtre, j’ai de plus en plus l’impression que « Dieu », ça me dépasse ; que plus je vais de l’avant, plus je m’interroge. Et puis, ce que nous sommes en train d’échanger me fait penser à un très beau récit qui se trouve dans l’évangile de Luc, au chapitre 24… écoute ça :

« Et voici que, ce même jour, deux des disciples de Jésus se rendaient à un village du nom d’Emmaüs… »

G :       Alors comme ça, cette histoire te fait penser à moi : et pourquoi donc ?

A :       Et bien, parce que ces deux hommes sont comme toi : ils marchent. Et ce n’est pas aujourd’hui qu’ils se sont mis à marcher : cela fait des mois qu’ils cheminent. Voilà des mois qu’ils se sont mis en route, parcourant les chemins de Galilée en compagnie de ce Jésus qui leur a tant apporté.

G :       Ok, moi aussi je marche ; mais je n’ai pas la chance de marcher en compagnie de Jésus ! Je suis toute seule, moi. Dieu doit avoir d’autres soucis à régler que de vouloir marcher avec moi. Et puis, ton histoire est étrange, avec ce Jésus qui semble jouer à cache-cache avec ses amis : on ne le reconnaît pas, il fait semblant de ne rien savoir sur ce qui s’est passé… il fait même mine de s’en aller… et ensuite il se fait prier pour rester ; et finalement quand enfin ils le reconnaissent, il disparaît ! C’est vraiment pas très fair-play, d’agir ainsi, comme pour troubler encore plus ces pauvres gens. D’ailleurs, ce doit être cela qu’il fait avec moi, Dieu : il joue à cache-cache ! et moi, je marche d’un coin à l’autre de la planète, et chaque fois que je pense l’avoir trouvé, c’est comme s’il m’appelait plus loin !

A :       Tiens, tu as raison, je n’avais jamais vu les choses comme ça : Dieu paraît jouer à cache-cache ! Mais regarde un peu ce qui se passe avec ces deux hommes : au début, ils sont sans entrain, sans vie. Imagine ce qu’ils viennent de vivre : c’était une belle histoire. Ce Jésus qui faisait le bien partout où il passait, cet homme qu’ils avaient suivi et aimé, lui en qui ils avaient mis toute leur espérance… c’était une belle histoire, mais maintenant cette histoire était terminée; leur maître a été crucifié. Plus jamais, il ne serait à leurs côtés sur la route ; ces deux marcheurs avaient de quoi avoir l’air sombre !

Au contraire, à la fin du récit, après avoir discuté avec le troisième homme, ils sont comme regonflés, revivifiés. Leur mémoire change de couleur, leurs ténèbres se dissipent, leur histoire s’éclaire, leur cœur se réchauffe. Le ressuscité partageait leurs pas et eux ne le savaient pas.

G :       Alors ça, il faut vraiment que tu m’expliques, parce que c’est du chinois pour moi : un homme qui revient à la vie, qui apparaît, disparaît, réapparaît, et on ne le reconnaît pas, et il devient invisible – ça, c’est sûrement la meilleure ! C’est comme la cape d’invisibilité dans Harry Potter : hop je mets la cape, je disparais ; j’enlève, je réapparais… !

A :       Je suis d’accord, c’est pas facile à comprendre tout ça.

G :       Ah bon, je vois que tu reviens à la raison !

A :       Mais toi, tu ne m’as pas bien écouté : je t’ai dis : regarde l’effet que la présence du Ressuscité a sur eux ; considère comment ils passent de l’abattement à la joie, et se remettent en route avec de nouvelles perspectives ; ils se lèvent, et c’est une résurrection.

G :       Ca je peux comprendre. Depuis le début, il y a un mot qui m’intrigue, dans cette histoire : quand ils disent à la fin que leur cœur brûlait alors qu’il leur parlait. Comme si Jésus répondait à quelque chose qui les touchait en plein cœur.

Et c’est le geste de rompre le pain qui leur fait prendre conscience de cela. Manger ensemble du pain, cela revient à partager le plus banal de nos existences, mais aussi le plus vital : la nourriture. On fait ça tous les jours, couper du pain ! Le matin, pour les tartines ; le soir, pour manger avec le fromage ! Couper du pain, et nous voilà en train de toucher à quelque chose qui ressemble fort à une rencontre avec Dieu ! Moi qui croyais être à des années-lumières de Dieu : il est peut-être bien plus près que ce que j’imaginais !

A :       C’est comme si Jésus déplaçait chaque fois ces deux hommes : Alors qu’ils quittaient Jérusalem pour fuir des mauvais souvenirs, il les questionne justement sur ce qui les attriste. – Quand les deux parlent de la visite des femmes au tombeau vide, le Christ leur met le nez dans les Ecritures et leur explique ce qu’ont annoncé les prophètes de l’Ancien Testament ; – Et lorsque les marcheurs s’arrêtent, lui fait mine d’aller plus loin pour provoquer une invitation…

G :       Là, je dois dire, présenté ainsi, ça me parle. Je pense à ces rencontres à l’improviste avec des gens que j’aime bien ; quand vient le moment de se dire au revoir, on n’a pas tellement envie de se séparer, et personne n’ose s’inviter à manger… pourtant nous sentons tous cette envie au fond de nous de rester encore un moment… ça donne de ces repas improvisés tellement délicieux… ! Mais c’est incroyable, encore une fois : nous étions en train de parler de cet évènement compliqué qu’est la résurrection – et nous voilà à discuter de choses toutes bêtes, de relations qui se tissent, d’envie, de désirs, de pain, de cœurs brûlants… Et Dieu serait là-dedans ?

A :       Mais il y a quand-même une chose qui chiffonne, moi : à peine les deux hommes ont reconnu Jésus, et celui-ci disparaît…

G :       Ah, toi aussi, il y a des choses que tu ne comprends pas ? Pourtant, ça me paraît clair à moi : en les laissant seuls, Jésus les a forcés à se remettre en route, à revenir sur leurs pas, pour parler à d’autres de tout ce qu’ils avaient vécu. C’est peut-être là l’ultime déplacement que Jésus a provoqué chez eux : il ne voulait pas un club de disciples fermés sur eux-mêmes. Depuis lors, c’est par une foule ininterrompue de témoins, que le récit de ces événements est parvenu jusqu’à nous. Grâce à ces témoins, nous pouvons nous aussi vivre de ce feu qui brûlait il y 2000 ans sur la route d’Emmaüs.

A :       Tu vois, je te l’avais dit : j’ai plus de questions que de réponses… et en parlant avec toi, depuis un moment, je perçois des choses que je n’avais jamais vues avant… et j’avance, moi aussi. C’est cela que nous faisons à l’Atelier Œcuménique de Théologie : partager nos questions, échanger nos doutes, questionner nos certitudes. Bref, nous nous enrichissons de nos expériences de vie et de foi.

G :       [pause] Je marchais pour chercher Dieu ; j’étais un peu en panne, et voilà que je suis tombée sur toi ! Parler avec toi, Alain, ça a comme apaisé ma soif, comme calmé ma faim. Après avoir pris le temps de m’arrêter un moment, je peux reprendre la route – humblement : je sais maintenant que je ne suis pas seule sur le chemin. D’autres cherchent aussi.

Est-ce que je peux t’offrir un verre, histoire qu’on discute encore un moment ?

A :       Oui, je veux bien… (G. disparaît) mais, qu’est-ce que tu fais… mais, mais je ne la vois plus ; où est-elle passée ? elle a disparu ! C’est incroyable ça. Elle m’invite à boire un verre, et… elle disparaît.

Mais c’est fou : elle disparaît comme Jésus dans le récit. Juste au moment où j’avais enfin le sentiment d’y voir un peu plus clair… Mais j’y pense : vivement que je croise au détour de mon chemin d’autres pèlerins.»

Lectures : Michée 6, 8; Luc 24, 13-35

Homélie du 13 janvier 2013

Prédicateur : Abbé Bernard Jordan
Date : 13 janvier 2013
Lieu : Monastère de Montorge, Fribourg
Type : radio

Chers amis,

C’est par deux témoignages que je vous propose d’entrer dans le dynamisme de la fête du baptême de Jésus.

Frank, un jeune que je visite à la prison, a écrit une lettre d’excuse à la personne qu’il avait lésée. A sa grande surprise, il reçoit une réponse. La personne l’encourage à s’efforcer de tout mettre en œuvre pour mieux réaliser sa vie, elle lui souhaite même une bonne fête de Noël et une nouvelle année pleine de promesses .

Quel beau geste de cette personne qui aurait pu s’enfermer dans sa haine, envers ce jeune !

Frank, tout ému, me dit que c’est l’un des plus beaux cadeaux reçus dans sa vie.

Cette personne lésée s’est plongée dans l’univers de ce jeune pour l’aider à s’en sortir.

J’ajoute encore un exemple car les témoignages nous encouragent parfois plus que de la théorie.

Karim, un jeune musulman éducateur dans une maisonnée d’adultes handicapés, se propose de passer la veillée de Noël avec deux résidents qui n’ont pas pu rejoindre leur famille. Remarquant de la tristesse dans leurs yeux, Karim leur dit:  » je vais vous gâter ce soir », le sourire revient et les deux personnes lui racontent les beaux Noël qu’ils ont passés quand tout allait bien.

Le soir venu, rien ne manquait dans la salle à manger, sapin, crèche, étoiles, fleurs, foie gras, un CD a aidé nos trois compères à chanter les chants de Noël devant la crèche.

Une fois de plus Karim s’est plongé dans l’univers de ces deux personnes pour les sortir de leur nostalgie et les ramener sur le rivage de la joie de Noël.

Dieu a besoin de nous pour rendre ce monde plus beau.

Il ne peut pas et ne veut pas nous laisser paumés et sans secours dans ce monde où le mal, la souffrance, la peur sous toutes ses formes, le doute, la solitude nous harponnent souvent.

Paul Valéry le dit bien  » un homme seul est un homme en mauvaise compagnie »

Jésus va nous montrer comment, avec Lui, il faut nous y prendre.

Après 30 ans de silence, où sa divinité s’est imprégnée d’humanité ou le contraire, Jésus inaugure sa mission de sauveur, par un geste hautement symbolique ; mais toujours dans une discrétion désarmante, c’est le langage de Dieu auquel nous devons nous habituer tout au long de notre vie.

Il descend, il se plonge dans l’eau purifiante du Jourdain, lui le tout pur, en solidarité avec cette humanité souffrante pour nous libérer de ce qui nous colle à la peau et nous ramener sur les rives pour respirer les parfums du bonheur. Et on dit qu’à ce moment là les cieux se sont ouverts. Ouf ! Nous ne sommes pas abandonnés !

Alors, pendant 3 ans, Jésus va se plonger dans la vie de ceux qu’Il rencontre :

– il mange avec les pécheurs

– il accepte Marie Madeleine parmi ses disciples

– il engage la conversation avec la samaritaine

– il permet à une prostituée de lui parfumer les pieds

– il défend la femme adultère et empêche qu’on la lapide.

– il va discuter avec les financiers de son époque, l’un devient même l’apôtre Matthieu

– il privilégie les malades, il les guérit, même le jour du sabbat,

– Il touche même les lépreux pour les guérir

– il nous apprend à prier : Quand vous priez, dites : Notre Père. Vous réalisez les conséquences !

Tout cela ne plait pas aux bienpensants de la religion de son époque. Ils le mettent à mort mais sa résurrection nous introduit dans un bonheur durable  » aujourd’hui, tu seras avec moi dans mon royaume  »

Ainsi, par notre baptême nous reconnaissons que Dieu nous communique sa force de sauveur : « vous ferez cela en mémoire de moi »

De sauvés nous devenons aussi des sauveurs. Nous sommes invités par Jésus à nous « mouiller » pour que le bonheur, la paix, la tolérance, la solidarité puissent être des réalités qui nous font vivre et mieux vivre.

Nous rejoignons ainsi tous les hommes de bonne volonté du monde entier, baptisés ou pas car tout être humain est enfant de Dieu, saint Paul nous le rappelle aujourd’hui :

 » Dieu ne fait pas différence entre les hommes  » Merveilleuse justice !

Vivre en frères, se mouiller pour les autres, parler à Dieu, c’est beau à entendre mais dans le quotidien, il faut s’y cramponner.

Certains nous disent : si on est dans la religion chrétienne, on ne se sent pas libre, on est toujours confronté à des interdictions, on rentre dans des zones trop sérieuses, trop austères, on se sent trop étriqué, il semble qu’on n’ose pas apprécier la vie, on nous culpabilise.

Ce sont leurs mots.

Et dire que c’est tout le contraire, tout le contraire, je le répète.

Nous l’avons vu dans le témoignage de Jésus, comme il respecte les personnes, comme il aime la vie. Mais aimer est parfois et souvent exigeant. C’est là, peut-être, une pierre d’achoppement, on rechigne souvent devant l’effort. Il faut savoir ce que l’on veut.

Je me pose tout de même la question : est ce que les chrétiens ont tendance  » à stériliser » le message du Charpentier de Nazareth ? Question que se posait, dans la presse, il y a quelques mois, avant de mourir, le cardinal Martini de Milan, que se pose aussi l’abbé d’Einsideln et bien d’autres encore. La question reste ouverte.

Mais rassurons nous, il y aura toujours des François d’Assise, des abbés Pierre, des Mères Teresa, des sœurs Emmanuelle, des Jean XXIII, il y aura toujours des personnes lésées qui pardonnent, il y aura toujours des Karim.

Justement, je termine avec l’humour de sœur Emmanuelle, on en a besoin de l’humour :

Voici ses paroles :

« Je dis en riant que j’ai besoin qu’on m’embrasse, ce que je ressentais beaucoup moins quand j’étais jeune. Dans la vieillesse, les signes d’affection me font du bien. J’aime que, de temps en temps, on m’embrasse sur les deux joues. C’est bon. C’est humain. C’est vrai. C’est Dieu qui vient à moi. »

Amen

Dimanche du baptême du Seigneur

Lectures bibliques : Isaïe 40, 1-5. 9-11;Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7; Luc 3, 15-22

Homélie du 06 janvier 2013

Prédicateur : Abbé Bernard Jordan
Date : 06 janvier 2013
Lieu : Monastère de Montorge, Fribourg
Type : radio

Chers amis,

J’ose le dire, les sages d’0rient que nous fêtons aujourd’hui sont nos modèles. Ce sont des gens motivés. Ils ont cherché, ils ont trouvé.

Leur métier les passionne si bien qu’ils découvrent un astre nouveau qui indique la naissance de quelqu’un qui doit apporter un plus pour l’humanité. Aussitôt, ils partent à sa recherche.

Pensant trouver cet être exceptionnel dans un palais, ils doivent se rendre à l’évidence, c ‘est dans une étable qu’ils acceptent de s’agenouiller. Ils auraient pu reconnaitre qu’ils se sont trompés, non, ils offrent leurs précieux cadeaux. Car, ils ne cherchaient pas l’avenir dans les astres, mais des traces de Dieu dans l’univers, ils cherchaient des chemins de bonheur ( puisque nous sommes faits pour être heureux.) Ils les ont trouvés dans l’inattendu.

Une grande partie de notre vie se passe à chercher et surtout à vouloir chercher, c’est enthousiasmant, car les « bofs » et les « à quoi bon » ne mènent à rien.

Nous pouvons nous poser la question : est-ce que nous sommes encore des chercheurs de bonheur, des chercheurs d’étoiles qui conduisent à découvrir ce qui nous fait du bien, ce qui nous épanouit dans la durée ? Spontanément, nous consommons souvent des plaisirs qui disparaissent aussi vite qu’ils sont venus, malheureusement, ils ne nous laissent rien ou des traces qui peuvent nous faire souffrir. Le résultat est raté, c’est le vide.

Que faire ?

J’admire ces jeunes, ou moins jeunes, qui partent, sac au dos, à la conquête de ce monde. Ils passent des mois à vivre dans des pays d’une autre culture que la nôtre.

Je pense à ces passionnés de la montagne, à ces passionnés d’aventures, mesurant les risques bien sûr, ils veulent connaître, par leurs efforts, ce qu’il y a de beau dans ce monde, ce qui donne sens à leur vie.

Ces chercheurs rentrent toujours transformés et enrichis. La tolérance, le respect d’autrui les habitent avec une telle intensité qu’ils se contentent de vivre, ici, avec moins. Ils deviennent des êtres disponibles.

J’admire aussi que des hôpitaux, de chez nous, envoient des spécialistes de la santé accrocher des étoiles dans le firmament des hôpitaux les plus défavorisés de la planète en guise de solidarité ; à l’exemple des mages, ils apportent aussi leurs présents, là-bas.

Toutes ces personnes que je viens de mentionner rejoignent ceux qui sont restés chez nous et qui ont trouvé, avec les moyens du bord, des étoiles qui les ont conduit sur un chemin de bonheur, également. Je pense à ces nombreuses personnes âgées qui sont habitées par une riche expérience de vie. Comme il fait bon les rencontrer ! Ils ne nous laissent jamais repartir sans nous accrocher une étoile dans le ciel de notre vie.

Combien de malades, de handicapés ont plein d’étoiles à nous offrir lorsque nous les rencontrons, il faut qu’ils le sachent. Dans leurs souffrances, dans leur dépendance ils ont cherché aussi, et ils ont trouvé aussi – peut-être – pas toujours la guérison, mais une grande paix intérieure s’est installée en eux, en ayant fait l’expérience, petit à petit, qu’ils ne sont pas abandonnés, que leur vie est précieuse pour Quelqu’un qui leur apporte cette sérénité. Ce Quelqu’un c’est la personne et le message du Jésus de Noël et de Pâques.

Dieu ne vient jamais à nous en grand pompe. Il ne veut jamais s’imposer à nous. Chaque personne quelle qu’elle soit peut s’approcher de Lui. Dès sa venue dans notre humanité, Il a tout de suite donné la couleur de son message, personne ne peut se l’approprier, Il est pour tous ou Il n’est pour personne.

Pour certains, Dieu n’est pas leur problème; nous pouvons vivre sans lui, nous disent-ils.

D’ailleurs, les religions n’ont posé que des problèmes à l’humanité. Que de guerres à cause d’elles. Je ne peux qu’accueillir ces propos, il y a une part de vérité. Les chrétiens, entre autre, ont quelques fois défiguré le message du Christ, on nous a même fait peur de Dieu.

Pour d’autres, Dieu qui se fait homme, ce n’est pas possible ; Dieu naissant sur de la paille et mourant comme un bandit sur une croix, ce n’est pas sérieux.

Mais attention, si nous acceptons de rester des chercheurs de sens, dans la vie, nous ne pouvons pas en rester avec ces constatations. Le fait que nos modèles, les sages d’Orient se sont agenouillés devant l’Enfant de la crèche, nous invite à aller plus loin, à poursuivre nos recherches. Non pas que Dieu nous demanderait de nous mettre à genoux devant Lui, c’est impensable. Il ne serait pas le vrai Dieu. C’est l’homme qui librement se met à genoux en reconnaissant qu’Il est le tout le notre vie, (avec ceux que nous aimons) qu’Il est le seul à nous offrir ce que personne ne peut le faire, même avec tout l’argent du monde : un bonheur durable. C’est bien ce que chacun désire, en fait.

Ce matin, une étoile s’est posée sur le monastère de Montorge à Fribourg d’où vous nous entendez. Elle nous indique un lieu humble, un peu comme à Bethléem, un lieu où un groupe de femmes a accepté de vivre selon l’esprit de saint François et de sainte Claire d’Assise.

Humblement, elles se mettent au service du monde, au service de Dieu pour indiquer aux chercheurs (de sens) où sont les étoiles qui mènent à l’essentiel.

Que de coups de téléphone, que de visites, que de mails, que de courriers arrivent à Montorge.

Les moniales ne sont pas des magiciennes. Elles sont simplement à l’écoute de Dieu, à l’écoute de la Source, pour devenir encore plus à l’écoute des autres. Elles sont des poseuses d’étoiles dans le firmament de ceux qui veulent s’y retrouver dans la vie. C’est leur humble métier.

 

Durant la semaine qui vient de passer, nous avons prier ici pour tous ceux qui seraient, ce matin, en lien avec nous, d’une manière ou d’une autre ; en d’autres termes, nous avons parlé à Dieu de vous tous, pourtant, nous ne nous connaissons pas, mais Lui saura vous combler, Il vous aidera à repérer une étoile qui brille déjà sur vous.

Amen

Messe de l’Epiphanie

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 06 janvier 2013

Prédicateur : Abbé Paul Frochaux
Date : 06 janvier 2013
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
La fête des rois ! C’est ainsi qu’on appelle traditionnellement l’Epiphanie. L’Ecriture toutefois ne nous dit pas que les mages étaient rois, ni même qu’ils étaient trois. En revanche, dans notre passage d’Evangile, il y a deux rois : le Roi des Juifs, le roi Hérode. Serait-ce plutôt la fête de ces deux rois là ? Pour le petit roi juif, oui, ce moment, cette rencontre est une fête car les Mages qui viennent à lui sont le signe de l’universalité du salut. Jésus est venu non seulement pour le peuple élu représenté par Marie, Joseph, les bergers, mais il est venu pour tous les hommes de bonne volonté. Parce qu’il veut être manifesté à tous, cette rencontre est pour nous une fête. On peut se demander pourquoi l’étoile n’a pas conduit les mages directement à Bethléem. Pourquoi ce détour par Jérusalem par les scribes et les prêtres ? Sans doute parce que Dieu est fidèle à ses promesses et que si le salut est offert à tous, il vient par l’intermédiaire des juifs.

Le roi Hérode, lui, n’est pas à la fête. A la question des Mages, question qui est en même temps une annonce : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? » il est pris d’inquiétude et tout Jérusalem avec lui, nous dit l’Ecriture. Le peuple dont Hérode est le roi était pourtant en attente de la venue d’un Messie. A la place de susciter l’enthousiasme et la joie prophétisée par Isaïe « Debout Jérusalem, resplendis, elle est venue ta lumière… » C’est l’inquiétude qui prévaut en même temps que le funeste dessein de faire disparaître au plus vite ce roi si petit et déjà si gênant.

Lorsque devenu adulte Jésus sillonnera son pays, proclamant à temps et à contre temps la Bonne Nouvelle, accomplissant des miracles, s’en prenant à la Loi, il sera encore gênant, tellement même qu’on parviendra finalement à le faire arrêter et à le juger. Lors de son procès, Pilate lui demandera : es-tu le Roi des Juifs ? Nous connaissons la réponse : « Ma royauté ne vient pas de ce monde » Avec l’expression « Roi des Juifs », il y a dans le mystère de l’Epiphanie une note de la Passion comme dans les icônes orientales de la Nativité qui placent l’enfant-Jésus dans une grotte noire évoquant déjà le tombeau, comme encore dans la myrrhe offerte par les Mages qui est utilisée pour les sépultures Le don de la myrrhe annonce que Jésus est homme et qu’il connaîtra la mort.

Mais, Jésus reste Roi. L’or déposé à ses pieds en est le symbole, c’est un cadeau de roi. Or ce Roi exercera d’une toute autre manière sa royauté. Il ne sera pas roi d’un seul pays, mais du monde, on dit même lors de la fête du Christ-Roi, qu’il est Roi de l’univers. De fait, son étoile brille au firmament, elle est visible de partout, elle brille pour tous les hommes de bonne volonté. Il ne sera pas un roi imposé à un peuple, mais un roi choisi dans les cœurs.

On ne sera pas simplement invités dans son royaume, mais celui-ci sera donné en partage à tous ses disciples. Et, par la grâce de sa royauté, il fait du peuple des baptisés un peuple de prêtres, de prophètes et de rois. Par la foi qui les a conduits jusqu’à Jésus, par leur recherche obstinée, par leur long voyage, les Mages qui ne sont pas rois à la manière humaine le deviennent en fait en recevant eux aussi la Royaume des cieux en partage. Cette fête de l’Epiphanie n’est donc pas la fête des rois mages comme je l’ai dit plus haut, mais la fête des mages devenus rois en recherchant le Christ en l’adorant et en lui offrant leurs présents. Elle aussi notre fête puisque, comme les mages, nous sommes descendants des païens et nous sommes aussi associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ, par l’annonce de la bonne nouvelle.

Si tout cela est merveilleusement possible, c’est parce que le petit roi des juifs est non seulement homme, mais encore Dieu et que ce qui est impossible aux hommes l’est à Dieu.

L’encens est le rappel de la divinité de Jésus car l’encens est d’abord offert à la divinité.

A travers leur quête, leur démarche, à travers leurs dons, le Mages nous donnent un message magnifique et nous sommes invités à les suivre.

Les suivre en sachant reconnaître et en accueillant avec joie les signes que Dieu nous donne.

Les suivre en ne cessant de rechercher le Christ dans notre vie pour en recevoir le message, pour l’adorer.

Les suivre en apportant à Jésus nos présents. Nous lui offrons l’or de notre vie, de nos bonnes actions, de notre amour pour lui. Nous lui offrons l’encens de notre prière, de notre union spirituelle à lui. Nous lui offrons la myrrhe de notre condition humaine que nous nous efforcerons de vivre en communion avec ses souffrances et sa mort.

Les suivre en apportant ensemble nos dons, en Eglise, nous ne sommes jamais seuls. Que nos démarches envers le Christ soient le signe d’une Communauté de foi et d’espérance.

Les suivre en comprenant que lorsque l’on a rencontré Jésus, il nous faut prendre un autre chemin, le chemin que Dieu nous indique et non les chemins qui nous plaisent.

Les suivre en ayant le souci de témoigner de celui en qui nous croyons, en cherchant non à l’imposer mais à le proposer à tant d’homme et de femmes si proches de nous et qui ignorent qu’un Sauveur nous est advenu.

En partageant la galette des Rois, en portant peut-être à notre tête la couronne de carton, souvenons-nous qu’un message essentiel nous est donné à travers l’Evangile de ce jour : En suivant l’exemple des Mages, nous porterons un jour une couronne non pour un petit moment mais pour l’éternité bienheureuse et cette couronne sera une vraie couronne, une couronne de gloire.

Amen !

Fête de l’Epiphanie

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 30 décembre 2012

Prédicateur : Georges Savoy, diacre
Date : 30 décembre 2012
Lieu : Eglise St-Laurent, Charmey
Type : radio

Chers amis, frères et sœurs de Jésus, mes frères et mes sœurs par conséquent,

Sainte famille ! Sainte famille ! Que c’est beau la sainte famille !

N’admirons pas trop ! Ca pourrait trop nous engager.

Il y a deux types de modèles. Des modèles inaccessibles. Ceux qui nous laissent à notre médiocrité et nous dissuadent d’oser même entreprendre un changement personnel en vue de les imiter. Des modèles accessibles, qui sont à notre portée, parce qu’ils reflètent notre vie, assument les difficultés de nos vies. Ces modèles-là nous mettent en chemin. La Sainte Famille est-elle un modèle accessible ?

Il semble que non.

Voyez plutôt !

Il y a entre les personnes de cette famille, dite Sainte – et elle l’est, l’Eglise nous l’affirme – des distances objectivement intolérables pour tout homme, toute femme et tout enfant normalement constitués. Or nous sommes normalement constitués.

Regardons les personnages de cette bien curieuse histoire racontée pour nous par Luc aujourd’hui : L’histoire de Jésus perdu par ses parents, retrouvé après trois jours en situation inattendue. Il est assis au milieu des docteurs de la Loi. Il les écoute, leur pose des questions et répond à certaines des leurs.

Premier personnage :

Un père, Joseph, qui, peu avant de commencer sa nouvelle vie de famille, est désigné comme l’époux promis, alors même que sa fiancée attend un enfant qui n’est pas de lui. Comment accueillir chez lui Marie enceinte par les œuvres d’un autre que lui ? Distance de l’infidélité – c’est ainsi que Joseph reçoit la nouvelle de la grossese de Marie – qui sépare un homme et une femme qui voudraient se promettre fidélité précisément pour la vie.

Deuxième personnage :

Un père, le père réel celui-là, désigné par l’Ange à Marie, peu avant son mariage, comme le Très-Haut envoyant sur elle son Esprit-Saint fécond. Comment Marie peut-elle imaginer que ce Dieu Très-Haut, c’est-à-dire celui qui est infiniment lointain, puisse rejoindre sa petitesse de jeune fille du petit village de Nazareth ? La distance entre ce Père et cette épouse qu’il s’est choisie est objectivement insurmontable, réellement infranchissable. Ne faudrait-il pas que, pour qu’une telle épousaille se réalise, que Dieu cesse d’être Dieu. Dieu est le Très-Haut. Et non pas le Très-Bas, que je sache.

Troisième personnage :

 

Une mère partagée entre l’amour de Dieu pour elle, son amour à elle pour lui et son amour pour Joseph, son fiancé ? Dieu ne lui demande-t-il pas de se tenir en quelque sorte à distance de Joseph ? Difficile pour Marie ! Difficile pour Joseph !

Quatrième personnage :

Un fils, Jésus, dont nous faisons mémoire de ses douze ans aujourd’hui, qui revendique devant ses parents affolés, une paternité autre que celle de son père Joseph.

Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être.

Quels parents pourraient accepter un tel discours d’un enfant qui en fait vient de manquer aux règles élémentaires de la vie en famille ? Régles qui consistent en ceci : Un enfant se doit de suivre ses parents, et ce, surtout quand il y a déplacements de foule. Pour le moins distante, l’attitude de Jésus vis-à-vis de ses parents !

Non seulement ce modèle familial est inaccessible – il n’y a que cette famille au monde pour accueillir le Fils de Dieu – , mais en plus il n’est pas souhaitable de s’y conformer, à cause de toutes ces distances.

Pourtant notre foi en Eglise nous dit qu’il y a là un enseignement, un modèle.

Où le modèle ? Où la sainteté du modèle?

Une lecture attentive de Luc va nous aider à répondre à cette question.

Les parents sont stupéfaits. Joseph – c’est son habitude, dans le texte biblique tout au moins – ne dit rien. Marie pose une question et dit sa souffrance et celle de son mari.

Mon enfant, pourquoi nous as tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert, ton père et moi.

Comme c’est le cas au sein de beaucoup de couples, notons-le au passage, l’épouse dit la souffrance de son mari qui souffre en silence. Mais ce n’est pas là, proablement, qu’il faut chercher un modèle.

Ils ne comprennent pas. Pour nous cela paraît simple, nous savons ce qu’il adviendra de Jésus. Pour eux, Marie et Joseph, ce n’est pas le cas. Ils souffrent. Marie, elle, dans cette incompréhension, garde néanmoins l’événement dans son cœur, c’est-à-dire dans son intimité la plus profonde.

Et Jésus, dans l’histoire, comment réagit-il ? Il descend à Nazareth avec eux, cette fois – il aurait bien pu le faire tout de suite – et il leur est soumis. Ce qui ne l’empêche pas de grandir en grâce et en sagesse, sous le regard de Dieu et des hommes.

Où donc le modèle ? Où donc la sainteté du modèle ?

Il l’est, le modèle, elle l’est, la sainteté, dans toutes ces distances constatées entre les personnages de cette histoire. Et notamment, fondamentalement dans la distance qui constitue le rapport de Dieu avec sa création, avec toutes ses créatures.

Et s’il y a modèle dans la Sainte Famille, c’est dans la façon qu’elle a de gérer en famille ces distances, la Sainte Famille.

Enfants que nous avons tous été et que nous restons vis-à-vis de nos parents vivants ou morts, mais vous aussi les enfants d’aujourd’hui, sachons qu’il y a une sainte façon de quitter son père et sa mère. Celle qui consiste à poser à vos parents les vraies questions, tout en leur restant soumis. C’est la façon de Jésus, Dieu-Fils.

Nous tous, les parents d’aujourd’hui, sachons que toutes séparations, toutes distances, celles qui s’installent entre nous, mari et époux, celles qui s’installent entre nous et nos enfants, sont autant d’espaces offerts au renouvellement du respect mutuel, qui est la tonalité privilégiée de l’amour. C’est de cette façon que Marie et Joseph vivent leur relation entre eux et avec Jésus.

Parents qui avez perdu un enfant, croyez – et que personne ne dise que la foi est facile – , croyez que la séparation de la mort, dont Marie fera l’expérience, est encore cet espace offert au renouvellement de votre relation avec lui, au renouvellement de sa relation avec vous. Vous n’en avez pas fini avec lui, ni lui avec vous. Il y a marge pour un progrès relationnel pacifiant.

Pourquoi est-elle sainte, cette façon de vivre dans la famille les inévitables distances, les inévitables séparations ? Parce que c’est la façon de procéder de Dieu Père vis-à-vis de Jésus. A peine l’a-t-il engendré qu’il le livre à la fragilité d’une famille d’adoption, qui n’a pour richesse que la foi de ses parents.

Et pour vivre en famille cette sainteté, il n’est pas nécessaire – ni suffisant d’ailleurs – que la famille soit normale, comme on dit de façon irréfléchie, c’est-à-dire constituée selon les lois de l’état et de l’Eglise. Cette sainteté est tout autant la santé possible des familles décomposées ou recomposées. Elle est une ressource pour les enfants aimés, comme pour les mal aimés, pour les enfants entourés de parents qui s’aiment et vivent encore ensemble comme pour les enfants abandonnés, pour les enfants adoptés et leurs parents comme pour les enfants en orphelinat.

Pourquoi est-il si universel ce modèle familial ? Parce que Dieu est Dieu et ne veut en perdre aucun. Parce que Dieu, le Très-Haut, le tout autre, le tout lointain s’est fait le Très-Bas, le tout semblable et le tout proche. Sans jamais s’imposer. Sans obliger ni contraindre.

C’est parce qu’il est le plus lointain tant il est grand, que, se faisant proche et petit, il peut nous aimer d’un amour qui libère.

C’est parce qu’il est le plus lointain tant il est grand, que, nous faisant proche de lui, nous pouvons l’aimer en toute liberté du cœur.

Nos familles sont le creuset de cet amour mutuel.

Dimanche de la Sainte Famille

Lectures bibliques : 1 Samuel 1, 20-28; 1 Jean 3, 1-2, 21-24; Luc 2, 41-52

Homélie du 25 décembre 2012

Prédicateur : Père Jacques le Moual
Date : 25 décembre 2012
Lieu : Eglise St-Laurent, Charmey
Type : radio

Nous avons célébré cette nuit la naissance du Christ, celle d’un tout petit enfant placé dans une crèche auprès de Marie sa mère et de Joseph son père qui le contemplent. On peut y ajouter le bœuf et l’âne, de même que quelques bergers. Sans oublier quelques moutons.

Cette naissance fut d’abord annoncée à des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les environs : « Aujourd’hui leur dirent les anges, le Sauveur vous est né. » Ils partirent aussitôt à sa recherche : L’ayant trouvé, ils n’eurent rien de plus pressé que de le faire connaître à leur tour.

Ainsi comme celle de cette nuit, la liturgie que nous célébrons ce matin célèbre le mystère de la naissance du Fils de Dieu sur terre, mais avec des textes bibliques qui attirent l’attention sur d’autres aspects du mystère.

Dés le début de son Evangile, comme vous venez de l’entendre, saint Jean veut nous faire comprendre que si, à tant d’égards, l’enfant de Marie et de Joseph est un enfant comme les autres, il est d’un autre point de vue très différent de tous les enfants qui sont nés à la même époque que lui.

Ce matin, jour de fête d’une naissance, plus que jamais, nous sommes invités à poser un long et profond regard de foi sur cet enfant.

Mais qui est-il cet enfant ? et que veut-il?

D’abord qui est-il ?

Cet enfant vient de Dieu. Plus encore il est le Fils de Dieu devenu homme pour parler aux hommes au nom de son Père du Ciel. D’où le nom qui lui est donné : « Le Verbe de Dieu », c’est-à-dire sa Parole Vivante.

Lui qui était auprès de Dieu, il est aussi de nature divine. Il est le Fils Dieu. Or ce verbe qui était Dieu, il est venu chez nous. Il est venu vivre sur notre terre. Il s’est fait réellement homme. Il est aussi le reflet resplendissant de la gloire du Père. En lui Dieu vient chez nous, en lui Dieu nous révèle son visage. En regardant l’enfant de Bethléem nous apprenons la dignité humaine telle que Dieu nous l’enseigne.

Ensuite, que veut-il cet enfant ?

Il veut éclairer et guider les hommes vers son Père : Mieux encore il veut nous communiquer sa propre vie pour que par lui avec lui et en lui nous devenions fils Dieu, enfant de lumière. Illuminés par le Christ nous aurons à cœur de faire bénéficier nos frères de cette lumière.

Alors ce matin puissions-nous nous émerveiller encore devant la crèche, non seulement en pensant à ce qu’est devenu un jour le Verbe de Dieu, il est devenu un tout petit enfant mais en pensant aussi à ce que cet enfant est venu nous offrir. Il est venu nous offrir de devenir enfants à notre tour enfants de Dieu, enfants de lumière.

Pouvait-il nous arriver quelque chose de plus extraordinaire !

Pour cette très grande grâce sachons rendre grâce, sachons dire Merci.

A chacun et à chacune d’entre vous, par les ondes, la communauté paroissiale de Charmey vous souhaite une bonne et sainte fête de Noël : fête de la lumière, fête de l’espérance par excellence.

Bon Noël à tous et à toutes.

Messe de la nativité du Seigneur

Lectures bibliques : Isaïe, 52 7-10; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Homélie du 25 décembre 2012

Prédicateur : Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris
Date : 25 décembre 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Paris
Type : radio

Nous avons vu sa gloire

Depuis les débuts de l’humanité, à travers tous les âges et tous les pays, les hommes ont été confrontés à l’énigme de Dieu et ils ont cherché la réponse à cette énigme. La grande difficulté a toujours été de tenir ensemble deux impératifs incontournables. Premièrement, ne pas réduire Dieu à nos imaginations sur lui ; ne pas se fabriquer un Dieu à l’image de l’homme, sinon il n’est plus Dieu. Dieu n’est vraiment Dieu que s’il est le « Tout-Autre ». Deuxièmement, comment communiquer avec ce « Tout-Autre » ? Car, s’il n’y a aucune communication avec lui, alors son existence ou son inexistence ne nous intéresse pas.

Dans notre culture moderne occidentale sécularisée, on a pensé surmonter ces difficultés en déclarant que Dieu ne nous est plus utile. Les progrès des sciences et des technologies modernes ont fait reculer ce que les anciens semblaient attribuer au mystère divin. Le monde est devenu indépendant et n’a plus besoin de Dieu pour être compris. Mais, alors, si cette conviction correspondait pleinement à la réalité, comment expliquer qu’elle ne soit pas universellement reconnue ? Comment oser sous-entendre que les autres cultures, qui ont gardé leur questionnement sur Dieu et tentent d’y répondre, seraient des sous-cultures ou des civilisations mineures ? Et encore, comment expliquer que notre homme occidental, prétendument délivré de Dieu, se rue sur toutes sortes de superstitions ou compense son angoisse de vivre par la consommation des neuroleptiques ? Lui resterait-il une question non résolue ?

La foi des juifs s’est construite sur une certitude : Dieu n’est pas comme nous, d’aucune façon, et, en même temps, il s’occupe de l’humanité qu’il a appelée à la vie. Il fait alliance avec lui. Il intervient dans son histoire et il lui envoie des messagers pour lui transmettre sa Parole. Ces « messagers de la Bonne Nouvelle » se sont exprimés sous des « formes fragmentaires et variées », comme nous le dit l’épître aux Hébreux, et leurs messages ont été soumis aux risques des interprétations diverses ou même rejetés. La foi des chrétiens, sans renoncer à la différence entre Dieu et les hommes, reçoit la naissance de Jésus, comme un accomplissement des expressions précédentes. En lui, c’est le Verbe de Dieu lui-même qui prend chair dans notre condition et notre histoire humaines. « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique. » (Jn. 1, 14)

La venue du Verbe de Dieu dans notre chair, son incarnation, est l’accomplissement de la promesse de Dieu : « D’un bout de la terre à l’autre, les nations verront le salut de notre Dieu. » (Isaïe 52, 10) C’est la source d’une espérance extraordinaire : l’humanité n’est pas enfermée dans une fatalité sans recours. Dieu a visité son peuple, il a établi sa demeure parmi nous. Cette certitude de la visite et de la présence de Dieu, est une grande cause de joie, comme nous le rappelait le récit de saint Luc à propos des bergers dans la nuit de Bethléem. Mais ces bergers sont les premiers d’une multitude d’hommes et de femmes qui reconnaissent aujourd’hui dans la naissance de Jésus de Nazareth un chemin de salut, de justice et de paix.

Aujourd’hui encore, en célébrant la naissance du Christ, nous sommes saisis par la joie et l’espérance. Nous voyons d’un regard renouvelé chacune de nos existences et la réalité du monde. Rien de ce qui est en ce monde, qui a été voulu et fait par lui ; rien de ce qui fait le tissu de l’histoire des nations et de chacune de nos existences, rien, ni la vie, ni la mort, ni aucune de nos joies et de nos peines, aucune de nos espérances et de nos déceptions, aucune de nos attentes et aucun de nos efforts, rien ne peut demeurer étranger au Christ qui a voulu devenir l’un des nôtres et qui l’est devenu en effet. Là où la méconnaissance de Dieu engendre inquiétude et désillusion, la reconnaissance de l’incarnation du Fils unique de Dieu apporte sérénité et consolation.

Tous n’ont pas la chance et la grâce d’être associés à cette joie et à cette espérance. Mais nous, frères très chers, il nous a été donné d’être introduits avec Marie, Joseph et les bergers dans la sainte nuit de la Nativité. Nous savons, de science sûre, que l’homme n’est pas abandonné à ses démons et à la mort, mais qu’il est appelé à la vie et la plénitude de la joie. Cette certitude ne nous protège d’aucune des difficultés de la vie, d’aucune épreuve. Comme tous les autres, nous sommes touchés par la maladie et la mort ; comme tous les autres, nous connaissons l’adversité ou la trahison ; comme tous les autres, nous supportons les conséquences des événements nationaux ou internationaux, les effets de la crise économique, bref, rien ne nous est épargné.

Si nous ne perdons ni la sérénité, ni la constance, ni l’espérance, ni la joie, ce n’est pas par inconscience ou insensibilité ou par une force personnelle particulière. Notre force, notre paix et notre joie, c’est la personne de Jésus, Fils unique de Dieu, né de la Vierge Marie, notre Seigneur et notre frère. En cette année de la foi, à laquelle nous a invités le pape Benoît XVI, nous sommes appelés à renouveler notre attachement à Jésus de Nazareth, lui qui a rendu visible aux yeux des hommes la présence du Dieu invisible. Que votre communion au Christ soit votre force et votre joie.»

Messe de la nativité du Seigneur

Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Homélie du 24 décembre 2012

Prédicateur : Père Jacques le Moual
Date : 24 décembre 2012
Lieu : Eglise St-Laurent, Charmey
Type : radio

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie le Seigneur. »

Avec le récit de la naissance de Jésus que nous venons d’entendre saint Luc nous fait entrer dans le mystère de Noël : mais pour reconnaître le don de Dieu dans l’humble signe d’un nouveau né couché dans une crèche, il faut la candeur des petits et des pauvres.

La scène est, certes, attendrissante et nous pouvons assurément nous laisser émouvoir. Un enfant né au hasard d’un voyage exigé par les grands de ce monde, un enfant couché dans une mangeoire d’animaux, quoi de plus ordinaire, de plus simple ? Mais voici que dans cette simplicité éclatent la puissance et surtout la bonté de Dieu. Ce nouveau né est son propre Fils, venu porter aux hommes les bienfaits de son cœur de Père. Et les anges dans le ciel chantent la gloire de Dieu. Tout est à la joie, et à la paix.

Noël, fête d’un enfant qui naît, nous invite à poser un long et profond regard de foi, de paix et de joie sur cet enfant.

A nous de le découvrir et de l’accueillir là où il vient à notre rencontre : cette nuit à l’église de Charmey ou à travers les ondes de ta RTS, ou dans votre chambre de malade ou dans votre solitude mais aussi partout où vivent des femmes et des hommes, des enfants, des vieillards. Et pour découvrir, redécouvrir l’actualité du mystère de Noël il est important d’approfondir la disponibilité de notre cœur, et le cœur de ceux que nous connaissons, de ceux qui nous entourent.

La qualité de nos cœurs conditionne la qualité de cette fête de Noël. Peut-être l’avons-nous un peu oublié. Il ne reste alors qu’un souhait à nous exprimer les uns les autres : que nos cœurs se réchauffent, qu’ils se tournent sincèrement vers Dieu et vers celui qu’il nous envoie : l’Emmanuel. Avec un cœur plein de fraîcheur et de tendresse sachons accueillir cet enfant. Noël est la fête qui nous rappelle que Dieu a voulu être un enfant, un tout petit enfant. Il a voulu être un enfant pauvre, excluant les privilèges. Né dans une crèche, mort sur une croix, le bois de la crèche préfigurait le bois de la croix.

Mais Noël nous rappelle que Dieu est amour, qu’il nous a aimés et qu’il continue de le faire. Et en cette nuit de Noël nous célébrons, nous proclamons, nous chantons l’immense amour que Dieu nous porte. Mais ne nous contentons pas de chanter et de célébrer. Aimons à notre tour. Et essayons d’entrer dans le courant de l’amour que nous rappelle saint Jean : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Noël nous dit, nous redit que seul l’amour sauve le monde.

Noël marque le début d’une étape nouvelle et essentielle dans l’évolution de l’homme. Jésus visage de Dieu est venu nous montrer le vrai visage de l’homme de l’avenir. Visage de paix, visage de force, visage de tendresse, visage fraternel : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Alors cette nuit, demain, n’hésitons pas à tendre la main, la joue, les lèvres a ceux qui nous aiment et que nous rencontrerons, n’hésitons non plus à actionner notre téléphone notre portable pour adresser à notre entourage, nos amis un message d’amour, un message d’amitié. Ce soir, cette nuit nos cœurs sont un peu plus sensibles que les autres jours.

Célébrons donc Noël de tout notre cœur, qui que vous soyez, ou que vous soyez, en vous rappelant que nous sommes tous unis dans l’amour et à la prière au fils de Marie qui nous a façonné un cœur semblable au sien : un cœur envahi par amour et toujours disponible pour aimer.

Alors à tous ceux et à toutes qui nous écoutent de par les ondes : toute la communauté paroissiale de Charmey et de la vallée de Jogne et du Javroz vous souhaite une bonne et sainte fête de Noël.

Messe de Minuit

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6; Tite, 2, 11-14; Luc 2, 1-14