Homélie du 21 octobre 2012

Prédicateur : Père Pierre Bou Zeidan
Date : 21 octobre 2012
Lieu : Eglise Notre-Dame de la Prévôté, Moutier
Type : radio

Dominer versus Servir…

Chers auditeurs et auditrices, je ne sais pas si vous le savez, mais la communauté qui accueille une messe radiodiffusée écoute les infos de 9h avant que ne commence l’eucharistie. Je ne connais pas les raisons de cette habitude mais je la trouve intéressante. Assis dans l’église, chacun peut entendre l’actualité de Suisse et d’ailleurs avant que ne débute notre célébration. Cela nous permet ainsi d’élargir notre horizon, mais aussi d’offrir à Dieu les joies et les peines de notre monde, spécialement aujourd’hui, dimanche de la Mission universelle.

En moins de deux minutes, la radio nous présente des thèmes variés, presque contradictoires. Les thèmes récurrents de ces derniers dimanches sont divers et variés, j’en retiens deux : la guerre en Syrie et le lancement d’un appareil de téléphonie mobile dernier cri.

La disparité des préoccupations des gens de notre monde est frappante !

D’un côté un peuple qu’on massacre, de l’autre un produit qu’on lance ;

D’un côté, des gens qui cherchent l’essentiel pour eux : survivre ; de l’autre, des consommateurs qui cherchent le luxe…

Eh bien, chers frères et sœurs cette disparité des préoccupations de nos contemporains, nous la retrouvons aussi dans les lectures proposées par la liturgie de ce dimanche…

D’un côté, un juste attaqué et broyé par la souffrance d’après la première lecture d’Isaïe ; de l’autre, les grosses pointures, Jean et Jacques rusent pour s’assurer la meilleure place, une place de luxe… On se croirait en pleine campagne électorale.

Disparité ? Disais-je? En est-ce vraiment une ?

Dans les cas du juste attaqué et des situations d’atrocités vécues par les victimes de guerre, comme dans la recherche de la première place et de la volonté de vendre toujours plus aux consommateurs… il s’agit d’une même et seule réalité, celle de domination et de pouvoir : « Les grands, nous dit Jésus, font sentir leur pouvoir et les chefs commandent en maîtres… » et les disciples tombent dans le piège du pouvoir.

Ne sourions donc pas de la demande des deux fils de Zébédée, cousins de Jésus. Ces tentations n’épargnent personne. Tous les êtres humains cherchent à dominer, toutes les entreprises font pression pour se placer aux premiers rangs des chiffres d’affaire et de rentabilité excessive…

La passion la plus élémentaire serait-elle donc la volonté de puissance ?

Cela semble vrai puisqu’il nous arrive d’aduler les premiers, les plus forts, les plus riches, les gagnants.

Cette passion de domination, presque universelle, traverse les frontières et les différents aspects de l’activité des êtres humains… La tentation de dominer et l’abus d’autorité peuvent se rencontrer dans les écoles, dans les églises et même au sein des familles. il y a des épouses et des enfants opprimés et même battus, il y a des maris et des gosses terrorisés.

Face à ce besoin de la nature humaine, la parole de Jésus est décapante : La grandeur, la noblesse est dans le service ! c’est ce que Jésus a dit, répété et vécu jusqu’au risque même de sa vie. La priorité n’est pas au succès, au prestige, mais au service. Le service gratuit. Un service à risques.

Or, il y a des services très périlleux. Par exemple, militer et protester contre l’oppression, l’exploitation de l’homme par l’homme peut même conduire au martyre.

Comme l’argent, l’autorité n’est pas mauvaise en soi. Pour Jésus, la responsabilité n’est pas une domination, mais avant tout un service étendu aux hommes, ouvert au monde… Ceux qui sont grands devant Dieu, ce ne sont pas ceux qui se font servir, mais ceux qui servent.

Ceux qui seront aux bonnes places, ce ne sont pas ceux qui se contentent d’en rêver, mais ceux qui imiteront le Christ, en buvant la coupe des épreuves comme lui, en devenant serviteur comme lui qui a donné sa vie en rançon pour les autres… voyez, c’est diamétralement opposé à l’esprit de domination… c’est le renversement des valeurs. Servir de façon désintéressée, jusque dans la souffrance face aux ingratitudes ou aux agressivités, ce n’est pas facile.

Les partis politiques se disent au service des citoyens, les syndicats affirment être au service des travailleurs, les médecins se veulent au service des malades, les professeurs au service des élèves, les parents au service des enfants, les curés au service des paroissiens… mais qu’en est-il dans la réalité ?

Les meilleurs chefs sont ceux qui savent faire participer leurs subordonnés. Les meilleurs professeurs sont ceux qui savent susciter l’initiative de leurs étudiants. Les meilleures paroisses sont celles où les fidèles participent le plus à tous les services. Le mot latin « auctoritas » (autorité) vient de la racine faire croître, augmenter. Pour Jésus, c’est bien cela : l’autorité est le service qui aide les personnes à grandir, à devenir elles-mêmes responsables. Le vrai chef est celui qui sait écouter, comprendre, mettre en valeur et respecter…

Chers frères et sœurs, chers auditeurs et auditrices, le Christ nous invite à prendre au sérieux nos responsabilités dans le monde, que nous vivions ici à Moutier, en Suisse ou ailleurs.

Il nous invite à bien exercer le pouvoir… avec cette conception radicalement nouvelle qu’il nous rappelle aujourd’hui : « Le Fils de l’homme est venu pour servir »… Il faut donc apprendre à donner plutôt qu’à dominer.

Cet engagement est à la portée de tous… servir les autres, les valoriser, les faire grandir…

Aujourd’hui, nous accueillons la parole du Seigneur, aussi bouleversante qu’elle soit ; accueillons-la comme un cadeau…

Elle ne fera certainement pas disparaître les rencontres avec l’injustice, l’inégalité, l’atrocité et la souffrance des innocents… Mais sa Parole habitera notre cœur et notre esprit… Elle nous poussera à nous engager au service des autres… Elle nous mettra en route ; elle balise la route pascale de chacun de nos quotidiens…

Ainsi, nous serons, nous aussi porteurs de vie et de sens, et notre parole sera cadeau pour les autres. A vrai dire, chaque jour deviendra « journée missionnaire ». Amen»

29e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Isaïe 53, 10-11; Hébreux 4, 14-16; Marc 10, 35-45

Homélie du 14 octobre 2012

Prédicateur : Gaby Noirat, diacre
Date : 14 octobre 2012
Lieu : Eglise Notre-Dame de la Prévôté, Moutier
Type : radio

Quelle drôle de question pose cet homme à Jésus : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

Il me semble que pour recevoir un héritage, il n’y a rien à faire ! Il suffit simplement d’être le « fils de » et de le prouver, si besoin est.

Notre homme, qui est très riche, pense comme un riche. Les choses se gagnent, ou s’achètent. Ainsi doit-il en être de la vie éternelle. Il est certainement sincère, et le regard aimant que Jésus porte sur lui le montre bien, mais il semble étranger au langage du don et de la grâce.

La vie éternelle, le Salut, le Royaume de Dieu, la plénitude de la vie en Dieu, cela ne se gagne pas, cela se reçoit.

Et pour le recevoir, il faut être héritier, donc se considérer déjà soi-même comme fils.

La réponse de Jésus pourrait être formulée ainsi : « Te sens-tu fils de Dieu et vis-tu ce lien filial en suivant les commandements ? »

« Oui, répond l’homme, et cela depuis ma jeunesse ». Il est en ordre avec la Loi et mérite donc le titre de fils, du moins au sens de sa religion.

Jésus apporte cependant une autre dimension inséparable de la filiation : c’est la fraternité. Les Béatitudes sont venues accomplir la Loi et les Commandements.

Ce n’est pas par hasard que, quand il cite les commandements, il omet les commandements envers Dieu et les devoirs religieux auxquels on s’attendrait d’abord, pour insister sur les commandements envers le prochain. Et comme il a affaire à un homme très riche, il en rajoute un : ne fais de tort à personne. En effet derrière la richesse se cache souvent une injustice.

« Une seule chose te manque : Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres…puis viens et suis-moi ».

Une double invitation et un avertissement.

Une première invitation à partager ses biens, ce qui lui permettra ainsi de se rendre libre pour la seconde invitation : suivre Jésus. Avec cet avertissement : suivre Jésus, c’est le suivre sur le chemin de Jérusalem, là où il donnera sa vie pour nous. Cela comporte donc une part de renoncement, voire de souffrance, et même de persécution pour ses contemporains.

Le Royaume de Dieu que Jésus annonce et auquel tous sont invités, où il n’y a plus « ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni l’homme et la femme (Ga 3,26) », ce Royaume est un Royaume d’amour, de justice et de paix. On ne peut le désirer et en même temps construire sa vie sur le profit et le pouvoir, qui sont les valeurs de base de la richesse. Il y a incompatibilité. « Vous ne pouvez servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’argent » (Lc 16,13).

Le partage n’est pas une condition pour obtenir le bonheur éternel, mais c’est le fait de partager qui produit du bonheur, de la justice et de la paix. Le Royaume de Dieu s’expérimente dans la fraternité.

La richesse matérielle n’est pas une interdiction mais un empêchement pour vivre les béatitudes du Royaume.

Vous avez déjà essayé de passer une porte avec une grosse valise dans chaque main. Vous n’y arrivez pas. Il n’est pourtant pas écrit « Interdit aux porteurs de deux grosses valises ». Donnez une de vos valises à quelqu’un qui n’en n’a pas et vous passerez tous deux aisément l’obstacle.

N’en déplaise à certaines Eglises américaines, la réussite sociale et financière n’est pas un signe de bénédiction divine. Pas au sens de l’Evangile en tous cas.

Elle est dure, la Parole de Dieu. Elle est tranchante et pénètre au plus profond de nous-mêmes, là où ça fait mal,… jusqu’au portemonnaie, pourrait-on rajouter à la lettre aux Hébreux. Nous avons tous envie de nous en aller tête basse, car beaucoup d’entre nous avons de grands biens.

Bien sûr, il y a toujours plus riche que nous.

Il y a ces richesses scandaleuses qui ne savent pas où déposer leurs milliards, entre la France ou la Belgique, au lieu de se demander s’il est acceptable qu’une personne possède autant d’argent à elle seule, alors que partout on ferme des usines, faute de liquidité, dit-on.

Il y a ce politicien qui disait à la radio : « Il faut que la population suisse se rende compte qu’on a besoin des riches pour notre économie ». Monsieur, distribuez un milliard entre mille familles et vous verrez que l’économie se portera tout aussi bien.

Oui, elle fait mal, la Parole de Dieu. Elle touche là où on n’ose pas toucher.

Et nous, qui pensons vivre modestement, nous savons bien que notre confort est construit sur l’exploitation des ressource naturelles de pays où des enfants triment encore dans des mines, pour ne pas mourir de faim.

Alors, c’est foutu ? Personne ne peut y arriver, dirons-nous avec les disciples.

« Pour l’homme, cela est impossible, mais pas pour Dieu », répond Jésus.

Nous ne savons pas ce que l’homme riche a fait finalement, après avoir quitté Jésus. Peut-être s’est-il assis au bord du chemin et s’est-il mis à prier, pour que Dieu lui donne la force de changer son cœur et sa vie.

Peut-être a-t-il relu, comme nous ce matin, ces lignes du livre de la Sagesse : « J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi ».

« Car tout est possible à Dieu ».

Amen.

28e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Sagesse 7, 7-11; Hébreux 4, 12-13; Marc 10, 17-30

Homélie du 07 octobre 2012

Prédicateur : Père Pierre Bou Zeidan
Date : 07 octobre 2012
Lieu : Eglise Notre-Dame de la Prévôté, Moutier
Type : radio

Chers frères et sœurs,

Il vous arrive peut-être comme moi de vous émerveiller devant la nature, par exemple devant une fourmi transportant une petite graine ou une brindille vers la fourmilière. Sa capacité à porter jusqu’à 60 fois son poids, pour peu qu’on soit attentif à ce « détail » si proche de nous, est impressionnante.

Et bien il y a quelques temps, un article de journal m’a édifié également : il m’apprenait que le cœur humain bat environ – tenez-vous bien ! – 100’000 fois par jour, soit en moyenne 3 milliards de fois durant une existence humaine. Un chiffre hallucinant si l’on y réfléchit bien : le cœur humain est d’une résistance extraordinaire, lui aussi capable d’une force presque inimaginable, de fournir une somme d’énergie colossale sur la durée ! L’occasion de s’émerveiller encore un peu plus de cette Création qui ne doit décidément rien au hasard. Et pourtant, aussi forte que soit notre pompe, elle finit tôt ou tard par « lâcher ».

Dans les textes bibliques de ce dimanche, il est aussi question de battements de cœur, de ces battements qui s’emballent lorsque naît une relation amoureuse entre un homme et une femme. De ces battements qui se transforment parfois en arythmie cardiaque…

Mais les difficultés rencontrées par les couples dont parle le passage de l’Evangile de ce jour, c’est également bien souvent pour nos contemporains une question qui fâche quand ils évoquent l’Eglise catholique, à qui ils prêtent fréquemment l’intention de contrarier la société, d’être en porte-à-faux par principe avec les idées du monde.

La question du couple et du mariage est un sujet de controverse, aujourd’hui comme au temps de Jésus. Les pharisiens qui viennent au-devant de Lui utilisent cette thématique pour le piéger, le prendre en défaut, trouver prétexte pour le critiquer et lui coller un procès.

« – Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Cette question divisait les spécialistes du droit religieux à cette époque. Si Jésus répond par « oui » ou par « non », il lui sera forcément reproché sa prise de position par l’une ou l’autre des parties : soit il sera taxé de laxiste, soit de rigoriste. Une manière de l’enfermer dans un des deux camps et de le stigmatiser.

Mais Jésus ne se laisse pas prendre au piège, il déjoue la tactique en renvoyant à la source de ce débat : « – que vous a prescrit Moïse ? » Et si Moïse avait fixé un cadre à la répudiation de l’épouse, c’était pour adoucir une pratique de toute façon déjà existante à l’époque chez les israélites. Une pratique qui était doublement injuste, puisqu’elle était seulement réservée aux hommes, et en plus la femme était souvent répudiée pour des raisons futiles.

Jésus prend alors dans la discussion un peu de hauteur, pour réajuster le débat : « – C’est en raison de votre endurcissement que Moïse a formulé cette loi ». En évoquant le texte de la Création, que nous avons entendu dans la première lecture, Il renvoie à l’intention originelle du Créateur. Créés homme et femme, dans la dualité et la complémentarité des sexes, les humains sont « à l’image de Dieu ». La grandeur de leur union se situe là, ils sont appelés à être le reflet de Celui qui leur a donné la vie.

En citant le livre de la Genèse, au chapitre 2, Jésus rappelle que « l’homme quittera son père et sa mère, qu’il s’attachera à sa femme et que tous deux ne feront plus qu’un ». De nos jours, les humoristes ont vite fait d’interroger cette affirmation. L’un d’eux disait : « Dans le mariage, l’homme et la femme ne font plus qu’un, reste à savoir lequel »…

mais il ne s’agit bien sûr pas de promouvoir le mariage comme une fusion de deux êtres : ils ne font plus qu’un, en ce sens où leur couple est une entité particulière, unique au monde, mais elle est aussi formée de leurs deux particularités. Ils sont appelés à n’être plus qu’un… couple, tout en restant deux… personnes.

Jésus, le Messie, l’envoyé de Dieu, vient donc redire l’intention du Créateur à propos de l’humanité. Il a de l’ambition pour elle, qui s’accompagne d’un appel et d’une certaine exigence. Mais Il ne tombe pas dans le rigorisme des pharisiens, Il est tout accueil pour chacun, quel que soit sa situation de vie en regard de la loi. On le voit lorsqu’Il choisit des publicains comme amis, dans sa manière très libre de s’approcher de ceux que l’on considère alors comme impurs, les lépreux, les pécheurs, dont Marie-Madeleine qu’Il accueille de façon inconditionnelle là où tous la condamnent. Jésus ne veut pas s’en tenir au légalisme, il vient nous appeler à tisser des liens plus profonds et plus vrais, mais avec une compréhension et un non jugement qui évitent à la personne de se sentir écrasée. En quelque sorte, Jésus ouvre ses bras pour mieux ouvrir les cœurs.

Cette attitude, à la fois exigeante et bienveillante, peut et doit nous inspirer pour aujourd’hui : en tant que chrétien, comment est-ce que je regarde ceux qui traversent des difficultés, quelles qu’elles soient, et en particulier des difficultés de couple ? Comment est-ce que je me pose en juge ou en soutien ? Tout être humain a ses fragilités, moi y compris. L’institution ecclésiale rappelle régulièrement combien l’amour, pour être vrai, a ses exigences. Elle ne communique probablement pas toujours de manière idéale sur ce sujet. Mais l’Eglise, pour accueillir chacun dans ce qu’il vit, n’a pas d’autres relais que nous, les baptisés d’ici, de notre région, de notre coin de pays. A nous d’être ces porteurs d’espérance, ces annonceurs de Bonne nouvelle, ces contagieux de l’Amour reçu de Dieu.

Un Amour qui a fait des merveilles au cœur même de la Création : alors comme le dit Adam à propos d’Eve qui lui est donnée pour compagne dans le récit imagé de la première lecture, nous pourrons nous exclamer au sujet de la Vie et de cette planète qui la porte (je paraphrase, c’est juste une traduction pour aujourd’hui) : « – Oh ! Quelle est belle ! C’est le top ! Merci Seigneur, c’est encore mieux que ce que j’espérais ! »

Cette prière, Seigneur, nous qui sommes dans cette église et unis bien au-delà, grâce aux ondes de la radio, nous te l’offrons maintenant, ensemble. AMEN.»

27e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Genèse 2, 18-24; Hébreux 2, 9-11; Marc 10, 2-16

Homélie du 30 septembre 2012

Prédicateur : Chanoine François Roten
Date : 30 septembre 2012
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

« Madame, Monsieur, pour vous, rien que pour vous, nous avons sélectionné l’offre exclusive suivante. »

Mes sœurs, mes frères,

Nos boîtes aux lettres sont remplies de tels messages publicitaires, d’offres exclusives (ou qui en donnent l’impression), d’offres VIP, d’invitations à des ventes privées réservés à quelques initiés triés sur le volet…

Car les publicistes l’ont bien compris : on peut vendre à des êtres humains qui aiment à être considérés spécialement, à se sentir quelqu’un de particulier, hors de la masse ; on peut vendre à des gens qui ont besoin de se savoir différents des autres.

Rien de nouveau sous le soleil puisque déjà du temps du Christ, le groupe des apôtres a les mêmes travers humains. Ayant reçu de Jésus la mission d’aller chasser les démons, les disciples supportent mal de voir un étranger à leur groupe avoir le même succès en exorcisme… N’ont-ils pas été formés et envoyés, eux, spécialement par Jésus ? L’exclusivité de l’exorcisme n’appartient-elle pas uniquement à ceux qui ont été mandatés par Jésus ? A ce petit groupe choisi de disciples pas comme les autres ? Rien qu’à eux, exclusivement ?

Dimanche dernier, nous avons été témoins du fait que les disciples, sur la route de Jérusalem, discutaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand. Cette semaine, nous entendons saint Jean s’indigner de voir que ce qu’il pensait être une exclusivité apostolique ne l’est pas.

Nous restons toujours aux mêmes préoccupations de préséance, de prestige, de volonté de puissance… Si la semaine dernière la peur de la concurrence était interne au groupe des apôtres (« qui est le plus grand parmi nous ? »), cette fois la concurrence vient de l’extérieur. De ceux qui agissent hors du groupe des apôtres, au nom de Jésus, mais non mandatés par lui.

Il est intéressant de noter l’adjectif possessif utilisé par saint Jean qui se fait le porte-parole des douze dans cette affaire : cet homme, « n’est pas de ceux qui nous suivent ». Jean ne dit pas « ceux qui te suivent » mais bien ceux qui nous suivent. Pour lui, il semblerait que l’on ne peut réaliser des prodiges et des guérisons au nom du Christ que dans la mesure où l’on est explicitement chrétien, où l’on fait partie du groupe défini de ceux qui accompagnent Jésus.

Pourtant saint Jean devrait bien se souvenir que, quelques temps auparavant, les disciples n’avaient pas réussi à chasser certains démons et qu’il avait fallu l’intervention de Jésus en personne pour y parvenir. Appartenir au groupe ne suffit donc pas ; ce n’est pas le seul critère de réussite… Devant l’insuccès de ses apôtres, Jésus avait précisé que certaines sortes de démons ne pouvaient être vaincus que par la prière, c’est-à-dire non par l’appartenance à un groupe mandaté par Jésus-Christ, mais par une relation intime personnelle avec Dieu.

C’est tout le secret du cœur qui est là en jeu, ce cœur de chaque homme que Dieu connaît pleinement, mais dont les autres êtres humains ne peuvent qu’ignorer les pensées. Aussi « Ne jugez pas pour ne pas être jugés »…

Revenons à saint Jean. Lorsque ce dernier veut empêcher la concurrence étrangère, il agit par lui-même, sans demander à Jésus ce qu’il convient de faire, car il se sent concerné lui aussi : il défend ses prérogatives autant que celles de Jésus !

Et Jésus, à nouveau, invite ses disciples à faire un pas, à prendre de la hauteur dans leurs considérations et leurs jugements : il les met en garde contre l’intolérance et la volonté de puissance, de domination. Lui qui avait expliqué qu’il convenait d’accueillir un enfant comme s’il était le Christ en personne, il demande à nouveau de n’exclure personne, de ne juger personne. « Qui n’est pas contre nous est pour nous».

Car l’Esprit de Dieu souffle où il veut, comme il veut, quant il veut.

Et donc être pour Jésus, agir pour lui, exige du croyant d’adopter une attitude d’ouverture permanente à l’action de l’Esprit qui est à l’œuvre dans le cœur de tout homme, de toute femme de bonne volonté. Il convient de toujours cherche à discerner dans le visage de notre prochain le visage de Dieu, de développer une largeur de vue, de cœur et d’esprit qui nous ouvre à l’accueil constant de la Divinité.

C’est un art difficile, car il exige une disponibilité de tout instant, car on ne sait jamais où et comment l’Esprit va se manifester.

La tentation est grande de penser avoir la main sur l’Esprit Saint, de penser que l’Esprit est réservé aux baptisés, ou aux pratiquants réguliers, ou à tel groupe, telle communauté, tel ministère au sein de l’Eglise.

L’évangile de ce jour nous met en garde contre tout sectarisme, car nous n’avons pas nécessairement l’Esprit avec nous parce que nous sommes chrétiens, mais bien parce que nous sommes des femmes et des hommes aimés de Dieu. L’Esprit Saint est donné à tous, il n’est pas réservé à quelques privilégiés. C’est sa présence au cœur de l’homme qui confère sa dignité à l’homme, une dignité telle qu’elle passe avant tout, car elle nous relie déjà au salut, tant l’amour de Dieu veut le bien de tous.

Voilà pourquoi il nous faut tout faire pour ne pas ternir nos âmes, pour ne pas être entraînés vers la terre. Alors que la Vie de Dieu est déjà en nous, nous sommes invités à rester des veilleurs vigilants dont les cœurs ne sont pas obnubilés par l’amas d’argent et les plaisirs du monde, par un esprit enfermé dans ses certitudes, ses prérogatives et ses habitudes (cf. lettre de Jacques).

Comme le Seigneur fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Matthieu 5,45), il nous faut, mes frères, mes sœurs, apprendre à voir avec la largeur de vue qui est celle de Dieu.»

26e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Nombres 11, 25-29; Jacques 5, 1-6; Marc 9, 38-48

Homélie du 30 septembre 2012

Prédicateur : Mgr Markus Büchel
Date : 30 septembre 2012
Lieu : Cathédrale de Saint-Gall
Type : tv

Après des journées riches de rencontre et de travail dans le cadre du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, nous sommes maintenant reliés à une grande communauté de téléspectateurs et de croyants de différentes langues et cultures. Ensemble, à l’issue de cette conférence, nous célébrons notre foi.

Nous rencontrons dans l’Eucharistie le Christ au travers de la parole et du sacrement.

Vous, chers invités, vous repartez aujourd’hui ou demain, dans tous les pays de l’Europe, avec le devoir de diriger l’Eglise locale et de renforcer la foi au travers de la prédication. Un gros défi social et spirituel dans les mutations vertigineuses de notre temps !

Qui a visité, ces derniers mois ou semaines, la ville de St-Gall n’a pas pu passer à côté du grand jubilé de Gall. Des moines irlandais ont traversé l’Europe il y a 1400 ans et ont, par leur témoignage de vie et leur prédication, transmis un fondement spirituel chrétien qui a nourri une culture chrétienne qui s’est développée au cours des siècles. Le visiteur peut s’étonner du contraste entre la petite cellule du moine Gall, reconstituée sur la place du monastère, au milieu des bâtiments de l’énorme monastère de style baroque, au centre d’une ville consciente de sa propre valeur. C’est le symbole de l’essor au cours des siècles d’un commencement pourtant fort modeste.

Au début, il y avait un homme épris de Dieu avec une forte aura et aujourd’hui une communauté ecclésiale qui se bat pour sa place dans un monde sécularisé…

Dans ce champ de tensions me sont venues à l’esprit les paroles du cardinal Carlo Maria Martini, récemment décédé et qui comme président du Conseil central des conférences épiscopales d’Europe a aussi souvent séjournée à St Gall. Dans une interview, peu avant sa mort, il disait :

« L’Eglise des pays prospères de l’Europe et de l’Amérique est fatiguée. Notre culture est vieille, nos églises sont grandes, nos maisons vides, l’organisation prolifère, nos rites et vêtements sont fastueux. Mais expriment-ils ce que nous sommes aujourd’hui ? Est-ce que nos biens culturels dont nous prenons soin servent la Parole, servent encore les hommes et les femmes ? Ou au contraire entravent-ils nos énergies si fortement que nous ne pouvons plus bouger, quand un besoin nous presse ? »

Tout cela, on le retrouve dans les documents importants de la CCEE qui travaille depuis des décennies sur le thème de l’évangélisation de l’Europe.

Sur ce même thème, un grand synode des évêques va commencer à Rome dans les prochaines semaines. Dans ce contexte, la question que pose le Cardinal Martini, un homme de sagesse de par sa grande expérience de vie spirituelle et aussi son expérience de la souffrance, doit être une question centrale : Est-ce que les biens culturels dont nous prenons soin servent la parole, servent-ils les hommes et les femmes d’aujourd’hui ? Expriment-ils ce que nous sommes aujourd’hui ? Je souhaite et je prie que toutes ces réflexions et tous ces efforts pour une nouvelle évangélisation soient accompagnés par une grande confiance en l’efficacité du Saint Esprit et par le souci de reconnaître ce que sont et où sont les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Chers participants à cette messe, ici dans l’Eglise ou chez vous.

Nous sommes invités à suivre le Christ en nous allégeant grâce à la foi. Les lectures bibliques de ce dimanche nous indiquent la voie à suivre.

Moïse conduit le peuple de Dieu de la captivité en Egypte vers la liberté – mais le chemin à travers le désert est ardu et pénible, le futur incertain. Le peuple grogne et cherche à revenir, Moïse, tout seul, est dépassé et sollicite l’aide de Dieu. Dans le livre des Nombres, nous lisons : « Le Seigneur descendit dans la nuée pour s’entretenir avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les septante anciens du peuple. Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; bien que n’étant pas venus à la tente de la Rencontre, ils comptaient parmi les anciens qui avaient été choisis, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser. »

L’Esprit va où il veut, il se diffuse aussi auprès des autres. Dans le Nouveau Testament, le Christ partage les dons de l’Esprit sur toutes celles et tous ceux qui sont prêts à le recevoir. Le Concile Vatican II compare l’Eglise avec le peuple de Dieu cheminant à travers le temps. Comme pasteurs du peuple, puissions-nous reconnaître, encourager et rendre fructueux, au service de l’Eglise, les appels et les dons de l’Esprit qui sont offerts aux hommes. La nouvelle évangélisation suppose avant tout d’ouvrir les cœurs et les oreilles à la Parole de Dieu et de redécouvrir la communauté chrétienne remplie de l’Esprit.

Dans la lettre de Jacques, la communauté est confrontée à une autre forme de captivité : l’enfermement dans les choses de ce monde, dans le bien-être et dans les possessions. Les hommes qui profitent de la vie et du monde sont exhortés à ne pas perdre des yeux la richesse plus profonde de la vie. Beaucoup d’hommes aujourd’hui sont en quête de valeurs intérieures. Qui laisse sa vie se transformer par l’amour du Christ, sait que le Fils de l’homme lui demandera au moment du jugement comment nous avons pris soin des plus pauvres, des plus méprisés parmi nos frères et sœurs. C’est ainsi que nous est indiqué, de manière très claire, la place de l’Eglise dans la société actuelle. C’est pourquoi nous sommes très reconnaissants pour chaque engagement des chrétiens en faveur des plus pauvres et avant tout pour les causes pour lesquelles le Pape Benoît XVI ne cesse de nous interpeller en matière de paix, de liberté et de justice.

Comme troisième impulsion, tirée de l’Evangile de Marc, Jésus est en opposition avec le mal, l’ennemi, mais il ne connaît aucun fanatisme quand il s’agit de l’humain. La parole de sagesse : « Celui qui n’est pas contre nous est avec nous » nous ouvre aujourd’hui à une attitude d’ouverture afin d’aller vers toutes les femmes et tous les hommes de notre temps, d’aller les chercher là où ils sont, de les accompagner dans une bonne communauté et les conduire sur le chemin vers le Christ qui dit de lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. »

Prions aujourd’hui pour obtenir cet amour libérateur, l’amour du Christ et du prochain qui offre courage et confiance contre toutes les désespérances et contre toutes les résignations.

Adaptation en français : Evelyne Oberson, CCRT/RTS»

Messe des Nations

Lectures bibliques : Nombres 11, 25-29; Jacques 5, 1-6; marc 9, 38-48

Homélie du 23 septembre 2012

Prédicateur : Pasteur Pierre Wyss
Date : 23 septembre 2012
Lieu : Temple de Delémont
Type : radio

Avec « Notes d’Equinoxe », ce week-end, ici à Delémont, est placé sous le signe de l’universalité de la musique. Alors, pas besoin d’aller cherche trop loin le thématique de cette prédication, – c’est du tout cuit ! Je vous invite donc à nous saisir de cette notion d’universalité. « Universel », un mot que nous retrouvons d’ailleurs, tout à l’ heure, dans notre liturgie, lorsque nous réciterons le Credo : « Nous croyons la sainte Eglise universelle », comme le disent les Réformés, « Nous croyons la sainte Eglise catholique » comme le disent les catholiques. Cette petite différence terminologique vaut la peine d’être clarifiée, d’autant plus dans le cadre de ce culte œcuménique. En Grec, langue originale du Credo, « universel » se dit « katholikos », adjectif que l’Eglise catholique a repris tel quel, alors que les Réformés ont simplement traduit ce terme par « universel », pour les francophones du moins !

Ceci dit, je vous propose, dans une première phase, à réfléchir un peu et de manière globale à ce terme « universel » avant de resserrer notre propos sur la manière dont Jésus envisage l’universalité de la foi, à travers le texte de l’Evangile de Matthieu que nous avons entendu tout à l’ heure. Vous verrez, c’est plutôt décapant !

Commençons donc par les généralités ! On le sait, ce qui fait la beauté de la création, c’est la diversité, diversité du monde minéral, diversité du monde végétal, diversité du monde animal, diversité ethnique dans l’humanité. Que le monde serait terne et ennuyeux, s’il n’y avait qu’une sorte de pierre, de végétaux et d’animaux. Cela pourrait fonctionner mais serait terriblement ennuyeux. Non ! l’œuvre créatrice de Dieu a visé la diversité, les nuances, l’altérité. C’est cela qui fait le charme et la beauté de la création.

Mais le fil rouge qui traverse cette heureuse diversité, c’est précisément l’universalité. Et l’universalité, c’est ce lien profond qui fait que ce multiples éléments si divers ne sont pas isolés et absolument étrangers les uns par rapport aux autres. Eh oui ! La recherche de l’universalité est une manière de dire :

« Je ne veux pas être seul dans et avec ce que je suis ». J’ai besoin d’être en lien avec tout ce qui m’entoure. Et pour que ce lien puisse s’établir, il faut que je trouve quelque chose de moi-même dans l’autre et vice versa. C’est la condition minimale de toute possibilité de communiquer. Incroyable, – l’exemple est peut-être exagéré mais cela joue même avec un bloc de calcaire. Eh oui ! un atome de carbone de ce bloc de calcaire est exactement le même qu’un atome de carbone de mon corps. C’est déjà un début dans une relation même si cette relation avec un bloc de calcaire ne mène pas très loin ! Mais universalité de la matière tout de même …

Sur le plan humain, nous sommes souvent confrontés à des situations dans lesquelles, a priori, tout nous sépare : l’ethnie, la langue, la culture, la religion, la cuisine. Je peux bien sûr mettre en avant toutes ces différences et ainsi ériger un mur de la non-communication. Ou alors, plus positivement, je peux essayer de traverser ces séparations et chercher chez cet autre si différent, ce que nous avons de commun. Cela n’est rien d’autre que la de bienheureuse quête de l’universalité. Je le répète la quête de l’universalité est une manière de dire : « Je ne veux pas être seul dans et avec ce que je suis », besoin fondamental d’avoir un vis-à-vis, un répondant.

Ne pas être seul dans ce que je suis… Voilà peut-être ce qui pousse les astrophysiciens à aller voir inlassablement, aussi loin qu’ils le peuvent, s’il n’y aurait pas de vie sur un autre planète. La vie biologique, n’est-elle que le propre de notre petite planète perdue dans l’immensité de l’univers ou est-elle un phénomène universel ? On attend toujours la réponse.

Arrivés à ce point, nous pouvons affirmer que la conscience et la recherche de l’universalité est une sagesse, une démarche bonne en soi, quelque chose en phase avec nos convictions religieuses, dans le sens où elle vise à maintenir et établir des relations qui s’inscrivent dans l’amour, dans le meilleur des cas.

Mais hélas, comme une pièce de monnaie a toujours deux faces, la sagesse de l’universalité a aussi son revers. L’universalité devient perverse quand elle devient pensée unique, totalitarisme ou mondialisation économique. Et cette perversion ne touche pas seulement le monde politico-économique mais aussi la religion en général et notre christianisme lui aussi. Désolé de devoir le dire mais la religion chrétienne n’échappe pas à la tentation de la pensée totalitaire ! Dès qu’une église, dès qu’une communauté chrétienne se déclare seule dépositaire de la vraie foi chrétienne et du Saint-Esprit, cette église n’est plus universelle mais totalitaire. Qui aurait envie de dire : « Je crois la sainte église totalitaire » ?

Frères et sœurs ! A partir de là, je vous invite maintenant à observer comment le Christ profile l’universalité de la foi.

Voici donc, cet officier romain qui pénètre le cercle des auditeurs juifs de Jésus pour lui demander de guérir son serviteur malade. Nous sommes tellement habitués aux textes bibliques que bien souvent nous ne voyons plus la tension interne de ce texte.

Pour bien visualiser la tension qu’il y a dans notre texte, c’est un peu comme si lors de la dernière guerre, un officier SS était entré dans une synagogue pour aller consulter un rabbin ! Bref ! Cet officier réunit tout en lui tout ce qu’il faut pour ne pas aller vers le Christ :

  • Un païen polythéiste qui eu égard à sa fonction de chef militaire romain doit sacrifier aux dieux de la guerre
  • Un chef des troupes d’occupation de l’ancien Israël
  • un paria haïssable tant le plan politique que religieux.

D’ailleurs, Jésus lui-même dit son étonnement en le voyant s’approcher pour lui demander une faveur : « Quoi ? Toi, tu viens me demander une guérison » ! Et cet officier est loin d’être niais se met à argumenter. Notez bien qu’il ne dit pas à Jésus : « Oui, je sais, je ne suis qu’un pauvre païen, oppresseur de ton peuple. Mais je suis prêt à changer, prêt à te suivre, à me faire baptiser, à demander ma carte de membre… » Rien de tout cela. Chose remarquable, l’officier garde sa ligne et va puiser ses arguments dans sa propre expérience de militaire. Cet homme a l’habitude de donner des ordres et aussi l’habitude de voir ses ordres exécutés.

Conclusion : Par expérience, cet homme a une claire conscience de l’efficacité de la parole, une parole qui n’est pas langue de bois ou bla-bla mais une parole efficiente, efficace. « Alors, toi Jésus, de ton côté, dis une seule parole et mon serviteur sera guéri » !

Frère et sœurs, c’est maintenant le moment du renversement : Jésus reçoit cinq sur cinq les arguments et la demande de l’officier païen, arguments de cet homme qui croit à l’efficacité de la parole… celle de Jésus, en l’occurrence.

C’est maintenant aussi que Jésus va jeter le gros pavé de l’universalité dans la mare des particularités religieuses. « Amen, je vous le déclare, je n’ai jamais vu une aussi grande foi en Israël » ! Dire cela, c’est déjà beaucoup, une vraie provocation. Mais Jésus pousse encore le bouchon un peu plus loin en déclarant qu’un homme tel que celui-ci devancera les fils d’Israël devant Dieu !

Evidemment, en entendant cela, les chrétiens que nous sommes, se donnent du coude et rigolent puisque ce sont de nouveau les Juifs qui en prennent pour leur grade ! Vision commode, facile et simpliste parce que la translation est vite faite si l’on ne veut pas neutraliser ce texte mais y entendre une parole pour nous. Voilà ce que nous avons à entendre aujourd’hui : Face au dernier paria religieux, entendre le Christ nous dire : « Amen, je vous le dis, je n’ai jamais vu une si grande foi dans vos églises, toutes dénominations comprises » !

Ce passage de l’Evangile nous montre, à l’évidence, que l’universalité de l’Eglise ou des églises ne se joue pas sur le terrain de nos compromis institutionnels, de notre reconnaissance ou non reconnaissance réciproques. L’universalité de foi se joue exclusivement dans notre face à face avec le Christ en dépit de qui nous sommes et d’où nous venons. Et si nous redoutons ce face à face avec le Christ à cause de ce que nous sommes, pensons au pedigree de l’officier romain ! Nous avons encore de la marge, me semble-t-il.

Amen

Textes bibliques : Sophonie 3,12-20 ; Galates 3, 26-29 ; Matthieu 8, 5-13 (référence)

Homélie du 23 septembre 2012

Prédicateur : Père Marie-Dominique Goutierre
Date : 23 septembre 2012
Lieu : Eglise Saint-Germain, Savièse
Type : tv

Il y a quelques instants, nous entendions ce verset : « Dieu nous appelle à partager la gloire de Jésus ». Telle est la fécondité de l’évangile. Fécondité du fruit que les vignes taillées portent en abondance pour la joie de notre cœur – comment ne pas évoquer aujourd’hui le vin du Liban dont parle l’Écriture ? Mais surtout, fécondité glorieuse de cette Vigne du Père que Jésus est lui-même : « Moi, je suis la Vigne, et mon Père est le vigneron » ; « ce qui glorifie mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit ».

L’évangile est une Personne. Non pas un livre, ni une doctrine, ni une morale ! Mais quelqu’un qui est le Vivant. Mort, grain de blé tombé en terre pour porter beaucoup de fruit, et ressuscité pour la gloire du Père et nous sauver, c’est-à-dire pour nous unir à Lui, de sorte que nous vivions sa propre vie, son propre amour, sa propre béatitude éternelle.

Être chrétien, c’est accueillir par la foi une Personne : le Fils éternel du Père ; c’est le recevoir, lui qui s’est fait l’un de nous. En le recevant, nous devenons enfants de Dieu ; et nous le sommes.

Fruit éternel de la fécondité de la Vie du Père, il s’est fait tout proche de nous : il est devenu le Fils de Marie parce qu’il est le Fils éternel du Père. Il est le tout-petit qui, éternellement, reçoit tout du Père et donne tout au Père dans l’amour.

Ce tout-petit, s’est manifesté à nous : il s’est donné aux hommes en se faisant le Fils de Marie ; et au milieu de nous, il s’est abaissé, il s’est anéanti jusqu’à la mort de la Croix. Dans cette Terre Sainte où nous sommes aujourd’hui en esprit, s’est accompli ce mystère de Dieu au milieu des hommes : petitesse joyeuse de Bethléem, petitesse douloureuse de la Croix.

Il est difficile d’être vraiment chrétien car, en recevant cette initiative de Dieu, c’est lui-même, et non pas l’homme seul, qui est devenu le cœur de la vie humaine. Sa propre plénitude de vie nous est donnée, ce qui ne détruit pas l’homme, mais l’élève et l’agrandit à la taille de Dieu. Rien plus que le christianisme n’a grandi l’homme, puisqu’en recevant Jésus, nous recevons Dieu qui s’est fait homme pour que l’homme devienne fils de Dieu.

Comment cela est-il possible ? Grâce à l’amour : un amour qui nous fait naître « d’en-haut » à chaque instant. Seul l’amour nous permet de nous quitter nous-mêmes pour recevoir quelqu’un d’autre pour lui-même, dans sa propre personne.

Le Christ est dérangeant : il nous déloge, nous décentre de nous-mêmes. Ses Apôtres eux-mêmes, nous dit l’évangile, ne comprenaient pas et avaient peur de l’interroger !

L’histoire des hommes est ponctuée par cette épreuve… mais elle se renouvelle par la victoire de l’Amour dans le cœur des saints : ces amis de ce Dieu qui s’est fait l’ami des hommes. Eux ont accepté de se laisser bouleverser, de le recevoir Lui, par la foi, l’espérance et l’amour. Telle est la gloire, c’est-à-dire la plénitude de Vie, qui nous est promise.

Cette béatitude, nous la vivons dès maintenant si nous laissons l’Esprit Saint nous transformer, faire de nous des enfants de Dieu : « Ce sont ceux qui sont mus par l’Esprit Saint qui sont enfants de Dieu », nous dit saint Paul. Les 7 lumières portées par ces jeunes au début de la messe symbolisent le chemin de lumière et d’amour que nous inaugurons aujourd’hui en communion avec nos frères du Liban. Chemin qui s’ouvre à la Croix du Christ et nous conduit à la plénitude de l’amour et de la vie.

La Croix du Christ est glorieuse, elle est ce signe de Vie. De malédiction, elle est devenue signe de bénédiction, parce qu’elle est le lieu de la Révélation et de la communication du plus grand amour : un amour victorieux des plus grandes luttes, de l’échec apparent, des contradictions les plus profondes.

C’est ce signe, et c’est le Fleuve inépuisable de lumière et d’amour jaillissant du Cœur blessé du Christ, qui nous met en communion avec nos frères chrétiens d’Orient : en Irak, en Iran, en Arabie saoudite, en Syrie, en Arménie, en Turquie, et tout particulièrement au Liban où notre Pape se trouvait il y a quelques jours. Les hommes peuvent bien fermer leur porte au Christ ! Mais le Christ est partout et aucune porte ne l’arrête, parce qu’il est le Sauveur de tous les hommes, sans aucune exception.

Ce chemin il est le chemin des béatitudes évangéliques dont la clé est l’amour : un bonheur plénier nous est promis, à nous qui étions malheureux, blessés, meurtris, pécheurs :

Chemin de pauvreté dans l’adoration, qui nous libère de l’égoïsme.

Chemin de douceur, qui nous libère de la dureté de nos opinions et nous permet de conquérir tous les cœurs au Christ.

Chemin de purification dans les larmes, qui nous libère de toutes nos idoles.

Chemin de désir ardent pour la justice, dans la force des martyrs.

Chemin de miséricorde, dans le pardon donné sans compter.

Chemin de pureté du cœur pour voir Dieu, qui nous libère de tous nos intégrismes.

Chemin de paix, car TOUT homme est appelé à rencontrer le Christ et à être fils de Dieu.

Tant que nous sommes sur la terre, c’est aussi un chemin de persécution : de cela, le Seigneur nous parle ouvertement ! En Orient, comme en Occident, cela est on ne peut plus actuel. Devant cela, la Joie divine doit nous transfigurer : celle qui jaillit d’une plénitude d’amour plus forte que toute haine, que tout péché, que tout refus.

En communion avec nos frères chrétiens d’Orient, soyons donc les témoins joyeux de cette Bonne Nouvelle : le Seigneur s’est fait l’un de nous pour que nous devenions semblables à lui. La clé en est l’Amour.

Homélie du 16 septembre 2012

Prédicateur : Abbé Jean-Robert Allaz
Date : 16 septembre 2012
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

«Pour vous, qui suis-je ?»

Mes frères, mes sœurs et amis,

Les sondages d’opinion n’existaient pas, ni les médias, pas même le CCRT…, le bouche à oreille permettait tout de même de connaître l’indispensable des faits et des paroles! Pourtant, c’est bien à ce jeu que se livre Jésus en direct avec ses disciples.

«Pour vous, qui suis-je ? » Les réponses fusent, diverses, mais toutes avec une connotation religieuse et des références aux figures marquantes de l’Ancien Testament.

Le porte-parole des disciples Pierre, avec déjà l’âme du chef, donne la bonne réponse, à l’image des questions-réponses du catéchisme de mon enfance.

A l’attente d’un compliment pour ce «0 faute», Jésus révèle bien plus que Son identité, livrant l’enjeu de Sa vie, qui mènera par la souffrance au Mystère de la Rédemption.

Nous voilà bien plus loin et plus haut que le quiz sur les personnalités vétérotestamentaires de l’histoire du Salut!

Un Messie, oui, bien sûr, mais envoyé pour sauver l’humanité de ses misères, pour rétablir pleinement dans sa dignité et sa relation d’amour avec Dieu, celui qui a été créé à Son image et à Sa ressemblance. La surprise est de taille pour les disciples, aurions-nous réagi autrement ? Rabroués comme Pierre refusant la souffrance et s’opposant au destin du Père à travers son Fils Sauveur !

Jésus révèle l’existence de la souffrance non seulement dans sa vie, mais aussi dans celle des hommes, à plus forte raison auprès de ceux qui veulent marcher à sa suite et prétendre au titre et à la vocation de disciples.

Jamais Jésus ne niera l’existence du mal et de la souffrance, échecs sur terre, mais il sera toujours prêt à nous défendre, comme nous le rappelle Isaïe, ce matin, dans la prophétie du Serviteur Souffrant.

Dans notre pays, ce dimanche se veut traditionnellement celui du Jeûne Fédéral, ou, comme je le préfère: la fête fédérale d’Action de grâce. En fait de Jeûne, nous y reviendrons plus longuement dans le temps du Carême. J’aimerais vous rappeler l’importance de l’élément prière de ce jour, car l’Action de Grâce, c’est dire notre reconnaissance, notre merci à Dieu. Il serait bien sûr tentant de nous taper sur le ventre pour nous manifester notre satisfaction, dans un pays qui ne va pas si mal, souvent jalousé par ses voisins au milieu d’une Europe passablement chahutée!

Et pourtant, en ces temps de reprise scolaire, j’aimerais vous rendre attentifs à cette remarque du carnet journalier : peut faire mieux! A mi-chemin entre la satisfaction et l’insuffisance! Pour nous chrétiens, en Suisse, qui revendiquons l’importance de cette fête d’Action de Grâce, un examen de conscience, un retour sur soi s’impose où en sommes-nous?

Si notre référence est l’Evangile, qui en matière de l’amour et du respect de la vie, de la naissance au moment et à la façon de mourir ? Quel regard portons-nous sur l’ensemble de la migration, l’accueil des uns et des autres au-delà de leurs origines, de leurs cheminements, de leurs cultures et de leurs expressions ? Notre drapeau suisse ne porte-t-il pas une croix blanche en son milieu, comme une référence indélébile à un certain Sauveur pas toujours accueilli et compris Lui aussi?

Ce dimanche, dont l’organisation pastorale et liturgique repose sur l’ensemble des confessions chrétiennes reconnues dans notre pays, n’est-il pas un appel à grandir sur le chemin de l’unité ?

Le Christ accueillait tous ceux qui venaient à lui, à l’exemple des centurions et autres soldats romains, même pas juifs… Quel partage voulons-nous avec les grandes religions monothéistes de notre pays, spécialement avec le Judaïsme et l’Islam et bien au-delà encore avec d’autres religions et croyances, partageant comme nous le respect et l’amour de tout être humain ?

Quant au partage des biens matériels, l’Evangile fourmille de paraboles, ayant pour but de nous faire comprendre que l’amour du prochain n’est pas une branche à option, puisque semblable à l’amour de Dieu!

« Pour vous, qui suis-je ? » Permettez-moi de répondre avec vous : Seigneur, Comment te suivre?

Amen.

Dimanche du Jeûne fédéral

Lectures bibliques : Isaïe 50, 5-9; Jacques 2, 14-18; Marc 8, 27-35

Homélie du 09 septembre 2012

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 09 septembre 2012
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

Chers frères et sœurs, chers amis,

Je ne sais pas si vous avez remarqué : le sourd muet, guéri par Jésus, « parlait aussitôt correctement ». Cela veut dire qu’il savait parler et qu’il avait déjà entendu le langage des hommes.

Il n’était donc pas sourd et muet de naissance. Il est devenu sourd et muet.

Je me suis dès lors demandé comment on devient sourd et muet.

À force de recevoir des coups, des railleries, des mépris, à force de subir des incompréhensions, des frustrations, une personne peut se fermer complètement, et ne plus dire un mot, et ne plus entendre. Sourde et muette… et c’est aussi violent qu’un handicap qui aurait des origines purement physiques.

Et nous voilà tous plus ou moins concernés, de plus ou moins forte manière. Il y a des moments dans la vie, où nous vivons des agressions si fortes que nous n’avons plus de mots pour répondre… et nous voilà muets pour un moment plus ou moins long.

Il y a des moments dans la vie, où nous avons entendu tant de choses blessantes que nos oreilles se ferment d’elles-mêmes et que nous ne pouvons plus rien entendre… et nous voilà sourds pour un temps plus ou moins long.

Comme dit la sagesse populaire, la grande douleur est muette… et, peut-on ajouter, souvent elle rend sourd.

Puis, je me suis demandé : comment guérit-on, quand on est devenu sourd et muet, parce qu’une grande douleur nous a fermés ?

Et j’ai repensé à un témoignage que j’avais lu il y a quelque temps. Il s’agit d’un homme, un prêtre. Il a passé un long temps dans les camps de concentration pendant la guerre. De retour à Paris, il est complètement désemparé. « Je me sentais comme un lame d’épée sans fourreau, dure, nue et froide ; j’avais soif d’humanité.» Il rencontre alors une femme, qu’il connaissait. « Nous nous sommes pris dans les bras, longtemps, et j’ai senti la vie qui remontait en moi. » Evidemment, ils n’ont pas pensé à la bagatelle ; ils avaient bien autre chose à vivre : une renaissance, une réouverture de l’être.

J’ai compris alors pourquoi Jésus avait guéri ce sourd muet d’une façon si étrange. D’abord, il le mène à l’écart. Loin des bruits et de la fureur qui ont traumatisé cet homme au point qu’il ne pouvait plus ni parler, ni même entendre. À l’écart dans un lieu de paix, de silence, d’intimité même.

Puis, il fait des gestes qui correspondent aux gestes thérapeutiques de l’époque. Il lui met les doigts dans les oreilles. Il met de sa salive sur la langue du muet. Mais ces gestes sont bien plus qu’une thérapie. Ils nouent une relation de confiance : Jésus met sûrement beaucoup d’amour et même de tendresse dans ses gestes. On peut même dire que mettre de sa salive sur la langue de l’autre, c’est un échange très fort, presque intime. Par ces gestes, l’humanité, la confiance, l’ouverture remontent chez cet homme qui était devenu sourd et muet.

C’est seulement après qu’intervient une parole. Mais une parole si importante qu’elle nous est gardée dans la langue même de Jésus : Effata, ouvre-toi.

Effata : pour moi, c’est la définition même de l’homme à hauteur d’Evangile. Ouvre-toi : l’homme aux bras ouverts, l’homme au cœur ouvert. C’est l’aventure de toute la vie : devenir un homme aux bras ouverts, au cœur ouvert. Et c’est pourquoi cette parole, Effata, est dite sur nous jour de notre baptême, comme pour marquer notre destinée.

Voilà donc notre sourd et muet qui parle et qui entend, qui est guéri de ses fermetures et qui s’ouvre peu à peu. Il nous apprend deux choses essentielles, qui nous rassurent et qui nous engagent.

D’abord, si nous y consentons, Jésus nous touche au cœur pour nous guérir, pour nous ouvrir.

Et pis, nous pouvons devenir en toute simplicité des « guérisseurs », au meilleur sens du terme, à la manière de Jésus. En offrant de l’humanité, de la confiance, du respect, de la paix (avant et au-delà des mots), nous pouvons aider les personnes blessées à s’ouvrir. Et nous ouvrons nos bras et notre cœur par le fait même. Effata, ouvre-toi. Amen.

Lectures bibliques : Isaïe 35, 4-7; Jacques 2, 1-5; Marc 7, 31-37

Homélie du 02 septembre 2012

Prédicateur : Abbé François Dupraz
Date : 02 septembre 2012
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

L’Evangile de ce jour parle donc du dedans et du dehors, de l’intérieur et de l’extérieur. Et ce qui importe avant tout, dit Jésus, c’est l’intérieur, c’est le cœur : Si le cœur est bon, tout l’être sera bon ; s’il est pur, tout l’être sera pur. Il en va différemment bien sûr s’il ne l’est pas…

Un simple coup d’œil en nous-mêmes suffit à nous persuader que notre cœur, on doit bien le reconnaître, n’est jamais totalement bon ou totalement mauvais. Il y a un peu de tout… là au fond de notre cœur…

Il importe donc – les textes de ce jour nous y appellent avec insistance – d’être attentif à ce qui se passe en nous et de cultiver les qualités de nos cœurs pour qu’ils deviennent peu à peu lumineux, aimants, compatissants, bons, généreux, justes, purs…

Comment faire ? Comment cultiver les qualités de nos cœurs ? L’apôtre Jacques invite – c’est notre 2e lecture – à « accueillir humblement la Parole de Dieu semée en nous ». « Accueillir humblement la Parole de Dieu semée en nous… » voilà une bonne piste.

Le livre du Deutéronome appelle dans le même sens à « considérer les commandements de Dieu et à les mettre en pratique ».

Autrement dit, Parole de Dieu / Commandements de Dieu / Evangile du Christ… voilà des points de référence fondamentaux à garder devant soi pour qui aspire à cultiver son cœur et à le rendre de plus en plus semblable au cœur de Jésus Lui-même – Jésus doux et humble de cœur – et donc à vivre en état de grâce ou tout simplement en amitié avec Lui…

La proximité de la Parole est source de sagesse, de savoir faire, de savoir vivre, de savoir être…

Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi une telle puissance de fécondation dans la Parole de Dieu ? Parce que la Parole de Dieu, précisément, est Parole… de Dieu. C’est une parole vivante (…) qui agit au plus intime de nos cœurs : « Parole du Seigneur – déclare le Seigneur en Isaïe – la parole qui sort de ma bouche, ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission ».

Oui, il convient de le dire et le redire en une époque ou LA Parole est si souvent ensevelie sous les paroles des hommes: pour qui aspire à vivre en fils (…), la Parole du Dieu vivant est une source principale où puiser Dieu. Une source d’eaux vives et vivifiantes toujours disponible… Je le dis en cette année où nous vivons de par tout le diocèse de magnifiques expériences de partage de LA parole à l’écoute de l’Evangile de Marc.

Nous en ferons un bouquet de fleurs samedi prochain ici même à Notre-Dame de Lausanne lors du grand rassemblement diocésain « fêter la Parole » à l’invitation de notre Père Evêque. Bienvenue à tous !

Le cœur de l’homme s’ouvre-t-il à LA Parole, encore lui revient-il de produire les fruits de cette Parole : « Mettez la parole en application, ne vous contenter pas de l’écouter ; ce serait vous faire illusion », rappelle l’apôtre Jacques en notre 2ème lecture.

Quels sont les fruits de LA Parole ? Eh bien ce sont les fruits de l’Esprit qui a inspiré cette Parole : Paul en énumère quelques-uns aux Galates mais ce n’est pas exhaustif : Les fruits de l’Esprit, dit-il, sont Bonté / Charité / Confiance dans les autres / Douceur / Joie / Longanimité / Maîtrise de soi / Paix / Serviabilité.

On le voit bien à ces fruits : la proximité avec le Dieu vivant de l’Evangile, la proximité avec la Parole de ce Dieu ô combien vivant (…) se traduit en nos vies – c’est une nécessité – par la proximité avec nos semblables…

Il m’apparaît important, de temps à autre, d’examiner notre vie à la lumière de ces fruits car c’est aux fruits que l’on reconnaît l’arbre… Un arbre bon se doit de porter de bons fruits : On ne cueille pas à l’inverse – rappelle le Christ – des raisins sur des épines ni des figues sur des ronces…

Oui ; aux fruits de la chair dont parle le Christ dans l’Evangile – ces attitudes qui blessent nos semblables – le chrétien sait opposer, car il les a d’abord imploré dans sa prière et cultivé dans son cœur, les fruits de l’Esprit.

A tous, bon chemin d’Evangile ; chemin parcouru avec Lui, Jésus-Christ ; à la lumière de Sa Parole – un jour après l’autre… ou 24 heures à la fois – au souffle de Son Esprit qui est un Esprit d’Amour. Amen.»

22e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Deutéronome 4, 1-8; Jacques 1, 17-27; Marc 7, 1-8 4-23