Homélie du 26 août 2012

Prédicateur : Père Guy Musy
Date : 26 août 2012
Lieu : Sanctuaire Notre-Dame de Tours, Cousset
Type : radio

« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

Quel collégien n’a pas déclamé dans ses lointaines études ces deux alexandrins où le vieux Corneille raconte les exploits du Cid Campeador ? Dans l’évangile de Jean, c’est le contraire qui se produit. Ils étaient une foule à manger du pain ; le lendemain, ils ne sont plus qu’une poignée – et encore ! – à vouloir suivre Jésus. Un bel échec, en vérité ! Que s’est-il donc passé?

Rien de particulier, précisément. Aucune nouvelle multiplication de pain n’était annoncée au programme. Aucune distribution gratuite de brioches dont on ramasse les miettes à pleins paniers. Cette mauvaise nouvelle suffisait à elle seule à faire fondre une foule assoiffée de miracles, de prodiges et d’exploits inédits. Il n’y aura pas de spectacle ce jour-là ! Circulez, il n’y a rien à voir. Surtout, rien à recevoir !

Mais il y a pire, si j’ose dire ! Au lieu de pain, miraculeusement sorti de ses mains, Jésus sermonne un discours sans fin et répétitif. Un long chapitre de l’évangile de Jean suffit à peine à le contenir. Habituellement les trop longs sermons précipitent le sommeil et facilitent la digestion. Mais celui-la est coriace et il énerve ses auditeurs : « Ton discours est « dur », reprochent-ils au prédicateur. Littéralement, il n’est pas mangeable. Le grec original évoque la sclérose ! Ces paroles ne sont donc pas plus comestibles que les cailloux du chemin. Elles ne valent pas le bon pain blanc qui fondait si bien dans la bouche.

Notons que nous pouvons comprendre ces récriminations. « Comment toi, Jésus, dont nous connaissons le père et la mère, peux-tu nous raconter que tu es le pain vivant descendu ciel ? Faudra-t-il que nous te mangions, comme si nous étions des anthropophages ? As-tu perdu la tête ? Tes propos tiennent du délire. Ils sont tout simplement scandaleux ». Littéralement, ils sont une pierre qui nous fait trébucher sur notre chemin d’hommes et de femmes relgieux et raisonnables.

Et tous de s’en aller, le laissant seul avec un petit groupe d’irréductibles, ceux que l’on croyait fidèles jusqu’au bout. Jésus, sans doute un peu désabusé, jette alors son regard sur les Douze. Un regard où se mêlent tendresse et défi : « Et vous, avez-vous aussi l’intention de partir ? ». Il ne leur dit pas : « Qu’attendez-vous pour partir ? », comme s’il voulait anticiper et précipiter leur lamentable débandade des jours de la passion. Il les interpelle tendrement, tout en respectant la liberté de leur choix.

Partir ou rester ? Telle est la question cruciale. Le brave Pierre, dont on ne peut mettre en doute la sincérité, croit bon répondre au nom des Douze: « Mais, à qui irions-nous ? » La belle formule ! Elle pourrait signifier : Seigneur, nous avons tout quitté pour te suivre ; nous avons brûlé nos bateaux. C’est trop tard pour commencer une autre aventure. Alors, nous continuons… ». Il me semble entendre dans la voix de Pierre celle d’un vieux missionnaire nonagénaire qui, au Rwanda, se désolait de devoir changer d’évêque. Il soupirait comme l’apôtre : « A qui irions-nous ? ». Pas d’autres solutions pour lui que de continuer avec le successeur ! Ce n’était pas la fièvre de l’enthousiasme, mais l’acceptation contrainte d’une pénible fatalité !

Et vous, voulez-nous partir, vous aussi ? Et moi-même, ai-je l’intention de partir ? Beaucoup, ces dernières décennies, ont pris cette décision. Pour la plupart, elle ne fut même pas une décision. Ils ont pris conscience un beau matin qu’ils n’étaient plus chrétiens, littéralement qu’ils n’adhéraient plus au Christ et à son message. Je ne parle pas ici de ceux et celles qui quittent l’Eglise sur la pointe des pieds sans trop savoir pourquoi, ni de ceux et celles qui claquent bruyamment la porte parce qu’ils ne supportent plus de voir le pape apparaître à la télévision, parce que la tête de leur curé ne leur revient pas ou qu’ils rechignent à payer leurs impôts ecclésiastiques. Je parle de ceux qui affichent des motifs sérieux et qui, comme les Juifs d’autrefois, disent carrément à Jésus : Ton discours est imbuvable. Je vais voir ailleurs ! Ils ne sont pas légion ceux qui vont jusqu’au bout de ce refus. Ils sont comme des assoiffés qui meurent au bord d’un puits, sans avoir la force ou l’envie d’y puiser. Ou comme la semence de la parabole qui n’a pas trouvé de terrain profond pour germer. Le soleil est venu et a brûlé tous les germes d’évangile demeurés en surface.

Il est vrai que le message du Christ est dur et que la bonne nouvelle est paradoxale. Pourquoi ? Parce que la vie éternelle dont parle Jésus n’est pas en droite ligne de la vie facile que nous cherchons tous à mener ici-bas. Il y a un hiatus profond entre l’ici-bas et l’au-delà. La croix y trouve son socle et son point d’ancrage. Elle fait apparaître la vérité qui fait fuir. Elle annonce un renversement de valeurs où le petit et le pauvre tiennent la première place. Où le perdant – le looser – l’emporte sur celui qui habituellement cartonne sur les stades, dans les arènes du pouvoir et du show business ou encore sur les relevés bancaires. Suivre Jésus c’est accepter que le plus faible soit en réalité le plus fort, celui sur lequel on crache soit placé au sommet de la hiérarchie. Et, finalement, que le cadavre qu’on descend dans une fosse ou abandonne au crématoire s’ouvre à une nouvelle vie. Dans la même logique, c’est accepter aussi qu’un morceau de pain puisse porter les germes de la vie éternelle.

Qui peut croire à ce message sans que Dieu ne l’aide à donner son adhésion ? Qui peut y croire, sans se donner soi-même corps et âme au Christ, comme à l’être le plus aimé ? Quand on aime, on ne compte pas, on ne calcule pas. On se donne avec une entière confiance, sans réticence ni réserve. L’amour précède la foi, l’enveloppe et lui donne sa profondeur, son envergure et son élan.

Alors, à la question : à qui irions-nous ? nous n’allons pas répondre que nous restons à cause de notre âge, de nos habitudes acquises, parce que nous n’avons plus l’énergie de changer de route. Mais nous restons, parce que Toi, Jésus, Tu es le grand amour de notre vie. Nous te faisons confiance. Même si tes paroles sont dures, nous savons qu’elles conduisent en vie éternelle.

Alors, Pierre, Jean, Joseph, Arthur, Félicie, Jeannette ou Marie-Louise m’aimes-tu ?

Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime. Je te suivrai jusqu’à la fin.

Lectures bibliques : Josué 24, 1-2, 15-18; Ephésiens 5, 21-32; Jean 6, 60-69

21e dimanche du temps ordinaire

Homélie du 19 août 2012

Prédicateur : Père Guy Musy
Date : 19 août 2012
Lieu : Sanctuaire Notre-Dame de Tours, Cousset
Type : radio

Carpe diem !

Je connais en Romandie un restaurant qui ouvre largement ses portes devant le portail d’un centre funéraire. Avec cette enseigne particulièrement aguichante, écrite en latin, s’il vous plaît ! : CARPE DIEM. Je traduis et paraphrase très librement cette invitation adressée aux survivants qui sortent du cimetière ou du crématoire : Cueillez le jour présent, profitez de la vie, vivez à plein régime. L’heure sonnera bien assez tôt quand viendra votre tour de passer par la porte du non retour.

Carpe diem ! La formule véhicule une certaine sagesse, je dirais plutôt un gros bon sens populaire qui nous fait soupirer à l’annonce du décès d’un contemporain : «Ouf ! J’y ai échappé cette fois-ci. Faisons la fête et buvons un coup !».

« Carpe diem ! La maxime serait-elle compatible avec notre foi chrétienne ? J’ai longtemps pensé que ce n’était pas le cas. Jusqu’au jour où j’ai lu ces deux mots inscrits sur un cadran solaire, perché sur un clocher catholique valaisan. Ce ne pouvait donc être une invitation à la débauche et au dévergondage, sous prétexte que de toute façon demain nous mourrons ! Je le comprenais plutôt comme une exhortation à mieux vivre le temps qui nous reste, à commencer par le moment présent. Je me suis souvenu alors de ce verset du psaume : « Apprends-moi, Seigneur, à bien mesurer mes jours ! » Et surtout à en apprécier la valeur.

Pourquoi tenir ce matin ces propos alarmistes qui peut-être seraient mieux en situation dans une prédication de la Toussaint ou du Jour des Morts ? C’est parce que Paul, dans la lecture que nous venons d’entendre, fait clairement allusion au « Carpe diem », lui aussi. S’adressant à des chrétiens fraîchement convertis, il leur dit : «Mettez à profit le temps présent ! ». On pourrait aussi traduire :«Rachetez le temps présent ». Sauvez-le, transformez-le, faites-en quelque chose de beau, de grand, de généreux et de saint. Engagez-vous dans cette œuvre de rédemption, de régénération! Et pourquoi cette mobilisation ? Parce que Paul constate que les jours sont mauvais et que le monde va mal.

Nous n’avons donc rien inventé. Ce n’est pas d’aujourd’hui que date cette jérémiade. Au premier siècle déjà, on se plaignait que le monde allait mal. Beaucoup estiment aujourd’hui qu’il n’a fait qu’empirer depuis. On me rapportait ces derniers jours le vœu d’un pèlerin de Lourdes. C’était un vieux monsieur de nos contrées qui disait à ses enfants : « Je vais à Lourdes prier pour un grand malade ». Et ses proches de s’inquiéter pour savoir de qui il parlait. Il leur répondit gravement : Je vais prier pour le monde qui est très malade ! ». Une généreuse intention sans doute qui allait au-delà des lamentations habituelles. Car il ne sert à rien de se lamenter sur l’état du monde. Il faut plutôt travailler à le changer. Et pour ce faire, Paul n’envoie pas ses chrétiens à Lourdes. Mais il leur donner des directives très claires, des consignes qui devraient les aider à passer à travers les turbulences de ce monde, prétendu mauvais. Elles pourraient nous être très utiles à nous aussi.

Tout d’abord, nous dit Paul : n’ajoutez pas votre propre misère à la misère du monde. De grâce, n’en jetez plus ! Cela suffit comme cela. Libérez-vous de vos vices qui ne peuvent qu’aggraver la situation générale. Ne vous plaigniez pas de la malice du monde, si vous-mêmes êtes mauvais. Commençons donc par balayer devant notre porte, par nous convertir et nous guérir.

La deuxième consigne de Paul est plus positive. En tout temps, bon ou mauvais, rendez grâce, remerciez Dieu. Etonnez-vous que le monde soit encore si beau, que le soleil se lève chaque matin, que des enfants vous sourient, qu’il y ait autour de vous tant de personnes qui vous veulent du bien, vous aident et vous aiment. Si nous parlons de réhabiliter notre temps, de racheter notre époque, c’est donc qu’elle n’est pas complètement perdue. La grâce vient au secours de notre monde. Elle le relève et l’élève. Le Verbe de Dieu n’aurait pas pris notre chair, ne serait pas descendu parmi nous, si l’humanité et son environnement n’avaient été que stupre, violence et mort. Non. Il est venu guérir un malade qui vivait encore. Employons-nous donc à repérer et à cueillir toutes les fleurs de renouveau et de résurrection, plutôt qu’ajouter des propos négatifs au pessimisme ambiant.

La dernière consigne est surprenante. Notre Paul, plutôt barbon, n’a rien d’un Mozart ou d’un Schubert. Et le voilà qu’il nous entraîne à chanter. Les choristes qui sont ici présents ou à l’écoute apprécieront. Bien sûr, il ne s’agit pas de Rock oz Arènes, mais d’un répertoire assez précis. Paul parle de psaumes chantés. Nous y sommes accoutumés. Mais encore d’autres pièces liturgiques qu’il appelle hymnes. Et surtout de compositions personnelles inspirées, celles qui sortent spontanément du cœur quand on est heureux de vivre. Et Paul ajoute : « chantez ensemble et de tout votre cœur ». Comme si notre concert allait sauver le monde.

Le Titanic peut donc couler, mais l’orchestre demeure sur le pont et joue jusqu’au bout sa partition. Dans cette vallée de larmes, les chrétiens jouent aussi leur partition.Une symphonie à la joie, comme celle du vieux Beethoven frappé par une lourde surdité. Ils demeurent à leur poste, comme une source de joie profonde. Même si les éléments sont déchaînés et menacent la barque qui les porte, les chrétiens trouvent des raisons de chanter encore. Ils ressemblent alors à ces trois jeunes gens, dont parle le livre de Daniel, qui chantaient au milieu des flammes le cantique de la création.

Alors, frères et sœurs, il ne nous reste plus qu’à donner de la voix, mais en harmonie. Pour que le monde soit beau et que nous ayons du plaisir à cueillir et recueillir ses meilleurs moments.»

Lectures bibliques : Proverbes 9, 1-6; Ephésiens 5, 15-20; Jean 6, 51-58

20e dimanche du temps ordinaire

Homélie du 15 août 2012

Prédicateur : Don Italo Molinaro
Date : 15 août 2012
Lieu : Sanctuaire de Madonna del Sasso, Orselina (TI)
Type : tv

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides» :
ce sont les paroles les plus fortes du Magnificat, que nous venons d’entendre. Par ces mots, Marie proclame la présence de Dieu dans l’histoire humaine: sa petite histoire de femme, mais aussi l’histoire de son peuple, de son temps, de son passé et de son avenir, qui est formé par toutes les générations du monde.

Nous aussi, à travers cette messe télévisée nous essayons d’annoncer cette présence divine concrète, en associant les mots de Marie aux images et à la musique. Il s’agit d’une tentative nouvelle rendue possible par la technologie, mais si on réfléchit bien, on se rend compte qu’il s’agit d’un exercice profondément traditionnel parce que ce cantique de Marie est né comme de la poésie et la poésie est un texte qui sort de lui-même et se projette vers nous avec force!

Le Magnificat lui aussi a toujours jailli vers l’extérieur du livre et est devenu d’abord chant et musique et ensuite a inspiré la peinture, les images, et même le Sacro Monte ici à Locarno. Aujourd’hui, nous avons osé présenter le Magnificat avec les images d’actualité, avec les visages et les personnes dans lesquels nous reconnaissons quelque chose de la réalité de Dieu dans l’histoire.

Sur les images qui ont illustré notre Magnificat, c’est avant tout l’histoire de gens simples qui ont rendu grâce à Dieu par de beaux ex-votos de la tradition populaire. Mais nous avons aussi inséré des scènes «politiques», comme la chute du mur de Berlin.

Il y avait également des figures humbles et fortes de notre temps, comme Mère Teresa, le pape Jean, l’Abbé Pierre, et même des figures extérieures à la tradition chrétienne, comme la militante pacifique birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991.

Il n’est pas question de canoniser quelqu’un, mais de permettre au Magnificat de faire son œuvre aujourd’hui, qui est de déborder du texte écrit et de nous montrer aujourd’hui les «grandes choses» pour lesquelles magnifier Dieu, les réalités humaines que Dieu «assume» aujourd’hui au «ciel».

Peut-être vous demandez vous pourquoi j’utilise des mots qui reprennent le langage marial de l’Assomption pour parler de chacun de nous… Quels sont les points communs entre Marie et Aung San Suu Kyi, avec le mur de Berlin, avec les défis de notre temps… Se demander cela, cependant, révèle toute la pauvreté de notre dévotion à Marie! Nous avons réduit la Vierge à une «machine à mercis», alors que Dieu nous l’a donnée comme symbole du monde sauvé. Un monde qui cherche et chante les grandes œuvres de Dieu en tout temps et partout!

Marie est plus que Marie, parce que Marie c’est nous, et nous sommes Marie. C’est pour cette raison que le concile Vatican II l’a proclamée «Mère de l’Eglise» et que le pape Paul VI l’appelait «notre sœur».

Marie est la femme de l’Apocalypse. Marie fait partie de ces «tous» qui recevront la vie dans le Christ, comme nous l’avons entendu chez saint Paul. Mais depuis que Marie c’est nous, la femme de l’Apocalypse nous révèle aussi notre identité! Marie est la femme revêtue du soleil, car en nous brille le soleil du matin de Pâques! C’est la femme qui donne naissance au Messie parce que Jésus est le fils de notre humanité concrète. C’est la femme qui a trouvé refuge au désert parce que nous sommes le peuple de Dieu qui vit dans le désert d’aujourd’hui l’exode de Pâques jusqu’au Royaume.

La belle image de la Fuite en Egypte, conservée ici à Madonna del Sasso, doit nous rappeler que Dieu est à l’œuvre aujourd’hui pour nous donner un havre de sécurité dans nos déserts!

Grâce à la Marie du Magnificat et à la Marie de l’Apocalypse, Dieu nous révèle notre merveilleuse identité profonde: en fait nous sommes des personnes aimées, des personnes que Dieu choisit pour générer le Messie et le salut. Des personnes que Dieu accompagne durant un temps qui est désert, mais aussi refuge.

Marie se réjouit en Dieu, qui comble les humbles…. et c’est pourquoi nous aussi nous réjouissons parce que nous découvrons combien d’humbles gestes humains Dieu fait monter au ciel, aujourd’hui, en les inondant de soleil divin, en les rendant déjà pascals.

Chers amis, nous devrions nous transformer tous en réalisateurs de télévision et créer nous-mêmes un film moderne du Magnificat, avec des images de nos vies humbles, avec les gestes de l’amour et la lumière de notre vie quotidienne, avec les actes à contre-courant, difficiles mais nécessaires que le monde d’aujourd’hui attend, dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique, de la culture, de la solidarité et de la foi.

Quelles images utiliser pour exprimer le Magnificat aujourd’hui? Où et quand Dieu renverse-t-il aujourd’hui les puissants et élève-t-il les humbles? Quels sont les riches qui sont renvoyés les mains vides? Et qui sont les affamés comblés de biens?

Aujourd’hui croire en Dieu implique d’avoir le courage de faire quelque chose de beau dans la vie, à partir des grands idéaux de salut et d’espérance. La foi ne peut se réduire à allumer une bougie à la Vierge Marie, ici, ou à Lourdes ou à Fatima ou pour demander la grâce de guérir ou de trouver du travail. Marie nous encourage à rêver de la grâce d’une vie nouvelle pour le monde entier. Marie a rêvé grand et nous offre maintenant cette grandeur: la santé, oui, mais pour chaque être humain.

Le travail oui, mais pour chaque personne. Le bien-être, la paix, l’éducation, la culture, le droit à la vie, oui, mais pour toutes les générations du monde.

Nous sommes dans un moment de peur, de repli sur nous-mêmes, sur notre identité, sur nos crises. Même les Eglises et les religions se montrent souvent apeurées, bloquées sur leurs problèmes internes. Les nations se battent pour défendre leurs privilèges. Le marché mondial échappe au contrôle démocratique et ressemble au grand dragon rouge de l’Apocalypse.

A bien des égards, ce début du nouveau millénaire ressemble à un désert, mais la femme de l’Apocalypse dit justement que le désert devient un refuge! Et saint Paul nous rappelle que le Christ est ressuscité d’entre les morts comme premier-né. Il est le premier, mais nous venons ensuite, et donc une force de résurrection et semée en nous, afin que nous la mettions également dans la réalité du monde d’aujourd’hui!

Chers amis, regardons vers le haut! Revenons à cultiver des idéaux élevés, de grands objectifs pour l’humanité, pour nos familles, pour nos réalités sociales et économiques, petites et grandes. Dieu prépare un refuge c’est-à-dire un nouveau monde pour rassasier les affamés. Il l’a dit à travers Marie, une affamée qui a été comblée, une humble qui fut élevée, la servante qui travaille avec la grâce de Dieu parce qu’elle a cru en la grâce divine. Elle a cru pour le monde entier, pour un monde nouveau! Amen.»

Lectures bibliques : Apocalypse 11, 19; 12, 1-10; 1 Corinthiens 15, 20-26; Luc 39-56

 

Homélie du 12 août 2012

Prédicateur : Père Guy Musy
Date : 12 août 2012
Lieu : Sanctuaire Notre-Dame de Tours, Cousset
Type : radio

« Moïse, retire tes sandales ! Car le lieu où tu te tiens est saint ! »

Des siècles après le guide d’Israël, des hommes et des femmes continuent d’obéir à cette directive. Les musulmans se défont de leurs chaussures quand ils pénètrent dans une mosquée ; les chrétiens enlèvent leur chapeau et progressent tête nue dans une église ; tandis que les juifs se coiffent impérativement d’une kipa dès qu’ils passent le seuil d’une synagogue. Autant de signes extérieurs – parfois contradictoires – qui manifestent que certains lieux, plus que d’autres, sont marqués par la présence divine. Des lieux qui n’attirent pas seulement les croyants ; les cabossés de la vie et les assoiffés de paix et de sérénité y trouvent leur refuge eux aussi.

Ainsi sont nés les pèlerinages, à commencer, dans la tradition biblique, par celui qu’entreprit ce pauvre prophète Elie dont une lecture nous parle ce matin. Découragé et déprimé, marchant et clopinant dans le désert, une gourde d’eau en bandoulière et un quignon de pain dans sa besace. Un chemin qui lui dura quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu, là-bas, quelque part dans le massif du Sinaï ! Ce pèlerinage, comme tous les pèlerinages, fut pour lui un retour aux sources, à la source originelle, à son propre puits intérieur, demeuré embourbé et obstrué. Un pèlerinage pour retrouver la joie et la pureté des commencements, des lunes de miel d’autrefois et des paradis que l’on croyait perdus. Sur les chemins de Compostelle, de La Mecque, de Lourdes ou de Jérusalem marchent encore aujourd’hui des milliers d’humains, non pour conquérir une médaille olympique, mais pour se retrouver eux-mêmes sous le regard de Dieu. Beaucoup de ces aventuriers reviennent chez eux en avouant comme Moïse : « Vraiment ce lieu était saint et je ne le savais pas ! ».

Notre-Dame de Tours où cette messe est célébrée est un de ces lieux que j’appellerais magique, si je n’étais pas chrétien. Depuis des siècles affluent sur cette modeste colline, plantée au coeur du pays broyard, des hommes et des femmes qui désirent prier. Les historiens et archéologues nous disent que les tout premiers chrétiens de ce pays, au IVème siècle déjà, avaient édifié ici une église, sur les lieux mêmes où leurs ancêtres celtes vénéraient leurs dieux. L’histoire postérieure a fait de ce sanctuaire une chapelle mariale qui a défié les Réformateurs du pays romand et attire encore de nos jours des pèlerins. Avec émotion, je me souviens qu’enfant j’accompagnais ma grand-mère venue ici prier la Vierge, après avoir marché une heure ou deux à travers champs et forêts. Que venait-elle chercher et demander dans cette chapelle? Je n’ai jamais pénétré son jardin secret. Cette femme paysanne devait sans doute avoir le cœur lourd en arrivant ici. Elle l’avait léger en rentrant chez elle. Sans le dire aussi, elle voulait transmettre un secret à son petit fils. Ce lieu était saint et je ne le savais pas encore.

Mais j’éprouve comme un hésitation et un scrupule à poursuivre ce thème. Je parle de pèlerinage, alors que beaucoup d’auditeurs sont peut-être cloués sur un lit d’hôpital ; d’autres privés de mobilité dans un home ou une maison de retraite ; d’autres encore enfermés dans une cellule d’un établissement pénitencier. Faut-il vraiment marcher pour retrouver la Vierge et les saints ? Faut-il faire un long périple, loin de chez soi, pour retrouver la source qui purifie et désaltère ? Qui vous a dit cela ? Il est des pèlerinages intérieurs où, sans sortir de sa chambre, on peut parcourir un long chemin. Beaucoup entreprennent ce voyage guidés par la souffrance et l’épreuve et découvrent au terme d’une longue itinérance intérieure apaisement, force, pardon et acceptation. Ils étaient partis révoltés contre Dieu, contre les hommes et sans doute aussi contre eux-mêmes. Les voilà réconciliés, régénérés et ressuscités.

Ce que l’on demande à tout pèlerin en marche vers Compostelle, vers Tours ou Jérusalem c’est qu’il se désencombre, élimine du sac qui pèse sur son dos tout le superflu qui fatigue et alourdit. Qu’il laisse une place à l’inédit, à l’imprévu, à l’étonnement : qu’il laisse une place à Dieu, finalement. Et cela vaut aussi pour ces pèlerinages immobiles, quand la maladie, la vieillesse, le handicap se chargent de nous purifier et de nous ramener à l’essentiel.

Un confrère me faisait remarquer que le secret et la plénitude du pèlerinage se trouve dans la marche elle-même, dans l’effort et l’ascèse du chemin, plutôt que dans le repos de l’arrivée. Encore faut-il avoir la force d’avancer. Le pain de vie auquel l’évangile de ce jour fait allusion est appelé « viatique » dans la tradition chrétienne, littéralement, le pain du pèlerin, la manne quotidienne qui soutient nos forces et nous permet de progresser. Cette halte de Tours ne va pas sans eucharistie. Nous allons la recevoir pour reprendre souffle et repartir. Courage ! La route est encore longue jusqu’au Mont Horeb, notre paradis ! Mais le Christ, le premier des pèlerins, nous ouvre le chemin et nous entraîne derrière lui !»

Lectures bibliques : 1 Rois 19, 4-8; Ephésiens 4, 30 – 5, 2; Jean 6, 41-51

19e dimanche du temps ordinaire

Homélie du 05 août 2012

Prédicateur : Chanoine Raphaël Duchoud
Date : 05 août 2012
Lieu : Hospice du Grand-Saint-Bernard
Type : radio

Frères et sœurs dans le Christ,

Tout au long de cet été, le thème des pèlerinages alpins qui aboutissent ici à l’hospice du Grand-Saint-Bernard nous invite à réfléchir et à nous poser cette question : « Quelle est ma faim aujourd’hui ? » Si hier nous nous sommes mis en route depuis Ferret jusqu’ici à l’hospice du Grand-Saint-Bernard, si nous avons accepté d’entrer dans une démarche de réflexion et de prière sur le thème “Du pain pour la route, de quoi ai-je faim aujourd’hui ?” c’est bien parce que le besoin d’avancer est ressenti au fond de notre cœur comme un appel pressant à la vie. Celle-ci va de l’avant et non en arrière. Dans ce sens, la démarche du pèlerinage devient en quelque sorte une parabole de la réalité de la vie ; quand on part le matin en excursion, quelles que soient les conditions météorologiques, on se donne un but bien précis à atteindre. Et si on accepte de vivre cette démarche de pèlerinage comme celle que nous sommes en train de vivre, maintenant, n’est-ce pas la preuve qu’au-dedans de nous, il y a un appel à sortir de notre petit confort, à vivre une aventure pour apaiser notre faim intérieure ?

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus renvoie ses disciples à la réalité qu’ils vivent pour les exhorter à rechercher de qui conduit à la vraie vie : « Travaillez pour la nourriture qui se garde pour la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu le Père a marqué de son empreinte. » Par cette comparaison, Jésus veut montrer et faire comprendre à l’humanité ce qu’il apporte : la nourriture spirituelle qui donne la vie éternelle. Face à cette révélation, nous sommes de nouveau renvoyés à cette question fondamentale : quelle est ma faim aujourd’hui ?

Pour répondre à cette question, nous pouvons nous situer et dans l’ordre du “faire” en ayant comme but de réaliser un projet pour donner un sens objectif à la vie, et dans l’ordre de l’“être” en nous laissant aimer par Dieu qui désire nous donner le vrai pain descendu du Ciel en la personne de son Fils.

Jésus est très réaliste : il ne nous invite pas à mépriser le “pain quotidien”, à devenir paresseux dans nos tâches quotidiennes, mais il souhaite que nous ayons la même ardeur à rechercher la nourriture spirituelle qui conduit à la vie éternelle. À la différence du Bouddha, Jésus n’invite pas à supprimer nos désirs, mais au contraire, à les amplifier. Ne nous contentons pas de désirer ce petit bout de vie éphémère qui est le nôtre, allons jusqu’à désirer la vie éternelle et faisons ce qu’il faut pour cela, pour en vivre dès maintenant.

Ce message, nous sommes invités à l’accueillir avec un acte de foi. Jésus se présente comme le pain de la vie : « Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. » L’enseignement que Jésus nous donne en ce dimanche en prenant l’image du pain de vie vise à sensibiliser chacun sur l’importance de sa tâche quotidienne en voyant celle-ci habitée par une présence divine. Le pain présenté à l’eucharistie n’est-il pas le symbole de tout le travail réalisé au foyer pour que la famille humaine puisse grandir et vivre dignement ? Ce même pain n’est-il pas aussi appelé à devenir lui-même présence divine au cœur de notre célébration ? Retrouvons donc le sens de l’Eucharistie qui est en réalité présence de Celui qui est venu épouser notre humanité pour nous enrichir de sa pauvreté. C’est ainsi que le besoin de l’homme, notre besoin d’absolu sera satisfait. Jésus ne dit-il pas : « Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif ? » C’est avec un cœur ouvert à l’inconnu de Dieu, habité par la foi, que nous sommes invités à accueillir cette affirmation. Cela est primordial.

Les disciples eux-mêmes demandent un signe pour qu’ils puissent le voir et croire en Jésus. Ils ressentent le besoin d’être aidés pour faire un acte de foi et expriment ainsi leur faim de croire en Jésus afin de ne pas rester à leurs horizons habituels. Mais nous, aujourd’hui, de quoi avons-nous faim ? Chaque jour, ne nous dit-on pas qu’on trouve le bonheur quand nous aurons acheté telle marque de voiture ou d’appareil ménager ou encore tel produit alimentaire. Jésus nous réplique que toutes ces “mannes” ne sont que peu de choses à côté du bonheur que Dieu veut nous donner.

« Le Pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde » nous dit Jésus. Nous laisserons-nous prendre à la contemplation mystique que ces mots suggèrent ? Nous sommes faits pour Dieu. Que nous le voulions ou pas, notre faim est une faim de Dieu, même si nous n’en avons pas conscience. « Pourquoi dépensez-vous de l’argent pour ce qui ne rassasie pas ? » disait déjà le prophète Isaïe (Is 55, 2) et saint Augustin d’avouer après avoir cherché tous les plaisirs de la terre : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi. » Oui, notre cœur est si grand que rien ne pourra le combler sinon Dieu lui-même.

Face à la beauté de ce mystère et à la révélation de la présence de Dieu dans ce pain de vie donné dans l’Eucharistie, accueillons l’exhortation de l’Apôtre Paul de nous « défaire de la conduite d’autrefois, » de l’homme ancien qui est en nous afin de nous laisser guider par un esprit renouvelé. Puissions-nous devenir nous-mêmes nourriture spirituelle quand nous retournerons dans nos maisons, nos communautés, là ou le Seigneur nous appelle à être témoins de son Amour en son Fils Jésus. Amen.»

18e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Exode 16, 2-4, 12-15; Ephésiens 4, 17-24; Jean 6, 24-35

Homélie du 29 juillet 2012

Prédicateur : Père Luc Ruedin, jésuite
Date : 29 juillet 2012
Lieu : Hospice du Grand-Saint-Bernard
Type : radio

17e dimanche du temps ordinaire – La nourriture dans la Bible occupe la 1ère place dès les premières pages. Pensons aux fruits des arbres du Jardin (Genèse 3), à la manne au désert et aux famines, au plat de lentilles de Jacob et d’Esaü, etc. Et l’Apocalypse se termine par le festin des noces de l’Agneau (Ap 19) et le fruit de l’arbre de vie (Ap 22). D’un bout à l’autre du Livre, il est question de la manne qui rassasie l’homme. Et toute l’Ecriture est incluse entre ces deux mentions de l’arbre de vie, dont l’homme s’était d’abord avéré incapable de manger le fruit. Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus parle d’acheter du pain. Il est bien dans la tradition de l’Ecriture !

Nous le savons bien, nous qui avons marché jusqu’ici au Grand-Saint-Bernard, lorsque l’on entreprend un voyage, on se préoccupe d’abord d’avoir de quoi se nourrir. Aurions-nous atteint l’hospice si nous n’avions pas mangé ? La nourriture nous rappelle notre lien essentiel à la Création. Elle nous met devant notre radicale dépendance. Ne pas manger, c’est mourir. C’est risquer non seulement la vie du corps mais aussi celle de l’âme. De l’âme car il ne s’agit pas uniquement d’être repu mais de recevoir et de donner qui est la Vie même ! C’est de ce pain là que nous avons faim ! C’est ce que la Parole du jour nous rappelle :

I- « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent » ordonne Elisée. Jésus, à son tour, se demande comment faire « pour qu’ils aient à manger ». Nous sommes bien là devant la réalité humaine la plus radicale : se nourrir certes, mais surtout recevoir d’autres de quoi manger ! Ainsi, naissons et grandissons-nous en recevant la nourriture de nos parents. Une nourriture certes matérielle, mais surtout affective. On le sait, un bébé qui n’est pas aimé meurt ! Et pourtant le quotidien nous fait vite oublier cette expérience originelle du recevoir et du don qui constitue l’amour humain. Inconsciemment, nous nous croyons autosuffisants. Or, la vraie vie surgit lorsque nous recevons et donnons, lorsque venant de l’amour, nous en prenons conscience et en vivons. Loin d’être des individus isolés, nous sommes des êtres créés pour la communion. Ces lectures nous rappellent ainsi l’essentiel de notre condition humaine : plus que de pain, nous nous nourrissons les uns les autres en donnant et recevant, en nous donnant et nous recevant les uns des autres.

Et il en va de même avec Dieu. Dieu nous parle pour que nous puissions nous recevoir de lui : « Il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez pour te faire connaître que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. » Humainement déjà, nous vivons par la parole qui relie. Combien de personnes meurent de silence ? Combien de couples meurent de ne plus vraiment parler ? Combien d’isolés parce qu’ils ne trouvent personne à qui parler ? Chers frères et sœurs, ce pain qui nourrit près du lac de Tibériade est avant tout Parole de Dieu. Pourquoi ? parce qu’il met en relation : cent personnes (1ère lecture), Père de tous qui règne au-dessus de tous, par tous et en tous (2ème lecture), Une grande foule (évangile). Ce Pain-Parole qui met en relation, nous « relationne » parce qu’Il est est Amour et nous fait entrer dans la solidarité de Dieu. Le signe de Dieu en notre monde n’est-ce pas d’abord l’accès à une humanité fraternelle que nous recherchons tant ? Une humanité sans exclusion qui est comme un écho de l’unité dont nous parle saint Paul dans son épitre aux Ephésiens.

Encore faut-il que nous risquions le don. Que, dans la confiance, nous nous donnions !

II- « Le grand prophète » n’aurait rien pu faire sans que « quelqu’un offrit à Elisée vingt pains et du grain frais. » En temps de famine, c’est une fortune et une sécurité ! Dans l’évangile, un jeune garçon, offre « cinq pains d’orge et deux poissons. » Largement de quoi nourrir lui-même et sa famille. Pourtant étonnamment, généreusement, il offre tout spontanément sans que Jésus n’ait rien demandé. L’anonyme d’Elisée et le jeune garçon ont tous deux fait confiance à l’homme de Dieu – en dernier ressort à Dieu -, ils n’ont pas retenu jalousement ce qu’ils avaient, ils l’ont donné et cela a porté du fruit. Sans la collaboration libre de l’homme, même Dieu ne peut pas agir. Ils ont offert quelque chose qui n’est pas extraordinaire, quelque chose qui est à la portée de tout le monde. Là est peut-être ce qui est à retenir pour nous. Que puis-je donner de ce que j’ai ? Quel pain, quelle parole puis-je offrir ?

III- Car du peu, le don, le partage fait surgir l’excès : on remplit 12 paniers avec ce qui reste. Pierre Ceyrac jésuite vivant en Inde disait : Quand on a tout donné on n’a plus rien à perdre ! Quand l’on donne sans retenir, non seulement on a plus rien à perdre mais on gagne tout. Pourquoi donc le partage fait-il donc advenir la surabondance de Dieu parmi les hommes ? Parce qu’il rend l’Amour effectif en lui donnant réalité, chair. Dieu advient ! N’est-ce pas ce que nous vivons en ce week-end de marche-pèlerinage au Grand-Saint-Bernard ? La joie qui nous habite n’en est-elle pas le signe ? Signe du pain partagé qui représente le Christ lui-même. Signe de la joie qui prend chair en nous, parmi nous et qui vient de sa Vie donnée, vraie nourriture de l’homme.

Chers amis, demandons au Seigneur où et qui que nous soyons, sur les sommets ensoleillés ou dans l’obscurité de nos plaines, en grande santé ou affectés par la maladie, la vieillesse, demandons la grâce d’offrir non seulement ce que nous avons mais surtout ce que nous sommes. La Présence du Seigneur nous transformera. Nous entrerons alors dans l’infini mouvement de l’Amour pur dont nous avons tant la nostalgie et le désir. Amen.»

Lectures bibliques : 2 Rois 4, 42-44; Ephésiens 4, 1-6; Jean 6, 1-15

Homélie du 22 juillet 2012

Prédicateur : Chanoine José Mittaz
Date : 22 juillet 2012
Lieu : Hospice du Grand-Saint-Bernard
Type : radio

16e dimanche du temps ordinaire – Les nouvelles que nous livre en partage l’actualité de ce jour, nous disent combien en nos pays riches nous avons faim. Nous avons faim de plus d’humanité, nous avons faim d’apprendre à pouvoir exister ensemble, et à l’intérieur de soi également. Ces accès de violence insensés dont les nouvelles nous font part ne sont que la pointe de l’iceberg. Combien de violences cachées, combien d’actes qui détruisent se vivent dans le secret, parfois dans des familles, parfois simplement de soi, vis-à-vis de soi.

L’actualité de ce jour nous exprime combien nous avons besoin d’entendre ce que Dieu nous dit, l’actualité de ce jour révèle combien Dieu ausculte le pouls de cette humanité qui peine à répondre à sa vocation humaine. La parole Dieu de ce jour nous appelle à une double démarche: les trois lectures que nous avons entendues se joignent pour que cet appel soit plus vibrant. Un appel à se rassembler, un appel à se recueillir.

Un appel à se rassembler, c’est ce que nous vivons ce matin dans cette église où nous sommes rassemblés, c’est ce que nous vivons grâce aux ondes de la radio avec vous qui nous écoutez. Ensemble nous nous rassemblons, ensemble nous cherchons à vivre cet engagement de Dieu qui veut rassembler son peuple pour qu’il y ait plus d’humanité.

L’image du troupeau dispersé dit la précarité de la vie, dit que dispersion veut dire pour un troupeau périr; dispersion dans l’humanité, ghettoïsation de l’humanité signifie également sa ruine. Ce rassemblement ne peut pas se faire par contrainte extérieure, ce rassemblement ne peut se vivre que dans un mouvement qui implique notre intériorité, cette intériorité qui est sollicitée dès le chant d’entrée par cet appel tendre et vivifiant:  » Venez, venez! Viens, n’aie pas peur! »

Le recueillement, c’est le rassemblement dans l’unité de tout nous-même, tout ce que nous portons en nous, de notre histoire, de notre capacité à aimer, de notre peur d’être aimé, de notre tendresse, de notre intelligence, de notre savoir-faire, de notre savoir-être, de notre difficulté à faire, de notre difficulté à être, à exister.

Le plus grand danger, ce qui nous met en péril c’est l’expérience de la souffrance, l’expérience de la souffrance qui nous fait rejoindre nos failles intérieures, nos défaillances, notre impossibilité d’être à la hauteur de ce que nous aimerions être. Et c’est peut-être là notre plus grand piège. Et comme pour occulter cette faille il nous faut nous mettre dans des extrêmes, extrêmes de violence, l’actualité nous l’a rappelé, mais extrêmes de violence parfois en nous-mêmes, où une agitation nous met hors de ce lieu, de notre faille, d’où pourtant jaillit une source.

Cette source, celle qui peut nous unifier intérieurement et rassembler l’humanité pour qu’elle devienne toujours plus humaine. Cette source c’est la tendresse, la tendresse parce qu’elle unifie toutes les parts de notre être, elle situe à leur juste place notre affectivité, notre sexualité, l’écoute de l’autre, l’écoute de soi, le respect de l’autre, le respect de soi, la tendresse dans le regard, dans la position du corps, dans l’écoute, cette tendresse que j’ai besoin de recevoir, cette tendresse que j’ai besoin d’offrir.»

Lectures bibliques : Jérémie 23, 1-6; Ephésiens 2, 13-18; Marc 6, 30-34

Homélie du 15 juillet 2012

Prédicateur : Mgr Charles Morerod, évêque
Date : 15 juillet 2012
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

15e dimanche du temps ordinaire – Parmi les différentes questions que nous pouvons nous poser, certaines sont plus fondamentales. Par exemple : Pourquoi est-ce que nous existons ? Je pose cette question au pluriel, parce que l’homme est un animal social. Nous ne nous comprenons pas hors de tout lien avec d’autres. Certes chacun de nous a sa propre vie et sa propre responsabilité, mais chacun est aussi en relation nécessaire avec Dieu, avec son prochain humain et avec l’ensemble du monde. De toutes ces relations la plus fondamentale est celle que nous avons avec Dieu ; elle met dans leur juste lumière toutes nos autres relations, y compris celle que nous avons avec nous-même.

Dans la deuxième lecture de cette messe, saint Paul nous dit pourquoi nous existons, et il nous le dit en montrant que notre relation avec Dieu éclaire nos relations entre nous. Dieu le Père – nous dit saint Paul – « nous a choisis avant la création du monde ». Nous ne sommes pas le fruit du hasard. Chacun de nous a été personnellement voulu et créé par Dieu, parce que Dieu nous aime.

Et Dieu n’avait pas un plan vague : il nous a « destinés à devenir pour lui des fils par Jésus-Christ ». Il voulait constituer avec nous une famille, et pour que cette famille puisse se constituer il a envoyé son Fils. Le Fils se fait homme pour que nous puissions en lui recevoir la vie de Dieu.

Ce n’est pas une petite destinée que Dieu nous propose. Ce n’est pas une proposition seulement humaine : il ne nous propose pas simplement de vivre mieux ici-bas, mais de vivre avec lui pour toujours, de partager la vie divine. Et il ne s’agit pas seulement d’une invitation adressée à quelques-uns, mais d’un projet qui de quelque manière englobe tout le cosmos : « Dans sa bienveillance, il projetait de saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre ». C’est tout l’univers qui est en vue. Et comment cela va-t-il se faire ? « En réunissant tout sous un seul chef, le Christ ». « Un seul chef » signifie ici une seule tête. La tête est ce qui organise la vie de l’ensemble du corps, un peu comme chacun de nos mouvements est commandé par la tête, consciemment ou non. Cette tête qu’est le Christ sert à donner unité au monde entier. La création est reprise, c’est une nouvelle création unie par le Christ. Nous sommes associés à cette reprise de la création par notre baptême, qui est une nouvelle naissance. Au baptême nous recevons la vie de Dieu, qui s’épanouit en nous dans l’Eucharistie où nous formons un seul corps. C’est la famille de Dieu réalisée ici-bas, unifiée par le Saint Esprit dont saint Paul nous dit qu’il est la « première avance » que Dieu nous fait sur l’héritage promis au Ciel.

Cette famille de Dieu, c’est l’Eglise, le Corps dont le Christ est la Tête, le Peuple des enfants adoptifs de Dieu, qui ont reçu la vie divine au baptême et la nourrissent dans l’eucharistie. Grâce à la connaissance que la foi nous donne du plan de Dieu pour nous, nous découvrons ce que peut être notre vie, comment nous pouvons être en relation avec Dieu, et les uns avec les autres.

Si l’on prend conscience du plan que Dieu a pour nous, alors notre vision de la vie est bouleversée par ce nouvel horizon. Si nous avons un Dieu qui nous aime tellement qu’il veut partager pour toujours son amour avec nous, qui envoie son Fils pour que nous puissions répondre à cette invitation d’amour, et que ce Fils donne sa vie sur la croix, alors est-ce que ça ne changera rien pour nous ? Eh bien cela devrait avoir au moins deux conséquences.

Une fois que nous croyons que Dieu nous veut avec lui et que nous voyons comment il s’y est pris, alors nos perspectives et nos craintes humaines sont comme des feuilles mortes emportées par le vent. Voilà la première conséquence. Nous pouvons avoir peur si nous comptons sur nous-mêmes, mais pas lorsque le Christ invite les disciples à mettre leur confiance en lui et non pas en eux-mêmes. C’est ce que Jésus demande aux disciples dans les termes radicaux de l’Evangile d’aujourd’hui, que l’on pourrait résumer ainsi : vous n’avez besoin de rien, parce que moi, je suis avec vous…

La deuxième conséquence de la découverte du projet de Dieu pour sa création, c’est que notre vie est comme trop petite pour pouvoir exprimer notre reconnaissance. Nous avons été créés par Dieu « à la louange de sa gloire » : de simples paroles ne suffisent pas, chantons donc la gloire d’un Dieu si bon. Depuis près de 15 siècles, sur la tombe de fidèles disciples qui n’ont pas eu peur, le chant de l’abbaye de Saint-Maurice monte vers Dieu. Notre chant, au propre et au figuré, montre la joie qui nous transfigure à l’annonce de la Bonne Nouvelle du projet de Dieu pour nous.»

Lectures bibliques : Amos 7, 12-15; Ephésiens 1, 3-14; Marc 6, 7-13

Homélie du 08 juillet 2012

Prédicateur : Père Philippe Lefebvre
Date : 08 juillet 2012
Lieu : Centre d’accueil La Pelouse, Bex
Type : radio

14e dimanche du temps ordinaire – Une personne, pas un clone.

« N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? (…) Et ils étaient profondément choqués à cause de lui ».

Frères et sœurs, vous l’avez sans doute remarqué : il y a des tas de gens qui savent toujours tout sur tout le monde. On peut faire ce qu’on veut, dire ce qu’on veut, cela ne change pas grand chose pour eux. Ils vous ont repérés, répertoriés, inventoriés ; ils vous ont classés, classifiés, catalogués. « On t’a vu naître, on sait d’où tu viens, on sait qui tu es, ce que tu penses ». Que ce soit dans une famille, dans un village, dans une entreprise, dans un groupe quelconque – une paroisse ou un couvent par exemple – ces gens-là existent et sont aux aguets. Parfois même, ce sont des groupes entiers qui se comportent ainsi : ils se donnent alors comme la seule réalité possible : « tu n’as pas de vie en dehors de nous – semble dire le groupe – pas d’avenir sauf celui que nous te ferons, pas d’initiative à prendre sauf celles que nous prenons ». Beaucoup de groupes veulent ainsi contrôler tout et tout le monde.

Si vous faites mine d’échapper au groupe qui organise si bien votre vie, qui la canalise et la maîtrise, alors les ennuis commencent. Jésus a vécu cela très vite lors de son existence sur cette terre. Dès qu’il s’est mis à parler, à sortir des sentiers battus, à rencontrer des personnes extérieures au groupe attitré, beaucoup se sont interrogés sur ce garçon récalcitrant. « Et quoi ? Il prend des initiatives, il ne se met pas sur les rails qu’on a posés devant lui ? Il ne s’agenouille pas devant le cercle villageois pour reconnaître qu’il dépend entièrement de lui ? ».

Alors que Jésus parle à la synagogue du patelin où il a passé sa vie et dont il est le charpentier, les gens sont choqués de l’entendre – « scandalisés », dit le texte grec. Vous l’avez entendu : ces gens ont très bien perçu que Jésus a reçu une sagesse qui ne vient pas du groupe, qu’il peut faire des choses – des miracles – qu’il n’a pas pu apprendre de la collectivité villageoise. Mais cela ne les interroge pas vraiment ; la seule conclusion qu’ils tirent est : ce Jésus échappe à notre pouvoir ; il a une vie que nous ne pouvons pas contrôler. C’est pourquoi ils sont indignés.

Leur seul argument est : « on connaît sa famille », et ils ramènent alors la liste de la parenté, comme si elle constituait une démonstration : « puisqu’on connaît la smala de Jésus, il est l’un de nous, il est comme nous, donc il ne devrait pas dire de paroles qui ne viennent pas de nous ». Le groupe, quand il n’est qu’un petit monde limité, borné, ne peut, ou plutôt ne veut pas imaginer que certains de ses membres reçoivent leur vie, leur intelligence de plus loin que lui. La rengaine qu’il ressasse est : « puisqu’on te connaît, tu es fait dans le même moule que nous, donc tu n’as rien de plus que nous ».

Or, toute la révélation biblique nous montre que la vie vient de plus loin que nous. La sagesse qui dépasse les bornes humaines et nous permet d’avoir un regard neuf sur la réalité ambiante, elle vient de Dieu, si du moins nous l’accueillons. La clairvoyance qui nous permet de discerner entre ce qui est juste de ce qui ne l’est pas, entre la parole vraie et le baratin, elle vient de Dieu, si du moins nous l’accueillons. Devenir un vivant, autrement dit un homme ou une femme éveillés, et pas un zombie ou un clone des membres du groupe, cela est un don de Dieu, si du moins on accepte de s’engager dans cette aventure de devenir une personne.

La Bible est remplie de ce genre d’histoire. Dans la Genèse, Joseph a une fratrie nombreuse et il se démarque de ses frères : Joseph est intéressé par Dieu et par toutes les inspirations qu’il peut envoyer. Ses frères sont bien différents : pour eux, la vie du groupe familial consiste à s’ennuyer ensemble. On se barbe, mais au moins c’est dans les limites du groupe et on ne va pas chercher midi à quatorze heures, comme ce Joseph qui a des rêves vibrants et glorieux. Les frères finiront par vendre Joseph comme esclave en laissant croire qu’il a été mis en pièce par une bête féroce. Joseph fera son chemin avec Dieu dans la fidélité à ses premières intuitions.

Il ne s’agit donc pas, quand on se démarque de la bande à laquelle on est censé appartenir, de pratiquer l’esprit de contradiction, de dire systématiquement le contraire des autres en pensant être original. Le vivant est toujours un être qui parle et agit pour l’utilité de tous, parce qu’une vérité doit être manifestée qui fera du bien même si elle semble rude. Il n’est ni une grande gueule ni un rentre-dedans, mais quelqu’un qui cherche à éclairer la réalité vécue par lui et par les siens à la lumière inattendue de l’Esprit du Seigneur. Ce qui l’intéresse, c’est d’appartenir non pas à un groupe de pression, à un lobby, mais à une communauté. Dans une communauté, on reçoit sa vie d’ailleurs et on la savoure les uns avec les autres, sans s’épier du coin de l’œil.

Ce vivant, passionné de vérité qui travaille pour le bien commun quoi qu’il lui en coûte, on le désigne souvent dans la Bible par le nom de prophète. Ézéchiel (selon notre première lecture) est ainsi envoyé par Dieu vers un peuple qui s’est refermé sur lui-même, afin de faire entendre la voix oubliée du Seigneur. « Qu’ils écoutent ou qu’ils refusent (…), ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux », dit le Seigneur qui le mandate. Même si la mission échoue, au moins ils auront entendu autre chose que leurs préjugés, ils sauront qu’il se dit autre chose que leurs bavardages.

La présence de Dieu qui vient dans la chair que l’on croyait connue et classée, c’est l’aventure essentielle dont toute l’Écriture nous parle. Que le Christ, le fils de Marie, le charpentier de Nazareth, soit le Fils de Dieu, cela semble impossible, déplacé, pour les gens du village qui prétendent le connaître par cœur. Pour entrer dans ce mystère, il faut en faire soi-même l’expérience. Vous avez surpris les vôtres qui pensaient trop bien vous connaître ? Vous avez peut-être eu l’impression de vivre sans cesse en porte-à-faux avec votre milieu, bien que vous désiriez lui apporter le meilleur ? Vous avez été froidement accueilli quand vous disiez une vérité salutaire ? Alors c’est sans doute que vous avez goûté à cette nouveauté dont parle l’apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Et tout en paraissant celui ou celle que l’on croit connaître, vous êtes en train de faire émerger en vous un autre « moi » qui va vous surprendre et en surprendre bien d’autres ; et aussi en irriter quelques-uns : et ça, c’est un très bon signe !»

Lectures bibliques : Ezékiel 2, 2-5; 2 Corinthiens 12, 7-10; Marc 6, 1-6

Homélie du 01 juillet 2012

Prédicateur : Père Claude Etienne
Date : 01 juillet 2012
Lieu : Centre d’accueil La Pelouse, Bex
Type : radio

13e dimanche du temps ordinaire –

L’évangile de ce jour nous présente deux récits de guérison : celui de la fille du chef de la synagogue et celui de la femme hémorroïsse. Chacun peut se reconnaître dans les personnages de cet évangile : Dans la jeune fille « bloquée » dans son lit ; Dans la femme hémorroïsse qui ne sait plus à quel médecin d’adresser. Dans la prière de Jaïre : viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive.

Nous le savons, nous l’avons entendu dans la livre de la Sagesse : Dieu n’a pas fait la mort, il a créé l’homme pour une existence impérissable » Comme nous le rappelle saint Irénée : « Gloria Dei, Homo vivens » « L’homme vivant, debout, voilà la gloire de Dieu. »

Jésus remet debout la femme hémorroïsse en ce sens que sa maladie qui la rendait impure et rendait aussi impurs ceux qui la touchaient, est guérie et de sa maladie et de son impureté. Il la sauve de la honte, de sa marginalisation, il lui restitue sa féminité. Il la réintègre dans la communauté. Il la comble de sa paix. Il lui restitue sa dignité de femme. Elle pourra rejoindre la communauté à la synagogue pour chanter la gloire de Dieu.

Quant à la fille de Jaïre, Jésus rend à la jeune fille son corps. Ainsi il lui ouvre un avenir de femme qui pourra s’épanouir dans la maternité.

La bonne nouvelle de ce dimanche, c’est que Dieu ne veut ni la souffrance, ni la mort. La volonté de Dieu ne peut être qu’une volonté d’amour dans la libération de tout l’homme. A nous de faire comme Jésus : lutter contre les forces du mal et de la souffrance.

Si nous croyons en un Dieu qui ne prend pas plaisir à la perte des vivants, il faut que cela se voie dans notre vie en nous opposant à toutes les atteintes à la vie qui s’étalent au grand jour.

Il faut le dire et le redire inlassablement. Dieu ne veut pas le mal. Il a créé les hommes pour qu’ils grandissent et s’épanouissent. Il a créé l’homme à son image et à sa ressemblance pour qu’il respecte et protège le don de la vie.

Que son Esprit nous rende audacieux et inventifs pour défendre la vie partout où elle est menacée.

L’Eucharistie et la Parole de Dieu nous ouvrent avec une force particulière le contact avec Jésus : à nous de choisir entre un rapprochement stérile, comme celui de la foule qui le tire de tous côtés. Et un « toucher » en vérité, dans la confiance et dans la certitude de trouver la vie.

Voilà l’admirable échange que Dieu nous donne à contempler dans l’évangile de ce jour et qui. se prolonge pour nous à chaque Eucharistie.

Seigneur, vois nos vies fragiles et blessées, marquées par nos faiblesses. Accueille-les dans ta bonté et merci de nous donner en retour ta vie de Ressuscité pour nous tenir debout devant toi. Homos vivens, gloria Dei.»

Lectures bibliques : Sagesse 1, 13-15; 2, 23-24; 2 Corinthiens 8-15; Marc 5, 21-43