Homélie du 24 juin 2012

Prédicateur : Chanoine Jean-Paul Amoos
Date : 24 juin 2012
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Nativité de saint Jean-Baptiste

Ils voulaient nommer l’enfant Zacharie comme son père.

Mais sa mère déclara : « Non, il s’appellera Jean. »

Mes sœurs, mes frères,

Selon la pratique traditionnelle, l’enfant aurait dû s’appeler « Zacharie » du nom de son père, mais voilà que sa mère, interrogée par ses proches, répond : «Non». «Non, il s’appellera Jean».

L’ange Gabriel lui avait donné ce nom de «Jean» pour que Zacharie pose ce nom sur son fils. Le fait que les parents donnent à leur fils ce nom révélé par Dieu indique qu’ils renoncent eux-mêmes à leur projet sur cet enfant unique ; ils le laissent libre pour Dieu.

Son nom est Jean

L’enfant porte désormais un nom qui n’est pas celui de ses ancêtres : il porte un nom nouveau ! Nom qui signifie : « Dieu fait grâce ».

Le nom, c’est ce qui exprime la personnalité d’un être. Et lorsque le Seigneur donne lui-même un nom, cela veut dire que celui qui reçoit ce nom-là est vraiment connu comme tel dans l’Esprit même de Dieu.

La naissance de Jean-Baptiste se trouve à un tournant décisif de toute l’humanité. Zacharie, son père, en est le premier témoin, lui qui, d’incrédule devient croyant et de muet, proclame les louanges et les bénédictions du Très-Haut !

Oui, « Dieu fait grâce ».

Le monde va changer, car le Messie est là ! Il a déjà sanctifié Jean dans le sein de sa mère ; la miséricorde se répand sur toute la terre, Dieu vient sauver l’homme pour le transformer en un homme nouveau.

Les textes bibliques de ce jour nous invitent à saisir quelle est l’identité profonde de Jean. Et, par-delà la figure du précurseur, nous sommes invités à saisir notre propre identité sous le regard de Dieu.

Nous l’avons entendu : la question qui résonne dans l’Evangile de Luc est posée au futur : «Que sera donc cet enfant ?» La Parole de Dieu nous ramène aux origines de Jean, et par conséquent, à nos propres origines sans oublier que notre identité réelle résulte d’une tension entre nos origines et notre avenir.

La première lecture ainsi que le psaume nous montrent d’une manière poétique que nous existons dans le cœur de Dieu avant même notre naissance.

Isaïe disait : «J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom».

Les paroles du Psaume confirment cette vision d’Isaïe : «C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis.»

Ce qui est impressionnant, c’est bien la manière qu’a Dieu notre Père de nous créer, de nous donner la vie. De plus, avant même notre naissance, en nous créant dans le sein de notre mère, Dieu nous donne aussi notre vocation.

Pour Dieu créer c’est toujours appeler. Créer c’est donner un sens. Et c’est dans la découverte de cette vérité que se trouve la clef de notre bonheur. Beaucoup sont malheureux et désespérés tout simplement parce qu’ils ne savent pas d’où ils viennent ni où ils vont. Ils se sentent inutiles parce qu’ils n’ont pas découvert leur vocation, ni le plan de Dieu pour eux.

Ignorer la paternité de Dieu à notre égard, c’est ignorer notre identité la plus profonde: nous sommes en effet des créatures bien-aimées du Père. Nous avons du prix à ses yeux. Tellement de prix que cette histoire d’amour éternel a abouti au scandale de la croix…

Ignorer Dieu, c’est prendre le risque de ne pas voir quelle est notre mission unique et irremplaçable dans notre monde et pour notre temps, c’est peut-être passer à côté de notre véritable vocation…

Jean reçoit son identité et son nom de Dieu lui-même.

Si Dieu nous crée, si Dieu nous donne une famille, jamais il ne nous enferme dans les limites de notre famille, car il nous crée libres. Les parents ne sont pas créateurs. Ce sont des transmetteurs de la vie.

Notre identité réelle résulte d’une tension entre nos origines et notre avenir.

Aujourd’hui si nous parlons beaucoup, et avec raison, des nombreux conditionnements qui façonnent notre personnalité: les gènes, la famille, l’éducation, le milieu social etc… Il ne faudrait pas oublier notre liberté profonde, celle qui nous vient de notre condition d’enfants de Dieu.

Si la famille et les voisins de Jean ont voulu l’enfermer dans le passé familial en oubliant sa nouveauté dans le plan de Dieu, plus tard Jean devra aussi s’affirmer pour vivre selon son identité profonde.

Comme Jean, nous puisons en Dieu et en son appel notre liberté authentique. De ce point de vue là, il est toujours plus libérateur de faire la volonté de Dieu que de se conformer aux attentes des hommes. C’est en effet uniquement dans la vérité de notre condition de créatures et d’enfants de Dieu que nous découvrirons avec émerveillement notre identité profonde ainsi que le sens de notre chemin de vie ici-bas.

Amen

Lectures bibliques : Isaïe 49, 1-6; Actes 13, 22-26; Luc 1, 57-80

Homélie du 24 juin 2012

Prédicateur : Abbé Pierre-Yves Maillard
Date : 24 juin 2012
Lieu : Eglise Saint-Germain, Savièse
Type : tv

J’ai vu un jour une image qui m’a beaucoup marqué. Sur un retable, à côté du Christ en croix, se tenait Jean Baptiste, désignant Jésus et portant un parchemin où l’on peut lire : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue » (cf Jean 3,30). Ce retable se trouve à Colmar, il a été peint par Matthias Grünewald au début du XVIème siècle. Il illustre à merveille combien toute la vie de Jean Baptiste se tient dans cette mission d’annoncer le Christ et de conduire à lui. Jean Baptiste, c’est celui qui se reçoit tout entier de sa relation avec Jésus.

Saint Augustin a donné un magnifique commentaire de cette relation unique de Jean Baptiste au Christ en développant le thème de la parole et de la voix. Jean Baptiste est la voix qui résonne un instant pour que la Parole de Dieu puisse être entendue toujours. « Veux-tu savoir comment la voix s’éloigne, tandis que demeure la Parole, dit Augustin ? Si je pense à ce que je dis, la parole est déjà dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je me sers de la voix. Puis le son s’évanouit, mais la parole est désormais dans ton cœur sans avoir quitté le mien ». Ne pas s’annoncer soi-même mais orienter vers Jésus, nous tenir dans ce lien où nous recevons la vie, mettre notre voix au service de la Parole, quelle belle vocation pour tout témoin du Christ, comme les petits chanteurs de ce matin !

Quand on arpente l’Evangile, on reconnaît ce thème de la parole et de la voix tout au long de l’existence du Baptiste. Dès avant sa conception, la parole de l’ange à son père Zacharie est tellement inouïe que celui-ci en devient muet lorsqu’il apprend que son épouse Elisabeth va concevoir un fils (cf Lc 1,20). La première prédication de Jean Baptiste est donc silencieuse, dans le sein de sa mère, accompagnée du silence de son père ébloui. Sans paroles, Jean Baptiste enseigne que la vie, dans l’histoire du salut, apparaît toujours précisément là où elle semble impossible, chez les vieillards, les stériles, ou les enfants et les tout petits. Nous venons de chanter, dans le Psaume 8, que la louange qui monte le plus haut dans le ciel est celle qui s’élève du plus bas, de la bouche des enfants qui ne savent pas parler. En cette « messe des familles », nous rendons grâce à Dieu avec vous, parents, enfants, et nous prions pour que toutes les familles du monde puissent s’émerveiller du don de l’attente, d’une naissance, de toute vie. Quand on attend quelque chose, on attend toujours quelqu’un. Et quand on attend quelqu’un, on attend tout, on attend Dieu.

Dans la suite de l’Evangile, il prêche encore et il annonce le Christ avant de naître, Jean Baptiste, toujours sans paroles mais par son tressaillement, lorsque sa mère reçoit la visite de sa cousine Marie (cf Lc 2, 39-56). A cet instant, Elisabeth proclame que Marie est bénie et que le fruit de son sein est béni. Des fruits, dans la Bible, on en avait déjà vu, et ils n’avaient pas tous laissé de bons souvenirs. Celui de l’arbre de la Genèse avait plutôt un goût amer ! Quand Elisabeth proclame que le fruit de Marie est béni, elle prend donc parti dans un ancien débat. Elle a l’audace de croire qu’un nouveau commencement est toujours possible. Un fruit, au début, cela peut être bon, et d’autres histoires peuvent naître qui conduisent à la vie. Et voilà un second aspect de la prédication silencieuse de Jean Baptiste, cette voix qui se tait pour que grandisse la Parole : conduire à la confiance et à l’audace, croire que le meilleur est toujours à-venir.

En ce début d’été, temps de récoltes et de repos, nous sommes heureux de prier en famille pour que les fruits de ces vacances soient bons et savoureux, termes d’une attente et promesses d’autres dons à venir.

L’annonce de Jean Baptiste, nous le savons, ira jusqu’à la mort. Jusque dans le don apparemment absurde et inutile de sa vie, il sera le « pré-curseur », celui qui « court en avant » pour « préparer le chemin du Seigneur » (cf Mc 1,3). Mais avant ce témoignage ultime, la vie du Baptiste se sera déployée patiemment dans le prolongement de son enfance. Dans l’Evangile de ce jour, nous avons entendu comment le Baptiste reçoit son nom, écrit par Zacharie sur une tablette : « Son nom est Jean » (cf Lc 1,63).

Il y a à Sion, au Collège de la Planta, un mur extérieur sur lequel les noms de tous les élèves présents lors de la rénovation du lycée ont été inscrits. Et je me souviens d’une messe de Noël, dans ce collège, où notre évêque Mgr Norbert Brunner était parti de cette liste de noms pour méditer sur la question des gens du voisinage, au terme de notre évangile : « Que sera donc cet enfant ? » (cf Lc 1,66). Voilà une question que vous vous posez sans doute souvent, vous les parents : que seront donc vos enfants, sur quels chemins pourrez-vous les accompagner, quelle sera leur façon de mettre leur voix au service de la Parole ? Le mystère de chaque vocation est immense. Chaque homme, nous le croyons, est appelé à prononcer sur Dieu, par sa vie, une parole unique et irremplaçable, comme est unique chaque visage. Jean, cela veut dire : « Dieu fait grâce ». Par son nom et son baptême, Jean témoigne que Dieu fait grâce à tout homme. Demandons alors cette grâce au Seigneur d’annoncer à notre tour que Dieu est présent dans ce monde en croissance, vivant en toute vie qui l’accueille, fragile, inespérée, bien réelle. Quand Dieu donne, il donne encore.»

Lectures bibliques : Isaïe 49, 1-6; Actes 13, 22-26; Luc 1, 57-80

Homélie du 17 juin 2012

Prédicateur : Abbé Jean Glasson
Date : 17 juin 2012
Lieu : Eglise de Bussy, VD
Type : radio

11e dimanche du temps ordinaire

Frères et Sœurs,

Croyants de toutes confessions et de toutes religions, nous souhaiterions parfois que Dieu intervienne dans le cours de l’Histoire de façon directe et visible. Face aux souffrances des populations du tiers-monde ; face aux flots d’hommes, de femmes et d’enfants qui quittent leurs terres pour trouver un refuge dans nos pays occidentaux imaginant y trouver monts et merveilles ; face aux violences en Syrie ou dans d’autres pays, violences devant lesquelles les responsables politiques semblent impuissants ou indifférents ; face à la maladie d’un proche ou à la mort d’un enfant, tous, nous devons reconnaître qu’un jour ou l’autre, nous avons souhaité que Dieu intervienne. Nous le demandons aussi pour lui, en quelque sorte, lorsque les athées ou les agnostiques nous interpellent : « Comment un Dieu bon peut-il permettre des drames pareils ? »…

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus veut nous aider à mieux comprendre que c’est parce que Dieu est Amour qu’il étend son règne d’une toute autre façon que nous le réclamons parfois. Son royaume n’a rien à voir avec la puissance d’une armée ou avec une quelconque force violente. Non, le royaume de Dieu est semblable à « un homme qui jette le grain dans son champ » ou encore à « une graine de moutarde » minuscule jetée en terre. Quoi de plus petit, de plus discret, de plus inoffensif qu’une graine ! Jetée en terre, elle disparaît à nos yeux et semble ne plus exister. Et pourtant, que nous dormions ou soyons éveillés, elle meurt, puis produit l’herbe, l’épi et le blé, ou alors l’arbre aux longues branches dans lequel les oiseaux peuvent nicher.

La condition actuelle du royaume de Dieu, c’est cette apparente insignifiance. Alors qu’il est réellement semé par la venue du Christ en notre monde, il grandit dans la discrétion des cœurs qui choisissent avec détermination d’aimer Dieu et leur prochain. Oui, c’est cette adhésion libre de chaque être humain à l’Amour qui fait croître le royaume. C’est avec nous que Dieu veut transformer ce monde et non pas malgré nous. Parfois, heureusement, des gestes médiatisés nous laisse entrevoir le royaume et donne sa place à une Bonne Nouvelle dans les colonnes des journaux ou des émissions télévisées : une Mère Teresa qui entoure d’affection une personne dont le corps est décharné à Calcutta, un abbé Pierre qui fait un appel au secours pour les sans-abri ou un Père Kolbe qui donne sa vie à la place d’un père de famille à Auschwitz. Là, on voit que le monde change, parce qu’un homme ou une femme a accueilli l’Amour de Dieu dans son cœur.

Cependant le plus souvent, « nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir » comme l’enseigne déjà saint Paul aux chrétiens de Corinthe. Mais celui qui croit au Christ, à la puissance de salut de sa mort et de sa Résurrection, celui-là garde confiance. Il sait que la graine, aussi fragile qu’elle puisse paraître, porte en elle la puissance de la vie.

En contemplant l’échec apparent du Christ sur la croix, il discerne déjà la victoire du Ressuscité !»

Lectures bibliques : Ezékiel, 17, 22-24; 2 Corinthiens 5, 6-10; Marc 4, 26-34

Homélie du 10 juin 2012

Prédicateur : Abbé Jean-Louis Hôte
Date : 10 juin 2012
Lieu : Eglise de Bussy, VD
Type : radio

10e dimanche du temps ordinaire

Le texte de l’Évangile que nous venons de proclamer nous présente deux tableaux.

Une foule se rassemble autour de Jésus, attirée par le merveilleux qu’il opère: il guérit les malades, donne à manger à la foule, expulse les démons, fait des miracles… ; et pourtant c’est bien lui le fils du charpentier de Nazareth.

Ses parents sont très inquiets de tout ce qu’il fait : ce n’est pas habituel de voir de tels signes, ce n’est pas normal, « aurait-il perdu la tête ? » et ils sont là, dehors, pour le reconduire à la maison pour la tranquillité de tous, il dérange même sa propre famille : « Il a perdu la tête ».

Le second tableau : les scribes, qui viennent de Jérusalem – c’est-à-dire ceux qui connaissent les écritures, représentent ici l’autorité, la tradition – le dénoncent en disant qu’il agit et peut faire tout ce qu’il fait au nom de Satan et donc il incarne le mal. « Il a un esprit impur », disent-ils.

Dans ce contexte de suspicion et d’accusation de la part des scribes, il y a aussi la foule, une foule en admiration ; et on signale à Jésus qu’au dehors, un peu à l’écart, sa mère et ses frères sont là qui participent à ce moment, un peu inquiets.

Jésus alors dit cette phrase qui dans sa bouche peu paraître dure vis-à-vis de sa propre famille : « Qui sont ma mère et mes frères ? » « Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. »

Être un intime de Jésus, ce n’est pas seulement avoir des liens charnels avec lui : si l’on veut être de sa famille il faut faire la volonté de Dieu.

Ne disons-nous pas dans la prière de tous les chrétiens : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » ? Lorsque la volonté de Dieu sera faite sur la terre comme au ciel, le testament de Jésus – « Que tous soient Un » – aura son accomplissement. En effet, Jésus, la veille de sa mort lorsqu’il prononce sa grande prière au Père, son « testament », nous invite et nous commande de « nous aimer les uns les autres comme il nous aimés », tel est son désir, telle est son ultime volonté ; c’est ce qu’il a de plus cher à nous laisser.

Cette phrase, que nous avons entendu bien des fois, que nous chantons même, est-ce que nous la vivons ? Est-elle chair de notre chair ?

Concrètement Jésus nous invite à aimer notre prochain, celui que nous côtoyons, avec lequel nous vivons, avec lequel nous travaillons. Il s’agit de vivre nos relations quotidiennes « autrement », en faisant le premier pas vers l’autre, en aimant tous sans distinction, en pardonnant, et, quand les situations se font difficiles, en aimant encore ; car rien n’est petit de ce qui est fait par amour.

Jésus n’a-t-il pas dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » ?

La volonté de Dieu peut être vécue par quiconque : jeune ou âgé ; malade ou bien portant, dans le quotidien de nos vies. A chaque instant de notre journée nous pouvons avoir la joie de dire et de redire notre « oui » à Dieu.

Pour que le passage de l’Évangile que nous avons lu aujourd’hui porte du fruit en nous, je vous propose que durant toute cette semaine nous nous efforcions de faire la volonté de Dieu qui consiste à aimer les personnes qui nous sont proches. Et les fruits en seront d’abord que la relation avec nos frères et avec Dieu grandira et nous seront les témoins et les porteurs de son Amour dans le monde. Alors Jésus pourra dire à chacun d’entre nous, en nous appelant par notre nom : tu es ma sœur, tu es mon frère, tu es ma mère, tu es de ma famille.»

Lectures bibliques : Genèse 3, 9-15; 2 Corinthiens 4, 13 – 5,1; Marc 3, 20-35

Homélie du 03 juin 2012

Prédicateur : Chanoine Alexandre Ineichen
Date : 03 juin 2012
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Fête de la Sainte Trinité

Déjà par deux fois nous avons invoqué la sainte Trinité pour ouvrir cette célébration. En effet, toutes nos célébrations, tous les sacrements ainsi que notre prière personnelle se font au nom du Dieu unique, trois fois saint. C’est le cœur de notre foi, mystère que nous n’avons jamais fini de contempler. Aussi implorons, chers frères et sœurs, chers auditeurs, cette Trintié bienheureuse pour entrer encore une fois dans ce don d’amour du Père pour son Fils dans l’Esprit. Préparons-nous à participer à cette vie divine que le Dieu unique nous partage malgré nos péchés, malgré que nous soyons bien loin de cet amour trinitaire.

Lors d’un procès, aujourd’hui encore, après le réquisitoire du procureur et la plaidoirie de l’avocat de la défense, la parole est donnée à l’accusé. Devant ses juges, soit l’inculpé exprime ses regrets ou clame son innocence, soit il justifie son acte. Il en était de même à l’époque romaine. Lorsque les premiers chrétiens étaient amenés devant le préfet pour y être condamnés, ils répondaient, non de leurs actes, mais de leur foi. Et nous avons, chers frères et sœurs, chers auditeurs, les actes même de ces procès. La confession de foi devant les juges de ces premiers chrétiens a traversé les âges pour nous faire entendre les paroles mêmes de ceux qui allaient mourir comme témoin du Christ. Lorsque nous relisons ces actes, appelés justement actes des martyrs, les premières confessions de foi nous sont exposées. Nous Comprennnons alors mieux pourquoi et pour quelle foi, ces premiers témoins de Jésus-Christ étaient prêts à mourir à la suite de leur Seigneur et leur Dieu.

A la question des juges : quelle est votre croyance ? Ils répondaient tous qu’ils croyaient en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, qui descendit du ciel, pour nous les hommes et pour notre salut. Ainsi est exposé la foi chrétienne : un seul Dieu, Père, Fils et Esprit.

D’abord, Dieu est Père, créateur de l’univers visible et invisible. Il est donc artisan, dès le commencement de toute la création. Rien de ce qui est n’est sans lui et tout dépend de ce Dieu unique. Cette certitude est assez banale, vous en conviendrez. Pourtant, si nous y réflechissons un peu et l’examinons de plus près, cette conviction implique que tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons est lié intimement à ce Dieu tout-puissant. Combien est grand ce Dieu qui créa tout l’univers, de l’infinement petit à l’infiniment grand. Combien notre intelligence est subjuguée par cette connaissance obscure d’un Dieu au-delà de tout et qui est la source de tout. Devant tant de majesté, nous pouvons reprendre bien maldroitement les paroles du Psalmiste : « Le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il parla, et ce qu’il dit, exista ; il commanda, et ce qu’il dit survient. »

Cependant, par cette gloire si imposante, nous nous sentons écrasés, incapables de répondre à cet amour tout-puissant de Dieu, Père. Aussi, annoncé par les prophètes, Dieu, le Fils, s’est incarné, c’est-à-dire a participé à notre nature créée. Lui, le Créateur n’a pas dédaigné sa créature, au contraire, il l’a assumée, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. Jésus-Christ, Fils de Dieu, a manifesté à toute l’humanité que Dieu n’est pas seulement tout-puissant, mais aussi tout amour et misericorde. Dieu sait que nous sommes fragiles, non seulement parce qu’il nous a créés, mais parce qu’il nous recrée dans le Fils bien-aimé.

Après cette double confession, tous les martyrs s’arrêtent comme s’ils ne savaient pas que Dieu est aussi Esprit. Ils se taisent avant d’avoir terminé l’exposé de leur croyance comme si la suite, c’est-à-dire leur martyr, suffisait à donner à leur confession sa plénitude. En effet, ils savent ces martyrs, ces témoins du Christ, que si le Christ est en eux, leur corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l’Esprit est leur vie à cause de la justice. Et en continuant la citation de la lettre aux Romaines de saint Paul, nous comprennons mieux ce silence et nous pouvons nous approprier l’exhortation de l’Apôtre. « Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. » Alors Dieu, Esprit, nous associe, non seulement à l’œuvre du Père, créateur de toutes choses, mais à l’œuvre du Fils, qui par sa mort et sa réssurection, nous ouvre les chemins de son royaume. Laissons-nous comme les martyrs conduire par l’Esprit de Dieu, pour devenir fils de Dieu. Cet Esprit que nous avons reçu ne fait pas de nous des esclaves, des gens qui ont encore peur mais des fils, qui pouvons prier Dieu, en l’appelant : « Abba ! » c’est-à-dire Père.

Ainsi la Trinité n’est-elle pas un concept théologique pour essayer d’expliquer un mystère lointain qu’un esprit tourmenté se voudrait de comprendre, mais une foi vivante en un Dieu unique, qui n’est pas seulement tout-puissant, mais aussi plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes et qui se manifeste ici et maintenant dans nos vies de baptisés. Les martyrs l’ont confessée devant leurs juges qui allaient les condamner à mort. C’est au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit que nous avons été baptisés car nous croyons à ce Dieu trois fois saint. Notre confession ne n’avons pas à l’exposer comme aux temps anciens à des juges iniques, mais nous avons à la vivre maintenant au jour le jour. Alors poursuivons l’œuvre de Jésus, à qui a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre et, par toutes les nations, baptisons-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.»

Lectures bibliques : Deutéronome 4, 32-40; Romains 8, 14-17; Matthieu 28, 16-20

Homélie du 27 mai 2012

Prédicateur : Abbé Nicolas Glasson
Date : 27 mai 2012
Lieu : Chapelle de Notre-Dame des Marches, Broc
Type : radio

Fête de la Pentecôte

Chers frères et sœurs,

Il y a trois manifestations de la présence de Dieu dans le monde. Dieu est présent d’abord dans sa création : il est présent en toutes choses par ce qu’il en est le Créateur ; c’est parce que Dieu est présent en elles que les choses sont ; cette présence de Dieu descend dans les profondeurs, jusqu’aux entrailles et aux dernières fibres de l’être. Nous pouvons donc rencontrer Dieu dans la beauté de la création ou dans la saisie de ce qui est.

Mais Dieu s’est fait plus proche encore : le Verbe de Dieu s’est incarné, il a assumé une nature humaine semblable à la-nôtre et a vécu dans ce monde : c’est la présence d’Incarnation. Jamais Dieu n’a été aussi « physiquement » présent, aussi proche du monde, que durant la vie terrestre du Christ. Le mystère de l’Eucharistie prolonge aujourd’hui dans chacun des tabernacles de nos églises cette présence d’Incarnation.

La solennité de la Pentecôte nous révèle un troisième mode de présence de Dieu dans le monde, présence que jamais l’intelligence d’aucune créature n’aurait pu ni découvrir ni soupçonner : c’est la présence d’inhabitation. En nous envoyant et en nous donnant le Saint-Esprit de Pentecôte Dieu vient habiter en nous. C’est aux fidèles de son temps que saint Paul répète cette révélation, à savoir que l’Esprit Saint lui-même leur a été envoyé et qu’il demeure en eux : « La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Père ! » (Ga 4, 6) ; « L’amour de Dieu s’est répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5) ; « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3, 16) ; « Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu qui vous a marqués de son sceau » (Eph 4, 30).

En quoi consiste cette présence du Saint-Esprit dans nos cœurs ? Nous l’avons entendu dans l’évangile : quand l’Esprit Saint nous est donné « il prend ce qui vient du Christ pour nous le faire connaître », il prend quelque chose de l’être du Christ, quelque chose de l’humanité divine du Christ pour nous le donner. Recevoir le Saint-Esprit, c’est participer à la filiation divine et à la vie du Christ.

Tout le désir du Saint-Esprit est de faire réussir en nous l’œuvre de salut du Christ : il ne répand pas une autre grâce en chacune et chacun d’entre nous que celle qui remplit le cœur de Jésus et que l’Esprit fait déborder sur l’Eglise, sur les apôtres et sur nous-mêmes avec une irrésistible puissance. Nous avons part ainsi à l’être intérieur du Christ, aux sentiments qui animent la profondeur de l’humanité du Christ. Nous pouvons nous écrier avec saint Paul : « Nous l’avons, nous, la pensée du Christ ! » (1 Co 2, 16). L’Esprit Saint invisible nous ramène toujours à l’œuvre visible du Christ. Cette vie nouvelle est appelée à modeler toute notre existence humaine sur la nouveauté radicale de la résurrection. Dans la mesure de notre libre disponibilité, nos pensées et nos sentiments, notre mentalité et notre comportement sont lentement transformés, sur un chemin jamais complètement terminé en cette vie (cf. Benoît XVI, Porta fidei, no 6).

Ainsi donné à l’Eglise et à chacun de ses membres, l’Esprit de Pentecôte nous entraîne à la rencontre du Christ. A la fin du livre de l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, l’apôtre saint Jean nous rapporte un dialogue : c’est l’Esprit Saint qui, uni à l’Eglise d’ici-bas dont il est l’âme, dit « Viens Seigneur Jésus ! » ; et le Christ lui répond : « Oui, mon retour est proche », oui je viens maintenant (cf. Ap 22, 17-20).

« Esprit de Pentecôte, qui fais de l’Eglise un seul Corps,fais nous revenir, nous, les baptisés, à une authentique expérience de communion ; fais de nous un signe vivant de la présence du Ressuscité dans le monde »

(Prière de Benoît XVI pour la Pentecôte 2012). Amen.»

Lectures bibliques : Actes 2, 1-11; 1 Corinthiens 12, 3-7, 12-13; Jean 20, 19-23

Homélie du 17 mai 2012

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 17 mai 2012
Lieu : Chapelle de Notre-Dame des Marches, Broc
Type : radio

Fête de l’Ascension

Quel est notre désir le plus profond dans notre vie terrestre ? Quel est notre désir même quand nous souffrons, même quand nous mourons ? Reste-t-il un désir quand la vie devient âpre, très âpre, trop âpre ?

Tout au fond de moi, je ressens quelque chose de tellement fort, qui ne saurait périr. Quelque chose qui vient de plus loin que moi, mais qui est aussi moi. Quelque chose qui allume le désir d’une vie qui continue, d’un amour qui ne tombe pas dans un trou noir, d’une lumière qui devienne pleine. Ce n’est pas une idée ; c’est une expérience. Et je ne suis pas le seul à la faire, j’imagine.

Cette expérience m’incite à penser au mystère de la vie. Je trouve urgent de penser au mystère de la vie, de la mort, de l’au-delà de la vie.

Si l’on y réfléchit quelque peu, en effet, la vie est un mystère. Elle vient de plus loin que nous et personne ne peut se la donner à soi-même. Elle nous est donnée par nos parents, et avant eux par une très longue suite de générations. Avant cela encore, elle est préparée par les lentes évolutions du cosmos, qui depuis les formes les plus élémentaires de la matière, produit les cellules vivantes, puis cet assemblage inouï de cellules qu’est l’homme pensant et aimant.

Ce mystère est d’une subtilité que nous commençons à peine à entrevoir. Pour le croyant – mais aussi pour nombre de philosophes – ce mystère prend origine dans l’Intelligence infiniment aimante qui accompagne de sa puissance créatrice le cosmos et chacune des personnes. Pour cette raison, la vie est à respecter comme don de nos parents, de l’humanité, du cosmos, de la Présence divine ; elle n’est donc pas une pure possession, dont nous aurions la libre et arbitraire disposition.

Le mystère de la vie des personnes va plus loin encore que notre condition terrestre. Il se prolonge au-delà de notre insertion dans la lourde et périssable matière. L’esprit et l’amour ont à faire avec les énergies de la lumière. Le Christ ressuscité montre, au-delà de la mort, une nouvelle forme de la présence du corps, une nouvelle déclinaison de la vie. « Corps spirituel », dit saint Paul. Corps de lumière, corps subtil, qui dévoile et porte au plus pur la présence de la personne.

Mais la mort est un voyage qui ne manque pas d’énigmes. Elle passe parfois par des traverses de souffrance, voire de déchéance. La tentation, à certaines heures, est de les interrompre brutalement. « Je m’enlève la vie », quelle étrange expression. Mais ce voyage est un enfantement, dont nous ne comprenons pas tout. Sa part d’ombre et de dépouillement, pour âpre qu’elle soit, est un creuset de lumière et de réconciliation. Même cette part de dépouillement a besoin d’un temps, dont nous ne savons pas la mesure. Le temps du voyage de la mort vers la vie.

Aucun fatalisme dans cette conviction. Mais le libre respect d’un mystère qui me précède et qui me suit.

Le Christ ressuscité éclaire ce mystère. Il est là dans toutes les nuits. Il est là dans toutes les souffrances, qu’il n’explique pas, mais qu’il remplit de sa présence. Il est là et il entrouvre une fenêtre de lumière, une toute petite fenêtre de lumière au-delà de tout. Quand il apparaît à ses disciples, c’est avec un corps qui n’est plus tout à fait comme le nôtre en cette vie. C’est un corps de lumière, avec juste assez de matière, pour que soient reconnaissables son visage, son allure et les traces de son passage terrible sur la croix. Quand il apparaît à ses disciples, c’est pour dire que nous sommes attendus dans un espace de lumière, de paix, de douceur, de présence. Quand il apparaît à ses disciples, il annonce que mon corps, votre corps, au-delà du voile de la mort, aussi dure soit-elle, deviendra un corps de lumière, avec juste assez de matière pour porter notre personne et notre histoire. Puisse cette perspective de foi m’aider, vous aider à traverser tout, tout, tout.

Et puis, le Christ ressuscité monte au ciel et il est assis à la droite du Père. C’est bien sûr une image. Elle nous dit simplement que le vrai lieu du Christ est auprès de Dieu le Père, source de toute vie et de tout amour. Et ce n’est pas vraiment un lieu : le Christ est au-delà de l’espace et du temps. Et c’est pourquoi, il est aussi partout. Il est aussi en chacun de nous, si nous le voulons bien. Comme dit le pape saint Grégoire le Grand, le ciel, c’est l’âme du juste. Si je peux me permettre l’expression, le Christ monte vers le Père et il « monte » en chacun de nos cœurs.

Dans ce sens, l’Ascension est la figure de notre avenir. Si je regarde le Christ, au fond de mon cœur, je vois d’avance ma trajectoire : celle de ma vie, celle de mes joies et de mes misères, celle de mon voyage à travers la mort, celle de mon à-venir au-delà de la mort. Je m’accroche à la lueur de cette espérance en toute circonstance et je me dis, avec saint Augustin : « à la droite de Dieu, il y a une seule place, celle du Fils, et c’est pourquoi, nous sommes fils et filles de Dieu avec Lui. » A l’état de l’Homme parfait. (Ep 4, 13)»

Lectures bibliques : Actes 1, 1-11; Ephésiens 1, 17-23; Marc 16, 15-20

Homélie du 13 mai 2012

Prédicateur : Abbé Jean-Jacques Agbo
Date : 13 mai 2012
Lieu : Eglise Ste Marie Madeleine, Poliez-Pittet
Type : radio

6e dimanche de Pâques

Chers amis,

Saint Jean dans sa première lettre (seconde lecture de notre messe), saint Jean nous donne la fameuse définition concernant la nature de Dieu : “Dieu est amour”. Oui, l’amour chez Dieu n’est pas un attribut mais sa nature même, son essence.

(Prenons donc une comparaison simple.) La couleur de la peinture grise métallisée de votre voiture automobile n’est qu’un attribut, on dirait aussi un accessoire. Pour la raison très simple que si votre voiture n’était pas peinte ou bien peinte d’une couleur dégoûtante, elle pourrait quand même marcher. Si par contre, votre voiture était dépourvue de moteur, elle ne mériterait plus le nom de voiture, ne pouvant pas rouler.

L’amour chez Dieu n’est donc pas une qualité accessoire, un détail, un enjoliveur, mais une qualité fondamentale, nécessaire, constitutive, comme le moteur pour une voiture. Dieu n’est pas amour à ses moments perdus, il n’est pas amour dans les coins, il l’est totalement.

Quelqu’un me disait l’autre jour cette parole un peu méchante, mais pas tout à fait fausse: telle personne, quand elle a fait sa B.A. (sortir ses poubelles), elle en a pour 15 jours à se reposer… Ce n’est donc pas le cas de Dieu, il voudrait qu’on marche sur ses traces: écoutons saint Jean : “Dieu est Amour” (A majuscule).

Le même thème est repris par Jean dans l’évangile d’aujourd’hui. Il précise la nécessité d’aimer son prochain afin d’imiter Dieu.

Saint Jean, qui est un grand réaliste, n’oublie pas de faire un lien avec l’obéissance aux commandements, pour que l’amour ne soit pas seulement, affectif mais effectif. Autrement dit, l’obéissance aux commandements comme garantie sur l’authenticité de notre amour…

Voici une petite histoire provenant probablement de Jean Paul 1° s’emble-t-il partagé avec un confrère mardi dernier :

Un franciscain dans sa prédication commentait allégrement le passage de notre évangile d’aujourd’hui. Il avançait avec véhémence cette affirmation de saint Jean. « Dieu est amour, Il aime tous les hommes de manière particulière… etc… »

Un chrétien dans l’église poussa un profond soupir et interrompt le prédicateur : « Si Dieu était amour comment se fait-il qu’il y a toutes ces injustices, ces guerres, ces pauvres, ces enfants maltraités, tous ces innocents qui sans cesse payent pour les coupables… »

Le franciscain, évidemment surpris et ahuri fit signe au monsieur de s’approcher. Celui-ci s’exécuta. Le religieux lui désigna du doigt une petite tache sur le col de sa veste. « Il y a là une petite tache sur ta veste. C’est la faute du savon qui malgré toutes ses vertus n’a pas su enlever la tache, ou bien de la ménagère qui n’a pas su bien frotter le col, ou pire encore la veste n’a pas été lavée? »… A qui donc la faute…Pas du tout au savon voyons. Pas à Dieu voyons. Allez vous comprendre. Dieu est amour malgré tout…

Chers amis, pour conclure notre méditation, reprenons cette parole du grand Paul Valéry, pourtant sceptique et incroyant, il dit:

“Le mot Dieu n’a été associé au mot amour que depuis Jésus-Christ”.

Cette parole de l’auteur célèbre du “Cimetière marin” peut aider à réfléchir certains qui mettent facilement toutes les religions sur un même plan. Bref, tous les adeptes du syncrétisme, c’est-à-dire la religion transformée en salade niçoise ou bien en salmigondis un morceau par-ci, un autre morceau par-là, assaisonnés à la sauce mayonnaise passe-partout et bon-enfant, voila un des défauts du sentiment religieux à notre époque. Nous, restons fidèles, à St Jean l’évangéliste et surtout à Jésus. Nous, c’est-à-dire, vous toutes et tous qui nous écouter à travers les ondes, Dieu habite partout où des hommes, des femmes, des enfants ont de l’amour les uns pour les autres. « Dieu est amour ».

Amen.

Lecture bibliques: Actes 10, 25-26; 1 Jean 4, 7-10; Jean 15, 9-17

Homélie du 06 mai 2012

Prédicateur : Abbé Bernard Schubiger
Date : 06 mai 2012
Lieu : Eglise Ste Marie Madeleine, Poliez-Pittet
Type : radio

5e dimanche de Pâques

Frères et sœurs, la grâce peu davantage.

La vigne et le vigneron : allégorie du véritable accompagnement spirituel d’une saine et authentique mystique chrétienne.

Voilà comment pourrait s’intituler cette homélie.

Quel est le fondement de l’Eglise ? avec un grand E

Ce n’est ni la démocratie, et pourtant nous sommes en Suisse, ce n’est ni la hiérarchie, qui nous relierait je ne sais comment directement au ciel, encore moins la royauté.

Le fondement de l’Eglise, et c’est la première lecture qui nous le rappelle, c’est la conversion. Paul a dû se convertir pour devenir l’avorton des apôtres, comme il se nommait. Et l’intégration de cette conversion est à faire tout au long de notre vie. Pas seulement au début, à travers le baptême, mais tout au long de notre vie. Pas seulement à travers la catéchèse et la confirmation, mais tout au long de notre vie. C’est le passage des paroles et des discours, en actes et en vérité, comme nous invite à le faire saint Jean dans la deuxième lecture. Et pour cela il y a un moyen que la sainte mère l’Eglise nous offre : c’est l’accompagnement spirituel, qui est, comme le dit le début de l’Evangile d’aujourd’hui, le passage de ce monde, et il n’y a qu’un seul et unique monde, le monde réel dans lequel nous vivons, le nôtre, le passage de ce monde à notre Père, puisque nous reconnaissons tous par notre baptême que nous venons du Père et que tous par notre sainteté nous sommes appelés à retourner auprès de notre Père.

Lorsque j’ai réfléchi comment expliquer à des confirmands l’accompagnement spirituel, tout à coup je vois un miroir. Je me dis : je vais prendre un miroir et le présenter à chacun de ces jeunes en leur demandant : qu’est-ce que tu vois ? Et voilà que tout à coup une fille, je crois bien qu’elle se nommait Aurore, c’est tout un programme, dit : « je vois le visage de Dieu » et gênée elle éclate de rire. Elle avait tout compris. L’accompagnement spirituel au sens littéral c’est de nous permettre de voir le visage de Dieu à l’œuvre en nous. Tous par notre baptême, nous sommes invités à devenir un reflet du visage de Dieu. Nous ne sommes pas Dieu pour les autres, ce serait une hérésie, que j’ai failli commettre dans une homélie d’enterrement, mais heureusement mon confrère pasteur m’a corrigé.

L’accompagnement spirituel, c’est de faire découvrir cette présence de Dieu dans le plus ordinaire du quotidien de notre vie.

« Tout sarment qui donne du fruit, Dieu le Père, dans son infinie sagesse, lui qui est le vigneron, le nettoie, pour qu’il en donne davantage » (Jean 15,2a).

La grâce peut davantage, c’est le titre, d’un livre (André Louf, La grâce peut davantage. L’accompagnement spirituel, Septembre 2005) que je vous recommande vivement. André Louf, dans ce livre, développe la diversité de l’accompagnement et des spiritualités.

Une parabole est une comparaison pour nous faire découvrir à travers la nature ou/et l’histoire des hommes, quelque chose de la vie de Dieu avec les hommes.

Par contre une allégorie est une comparaison où chaque élément est porteur de sens. Ainsi à travers cette histoire de la vigne et de son vigneron Dieu nous fait découvrir en profondeur ce que peut devenir l’accompagnement spirituel, lorsque nous le vivons tout au long de notre vie. Peut-être devrions-nous reconnaître que pour être tout simplement un baptisé digne de ce nom, fécond de la fécondité de Dieu, il est indispensable de vivre d’une manière ou d’une autre cet accompagnement.

1° Au sens littéral l’accompagnement c’est ce qu’ont vécu les 2 disciples en marche vers Emmaüs. Voilà que Jésus est avec eux et ils ne le reconnaissent pas. Souvent l’accompagnement commence par ce cheminement, ce compagnonnage, qui n’a même pas le nom d’accompagnement. On vient d’enterrer un de mes confrères l’abbé Georges Beaud, qui faisait cela admirablement bien dans sa ferme « des sots » à Hauteville, sans avoir de titre.

2° Ensuite il y le directeur de conscience qui nous fait découvrir que l’accompagnement c’est aussi nécessaire, lorsqu’on a besoin d’intégrer de manière plus claire les exigences de la foi et de l’Evangile dans notre conscience. C’est le vigneron qui émonde et nettoie.

3° Le directeur spirituel fait référence au Christ, il nous éduque et nous forme dans la vie spirituelle et mystique. Il nous apprend à « demeurer ». Ce verbe « μενειν » (menein en grec), est une clef pour comprendre l’évangile de Jean. Il signifie l’intimité profonde qui règne dans la Trinité, entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Intimité dans laquelle nous aussi nous sommes invités à entrer.

Pour vivre cette intimité, le Jésus de saint Jean nous invite à :

– demeurer dans la Parole

– demeurer dans les commandements en y étant fidèle au quotidien

– de faire de notre cœur une demeure pour Dieu, afin que Dieu demeure en nous

et ainsi de suite…

4° Et enfin pour nous nouer la gerbe, il y a le père spirituel qui nous fait entrer dans une relation d’amitié. Ce qui pouvait encore être une dépendance de service (ordre et commandement) devient une relation d’amitié, puisqu’il n’y a plus rien de caché, comme nous le dit le Jésus de saint Jean ailleurs dans son Evangile.

L’accompagnement spirituel nous l’avons vu dans cette allégorie est indispensable pour porter du fruit. Puisque le Jésus de Jean nous dit qu’il n’y a plus rien de caché.

L’accompagnement spirituel nous l’avons vu dans cette allégorie est indispensable; puisque Jésus nous dit que seuls les sarments restés greffés sur le cep portent du fruit. Les sarments qui laissent couler la sève de l’Esprit, pourront porter du fruit, un fruit abondant et qui demeure.

Ainsi l’accompagnement spirituel est d’abord une grâce à demander. C’est peut-être la grâce que nous pourrions demander tous ensemble, nous tous rassemblés dans cette église, ou à travers les ondes.

Et puis bien sûr il faut faire un choix, choisir un accompagnateur, cela demande un discernement, pour bien choisir, dans la préférence et la perfection de l’amour. Pas forcément un prêtre, j’ai été accompagné de longues années par une religieuse. Et je peux témoigner de tout ce que peut nous apporter cette manière maternelle d’accompagner le prêtre que je suis.

Ainsi frères et sœurs, à travers cette allégorie de la vigne et de son vigneron, nous sommes invités à découvrir, redécouvrir ou approfondir, le véritable accompagnement spirituel il nous fera entrer dans une spiritualité qui est une vraie et authentique mystique chrétienne,

parce qu’elle nous mettra au cœur de l’homme,

au cœur de l’unique monde, qui est le nôtre,

au cœur de la réalité la plus ordinaire,

en nous faisant découvrir l’extraordinaire de Dieu.

AMEN

Lectures bibliques : Actes 9, 26-31; 1 Jean 3, 18-24; Jean 15, 1-8

Homélie du 29 avril 2012

Prédicateur : Abbé Paul Frochaux
Date : 29 avril 2012
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
Type : radio

4e dimanche de Pâques

« Paroisse encore vivante attend un prêtre qui soit un bon Pasteur, un vrai berger, selon le cœur de Dieu…faire offre à… »

Ce type de petite annonce pourrait intéresser de nombreuses paroisses aujourd’hui, tant la demande est forte et pressante en des temps où les prêtres sont de moins en moins nombreux et dont la moyenne d’âge devient impressionnante par son élévation !

C’est vrai, on y est maintenant ! On est dans les problèmes, on ne sait pas trop vers quoi on va. Deux prêtres encore en pleine force, dont votre serviteur, vont quitter cet été l’Unité Pastorale du Grand Vevey. Combien seront-ils pour les remplacer ? Deux, un ? Ici, les rumeurs ou plutôt les inquiétudes sont réelles. De leur côté, nos autorités ne savent plus comment répondre à l’attente des paroisses. Ce problème est un problème général en Occident, il vaut aussi pour les Communautés religieuses, monastiques et même des communautés nouvelles.

Dans l’Eglise ou hors d’elle, beaucoup y vont de leurs solutions : il faut que les prêtres puissent se marier, il faut ordonner des femmes… Mais, d’autres Communautés chrétiennes qui connaissent largement ces ouvertures voient, avec un certain décalage il est vrai, les mêmes problèmes arriver chez eux. Le problème est donc ailleurs. Ne serait-il pas simplement dans la grave déchristianisation que connaît actuellement notre société ?

Une affiche déjà ancienne pour les vocations sacerdotales montrait un jeune prêtre africain célébrant l’Eucharistie. La légende de cette belle affiche était ainsi libellée : « Le monde a besoin de prêtres, car le monde a besoin du Christ ». Cette phrase m’a touché et j’y crois. En même temps je m’interroge : Notre société occidentale a-t-elle encore besoin du Christ ? Ne donne t-elle pas plutôt des signes qu’elle peut s’en passer. Et si elle peut s’en passer, elle peut se passer des prêtres, des vocations consacrées et, en général de toutes les vocations.

Apparemment, notre monde préfère suivre d’autres bergers dont les voix sont peut-être plus séduisantes. La voix de la publicité qui nous promet une vie meilleure, les voix de la facilité en matière d’éthique qui nous arrangent, les voix de la politique qui nous promettent des solutions qui ne seront pas tenues. Ces voix et tant d’autres sont celles des bergers mercenaires pour qui les brebis ne comptent pas vraiment.

Ces constats, plutôt négatifs, je le reconnais, ne sont pas étendus à l’échelle planétaire et la santé vocationnelle de notre Eglise catholique dans le monde n’est pas si mauvaise. Pour 410.000 prêtres il y a plus de 100.000 séminaristes ou futurs prêtres ! Donc, dans l’ensemble de la vie de notre Eglise catholique, les prêtres non seulement se remplacent largement, mais ils sont même statistiquement en augmentation. Si nous avions la même proportion, nous aurions chez nous environ septante séminaristes à la place de 5 ! D’où viennent ces séminaristes nombreux ? Sans doute de pays moins favorisés matériellement. Sans doute de communautés vivantes, joyeuses, où les jeunes sont nombreux dans les assemblées. Les fameuses journées mondiales de la Jeunesse nous donnent un signe formidable d’encouragement, mais elles ne remplissent pas les séminaires et les couvents de Suisse Romande.

Face à cette question, Jésus nous donne la première des solutions, la plus simple, la plus essentielle : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 38) Prier. Cela s’est toujours fait. Il faut d’ailleurs rendre hommage à tant de personnes qui ont prié, qui prient encore tous les jours à cette intention. Elles ont formé des monastères invisibles, invisibles aux yeux des hommes, parfaitement visibles aux yeux de Dieu. Merci à toutes ces personnes, croyez quoi qu’il en soit que votre prière n’a pas été vaine et qu’elle reste précieuse.

Priez, prions avec vous, pour que la voix de Jésus le Bon Pasteur soit entendue. Il est la voix de Celui qui donne sa vie pour ses brebis. Il est la voix de celui qui connaît ses brebis et, attention, il ne les connaît pas de manière superficielle, il les connaît comme il connaît le Père et que le Père le connaît. Pas moins que cela !

Il est enfin la voix de celui qui veut rassembler les brebis en un seul troupeau, il est le pasteur de l’Unité.

Prions pour que cette voix soit entendue de tous et plus particulièrement des nouvelles générations. Prions pour que les séminaristes et les prêtres que nous espérons plus nombreux s’efforcent de ressembler à ce Bon Pasteur en donnant eux aussi leur vie pour les brebis qui leur sont confiées. Prions pour les vocations consacrées dans nos communautés religieuses, nos monastères, dont l’action et la prière féconde l’Eglise tout entière.

Prions pour notre pauvre monde ; qu’il découvre qu’il a besoin du Christ et qu’en ayant besoin du Christ, il a besoin de prêtres, qu’il a besoin de vocations consacrées prêtes à donner leur vie pour le peuple que Dieu s’est acquis. AMEN»

Lectures bibliques : Actes 4, 8-18; 1 Jean 3, 1-2; Jean 10, 11-18