Homélie du 29 avril 2012

Prédicateur : Abbé Paul Frochaux
Date : 29 avril 2012
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
Type : radio

4e dimanche de Pâques

« Paroisse encore vivante attend un prêtre qui soit un bon Pasteur, un vrai berger, selon le cœur de Dieu…faire offre à… »

Ce type de petite annonce pourrait intéresser de nombreuses paroisses aujourd’hui, tant la demande est forte et pressante en des temps où les prêtres sont de moins en moins nombreux et dont la moyenne d’âge devient impressionnante par son élévation !

C’est vrai, on y est maintenant ! On est dans les problèmes, on ne sait pas trop vers quoi on va. Deux prêtres encore en pleine force, dont votre serviteur, vont quitter cet été l’Unité Pastorale du Grand Vevey. Combien seront-ils pour les remplacer ? Deux, un ? Ici, les rumeurs ou plutôt les inquiétudes sont réelles. De leur côté, nos autorités ne savent plus comment répondre à l’attente des paroisses. Ce problème est un problème général en Occident, il vaut aussi pour les Communautés religieuses, monastiques et même des communautés nouvelles.

Dans l’Eglise ou hors d’elle, beaucoup y vont de leurs solutions : il faut que les prêtres puissent se marier, il faut ordonner des femmes… Mais, d’autres Communautés chrétiennes qui connaissent largement ces ouvertures voient, avec un certain décalage il est vrai, les mêmes problèmes arriver chez eux. Le problème est donc ailleurs. Ne serait-il pas simplement dans la grave déchristianisation que connaît actuellement notre société ?

Une affiche déjà ancienne pour les vocations sacerdotales montrait un jeune prêtre africain célébrant l’Eucharistie. La légende de cette belle affiche était ainsi libellée : « Le monde a besoin de prêtres, car le monde a besoin du Christ ». Cette phrase m’a touché et j’y crois. En même temps je m’interroge : Notre société occidentale a-t-elle encore besoin du Christ ? Ne donne t-elle pas plutôt des signes qu’elle peut s’en passer. Et si elle peut s’en passer, elle peut se passer des prêtres, des vocations consacrées et, en général de toutes les vocations.

Apparemment, notre monde préfère suivre d’autres bergers dont les voix sont peut-être plus séduisantes. La voix de la publicité qui nous promet une vie meilleure, les voix de la facilité en matière d’éthique qui nous arrangent, les voix de la politique qui nous promettent des solutions qui ne seront pas tenues. Ces voix et tant d’autres sont celles des bergers mercenaires pour qui les brebis ne comptent pas vraiment.

Ces constats, plutôt négatifs, je le reconnais, ne sont pas étendus à l’échelle planétaire et la santé vocationnelle de notre Eglise catholique dans le monde n’est pas si mauvaise. Pour 410.000 prêtres il y a plus de 100.000 séminaristes ou futurs prêtres ! Donc, dans l’ensemble de la vie de notre Eglise catholique, les prêtres non seulement se remplacent largement, mais ils sont même statistiquement en augmentation. Si nous avions la même proportion, nous aurions chez nous environ septante séminaristes à la place de 5 ! D’où viennent ces séminaristes nombreux ? Sans doute de pays moins favorisés matériellement. Sans doute de communautés vivantes, joyeuses, où les jeunes sont nombreux dans les assemblées. Les fameuses journées mondiales de la Jeunesse nous donnent un signe formidable d’encouragement, mais elles ne remplissent pas les séminaires et les couvents de Suisse Romande.

Face à cette question, Jésus nous donne la première des solutions, la plus simple, la plus essentielle : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 38) Prier. Cela s’est toujours fait. Il faut d’ailleurs rendre hommage à tant de personnes qui ont prié, qui prient encore tous les jours à cette intention. Elles ont formé des monastères invisibles, invisibles aux yeux des hommes, parfaitement visibles aux yeux de Dieu. Merci à toutes ces personnes, croyez quoi qu’il en soit que votre prière n’a pas été vaine et qu’elle reste précieuse.

Priez, prions avec vous, pour que la voix de Jésus le Bon Pasteur soit entendue. Il est la voix de Celui qui donne sa vie pour ses brebis. Il est la voix de celui qui connaît ses brebis et, attention, il ne les connaît pas de manière superficielle, il les connaît comme il connaît le Père et que le Père le connaît. Pas moins que cela !

Il est enfin la voix de celui qui veut rassembler les brebis en un seul troupeau, il est le pasteur de l’Unité.

Prions pour que cette voix soit entendue de tous et plus particulièrement des nouvelles générations. Prions pour que les séminaristes et les prêtres que nous espérons plus nombreux s’efforcent de ressembler à ce Bon Pasteur en donnant eux aussi leur vie pour les brebis qui leur sont confiées. Prions pour les vocations consacrées dans nos communautés religieuses, nos monastères, dont l’action et la prière féconde l’Eglise tout entière.

Prions pour notre pauvre monde ; qu’il découvre qu’il a besoin du Christ et qu’en ayant besoin du Christ, il a besoin de prêtres, qu’il a besoin de vocations consacrées prêtes à donner leur vie pour le peuple que Dieu s’est acquis. AMEN»

Lectures bibliques : Actes 4, 8-18; 1 Jean 3, 1-2; Jean 10, 11-18

Homélie du 08 avril 2012

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 08 avril 2012
Lieu : Eglise St-Bernard de Menthon, Plan-les-Ouates
Type : radio

Fête de Pâques

Quelle ouverture !   Quel bouleversement !

Ce matin, ce tombeau vide fait éclater toute nos géographies : il nous situe bien plus loin qu’on en avait l’habitude. Il nous fait passer de la ville au monde… de là où l’on crie Hosanna, à là où l’on chante Exultet. Je vous invite à suivre ce chemin !

Nous voilà dans cette ville de Jérusalem où étaient enracinées les bonnes habitudes religieuses. Rappelez-vous, il y a une semaine c’est devant ses portes que la foule était massée pour acclamer Jésus comme un roi. Il était reçu dans sa capitale, pensait-on, ce qui motive le joyeux enthousiasme de cette fête. On y a crié et chanté, comme dans les fêtes les plus réussies : Hosanna, béni soit celui qui vient ! Littéralement : « s’il te plaît, sauve-nous ! » On attendait de celui qui vient qu’il soit le libérateur de cette ville et de ses habitants : c’est bien et c’est louable, mais c’est un peu réduire Jésus à la dimension de cette ville et de ses soucis d’indépendance.

Nous savons la suite : Jésus ne se laisse pas enfermer dans une carrière politique qui lui imposerait de régler les questions du pouvoir. On comprend donc qu’il puisse décevoir ceux qui attendaient autre chose. Cette foule qui l’acclamait va subir la manipulation des puissants et le rejeter avec la même force qu’ils l’avaient accueilli. Du coup c’est comme si les murs de cette ville se refermaient sur lui.

Il fallait donc aller plus loin. Jésus, homme libre par excellence, ne pouvait rester prisonnier d’un tombeau. Il fallait que le Hosanna exprimant le désir d’être sauvé trouve une autre dimension : le tombeau vide est devenu au matin de Pâques le signe du salut de l’humanité entière.

C’est le chant de l’Exultet qui a déchiré notre nuit, comme pour appeler la multitude des créatures à se réjouir de la vie nouvelle. Au ciel et sur la terre c’est la même joie qui envahit le peuple universel des filles et des fils du Père. Un peuple nouveau est constitué à la dimension du monde. Le passage de la ville de Jérusalem au monde entier est symbolisé par le passage d’un cri à un chant : des Hosanna de Rameaux à l’Exultet de l’aube de Pâques.

Vous avez remarqué ? On court beaucoup dans cet évangile de Pâques. Voyant que la pierre est enlevée du tombeau, Marie Madeleine court trouver Pierre et l’autre disciple. Les deux vont au tombeau en courant et l’un va plus vite que l’autre. J’aime cette petite compétition qui dit que même les disciples ont leur amour propre. Le premier est tout fier de faire comprendre qu’il est le plus rapide. Le second, dont la tradition nous dit qu’il serait Jean, le même qui écrit cet évangile, est tout fier de parler de lui comme du disciple que Jésus aime.

Au delà des qualités propres de ces deux personnages, nous découvrons là ce qui caractérise le disciple du Ressuscité : se savoir aimé et le communiquer au plus vite avec enthousiasme. Nous voilà donc là aussi invités à suivre le chemin. Quelle bousculade, quelle ouverture !

A propos d’ouverture : un détail de cet évangile a retenu mon attention.

C’est en deux étapes que l’un puis les deux disciples découvrent que le tombeau est vide.

D’abord l’un se penche et il voit le linceul ; il est resté là, il est le signe que la mort n’est pas oubliée. Ce n’est que dans un deuxième temps que les deux entrent dans le tombeau. C’est donc à l’intérieur du tombeau qu’ils constatent que le mort n’y est pas.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Que d’abord il faut voir, et pour cela se pencher, se bouger pour chercher du regard.

Mais ça ne suffit pas ; ce regard doit conduire à un déplacement : en entrant dans le tombeau, les disciples font le même chemin que Jésus. A leur manière ils passent par la mort, ils en expérimentent les signes. Et devant le vide, ou plutôt l’ouverture, leur regard les conduit à croire. Par le déplacement de leur corps, c’est aussi un déplacement de leur être qui les engagent à la suite du crucifié.

Et nous savons qu’ils ne sont pas restés dans le tombeau. On ne serait pas là pour en parler. Y étant entrés, ils leur a bien fallu en sortir. Ainsi, les deux disciples ont expérimenté le même déplacement que le Christ. Sortant du tombeau à sa suite ils sont déjà engagés dans la vie nouvelle du Ressuscité. C’est ainsi qu’il deviennent les témoins crédibles de la Résurrection.

A leur suite nous avons la possibilité de ne pas rester simples spectateurs de l’événement de Pâques et de nous engager avec tout notre être dans ce passage à la vie nouvelle. Nous voici devenus des acteurs de notre propre liberté. Ce passage, nous l’avons expérimenté dans notre chair au jour de notre baptême : plongés dans l’eau, nous sommes comme entrés dans la mort du Christ pour en ressortir vivants, ressuscités avec lui, comme le dit saint Paul aux Colossiens.

Oui, les amis, le chemin du Christ est devenu notre propre chemin : la fête de ce jour nous y invite une nouvelle fois.

Joyeuse Pâques à vous et à tous les vôtres !»

Lectures bibliques : Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4;Jean 20, 1-9

Homélie du 08 avril 2012

Prédicateur : Mgr Johan Bonny, évêque d’ Anvers
Date : 08 avril 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Anvers
Type : tv

Fête de Pâques

Frères et soeurs,

On dirait que notre monde a du mal à supporter le bien. Le bien doit parfois se cacher pour survivre. Souvent il tombe dans l’oubli, pour ne pas dire qu’il est nié, voire banni. La souffrance des gens tient souvent au fait que malgré leurs intentions les meilleures, le zèle de leur engagement, ils se retrouvent en marge de la société.

Cette question nous amène au cœur de ce que nous célébrons aujourd’hui: la résurrection de Jésus. Le Vendredi Saint, il fallait que Jésus disparaisse car il était littéralement ‘trop bon pour ce monde’. Ce qu’Il était et ce qu’Il faisait était devenu insupportable. Non parce c’était mal mais au contraire parce que c’était bon. Jésus aurait pu se sauver lui-même. Il aurait pu s’arranger pour ne pas souffrir. Mais son histoire unique se serait alors arrêtée là. La croix fut son dernier refuge et pour cette raison son dernier choix. Il décida lui-même d’aller à Jérusalem et de porter sa croix jusqu’au bout. Mais est-ce sur cette croix qu’il est apparu pour la dernière fois?

En ce matin de Pâques nous célébrons Jésus relevé d’entre les morts par le Père, par la force de L’Esprit. Tout ce bien qui avait conduit Jésus en marge de la société et l’avait mené à la croix ne s’est pas heurté à un mur. Non : sur la croix tout ce bien s’est déversé dans les mains du Père, qui l’a recueilli et l’a transfiguré. Ce qu’était Jésus, ce qui faisait de Lui la figure du Père, le Père l’a extirpé de l’incompréhension de ce monde pour le mener à sa transfiguration. Là où la vie s’arrêtait, il l’a fait renaître. Là où se dressait un mur, il a ouvert un nouvel horizon. D’abord pour Jésus mais aussi pour chacun de nous.

Pâques n’est pas seulement la résurrection de Jésus. Il est le premier de cette nouvelle création mais non le dernier. La résurrection de Jésus marque l’avènement d’un temps nouveau pour Lui et pour nous. Celui qui est repoussé et banni dans ce monde peut plonger son regard dans celui du ressuscité. Il nous rassemble et s’adresse à nous. Il nous emmène sur ce chemin qu’il a déjà lui-même parcouru.

Voulez-vous contempler le meilleur de ce monde ? Vous le trouverez bien souvent en marge de notre société. Les fleurs les plus belles fleurissent où on les attend le moins. Tout comme ces narcisses, ces fleurs de la saison pascale, presque perdues en marge des chemins. Elles y ont bien leur place. Toute vérité et tout bien de ce monde sera reconnu et atteindra sa plénitude dans le visage du Ressuscité. C’est notre espoir et notre joie en ce jour.

Je vous souhaite une sainte et heureuse fête de Pâques !

Amen.

Lectures bibliques : Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4;Jean 20, 1-9

Homélie du 06 avril 2012

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 06 avril 2012
Lieu : Eglise St-Bernard de Menthon, Plan-les-Ouates
Type : radio

Célébration de la Passion du Seigneur

Peser une loi sur la même balance que la vie… quelle dérision !

C’est pourtant ce qui conduit à la situation dramatique de ce jour :

« Nous avons une loi et selon cette loi il doit mourir car il s’est dit Fils de Dieu »

Pendant toute sa vie Jésus a cherché à révéler que c’est la vie qui est importante au cœur de Dieu.

Certes, des paroles sont nécessaires pour donner un cadre à la vie commune… C’est pourquoi, pour Jésus, la loi est faite pour être accomplie, autrement dit pour donner à la vie de se déployer.

Or, nous le savons, c’est justement cela qui lui est reproché par ceux qui se sentent menacés dans leur pouvoir, justement au nom de cette loi !

Pour l’avoir séparée de la volonté de Dieu, les chefs religieux ont fait de la loi un instrument de mort. En en faisant le conservatoire du pouvoir religieux ils ont trahi non seulement la personne de Jésus, mais toutes celles et ceux qui vivent selon la loi de l’amour.

Car c’est bien cet affrontement qui se joue définitivement sur la croix du Christ : contre une parole d’amour s’est dressée une loi de mort. Et pourtant, là où la justice de Dieu bouscule la justice des hommes, c’est un espace de liberté qui s’ouvre devant Celui qui a fait son choix : aller jusqu’au bout non seulement de sa vie et de sa mission, mais de l’amour d’une vie donnée pour la vie du monde !

Cette croix plantée devant nous, nous appelle à ce même choix :

Signe de l’amour donné, elle nous indique le chemin de la liberté. Nous avons la possibilité de nous engager à la suite de Celui qui nous révèle que la seule loi, c’est la vie… au delà même de la mort !»

Lectures bibliques : Isaïe 52, 13 -53, 12; Hébreux 4, 14-16; 5, 7-9; Jean 18, 1 – 19, 42

Homélie du 01 avril 2012

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 01 avril 2012
Lieu : Eglise St-Bernard de Menthon, Plan-les-Ouates
Type : radio

Dimanche des Rameaux et de la Passion :

Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !

Que de passages contrastés à vivre dans cette célébration !

C’est la fête ou déjà le drame ? La peine ou la joie ? Le passé ou le présent ?

N’est-ce pas la vie elle-même qui se joue avec se hauts et ses bas, ses réussites et ses échecs ?

Parce qu’il est venu vivre avec nous, Jésus lui-même assume ces extrêmes et ces contrastes.

La fête de ce jour nous fait entrer dans cette grande semaine du passage : nous y vivrons au rythme de la vie du Christ donnée en toutes circonstances.

 

Le premier passage auquel nous sommes invités, c’est de passer du passé au présent.

La déclaration du centurion, un étranger, est impressionnante, mais elle parle du passé. Elle parle d’un homme mort, le reconnaissant ce qu’il a été. Le centurion ne connaît pas la suite…

Nous aujourd’hui nous sommes les disciples du Vivant ; nous sommes interrogés au présent.

Sommes-nous prêts à nous engager à la suite Christ, mort et Ressuscité ?

Si oui, notre profession de foi nous fait proclamer :

« Vraiment celui-ci EST Fils de Dieu ! »»

Lectures bibliques : Isaïe 50, 4-7; Philippiens 2, 6-11; Marc 14,1 -15,47

Homélie du 01 avril 2012

Prédicateur : Abbé Jean-François Luisier
Date : 01 avril 2012
Lieu : Eglise Saint-Germain, Savièse
Type : tv

Messe des Rameaux et de la Passion

Meditation – personnage de Pierre

Mes amis, c’est vrai, il faisait des miracles, surtout des guérisons, mais au moment décisif où il aurait fallu prouver qu’il était l’envoyé de Dieu, sur la croix, ce fut le silence de Dieu, silence qu’il accepta de partager avec tous ceux qui souffrent. Les disciples avaient peine à comprendre que Jésus soit un messie pauvre. Ils espéraient peut-être qu’il changerait les conditions sociales ou politiques du moment, ils ne saisissaient pas qu’il était venu d’abord arracher le mal à la racine.

Jacques ! Jean ! et surtout toi Pierre, tes yeux sont alourdis, tu t’en poses des questions ? Pourquoi avoir suivi ton frère ? N’aurait-il pas fallu garder des filets en réserve ? Te voilà dans de beaux filets…. Pierre ! tu serais capable de fuir, de le renier, de ne pas aller jusqu’au bout ?

Tu as ce visage de l’Eglise d’hier et d’aujourd’hui endormie parfois, barque à la dérive, et nous le sommes à chaque fois que sonne l’indifférence dans nos vies, celle qui nous fait somnoler devant la souffrance, sans réaction, peut-être parce qu’il y a saturation, trop d’information, trop d’émotion et si peu de recul, …

Allons Pierre, réveille-toi, avec toute l’Eglise qui va naître de toi… Celui que tu croyais si fort, si puissant, a besoin de l’homme si faible et si fragile. Lorsque tu es faible, c’est alors que Dieu est fort en toi, demande-le à Jean, « Dieu est amour », et l’amour se penche toujours plus bas….

Meditation   – Personnage du Soldat

Hé soldat, hé ! tu as vu la foule, tu as vu comme elle a changé. Tu avais de la peine à la contenir à deux pas d’ici lorsque cet illuminé entrait dans la ville de ton gouverneur Pilate. Et maintenant…tu vois comme elle a changé, comme elle se retourne… ah ! les foules ah! la rumeur quand elle emplit… Tu as donc maintenant le sale bouleau, crucifier cet homme. C’est le mystère du mal et de la souffrance qui rôde ? Y es-tu pour quelque chose ?

Que vas-tu faire, soldat ? Tu fais le mal que tu ne voudrais pas faire, et tu ne fais pas le bien que tu voudrais faire ? Est-ce cela qui t’habite, comme chacun de nous ? n’es-tu pas crucifié toi aussi, toi avant Lui ! Partagé, écartelé…Le combat est en toi, ce drame se joue en toi…

Et si cet homme hué conspué t’attendait au pied de sa croix, connaissait ta croix, ce qui te crucifie, alors fais confiance à la petite voix, avance, fais ton boulot, mais avance et garde ton cœur docile ! Peut-être qu’au pied de la croix, qu’au bout du supplice, tu entendras des paroles comme jamais qui se solidarisent avec tout homme de toute souffrance en toutes conditions ? Tu en fais partie, non ? Allez, va, fais ta besogne, l’heure avance, l’heure arrive, celle aussi de ton acte de foi ! Cet homme qui aime jusqu’au bout n’est-il vraiment pas le Fils de Dieu ?

Meditation   – personnage de Marie-Madeleine

Frère Aloys de Taizé écrivait aux jeunes tout récemment : En acceptant la mort violente sans répondre par la violence, Jésus a porté l’amour de Dieu là où il n’y avait que la haine. Sur la croix, il a refusé le fatalisme et la passivité. Jusqu’au bout il a aimé et, malgré le caractère absurde et incompréhensible de la souffrance, il a gardé confiance que Dieu est plus grand que le mal et que la mort n’aura pas le dernier mot. Paradoxalement sa souffrance sur la croix est devenue le signe de son amour infini.

(s’adresse à Marie-Madeleine)

Marie de Magdala, ton regard est bien bas, tes larmes tombent si amères, sur vous toutes les femmes, la nuit est tombée….

Oseras-tu croire à tous les possibles ? Et si Dieu te choisissait entre toutes les femmes, entre tous les apôtres pour porter une bonne nouvelle ? Tu l’ignores encore ! Mais Celui qui a re-suscité du bonheur dans ta vie ne serait-il pas capable de plus encore ? Ce parfum, même le peu qu’il en reste… je crois bien que c’est ta confiance, la confiance des humbles et des petits au pied de chaque croix, dans chaque situation, en toute circonstance. Marie-Madeleine d’hier et d’aujourd’hui, plus que jamais notre Eglise a besoin des blessés de la vie et de l’amour pour annoncer que la vie est plus forte que tout, qu’il ne faut jamais se décourager…

Notre monde attend ce parfum d’espérance, personne ne doit garder pour soi !»

Lectures bibliques : Isaïe 50, 4-7; Philippiens 2, 6-11; Marc 14,1 -15,47

Homélie du 25 mars 2012

Prédicateur : Abbé Jean-René Fracheboud
Date : 25 mars 2012
Lieu : Foyer « Dents-du-Midi », Bex
Type : radio

5e dimanche de Carême

Chers Frères et Sœurs,

Cette nuit, nous avons changé d’heure, nous sommes passés à l’heure d’été. Cette démarche, au cadran de nos horloges et de nos montres, est bien futile et dérisoire à côté d’une autre heure, celle dont nous parle l’évangile de Jean : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié ».

C’est l’heure décisive pour Jésus, l’heure de l’extrême, l’extrême du DON, l’extrême de l’Amour qui va jusqu’à la dépossession de soi pour que la VIE puisse triompher de la mort. Tout l’évangile de Jean est coloré par ce thème de l’heure; à Cana, l’heure de Jésus n’était pas encore venue, pourtant Jésus pose déjà un geste fort et significatif, il change l’eau en vin, il permet à la fête d’aller jusqu’au bout. Maintenant, c’est l’heure des ténèbres qui s’annonce. Jésus va être livré, va être conduit à la mort. Une heure lourde et dramatique : l’AMOUR n’est pas aimé.

Mais pour saint Jean, cette heure, c’est l’heure de la GLOIRE, de la glorification du Fils de l’homme. Encore un terme qui sous la plume de saint Jean a une force extraordinaire. La gloire, cela n’a rien à voir avec la gloriole, une forme de gonflement de l’apparence pour faire impression sur les autres. La gloire dans la Bible, c’est ce qui pèse, ce qui a du poids, ce qui ne trompe pas. Ce qui pèse dans la vie de Jésus, c’est son amour, c’est la densité profonde de son être qui rayonne et touche les cœurs. Il parle avec autorité, il pose des gestes qui créent de la vie.

Toute la vie de Jésus, – ses paroles, ses gestes de guérison, la dénonciation des injustices, ses choix de rejoindre les plus petits, les plus pauvres, sa manière d’être – exprime ce qu’il porte en lui, sa densité d’existence, sa densité d’amour. Sur les routes de Palestine, beaucoup ont reconnu la gloire de Jésus et ont cru en Lui. Mais cette gloire va trouver son couronnement et son aboutissement dans la manière de mourir de Jésus. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » Jésus est livré mais plus fondamentalement, il se livre. Il plie la mort à dire encore l’AMOUR, et c’est en ce sens qu’il ouvre une brèche de lumière dans l’opacité de la nuit. On a souvent tendance à associer la gloire de Dieu à la résurrection. Mais pour saint Jean, la mort de Jésus, tragique et inacceptable, est déjà le moment et la révélation de la gloire. Elle en est comme l’éclat le plus parfait, le plus sublime.

La gloire de Dieu se donne à lire et à voir à travers le tressaillement de tout l’être, de l’homme Jésus, touché aux entrailles, bouleversé par ce qu’il affronte :

« Maintenant, je suis bouleversé. Que puis-je dire ?

Père, délivre-moi de cette heure ? – Mais non !

C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci.

Père, glorifie ton nom !

Alors, du ciel vint une voix qui disait :

« Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » »

Cette heure-là, on ne la change pas, on ne la change plus. Elle est l’heure décisive de notre espérance, l’heure où l’humain est sauvé de toutes les dérives accablantes de l’histoire pour basculer dans la vie et la tendresse de Dieu.

C’est l’heure de la réalisation de la prophétie de Jérémie dans la 1ère lecture. L’heure où la loi n’est plus écrite sur les tables de pierre mais dans le profond du cœur de l’homme : « Je l’inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus besoin d’instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur » car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. »

Par la mort de Jésus dans l’amour, par l’inscription de la loi de Dieu dans le plus profond du cœur, s’inaugurent les temps nouveaux, le temps de la grâce, le temps où le « Je t’aime » de Dieu ouvre des perspectives neuves, nouvelles pour toute l’humanité. L’homme n’est plus condamné à l’errance, au désespoir, il est promis à la vie et à l’amour.

Comme le dit Christian Bobin, nous sommes « les rescapés d’un effondrement ». C’est désormais la vie du Christ qui coule en nous, qui nous anime, qui nous transforme et qui nous oriente vers notre destinée de lumière.

Mais ce DON infini de Dieu, ce cadeau qui jaillit de la croix du Christ n’est pas quelque chose de tout fait, d’emballé. Ce n’est pas quelque chose qu’on possède comme un objet ou un gadget. Ce n’est pas quelque chose qu’on reçoit extérieurement en ouvrant les mains seulement. C’est une dynamique de vie, une manière de vivre, c’est un mouvement qui entraine tout l’être vers un « plus », qui opère un dépassement. Et comme toujours pour dire des choses complexes et souvent difficiles, l’évangile emploie des images toutes simples, à notre portée : « Le grain de blé qui doit mourir en terre pour porter beaucoup de fruit. »

Jésus est entré dans la mort, a vécu sa mort comme le grain tombé en terre. Pour nous, pour être à hauteur du cadeau de Dieu, pour l’accueillir et le vivre, il est indispensable d’entrer dans ce mouvement pascal, une perte en vue d’un gain, une mort en vue d’une résurrection.

Envisager cela reste très difficile pour nous, si attachés à nos racines humaines, si accrochés aux choses visibles, immédiates, si sensuellement empiriques. On n’est pas fait pour perdre, mais pour gagner, pour réussir, pour aller de l’avant, pour construire, pour conquérir…Chaque perte nous semble une agression : un échec, un pépin de santé, un chômage, la mort d’un proche…et l’on se dit : « Si Dieu existait, on ne verrait pas des choses pareilles ! »

Je ne résiste pas à l’envie de redire ici cette petite histoire d’enfant qui illustre merveilleusement cette difficulté. C’est l’histoire de Corine qui est au jardin avec sa maman. Elles sont en train de planter des petits pois. La petite prend un malin plaisir à faire comme sa maman. On fait un petit trou dans la terre, on jette quelques graines et on remet de la terre par-dessus. Et on recommence l’opération. Lorsque le travail est fini, la maman dit à sa petite Corine « Je vais préparer du dîner pour la famille… » et la petite répond « Moi, je reste encore un moment pour jouer dans le jardin. »Quelques instants plus tard, la maman entend sa petite arriver dans la cuisine comme un volcan, les mains pleines de graines : « Maman, regarde ! les graines que tu avais perdues, je les ai retrouvées… ! »Corine ne peut pas comprendre qu’on fasse exprès de perdre quelque chose dans la terre ! ça la dépasse…

Pour ce qui est du jardin, des petits pois ou des grains de blé, nous adultes, nous sommes au point sur ce processus incontournable de la fécondité. Mais pour le reste, pour les grandes et difficiles questions de la vie, de la souffrance, de la mort, des épreuves diverses, nous avons la même réaction spontanée que Corine…

Il nous faut sûrement beaucoup de temps, de grâce, de don de Dieu, pour nous familiariser avec la dimension pascale de nos vies, pour dépasser nos impressions premières et découvrir la fécondité de la vie. Nous souhaitons un bonheur mais sans l’engagement du don. Nous souhaitons la Résurrection – une vie plénière et intensément comblante –mais sans la mort et les morsures du mal. Nous souhaitons la récolte de fruits abondants mais sans la décomposition de la graine dans la froideur de la terre. Seul le Christ qui est passé par là le premier, et de quelle manière, peut nous entraîner dans cette pâque à vivre tous les jours. C’est la vie de nos baptêmes où nous sommes plongés dans la mort avec le Christ pour avoir déjà part à sa Résurrection.

C’est lui seul qui peut nous faire découvrir, lentement, petit à petit, discrètement, que nos souffrances, nos expériences douloureuses de « perte », de « mort » peuvent devenir en Lui des lieux de naissance à une vie nouvelle. Lui seul peut faire de nos calvaires, de nos chemins de croix, des chemins de gloire.

« Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »

Frères et Sœurs, aujourd’hui, nous sommes à l’heure du grain de blé… Chacun, chacune de nous porte en lui, sourdement, dès sa naissance, les sombres racines de sa mort et chacun, chacune peut/doit choisir, jour après jour, d’en resurgir plus vivant, car la vie, la présente autant que la future, ne cesse de passer par l’épreuve du « mourir ».

« Si le grain de blé » n’est pas enseveli, noyé, perdu et déconstruit dans l’hiver de la terre, il reste seul. Mort pour de bon. S’il s’abandonne et se laisse emporter par le flux de la vie, par la vie du Christ, alors, il porte beaucoup de fruits. L’issue n’est jamais ailleurs que là où a lieu l’épreuve. L’issue est une brèche dans l’épaisseur de la tourmente. Dans le Christ, le lieu précis de la blessure devient celui de la présence. Il y a résurrection, chaque fois qu’une perte, un dénuement nous enfante à une plus grande liberté, chaque fois qu’un vide nous ouvre un peu plus d’accueil, chaque fois qu’un départ prépare une rencontre plus vraie.

Se mettre à l’heure d’été ne suffit plus ! Il faut se mettre à l’heure de Pâques, « du grain de blé tombé en terre qui portera beaucoup de fruit ».

AMEN

Lectures bibliques : Jérémie 31, 31-34; Hébreux 5, 7-9; Jean, 12, 20-33

Homélie du 18 mars 2012

Prédicateur : Abbé Jean-René Fracheboud
Date : 18 mars 2012
Lieu : Foyer « Dents-du-Midi », Bex

Type : radio

4e dimanche de Carême

Chers frères et sœurs,

 » Son imperméable enfilé en vitesse, les bottes à l’envers, Florian se précipite vers moi en agitant une feuille : « Regarde, maman, j’ai fait un dessin pour toi ! » Lorsque je scrute l’expression de ton petit visage, mon fils, où se mêle la fierté de l’exploit au désir de communiquer, je l’aime déjà, ton dessin…En effet, il n’y a pas, en ce moment, de cadeau plus touchant pour moi que ce gribouillis multicolore de tes trois ans. Je te dis : « Mais c’est gentil à toi de ne pas m’oublier quand tu es avec tes petits copains » et puis : « Nous allons chercher ensemble une belle place pour l’afficher dans la maison ! » – et tes yeux noisette étincellent de joie. L’idée que ton œuvre pourrait ne pas être à la hauteur ne t’effleure même pas. À la hauteur de quoi, au fait ? Tu as fait ce que l’on peut faire à trois ans, ton cœur, ton intelligence et ton corps (dont les mains portent encore visiblement les traces) se sont donné rendez-vous pour me dire « je t’aime »à travers ton dessin. Le plaisir que cela me fait – voici la preuve suffisante pour la réussite de ton entreprise.

L’autre jour, Seigneur, j’étais en train de me demander quel sera ton regard lorsque nous paraîtrons devant toi, à la fin de notre vie. Et en guise de réponse – me semble-t-il – cette scène presque quotidienne se déroulait devant mes yeux. C’est vrai, quel que soit son degré de perfection, notre vie ressemblera à un gribouillis quand nous la verrons dans ta lumière : que d’immaturité dans l’expression, que d’insécurité dans les traits, que de couleurs mal associées ! Jamais elle ne tiendra aux yeux d’un juge sévère et exigeant ! Or ce n’est pas devant un tribunal que nous présenterons notre vie, mais c’est à une mère, à un père que nous sommes invités à l’offrir. Et toi, mon Dieu, tu n’auras pas le temps d’en relever toutes les imperfections, tellement tu es pressé d’embrasser l’artiste, ton enfant ! A travers le « dessin » tu aimeras celui ou celle qui l’a fabriqué pour toi.

Cette histoire de Florian, c’est un peu la nôtre, c’est celle de chacun, chacune de nous, appelé jour après jour à tisser la trame de son existence avec les couleurs lumineuses de la réussite, des progrès et des satisfactions, mais aussi les couleurs sombres de l’échec, des lourdeurs, du péché.

Ce qui est merveilleux dans cette histoire, c’est la relation « Regarde, maman, j’ai fait un dessin pour toi ! »Spontanément, Florian vit pour quelqu’un. C’est pour sa maman qu’il fait ce dessin, c’est sa manière transparente de lui dire « je t’aime ». C’est dans ce registre-là que nous sommes appelés à vivre notre foi, une alliance avec un Dieu fou de tendresse pour ses enfants.

La liturgie de ce jour, – les textes proposés à notre méditation -, nous offre des affirmations bouleversantes sur le VISAGE de Dieu, tel qu’il se révèle en son Fils Jésus-Christ :

« Dieu est riche en miséricorde… »

« A cause du grand amour dont il nous a aimés,

nous qui étions des morts par suite de nos fautes,

Il nous a fait revivre avec le Christ. »

« C’est bien par grâce que vous êtes sauvés ».

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique :
ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas,
mais il obtiendra la vie éternelle. »

« Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
non pas pour juger le monde,
mais, pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

Devant la force de ces paroles, nous ne pouvons que nous laisser toucher, envahir, saisir, remuer par un Dieu qui n’est qu’AMOUR, TENDRESSE, MISÉRICORDE. Comment se fait-il, alors que l’Evangile est si limpide, que nos idées de Dieu et nos cœurs sont encore traversés par les marées noires de la peur, de la culpabilité, comme si Dieu était jaloux de nos bonheurs et qu’il avait un malin plaisir à nous voir écrasés sous le poids du mal et du péché.

Nous ne croyons pas au péché, nous croyons au pardon du péché, nous croyons à la libération que le Christ vient nous offrir par la folie de la croix, par la signature d’un AMOUR qui est allé jusqu’à l’extrême, jusqu’à la démesure. Dieu a tant aimé le monde…La seule chose qui nous est demandée, c’est de lever les yeux vers la CROIX, c’est de sortir de notre enfermement, c’est de risquer la relation, c’est de faire confiance en l’immensité de l’amour de Dieu, qui est toujours au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Notre péché réside souvent dans le fait de ne pas assez croire en la capacité d’amour de Dieu.

Nous réduisons Dieu à notre mesure. « Après ce que j’ai fait !…» Nous nous condamnons nous-mêmes, nous nous mettons hors-jeu de la communion avec le PLUS-QUE-VIVANT… au sens propre, nous nous excommunions. Nous sommes dans la même situation que le peuple de Dieu dans la traversée du désert. Devant la morsure des serpents rampants qui inscrivaient la mort dans la chair, il nous faut lever les yeux vers le serpent de bronze élevé par Moïse. C’est du Christ élevé sur la CROIX que nous vient la vie, que le salut nous est offert en pure gratuité.

En cette période de Carême, nous sommes invités tout particulièrement à refaire cette expérience d’une libération, d’un renouvellement d’une conversion profonde. Nous tourner vers la CROIX pour nous laisser ENVISAGER par ce regard bouleversant du Christ qui nous appelle à la vie.

Il nous redit amoureusement :
tu vaux plus que ce que tu penses
tu es plus grand que ton péché,
tu comptes à mes yeux, quoique tu aies fait.

Je suis capable de voir en toi, dans le profond de toi autre chose que les ratés de ta liberté, que tes faux-pas qui t’ont conduit à des impasses. Il y a en toi une zone d’innocence, un espace virginal où tu peux naître encore au don, à l’amour, à la générosité. Tu n’es pas un être fini, définitivement étiquette par ton passé, par des choix de vie malheureux, par des actes qui ont semé le malheur et la mort. Tu es en capacité de renaître, de vivre à hauteur de miséricorde et je suis là pour t’accompagner, te soutenir, t’inspirer, te fortifier dans la mise au monde du « plus grand de toi ».Tu peux devenir le contemporain de Zachée, de Marie-Madeleine, de la Femme adultère, de l’Enfant prodigue, du Bon larron…Tu entres dans la famille des pécheurs pardonnés, des graciés, des vivants de la miséricorde.

Pour cet engendrement, l’Église nous offre un cadeau exceptionnel : le sacrement du pardon.

Depuis plusieurs années, ce sacrement a perdu de son ‘aura‘, et pourtant il demeure un trésor de grâce lorsqu’il est vécu dans la profondeur et la vérité. Puissions-nous le redécouvrir comme un lieu source, comme une rencontre vivifiante avec le Seigneur qui remet debout dans l’audace et la confiance, qui nous fait passer de l’habitude de soi à l’invention de soi dans la lumière de l’Évangile.

Devant le VISAGE du Christ, visage de la MISÉRICORDE, je sais désormais que je peux tomber plus bas que moi mais pas plus bas que Lui. Je peux exister avec toute l’épaisseur de mon humanité, mes ombres et mes lumières, mes douceurs et mes colères, mes rires et mes larmes, mes humiliations et mes fiertés, mon amour et mon péché. Je peux revendiquer le louable et l’inavouable de ma vie. .Aujourd’hui, demain et toujours je pourrai offrir au Seigneur le dessin de ma vie :

« Seigneur, je fais un dessin pour toi »je pourrai sauter dans les bras du Père, avec le Christ, tout barbouillé des couleurs de ma vie en lui disant : « J’ai tenté d’être un homme, d’être une femme, et je suis ton enfant ! »

Amen

Lectures bibliques : 2 Chroniques 36, 14-23; Ephésiens 2, 4-10; Jean 3, 14-21

Homélie du 11 mars 2012

Prédicateur : Abbé Jean-René Fracheboud
Date : 11 mars 2012
Lieu : Foyer « Dents-du-Midi », Bex
Type : radio

3e dimanche de Carême

Chers Frères et Sœurs,

Chaque dimanche de Carême, la liturgie nous offre des portes d’entrée diverses, complémentaires, dans la contemplation du VISAGE de JÉSUS.

Le premier dimanche, au désert, face à la tentation, Jésus nous a présenté un beau VISAGE de LIBERTÉ.

Dimanche dernier, sur la montagne de la Transfiguration, c’est un VISAGE de LUMIÈRE et de GLOIRE qui a été proposé à notre méditation.

Aujourd’hui, troisième étape de notre montée vers Pâques, surgit un VISAGE inattendu de Jésus, un VISAGE d’indignation et de colère. Jésus fait scandale au temple de Jérusalem, le lieu sacré par excellence. Lui, l’homme de paix et de douceur, chasse avec une rare violence les marchands du Temple.

Cette colère, si inhabituelle dans l’évangile,

cette sainte colère,

cette divine colère nous interroge.

Qu’est-ce qui peut mettre Jésus dans un tel état ? Aujourd’hui, selon le langage de la rue, on parlerait de quelqu’un « qui a pété les plombs ».

Pour répondre à cette question, pour rendre compte de l’attitude de Jésus, il faut d’emblée écarter les considérations psychologiques, un caractère instable, une sensibilité à fleur de peau, un manque d’équilibre, une émotivité maladive, etc…

Il faut plutôt chercher dans la ligne des prophètes, ces envoyés de Dieu qui dénonçaient avec force et virulence les dérives de l’alliance. La violence de la réaction des prophètes n’a rien à voir avec des caprices, des humeurs. Il en va de l’absolu de Dieu et de son projet de salut pour l’humanité. Cette réalité est si belle, si noble, si majestueuse qu’on ne peut pas la ternir, l’égratigner, la bafouer, la déformer, la réduire à notre médiocrité humaine.

Il faut laisser Dieu être Dieu dans sa transparence d’amour, dans son éclat de lumière. Si Jésus réagit si violemment, c’est parce qu’il constate ce qu’on est en train de faire du Temple de Jérusalem. On en fait une maison de trafic. Cet édifice si impressionnant, reconstruit déjà plusieurs fois, qui était le signe de la présence de Dieu au cœur de son peuple qui devait être le lieu de la prière, de la louange, de la gratuité, est en train de devenir une boutique, un centre commercial, un lieu où le seul argent est roi et règne en maître. C’est un espace qui ne fait plus signe, c’est un lieu qui ne parle plus, un lieu profané.

Saint Jean situe cet épisode des vendeurs chassés du Temple, non pas à la fin de la vie de Jésus comme le font Matthieu, Marc et Luc dans les évangiles synoptiques, mais tout au début, juste après le récit des noces de Cana. Pour saint Jean, il s’agit de montrer combien Jésus vient faire du neuf dans la relation d’alliance de Dieu avec l’homme. Avec Lui, on passe de l’ancien au nouveau, on passe des eaux de purification au vin des noces de l’Agneau, on passe du provisoire au définitif.

Dieu peut se passer d’un temple de pierre dont le culte a été si souvent déviant. Il suscite maintenant un Temple de chair et de relations, la personne de son Fils Jésus. « Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice, Tu m’as façonné un corps et j’ai dit : Père, je viens faire ta volonté. »

Jésus a transfiguré l’espace du culte en sa personne tout au long de son incarnation et le Temple nouveau sera définitivement scellé par sa mort et sa résurrection qu’il annonce clairement : « « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai. »Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple et toi, en trois jours, tu le relèverais ! »Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. »

Les jarres de Cana sont vides, le Temple est vidé de son trafic et de sa corruption. Toute la place est occupée maintenant par ce Jésus, Fils du Père, dévoré d’un zèle jaloux pour sa maison.

Si Dieu est Père, il est insuffisant de l’honorer par des offrandes matérielles, par des sacrifices d’animaux, par des démarches sans cœur. Seul un culte spirituel et intérieur, vécu dans la profondeur de l’amour et dans l’authenticité, pourra honorer ce Dieu Père et être à hauteur de son désir et de son attente. Seul le Fils pouvait opérer cette transformation, cette purification, cette intériorisation et nous permettre un culte en esprit et en vérité.

Remarquez que Jésus fera de même avec la Loi dont la 1ère lecture nous a parlé. Les Dix Paroles reçues par Moïse sur la montagne après le passage de la Mer Rouge étaient comme le cadeau et le sceau de la liberté. Le peuple venait de faire l’expérience d’une libération, d’un Dieu à l’œuvre dans son histoire. L’enjeu, c’est que ce peuple ne retombe pas en esclavage, qu’il reste à hauteur d’alliance, à hauteur de liberté. Malheureusement, l’histoire le montrera, le peuple sera constamment infidèle, préférant la séduction des idoles à la recherche exigeante de Dieu. Il retombera en délinquance. Chaque fois, Dieu ne laissera pas tomber les bras, il ira toujours plus loin dans l’offre d’amour et de pardon. Finalement, il enverra son Fils, la Loi sera inscrite dans son cœur et non plus sur la pierre. En Lui, elle devient respiration et contagion. L’accomplissement de la Loi, c’est l’AMOUR.

L’alliance entre Dieu et les hommes, à travers les méandres de grandeur et de médiocrité, trouve son achèvement et son accomplissement dans le Christ. Par toute sa vie et sa prédication, mais surtout par sa mort et sa résurrection, Jésus est le Fils bien-aimé du Père, il est le Temple nouveau, il est le « Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. Mais pour ceux que Dieu appelle, il est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. »

La Parole de Dieu de ce 3ème dimanche de Carême nous secoue avec violence. Elle nous provoque à un sursaut de type prophétique et à une vigilance renouvelée pour la vie de notre foi.

Je retiens 3 pistes d’approfondissement :

La première : laisser résonner au plus profond de moi et de nous la parole de feu de Jésus : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». Il en va de notre manière de prier, de célébrer, de fréquenter l’Église.

La deuxième : le recentrement sur le visage incontournable du Christ : « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens ». Ce serait si facile et si dommage de se tromper de Dieu !

La troisième : l’invitation à découvrir que le lieu par excellence du sacré – et donc de la rencontre de Dieu – c’est le Christ mort et ressuscité et, dans son prolongement, la vie de chaque être humain.

Etty Hillesum, cette juive morte dans un camp de concentration, a été amenée peu à peu dans la foi à découvrir, éblouie, que chaque personne est la « demeure de Dieu », le sanctuaire de sa Présence. Elle écrit : « Je te le promets, oui, je te le promets, mon Dieu, je te chercherai un logement et un toit dans le plus grand nombre de maisons possibles. Il y a tant de maisons inhabitées où je t’introduirai comme invité d’honneur. »

L’homme est spontanément religieux… mais il est lent à croire ! Il nous faut parfois un électrochoc, une sainte colère – comme celle de Jésus en ce jour – pour fouetter nos illusions et libérer, dans nos profondeurs, l’espace qui revient à Dieu.

Amen

Lectures bibliques : Exode 20, 1-17; 1 Corinthiens 1, 22-25; Jean 2, 13-25

Homélie du 04 mars 2012

Prédicateur : Abbé Jean-René Fracheboud
Date : 04 mars 2012
Lieu : Foyer « Dents-du-Midi », Bex
Type : radio

Messe du 2e dimanche du Carême

J’ai faim de vos visages.

J’ai soif de vos regards.

Je m’émeus de vos visages, divers, colorés, recueillis,

de vous tous qui êtes rassemblés devant moi, ici, dans notre chapelle,

et je devine les vôtres, qui se dessinent au loin,

à travers les ondes de la radio.

Que c’est beau un VISAGE d’homme, de femme, d’enfant, de vieillard !

Des visages surgissent sur nos routes, dans nos activités, à longueur de journées. Ils nous surprennent, ils nous réjouissent, ils nous font peur, ils nous interpellent, ils nous laissent parfois indifférents, Mais ils ne sont jamais banals. Ils sont la fine fleur de l’être de chacun, chacune. Ils sont la saveur de nos rencontres. Le théologien orthodoxe, Olivier Clément, avait sûrement raison de parler de la religion chrétienne comme de la religion des VISAGES. L’Évangile est rempli de visages et de rencontres. De son côté, Emmanuel Lévinas disait volontiers que le divin s’ouvre à partir du visage humain.

Oui, pour nous chrétiens, Dieu a pris Visage d’homme dans la personne de Jésus son Fils bien-aimé. Il nous faut devenir les scrutateurs passionnés de ce Visage de Jésus, il nous ouvre l’espace de Dieu.

L’Évangile de ce jour – la Transfiguration – nous offre un moment particulièrement somptueux de la révélation de ce VISAGE. Jésus venait d’annoncer à ses disciples que son chemin allait le conduire à la croix, à la défiguration de la souffrance et de la mort. On imagine le séisme qu’une telle déclaration provoque dans la tête et le cœur de ses disciples. C’est impossible pour eux d’imaginer, d’entrevoir une telle issue. C’est tellement aux antipodes de ce qu’ils attendent de Dieu.

« Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean,

et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. »

Ce sont les 3 mêmes apôtres qui se retrouveront aux premières loges lors de la défiguration de Gethsémani. Jésus fut transfiguré devant eux. »

Tout devient resplendissement de lumière, de blancheur, de beauté, le VISAGE de JÉSUS et ses vêtements… L’apparition d’Élie et de Moïse, les grands visionnaires de l’Ancien Testament, disent bien que les 3 disciples sont comme arrachés au temps et à l’histoire. Ils vivent un début de ciel, une expérience qui ravit et qui comble au-delà de toutes les attentes.

Et Pierre, qui réagit toujours au quart de tour, veut éterniser ce moment :

« Dressons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie » De fait, il ne savait que dire tant était grande leur frayeur…

Ce moment de transfiguration que Jésus donne de vivre à ces 3 disciples est comme une délicatesse de son amour, il mesure bien le désarroi de leurs cœurs à la pensée de la mort violente, il leur offre comme une forme de lucarne de lumière, d’anticipation de la Résurrection. Si le Christ monte à Jérusalem, s’il va affronter tous les rejets, les forces de haine et de mort, s’il sera défiguré, c’est pour ouvrir une brèche de vie et d’amour à travers toutes les fatalités et les enfermements. En toute liberté intérieure, il pliera la mort à dire encore l’AMOUR inconditionnel du Père et la Résurrection sera la mise en lumière de l’engagement du Christ. L’œuvre du Christ réussira et le dernier mot de l’histoire si défigurée sera un VISAGE de RESSUSCITÉ.

Mais sur le Thabor, on n’en est pas encore là. On est sur le chemin d’apprentissage de ce qui va se passer lors de la Passion de Jésus. Il faut se préparer à lire l’événement tragique autrement, plus en profondeur. Il faut déchiffrer le cœur du cœur, c’est-à-dire ce qui amène Jésus à aller si loin dans le don de lui-même. En suivant Jésus, il faut voir au-delà, en-dedans. Et curieusement, pour voir au-delà de la superficie et des apparences, il faut ENTENDRE, mieux ÉCOUTER.

Vous l’aurez remarqué, le récit biblique opère une cassure à un moment donné. Au début, on est dans le VOIR – c’est de l’ordre du spectacle… Et quel spectacle : la somptuosité du visage de Jésus en gloire, en jaillissement de lumière, et tout à coup, le récit glisse dans un autre registre :

« Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,

et de la nuée, une voix se fait entendre :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »

La lumière du début donne à VOIR, la nuée donne à ENTENDRE. La nuée qui accompagnait les pérégrinations du peuple élu dans l’Ancien Testament signifiait la Présence de Dieu, mais une présence voilée, hors de toute image visible et distincte. La nuée oblige à une écoute attentive, à la confiance, à la foi, comme Abraham lors du sacrifice d’Isaac.

Saint Paul écrira plus tard : la foi naît de l’ÉCOUTE de la Parole. Ce passage du « VOIR » à « ÉCOUTER » au cœur du récit de la Transfiguration est particulièrement décisif pour notre vie de foi, pour notre engagement, pour notre cheminement spirituel. Ne dit-on pas souvent : « C’est pas évident ! »

L’amour et la tendresse ne sont pas les réalités qui éclatent au grand jour dans nos médias. Le combat pour la justice, pour une répartition plus équitable des biens de la planète n’est pas très visible, dans ce qui fait la une de nos journaux. Même nos églises qui prétendent apporter le salut à l’humanité, ne sont-elles pas souvent esclaves des clichés, réduites à une institution trop lourde et à des dérapages malheureux ? « C’est pas évident » de suivre le Christ aujourd’hui, de s’engager dans l’Église, de découvrir l’Évangile, comme une Parole d’audace et de liberté, qui met debout dans l’existence. Parce que la défiguration est à l’heure quotidienne, en nous et autour de nous, il est vital que nous puissions vivre des moments de transfiguration. Parce que nous voyons le mal et surtout ses dérives, le malheur et ses conséquences, il est vital et décisif que nous développions l’Écoute de la Parole pour rejoindre le travail de Dieu et l’engendrement d’une vie nouvelle.

Le Seigneur ne nous rejoint pas dans l’idéal, mais dans le réalisme de nos vies, tour à tour marquées par la défiguration et la transfiguration. Il nous faut « consentir au réel ». L’heure n’est plus au rêve, – des tentes à dresser au Thabor – mais à la marche, à un chemin à faire dans la confiance, éclairé par la Parole de Dieu, qui est « Lumière sur nos pas ».

Sur la route de Pâques, ce magnifique récit de la Transfiguration nous encourage et nous stimule, en conjuguant le regard et l’écoute. La vision est fugitive, la Parole demeure. J’ai toujours faim de vos visages. J’ai toujours soif de vos regards, mais maintenant je les accueille dans l’éclat de la PAROLE, dans le rayonnement de son intériorité.»

Lectures bibliques : Genèse 22, 1-18; Romains 8, 31-34; Marc 9, 2-10