Homélie du 26 février 2012

Prédicateur : Abbé Jean-René Fracheboud
Date : 26 février 2012
Lieu : Foyer « Dents-du-Midi », Bex
Type : radio

1er Dimanche du Carême

Elles sont belles les saisons de la foi !

Chaque année le carême s’offre à nous comme un beau cadeau, un printemps de promesse, un bourgeonnement de vie, un glissement de sève.

Etonnement, ce printemps de la foi passe par un lieu incontournable : le DÉSERT.

Cette année encore, il nous faut nous mettre en route à la suite de Jésus, risquer le désert et ses 40 jours, qui d’une poignée de cendres, feront naître le FEU de nos résurrections,

de nos existences dilatées à la dimension infinie du cœur de DIEU.

40 jours pour apprendre le plus beau de l’homme

et le plus grand de Dieu !

C’est quoi, le plus beau de l’homme et le plus grand de Dieu ?C’est la découverte inouïe, inattendue, surprenante, d’une ALLIANCE de deux libertés, de deux destins, celui de Dieu et celui de l’homme.

C’est la révélation de la passion de Dieu qui s’engage dans notre histoire humaine pour faire réussir la VIE, toujours menacée par la mort… d’un Dieu qui fait le déplacement de la terre et qui paie le prix fort pour faire réussir l’AMOUR, toujours menacé par la haine, le mensonge et le mal.

Les textes bibliques proposés à notre méditation aujourd’hui nous offrent quelques touches colorées de cette aventure d’alliance entre Dieu et l’homme. Avec la Genèse et le déluge, un texte plus symbolique qu’historique, nous apprenons un premier choix de Dieu.

Il n’y aura plus de déluge à l’avenir, il n’y aura plus de catastrophe pareille.

« Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »

Je vous vois et je vous entends réagir dans votre barbe :

Plus de déluge, plus de catastrophe… tu parles !

Et tous les drames de l’histoire qui continuent de se dérouler sous nos yeux, tous les tsunamis, tous les Fukushima,

toutes les tragédies… qui déchirent le quotidien.

C’est bien là une première difficulté, une première épreuve de la Foi : le décalage entre ce que nous croyons et ce que nous voyons. C’est une des réactions que j’entends, comme vous, le plus souvent :

Comment croire en un Dieu d’amour, alors qu’on voit tant de misères et de souffrances ?

Toute la Bible est parsemée de cette question lancinante, angoissante : « Où est-il ton Dieu ? »Cette question, elle est très sérieuse et incontournable. Il en va de la crédibilité de notre foi.

D’emblée, nous pouvons le dire, le Dieu de l’alliance qui se manifeste à nous n’est pas un Dieu magique, une puissance extérieure qui interviendrait à temps et à contre temps pour empêcher la souffrance, le drame, la mort. Mais Dieu s’engage dans notre histoire humaine pour une transformation des libertés et des cœurs par le dedans, par les racines, par une contagion de grâce. C’est progressivement et à travers une longue patience que l’amour de Dieu se déploie pour faire émerger au cœur de l’humain une vie nouvelle, une vie sauvée.

L’appel du Carême nous invite à une lucidité, à une prise de distance par rapport à nos impressions et nos sentiments de gâchis.

Le monde n’obéit pas qu’à des forces de mort. Il y a dans la profondeur un processus de vie, de salut, d’amour qui est en route et qui aboutira à une victoire, à la Résurrection.Un jour, l’AMOUR éclatera en lumière de gloire. Dieu en est le garant. Dieu en est l’acteur. Aujourd’hui cette conviction et cette espérance n’éclatent pas au grand jour, elles sont l’objet de notre foi, de l’adhésion de notre liberté.

Le « Plus jamais de déluge » de la Genèse n’est que l’humble semence d’un commencement, d’un enfantement qui se continue aujourd’hui.Pour nous, il est tellement important de savoir qu’au cœur des marées noires quotidiennes et des désespérances, Dieu s’engage dans une alliance pour sauver l’homme, pour lui ouvrir une perspective de bonheur et d’accomplissement.

Tout l’enjeu de notre Carême, c’est de rejoindre le désert, de prendre du recul par rapport aux séductions trompeuses de surface pour descendre dans les profondeurs et rejoindre ce mouvement de vie et d’amour, discret, caché, mais porté et nourri par Dieu.

Cette alliance « arc-en-ciel », relayée par les grandes figures de l’Ancien Testament, culmine et trouve son point d’orgue dans la personne de Jésus, le Fils Bien-aimé du Père, visage humain de Dieu et visage divin de l’homme. En Lui, la plénitude du divin se donne à voir dans sa manière d’être homme. Il est le Messie attendu. Il commence son ministère en rejoignant Jean le Baptiste au Jourdain pour se faire baptiser par lui.

Nous assistons à une sorte de coup d’envoi solennel de la mission de Jésus. Le ciel se déchire, l’Esprit descend sur Lui et une voix se fait entendre :

« Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur ».

Pour comprendre quelque chose à la vie de Jésus, il faudra saisir le secret de sa personnalité, de son identité divine. Aussitôt après, le même Esprit pousse Jésus au désert. Il est tenté par Satan. Marc a l’art de la concision. En deux phrases, tout est dit :

« Dans le désert, il resta 40 jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient. »

D’entrée, Jésus annonce la couleur, choisit une option, une ligne directrice qui traversera toute sa vie et toute sa mort :

la fidélité absolue à son Père et l’amour inconditionnel des hommes, surtout les plus petits, les plus pauvres, les plus blessés.

La tentation à laquelle Jésus est soumis, comme la nôtre aujourd’hui, c’est de recourir à Dieu dans le registre de la puissance. « Si tu es Fils »… et Jésus est Fils de Dieu. Jésus n’est pas venu jouer au surhomme, pour faire de la magie. Il est venu pour vivre son humanité – les joies, les peines, les épreuves – dans une confiance toujours renouvelée à son Père. Sa vie ne sera que OUI au Père jusque dans les extrêmes, là où l’homme laissé à ses seules forces ne peut que dire NON, ce n’est plus possible de croire en l’amour quand je vois ce que je vois. C’est en cela que le Christ ouvre une voie royale, celle du salut et de la réconciliation, celle qu’annonçait déjà Isaïe (11) : « Le loup habitera avec l’agneau… »

Avec Jésus, le monde nouveau, réconcilié est déjà amorcé : « Il vivait parmi les bêtes sauvages »

Jésus est un homme libre face aux assauts de Satan, face à toutes les tentations du monde. Il est libre parce qu’il est relié au Père dans une inébranlable confiance. L’arc-en-ciel de la Genèse prend désormais la forme de la croix. C’est ce visage de Jésus, c’est sa manière d’être homme, c’est « sa » ligne de conduite qui nous sont proposés pour vivre ce Carême.

« Les temps sont accomplis le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la bonne Nouvelle. »

Frères et Sœurs, n’allons pas chercher midi à quatorze heures. Il y a une sorte d’urgence à re-choisir le Christ, et à le suivre, personnellement et en Eglise. Il y a urgence à réveiller la grâce de nos baptêmes pour permettre à l’Esprit de Dieu – toujours le même – de nous habiter, de nous animer.

La vie chrétienne est un choix : adopter le style de vie de Jésus. Elle est une épreuve, au sens où nous avons à faire nos preuves pour ne pas nous gargariser de mots et de discours. Elle est combat. J’aime bien la réflexion de Madeleine Delbrêl qui faisait comprendre qu’on ne pouvait pas choisir le Christ vivant sans prendre des distances par rapport à « la fascination et l’obsession usante de nos bagatelles ».

40 jours pour apprendre le plus beau de l’homme

et le plus grand de Dieu !

Devant le VISAGE de LIBERTÉ de Jésus

aujourd’hui, à l’aube de son ministère publique,

au désert de la tentation…

demain, à la montagne de la transfiguration ;

bientôt, à l’heure décisive de la croix,

il nous devient urgent de vivre !

Et cela passe par une écoute attentive, prolongée, sérieuse, amoureuse de sa PAROLE pour qu’elle devienne VIE en nous.

Si, vraiment, nous nous laissions tenter par Dieu…

 

Lectures bibliques : Genèse 9, 8-15; 1 Pierre 3, 18-22; Marc 1, 12-15

Homélie du 19 février 2012

Prédicateur : Abbé Nicolas Betticher
Date : 19 février 2012
Lieu : Eglise Saint-Jean, Fribourg
Type : radio

7e dimanche du temps ordinaire

Chers frères et sœurs,

Chers amis d’ici ou d’ailleurs,

Il a fait tellement froid, ces dernières semaines! Un froid glacial qui a touché tout le monde. Il a au moins ça de bien, le froid, c’est de nous rapprocher les uns des autres et de nous mettre tous dans la même réalité polaire. Nous avons tous parlé du froid, comme s’il n’y avait plus que cela qui comptait…. Et combien de gestes de solidarité sont nés, simplement pour offrir un peu de chaleur, faire les courses pour une personne âgée qui ne peut sortir, aider une personne à traverser une route verglacée, pousser une voiture qui n’arrive pas à démarrer, héberger des personnes restées au froid. Tant de gestes de solidarité. Tant mieux, mais faut-il attendre qu’il fasse moins 15 pour faire cela.

Le froid au moins aura eu ce mérite de développer en nous la conviction que l’autre a besoin de moi, de nous, qu’il est même meilleur que moi, que nous. Nous avons tout à apprendre des autres!

Oh, nous sommes tous pareils, tous d’accord d’aider, de faire notre possible pour l’humanité, pour les gens qui souffrent et qui espèrent. Oui, nous voulons tous faire le bien, mais pour le faire vraiment, il faut parfois qu’il fasse très froid dehors.

Et dedans, dans notre cœur, ne fait-il pas aussi de temps en temps très froid ? Notre cœur n’a-t-il pas parfois tendance à geler un peu, à se durcir pour ne laisser entrer personne, me repliant ainsi sur moi-même, le sur-moi de mon égoïsme, de mon orgueil?

Mais Dieu réchauffe notre cœur en lui redonnant sa raison d’être, celle d’être le temple du Seigneur, là où Il habite, au centre de notre être humain, simplement parce qu’il a décidé, le jour de notre création, de nous insuffler un peu de son être divin, notre âme.

Nous sommes si souvent en quête de communion avec les autres, en quête d’amour, le vrai, celui qui donne par-dessus nos fragilités, nos péchés, le pardon. Oui nous voulons être heureux, tout simplement heureux.

Un peu comme la foule de l’Evangile, nous voulons tous voir Jésus, la source et la finalité de notre bonheur.

Et Jésus est là, au milieu de cette foule, simplement là pour faire du bien, faire le bien. Alors arrivent ces quatre hommes avec le paralysé. Ils espèrent une guérison, le paralysé aussi, évidemment. Il se laisse descendre par le toit, comme un demandeur tombé du ciel, il se retrouve devant cet homme qui peut, qui sait guérir.

Le paralysé est là, espérant que ce Jésus fera aussi quelque chose pour lui. Peut-être pourra-t-il aussi marcher à nouveau, comme les autres paralysés que ce fils de charpentier a guéris…

Il espère. Il fait silence. Tous les gens autour de lui aussi. Et ce Jésus, le Christ, lui dit que ses péchés lui sont pardonnés. Mais ce n’est pas pour cela qu’il est venu. Il ne veut pas être pardonné, il veut marcher, être guéri. Et Jésus lui pardonne ses péchés. Stupeur dans la maison, personne ne comprend.

Mais Jésus, lui, sait bien ce qui anime les cœurs des personnes qui sont là, aussi ceux des scribes, qui regardent et espèrent un acte extraordinaire, un phénomène, un peu comme un spectacle. Jésus leur montre, sans grands mots, que toute guérison commence d’abord en nous, par ce qui anime notre vie, notre âme et notre être intérieur si souvent aspirés par de faux dieux, par de l’éphémère trop ostentatoire.

Jésus leur fait comprendre que la guérison intérieure conduit toujours à un mieux vivre. Et il pardonne au paralysé et lui dit de se lever, devant tout le monde, et de rentrer chez lui. La guérison extérieure vient comme confirmer la guérison intérieure, elle vient comme la surélever et la parachever.

Temps de pardon, temps de réconciliation avec Dieu et avec nous-mêmes!

Chers amis, dans de nombreux cantons suisses nous fêtons aujourd’hui Carnaval. La fête avant le Carême, ce temps de grâce et de réconciliation avec Dieu. Carnaval, la fête où les gens se déguisent, veulent rire, comme si après il n’y avait que de la tristesse pendant ces quarante jours de Carême. Et pourtant le Carême est un temps qui nous est offert pour justement aller visiter notre cœur, y faire le ménage, avec l’aide du Seigneur. De temps à autre il faut faire le ménage dans le temple du Seigneur. Et c’est bien normal.

Alors si nous portons des masques de clown à Carnaval, des masques qui font rire, nous voulons aussi décider d’arborer pendant le Carême, non pas un masque de pénitence triste et obscure, mais un sourire qui transcende notre être tout entier. Nous voulons, chers amis, décider aujourd’hui que le Carême sera pour nous tous le temps du sourire, du vrai.

Car savez-vous, chers amis, le sourire est une fragilité, mais une fragilité saine qui embellit notre visage, presque un état d’âme. Le sourire nous dévoile, livre un peu de nous-mêmes et surtout invite l’autre à la communication, à la communion. C’est cela un sourire, un peu de nous offert aux autres. C’est donc une sorte de fragilité, mais qui nous rend forts, car elle nous ouvre aux autres et confirme qu’il y a en nous un cœur pardonné qui éclate de bonheur.

Alors le froid de ces dernières semaines nous a appris, comme aussi l’évangile de ce dimanche, que nous sommes faits pour nous aider les uns les autres, pousser une voiture qui glisse, porter le brancard du paralysé, tout simplement, pour recevoir ce don immense du Seigneur, le pardon qui nous ouvre déjà au sourire, le vrai, celui du matin de Pâques!

Amen !

Lectures bibliques : Isaïe 43, 18…25; 2 Corinthiens 1, 18-22; Marc 2, 1-12

Homélie du 19 février 2012

Prédicateur : Père Joseph-Marie Huguenin
Date : 19 février 2012
Lieu : Eglise Saint-Germain, Savièse
Type : tv

7e dimanche du temps ordinaire

La détermination de ces quatre hommes qui n’hésitent pas à surmonter tous les obstacles pour présenter à Jésus un paralytique, force l’admiration de Jésus et la nôtre.

La foule se presse à la maison de saint Pierre où loge Jésus. C’est là tout un symbole. Cette petite maison de Simon-Pierre est la première Église d’où Jésus veut manifester sa puissance.

Ces quatre hommes symbolisent les nations venant des 4 points cardinaux. Ils viennent présenter à Jésus l’humanité paralysée.

L’expérience de la paralysie spirituelle est peut-être la plus significative. L’homme coupé de Dieu désire faire le bien, mais il n’y parvient pas. Il fait l’expérience d’une paralysie intérieure.

C’est en voyant la foi de ces hommes réunis pour vaincre le mal que Jésus déclare au paralytique que ses péchés sont remis. Cela montre combien la foi des uns peut guérir d’autres. La force d’une équipe qui s’unit par une même foi dans le Christ peut faire beaucoup pour sortir de la léthargie non seulement l’homme qu’ils aident, mais tous ceux qui les voient. C’est la force du témoignage, la force de s’unir, la force d’aimer, la force de se dévouer pour une cause précise en faveur de quelqu’un ou de quelques-uns en s’appuyant sur le Christ.

Jésus guéri d’abord l’esprit de ce paralytique. « Tes péchés sont pardonnés », effacés.

Il montre par là qu’il a l’autorité de Dieu même en sa propre personne. En effet, Dieu seul peut remettre les péchés jusqu’à effacer les conséquences du mal. Jésus, par sa croix, a assumé toutes les conséquences du mal. Il les a pris sur lui pour donner à tout homme de se libérer du mal et de grandir à travers l’épreuve.

Jésus se présente comme le « fils de l’homme » et fait entrevoir ainsi que ce pouvoir peut être obtenu par l’intermédiaire des hommes : il annonce par ces paroles le sacrement de la rémission des péchés où le Christ se rend présent non seulement pour pardonner, mais surtout pour guérir des blessures du cœur. Trop de gens restent seuls avec leur souffrance qui les paralyse dans leur existence. Ce sacrement réconcilie l’homme avec lui-même et lui offre la possibilité d’une véritable résurrection.

Ces quatre hommes n’ont craint aucun obstacle. Ils montent sur le toit plat fait de planches, les écartent et descendent le paralytique. C’est là encore tout un symbole.

Monter sur le toit, c’est emprunter le même chemin que les gens de Palestine prenaient pour aller prier, pour s’élever symboliquement plus près de Dieu, en contemplant la voûte céleste. C’est sur ce même toit plat que Pierre montait pour prier, comme en témoignent les Actes des Apôtres. Ces hommes font une démarche courageuse soutenue par leur prière.

Puis ils descendent le paralytique, devant les gens, près de Jésus. Ce mouvement rejoint celui de Jésus qui est descendu au milieu de nous pour se rendre accessible, visible dans son Église. Ces quatre hommes font preuve de courage, d’ingéniosité et d’audace. Nous sommes invités à les imiter pour trouver des chemins qui mènent au Christ dans notre société actuelle, dans l’Église d’aujourd’hui. C’est à plusieurs, dans une expérience de communion créative que l’on accède à Jésus.

Jésus guérit l’homme jusque dans son corps. Il annonce ainsi la résurrection. À sa parole, il se redresse, prend son brancard et sort devant tout le monde. Il devient un témoin de la puissance de la Parole du Christ. Il devient une parole d’Évangile, une Bonne Nouvelle pour les autres !

Nous aussi, chers frères et sœurs, entrons dans cette solidarité, cette communion profonde en Église pour rayonner le Christ. Que cette communion eucharistique nous remplisse d’un dynamisme nouveau au service de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Amen !»

Lectures bibliques : Isaïe 43, 18…25; 2 Corinthiens 1, 18-22; Marc 2, 1-12

Homélie du 12 février 2012

Prédicateur : Abbé Jean-Pascal Vacher
Date : 12 février 2012
Lieu : Eglise Saint-Jean, Fribourg
Type : radio

6e dimanche du temps ordinaire

Jésus veut que nous venions le toucher avec tout notre être.

Chers frères et sœurs, et vous toutes et tous qui nous rejoignez par les ondes et qui êtes précieux aux yeux de Dieu, deux faits de l’Ancien Testament vont éclairer notre compréhension de l’évangile, et par conséquent notre manière de nous approcher de Jésus.

Premier fait (cf. 2 S 24) : le roi David ordonne le recensement de tout son peuple. Après les résultats, il prend conscience qu’il a commis un grave péché. Un prophète envoyé de Dieu lui confirme sa culpabilité et lui propose à choix de la part de Dieu trois châtiments. David, connaissant d’expérience la miséricorde de Dieu, choisit de tomber de préférence entre les mains du Tout-puissant plutôt que d’être livré entre les mains de ses ennemis. La peste survient pendant trois jours !

Deuxième fait (cf.1 S 4) : dans une période d’infidélité à Dieu, après une défaite militaire cuisante, le peuple d’Israël fait venir l’arche d’Alliance au milieu de ses troupes, espérant fermement échapper à la domination de leurs adversaires. L’armée ennemie prend peur. Maintenant que Dieu est là, Israël se sent en confiance. Le combat s’engage. Pourtant, la défaite est totale !

Ces deux faits nous apparaissent sibyllins. En quoi un recensement serait-il un péché ? Pourquoi, Dieu présent, n’aide-t-Il pas son peuple dans les conflits de la guerre?

En ordonnant le recensement, David affirmait avoir la maîtrise sur le peuple de Dieu. En quelque sorte, il disait vouloir faire l’économie de Dieu. Il n’en avait plus besoin ! Il maîtrisait tout ! Cette attitude est une fermeture de cœur à l’irruption de Dieu ! Elle refuse à Dieu la possibilité de nous surprendre ! Elle Lui refuse la possibilité d’intervenir dans nos vies ! C’est en cela qu’il s’agissait d’un grand péché ! Dieu n’a plus rien à faire avec nous ! Il est mis de côté !

En faisant venir l’arche d’Alliance au milieu d’eux, mais sans aucune intention d’accorder réellement leur vie à la volonté de Dieu, les fils d’Israël considéraient Dieu comme un truc : « J’appelle Dieu ! Il vient ! Ça marche ! Je suis délivré ! Je n’ai pas besoin de m’impliquer ! Je suis dispensé de me convertir ! Je fais de Dieu mon esclave ! Il est à mon service quand j’en ai besoin, comme j’en ai besoin ! Et si je n’en ai pas besoin, je Le mets de côté !» C’est une conception magique de ma relation à Dieu ! Dieu n’est plus Dieu !

Manifestement, ces deux conceptions très proches l’une de l’autre faussent l’image de Dieu en nous. Elles nous empêchent de découvrir Dieu en vérité. Elles nous empêchent de bénéficier de la force de son amour. Et somme toute, elles restent très actuelles. Notre monde avec ses progrès techniques considérables ne nous donnent-t-ils pas l’illusion de pouvoir bientôt tout maîtriser et par conséquent de pouvoir nous passer de Dieu ? Et lorsque nous faisons encore appel à Dieu, n’avons-nous pas aussi tendance à Le considérer comme un produit de consommation comme un autre ? Reconnaître que nous participons de cette mentalité et qu’elle peut polluer notre esprit, c’est déjà nous mettre sur la voie de la guérison en posant le bon diagnostique !

L’attitude de Jésus dans l’Evangile nous découvre quelque chose de tout différent. Elle nous fait comprendre celle de Dieu dans l’Ancien Testament. Impossible d’enfermer Jésus dans nos catégories humaines étriquées ! Jésus nous surprend toujours ! Il nous invite à rester ouvert à ses initiatives ! L’attitude du lépreux à l’égard de Jésus est en cela d’une justesse admirable ! Elle nous apprend à recevoir de Dieu ce que Lui veut nous donner. Et ce qu’Il veut nous donner est toujours mieux que ce que nous pouvons imaginer parce qu’Il nous aime à la folie !

Le malade atteint de la lèpre était déclaré immonde. Il devait lui-même manifester par des signes son exclusion de la société. Il devait éviter tous contacts avec ses semblables. La lèpre constituait par conséquent une sorte de mort religieuse et civile, et sa guérison une sorte de résurrection. En s’approchant de Jésus, le lépreux sait qu’il ne maîtrise rien, et surtout pas sa maladie. Il affirme sa foi en Jésus. Il est convaincu qu’il peut tout. Sa confiance est totale. Par sa prière, il s’ouvre à l’action de Jésus, et attend humblement sa réponse : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Son cœur est totalement impliqué et son corps l’exprime : « Il tombe à genoux et supplie Jésus. » Dans sa liberté souveraine, Jésus répond également en impliquant tout son cœur. Il pose aussi un geste corporel très sensible : « Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » Et la guérison survient à l’instant même !

Nous devons encore aller plus loin pour découvrir toute la profondeur du geste affectueux de Jésus à l’égard du lépreux. Ce lépreux est figure du Christ en sa passion. Jésus voit en lui sa destinée. Il sera rejeté par le peuple et défiguré par les outrages. Mais c’est justement ses plaies conservées par la puissance de sa résurrection qui deviennent source de relèvement pour tous les hommes.

C’est aussi en contemplant le crucifié que nous pouvons comprendre pourquoi, tout au long de l’histoire, Jésus ne guérit pas tous les malades et ne nous libère pas de toutes nos épreuves, alors qu’il en a le pouvoir. Certains malades, il les guérit pour donner un signe visible qu’il est le Sauveur. Certains autres qui n’obtiennent pas la guérison alors qu’ils l’ont imploré avec confiance, il les associe à ses souffrances. Le don, tout en étant plus mystérieux, n’est pas moindre. L’action de Jésus dans le secret du cœur prépare à celui qui vit l’épreuve dans l’amour, un poids extraordinaire de gloire pour l’éternité. Pour l’instant, la victoire n’est pas visible, mais elle sera encore plus éclatante au-delà de la mort !

Dans l’histoire de l’Eglise est demeuré célèbre l’épisode de la rencontre entre saint François d’Assise et le lépreux. Il est proche de notre évangile. Il illustre bien l’intervention de Dieu qui bouleverse notre mentalité. François était jeune. Il venait de donner son cœur à Jésus. Alors que, parmi toutes les horreurs de la misère humaine, il éprouvait instinctivement une répugnance particulière pour les lépreux. Voilà qu’il en rencontre un au cours d’une randonnée à cheval. Il a un frisson, mais pour ne pas trahir sa décision de devenir « chevalier du Christ », il saute de selle, et au lépreux qui lui tend la main, il remet de l’argent et l’embrasse. A ce moment l’Esprit du Christ fait irruption dans le cœur de François. Il lui donne de poser ce geste de tendre compassion avec une telle intensité qu’il devient pour le lépreux et pour lui expérience de la tendresse inconditionnelle de Dieu. Ce lépreux ne semble pas avoir été guéri ! Pourtant, par ce geste, il a reçu plus que la guérison physique. Il a reçu la certitude d’être aimé de Dieu. C’est l’amour qui sauve ! C’est l’amour qui guérit ! Du reste, une guérison physique sans amour n’apporterait pas la joie à notre âme !

Si saint François a eu un tel rayonnement, c’est parce qu’il allait boire à la source en se laissant surprendre par la logique de Dieu dont la puissance nous rejoint par des gestes tout simples, tout humbles, par des gestes matériels qui correspondent au mystère de l’Incarnation. Il allait en pauvre, le cœur tout ouvert s’abreuver à la richesse du Coeur du Christ dont la vie jaillit par les sacrements.

Aujourd’hui encore, par les sacrements, Jésus fait irruption dans nos vies. Dans l’Eucharistie, il se rend réellement présent et nous offre sa communion. Il nous invite à le rejoindre à la messe, ou si nous ne pouvons plus nous déplacer en lui demandant de venir à nous dans notre maison par le ministère d’un prêtre ou d’un auxiliaire de la communion. Par le sacrement du pardon, il agit pour notre guérison spirituelle. Par l’onction des malades, il donne à celui qui est sérieusement atteint dans sa santé la force de vivre son épreuve en union avec sa passion ; et même s’il ne lui apporte pas toujours la guérison physique, il se penche vers lui avec amour pour le soutenir intérieurement en lui manifestant la bonté de Dieu. Dans tous les autres sacrements, Jésus intervient pour notre relèvement. Mais pour que la Vie qu’il veut nous donner en plénitude parce qu’il nous aime, se répande dans notre cœur pour notre joie, il est nécessaire que notre cœur lui appartienne. L’efficacité des sacrements n’est pas magique. Elle n’est pas automatique. Elle porte ses fruits dans la mesure où notre cœur est ouvert à la grâce de Dieu, où notre liberté accueille la surprise de Dieu. Jésus veut que nous venions le toucher avec tout notre être. Il veut que nous venions le toucher avec une foi vive qui s’exprime par tous les gestes de notre vie quotidienne, même les plus humbles de notre corps.

L’initiative de Dieu et les dispositions de notre cœur, nous les avons demandées dans la prière d’ouverture : « Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure. Par Jésus le Christ. Amen.

Lectures bibliques : Lévites 13, 1-2, 45-46; 1 Corinthiens 10, 31 – 11,1; Marc 1, 40-45

Homélie du 05 février 2012

Prédicateur : Monsieur Paul Demierre
Date : 05 février 2012
Lieu : Eglise Saint-Jean, Fribourg
Type : radio

Dimanche de l’apostolat des laïcs

Quand on m’a proposé de donner un témoignage à l’occasion du dimanche de l’apostolat des laïcs, j’ai été étonné car je n’étais pas bien au clair sur ce que l’Eglise entend par ce terme d’apostolat des laïcs. Mais j’ai pensé que ce serait l’occasion d’y réfléchir.

Saint Paul, dans sa lettre aux Corinthiens dont nous venons d’entendre un extrait, dit, dans une formulation sans détour, qu’annoncer l’Evangile s’impose à lui et qu’il s’acquitte ainsi de la charge que Dieu lui a confiée. L’Eglise nous dit que nous avons reçu par notre baptême la mission d’annoncer l’Evangile. Comme beaucoup d’entre vous, je n’ai pas appris à annoncer l’Evangile par mes paroles. Que puis-je et que dois-je donc faire? Durant sa vie terrestre, le Christ n’a cessé d’aimer en paroles et surtout en actes tous ceux qu’il rencontrait, puis il est mort par amour de tous les humains; c’est ma conviction, ma foi.

Chacun de nous l’expérimente: il est bien difficile d’imiter l’exemple du Christ, même un tout petit peu. C’est même souvent désespérant puisque l’on retombe dans les travers qui relèvent de notre nature humaine. Mais on peut retenir de l’exemple du Christ et des innombrables personnes qui ont cherché et cherchent encore aujourd’hui à marcher dans ses pas, que se mettre un tant soit peu au service des autres est une manière d’être témoin de l’Evangile. Bien sûr cela se vit d’abord dans les familles, sur les lieux de travail, dans les loisirs, etc. Au sein de l’Eglise, de ses diverses structures telles que les diocèses et les paroisses, cet esprit de service est également nécessaire. Cela pas seulement pour compenser la raréfaction des vocations religieuses car, comme l’écrit André Gouzes dans son ouvrage « Une Eglise condamnée à renaître », pourquoi attendre un retour des clercs pour refonder l’Eglise? Celle-ci requiert d’abord une âme, non pas un corps de fonctionnaires. Il lui faut des prophètes, des poètes, des hommes et des femmes, des amants de la vie, prêts à donner pour le service de leurs frères. Aujourd’hui l’Eglise encourage cette manière de vivre l’Evangile. Elle offre aux laïcs de nombreuses possibilités de concrétiser l’envie de s’engager.

Il m’a été donné, il y a peu d’années, d’entrer dans le chœur mixte de notre paroisse. Honnêtement, je n’ai pas pensé que je m’engageais ainsi de manière importante au service de la communauté des chrétiens. Le bonheur de chanter de la musique sacrée et de le faire avec des personnes qui allaient devenir des amis, était prépondérant. Mais j’ai vite ressenti que je faisais partie d’un groupement paroissial sur lequel on compte. La confiance de la part des autorités ecclésiastiques et paroissiales, des prêtres, des religieux et religieuses avec lesquelles nous collaborons est importante et très motivante. J’avais déjà ressenti cela, il y a quelques décennies, notamment dans mes engagements de responsable scout dans une paroisse. Dans nos paroisses, des laïcs oeuvrent en toute discrétion au sein de structures d’aide sociale, telles les Conférences St-Vincent de Paul et les groupes de visite aux malades, dans la diaconie auprès des personnes âgées ou encore les catéchistes et autres personnes engagées dans la pastorale auprès des enfants et adolescents, tous ceux et celles que l’on appelle « engagés ». Je suis sûr que ces chrétiens ressentent un bonheur profond en vivant et partageant ainsi leur foi. Ces choix d’engagement en tant que laïcs sont personnels. Ils offrent en retour des occasions de rencontrer des frères et des sœurs, de s’exprimer, d’être créatif, de développer des dons, de recevoir autre chose par rapport à la vie de tous les jours, quelque chose qui a de la saveur.

Notre paroisse est dédiée à saint Jean-Baptiste, ce précurseur qui annonçait le Christ venu parmi les siens. N’est-ce pas à nous, chrétiens du XXIe siècle, de continuer cette annonce? Nous pouvons le faire – comme le disait dans une récente homélie le chanoine Claude Ducarroz, curé modérateur de notre unité pastorale – en démontrant à nos contemporains que la joie consiste en la simplicité de vie, en la satisfaction d’être solidaires et miséricordieux, dans le bonheur d’être ensemble.»

Lectures bibliques : Job 7, 1-7; 1 Corinthiens 9, 16-23; Marc 1, 29-39

Homélie du 29 janvier 2012

Prédicateur : Chanoine Roland Jaquenoud
Date : 29 janvier 2012
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

4e dimanche du temps ordinaire

« Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir! » (Dt 18, 16)

Mes frères, mes sœurs,

Ces paroles du peuple d’Israël que nous avons entendues dans le Deutéronome, ces paroles qui expriment la crainte devant Dieu, devant Sa Parole, crainte devant la transcendance du Dieu trois fois Saint qui se révèle, ces paroles nous semblent un peu dépassées. La crainte du Seigneur, la terreur devant le sacré, c’est quelque chose qui appartient aux temps anciens, c’est quelque chose qui ne nous appartient plus. Et pourtant… Et pourtant face à ces paroles Dieu a répondu « Ils ont raison. Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi; je mettrai dans sa bouche mes paroles et il leur dira tout ce que je lui prescrirai » (Dt 18, 18).

Nous, chrétiens, nous savons que ce prophète est bien plus qu’un prophète. C’est le Fils de Dieu fait homme, la Parole faite chair, Dieu qui est devenu homme afin de nous dire Son amour par Son Corps et par Son Sang, afin de nous offrir complètement Son amour en montant sur la Croix. Et nous n’avons plus peur. Et nous avons bien raison.

Pourtant… pourtant j’ai quelque crainte, pour ma part, qu’à force d’avoir l’habitude de contempler un Dieu proche, nous oubliions que ce Jésus, homme de Palestine, c’est le Dieu trois fois Saint, c’est le Dieu Créateur, c’est le Dieu tout puissant. A force de faire de Jésus le compagnon habituel de nos routes, nous pouvons parfois oublier que, s’il est devenu notre compagnon, c’est justement pour nous dire cette Parole éternelle du Père, c’est pour nous révéler ce Dieu trois fois Saint et transcendant qui nous aime d’un amour absolu.

En ce jour du Sabbat, dans la synagogue de Capharnaüm, ceux qui entendaient Jésus ne s’y sont pas trompés. Ils étaient, nous dit l’Evangile « frappés par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22). Et cette autorité s’est manifestée de manière très concrète : Jésus a chassé un esprit mauvais, Jésus a libéré un homme des puissances de mal et de ténèbres qui le tenaient attaché.

Mes frères, mes sœurs, ce texte est là pour nous rappeler que la Parole du Seigneur, que nous entendons chaque dimanche, que nous lisons chaque jour dans la Sainte Ecriture, cette parole n’est pas là d’abord pour nous informer, cette parole est là pour nous libérer, pour nous libérer de tout ce qu’il y a en nous de ténèbre, d’attache au mal. Cette Parole est là pour nous transfigurer, cette Parole est là pour faire de nous des hommes nouveaux. Si nous oublions que cette Parole est celle du Dieu trois fois Saint, nous oublions qu’elle est là pour faire de nous quelqu’un de neuf. Nous l’écoutons comme une série d’informations que la plupart du temps nous connaissons déjà, nous l’écoutons pour nourrir une sorte de méditation intérieure qui nous fait du bien, et nous oublions qu’elle est là pour nous libérer du mal, pour nous libérer du péché, pour nous libérer de la mort. Nous oublions qu’elle est là pour nous faire vivre, mais d’une vie qui n’est pas cette vie d’ici bas, d’une vie qui est une vie parfaite, la vie divine, dont nous avons reçu les germes le jour de notre baptême, et qui s’accomplira pleinement le jour où nous verrons Dieu face à face.

L’enseignement du Peuple d’Israël au désert est là pour nous rappeler que ce que nous entendons, ce que nous contemplons, ce que nous recevons à l’Eucharistie, même si nous le recevons chaque jour, n’est pas quelque chose d’habituel. C’est Dieu Lui-même qui est venu nous transformer. Bien souvent, lorsque cette Parole résonne, nous avons tendance à la prendre et à l’adapter à nos besoins, à nos désirs du moment. Que de scandales lorsque l’Eglise, corps du Christ, annonce sans fard la Parole de Dieu, annonce sans compromis Sa volonté, pour faire de l’homme un homme nouveau. Nous sommes bien prêts à l’écouter, cette Parole, mais nous sommes souvent peu prêts à la laisser agir, à la laisser nous interroger, à la laisser nos transformer. Justement parce que nous oublions trop souvent, qu’elle est la révélation de Celui qui est venu faire de nous, ni plus, ni moins, des saints.

Mes frères, mes sœurs, notre présence à cette eucharistie aura du sens si, en sortant de cette église ou éteignant le poste de radio, nous nous mettons très sérieusement à réfléchir. Au regard de la volonté du Christ, au regard de Sa parole révélée, qu’est-ce que je dois changer dans ma vie pour Le laisser me transformer, pour faire de moi un chrétien véritable, c’est-à-dire quelqu’un qui s’engage résolument sur le chemin de la sainteté. Que le Christ nous aide par Sa grâce, afin que ce que nous entendons chaque dimanche, ce que nous recevons à chaque eucharistie soir pour nous source d’une conversion véritable, d’un retour véritable vers Lui, qui est source de toute vie et de toute vraie joie. Amen

Deuteronome, Marc, Roland Jaquenoud

Lectures bibliques : Deutéronome 18, 15-20; 1 Corinthiens 7, 32-35; Marc 1, 21-28

Homélie du 22 janvier 2012

Prédicateur : Maurice Gardiol et Christine Lany-Thalmeyr, Aumônerie œcuménique
Date : 22 janvier 2012
Lieu : Prison de Champ-Dollon, Thônex

Type : radio

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

A partir du texte de l’Évangile de Marc que nous venons d’entendre, nous vous proposons un dialogue imaginaire entre deux des personnages concernés par ce qui s’est passé. Tout d’abord bien sûr l’aveugle Bartimée et ensuite Marie de Magdala, qui aurait bien pu se trouver aussi dans le groupe des disciples de Jésus ce jour-là.

Bartimée

Je suis le fils de Timée. On m’a dit que mon père était de son vivant un homme honorable. Mais voici déjà bien longtemps que je suis sans famille et jusqu’à ce jour j’étais devenu un homme déshonoré à cause de mon infirmité qui m’a exclu et m’a obligé à mendier ma maigre pitance chaque jour à la porte de Jéricho. Il y avait parfois quelques personnes bien intentionnées qui acceptaient de me faire l’aumône, mais, même si je ne les voyais pas, je sentais aussi tous les regards méprisants de celles qui considéraient que j’étais l’objet d’une punition ou d’une malédiction divine. J’entendais les pas de tous ceux qui détournaient leur chemin pour ne pas s’approcher de moi.

Marie

Moi, c’est Marie, celle dite de Magdala. Jésus, cela fait maintenant plus de deux ans que je l’accompagne. Il a changé ma vie. Depuis que je l’ai rencontré, tout s’est transformé en moi. Avec tant d’autres qui ont croisés sa route, je crois que Jésus est le Messie, l’envoyé de Dieu. Mais depuis quelques jours, alors que nous montons vers Jérusalem pour y fêter la Pâque, l’atmosphère est tendue. Jésus semble préoccupé. A plusieurs reprises, j’ai surpris son regard sur nous, un regard triste. Il nous parle de plus en plus souvent de sa vie donnée, livrée pour nous, d’une coupe à laquelle il devra boire. Il nous parle comme s’il allait mourir. Mais Jésus est si débordant de vie, il a encore tant à donner; et le Fils de Dieu ne peut pas mourir. C’est dans cette ambiance pesante que nous traversons la ville de Jéricho.

Bartimée

Ce jour là aussi je m’étais assis au bord du chemin pour mendier. En fin de journée il y eut une agitation inhabituelle. Il me semblait qu’il y avait plus de monde que d’habitude. J’ai demandé à une personne qui venait de poser une pièce dans ma main ce qui se passait. Elle m’a dit qu’un certain Jésus sortait de la ville avec ses disciples et qu’il était entouré d’une grande foule. J’avais déjà entendu parlé de ce Jésus. Quelqu’un m’avait même raconté qu’un jour il avait lu dans une synagogue cette parole du prophète Isaïe :  » L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a appelé pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue… » Et si c’était vrai pour moi aujourd’hui ? Il faut que je trouve un moyen de le rencontrer.

Marie

Et il y a eu ce cri, le cri de cet homme, cet aveugle, assis et mendiant au bord du chemin. « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Plusieurs essaient de le faire taire. C’est qu’ils n’ont pas encore compris.

Ils s’agitent, leur coeur est aveuglé, comme les yeux de cet homme ! Mais, je le connais bien mon Jésus, mon Seigneur, et je sais qu’il a entendu – il entend toujours – et je sais qu’il a vu et qu’il a déjà tout compris. Et c’est là qu’il fait appeler cet homme.

Bartimée

J’ai beau m’égosiller, j’ai l’impression que personne ne veut m’entendre. On me juge indigne d’intérêt, je suis une personne à terre et qui doit y rester car c’est dans l’ordre des choses. Ma présence et mes cris dérangent, tous me passent à côté et me laissent de côté. Tout à coup j’entends des pas qui viennent vers moi, probablement pour me prier de débarrasser le plancher ! Qu’elle n’est donc pas ma surprise lorsque cette personne me dit: « Confiance, lève-toi, il t’appelle ! » Ces seules paroles me donnent une force extraordinaire, elles me redressent et me font d’un coup retrouver mon honneur perdu: Jésus m’appelle moi le marginal, l’oublié, le délaissé, le découragé; moi que la maladie, le handicap, les préjugés et les peurs ont dépouillé de sa dignité. Jésus appelle Bartimée et lorsque je me trouve devant lui il me demande ce que je veux !

Marie

« Confiance, lève-toi; il t’appelle. » Ces paroles résonnent encore en moi et je me souviens. Je me souviens de ce jour où Jésus a posé ses mains sur moi; de ce jour où il a expulsé tous ces démons qui m’empêchaient d’être moi-même; qui m’empêchaient de vivre. Ce jour-là, Jésus a ouvert en moi un chemin; un chemin vers moi-même, un chemin vers les autres, un chemin vers la vie, un chemin vers ma vie !

Bartimée

« Va, ta foi t’a sauvé » Une parole d’amour, une parole de vie. Rien d’autre. Rien à mériter, rien à payer. J’ai simplement fait confiance à cette parole et j’ai retrouvé la vue. Jésus n’a rien fait d’extraordinaire, il a juste été à l’écoute de mon cri et il m’a laissé dire ma souffrance et il a reconnu ma foi nouvelle. Cela a suffit pour me relever et me remettre en marche sur le chemin. Certain vous diront que c’est un peu simple et alors ?

Marie

Bartimée marche maintenant avec nous. Je le revois, ce fameux jour où il a crié vers Jésus; je le revois, assis au bord du chemin, le regard tourné vers la poussière; et je revois surtout cette manière extraordinaire qu’il a eue de se lever, de bondir et de courir vers son Sauveur qui le fait appeler. Imaginez : un aveugle qui court ! Icône magnifique de la confiance, de l’élan vers la vie. Oui, Bartimée, tu es devenu mon frère et bien souvent nos regards se croisent comme pour dire ce qui nous lie désormais : une rencontre avec le Nazaréen. Et de cette rencontre, une trace, laissée au plus intime de nous. Comme une deuxième naissance. Un retour vers la communauté des vivants. Un retour à la vie. Tout simplement.

interlude musical

Cette rencontre entre Jésus et Bartimée nous rappelle que Dieu n’est pas indifférent à notre misère. Lorsque nous nous trouvons au bord du chemin, victimes des injustices et des violences, celles que nous avons commises ou celles que nous avons subies, sa parole peut mobiliser notre force d’aimer et de croire, rallumer en nous l’espérance et nous faire retrouver notre dignité d’enfants de Dieu. Il nous engage aussi à ne pas céder à la peur ou à l’indifférence. Etre ses disciples, c’est savoir entendre les cris et les appels de ceux qui se trouvent sur le bord de nos routes, percevoir leurs souffrances et leurs besoins, accueillir et soutenir celles et ceux qui leur viennent en aide, ne serait-ce que pour leur redire ce message d’espoir: « Confiance, lève-toi, il t’appelle. »»

Marc, Maurice Gardiol, Christine Lany-Thalmeyr

Lecture biblique : Marc 10, 46-52

Homélie du 15 janvier 2012

Prédicateur : Père Johann Roten
Date : 15 janvier 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Chers frères et sœurs dans le Christ, chers auditeurs,

Noël est passé. Les rois sont repartis. La présence de Dieu parmi les hommes – l’Incarnation – entre dans une phase nouvelle. C’est le temps de l’appel, de la rencontre et de la mission.

Il y a des temps quand Dieu est obligé de réveiller l’homme. L’appel de Samuel est un réveil. Si Dieu réveille, c’est qu’il cherche la rencontre avec l’homme. “Viens et vois“, dira Jésus à André et à son compagnon. Les deux restent le temps d’une rencontre qui durera toute la vie. A certains, Dieu donne un nom nouveau et leur confie une mission. Simon devient Pierre. Il sera le rocher de l’Eglise du Christ.

En plus des douze apôtres, l’appel du Christ est allé à 72 disciples. Dans la mentalité juive, le nombre 72 désignait l’ensemble des régions du monde. C’est ainsi que le nombre 72 s’applique aux disciples du Christ de tous les temps et de tous les lieux. Guillaume-Joseph Chaminade (1761-1850) fut un de ces disciples appelé, visité et envoyé par Dieu.

La Famille marianiste, des laïcs, des religieuses et des religieux répandus et actifs dans le monde entier a célébré cette année le 250e anniversaire de la naissance de Guillaume-Joseph Chaminade. L’existence de Chaminade est à cheval sur la révolution et la restauration. Chaminade fait partie de ces grands individus, indépendants et forts, à qui il sera demandé au lendemain de la révolution de reconstruire l’Eglise en France et ailleurs. Ce sont des hommes et des femmes d’action. Leur théologie est un carnet de route, leur philosophie un esprit de vie et leur figure de proue la Vierge, femme forte parce que Immaculée Conception.

Chaminade garde de la révolution un sens aigu des réalités sociales nouvelles. Il y a parmi ces réalités la liberté de l’individu, la solidarité de tous et le bonheur pour tout le monde. Chaminade fera de ces valeurs la liberté pour Dieu, la solidarité de tous à son service et la recherche d’un bonheur qui ne s’arrête pas devant l’autel de la déesse Raison.

Chaminade sera amené à faire face à l’indifférence religieuse de sa culture, à l’apathie cynique des intelligences et à la torpeur des cœurs. Il puisera pour le faire dans la grande tradition de l’Eglise. Avec saint Paul, il partage le défi et le zèle apostolique en toutes circonstances; avec saint Augustin, il se remet à l’absolu de Dieu en toutes choses. Avec saint François, il cherche la foi du cœur simple et l’intimité du Christ. Il trouve dans saint Ignace le sens de la méthode spirituelle et de l’organisation apostolique.

Chaminade n’est pas un de ces chefs de fil aigris qui va organiser une phalange de conservateurs nostalgiques ou d’intégristes butés, mais il conserve dans son cœur et dans son action l’intégralité de l’espérance annoncée par le Christ. Il y a chez lui l’appel, la rencontre et la mission. L’appel sera Saragosse, la rencontre Bordeaux et la mission Rome.

En effet, c’est pendant l’exil à Saragosse, au pied du Pilier de la Vierge qu’il trouve l’inspiration de sa vie. Saragosse est la racine de ses fondations apostoliques, l’ouverture à tous les moyens d’évangélisation et la couleur mariale de sa spiritualité.

Si Saragosse est l’endroit où tout a commencé, c’est à Bordeaux que la véritable rencontre avec le Christ se fera. Un Christ rencontré dans l’épuisement, dans les déceptions et les recommencements. Bordeaux est pour Chaminade et pour un chacun d’entre nous, le lieu des mains sales et des pieds fatigués, mais c’est aussi l’endroit où la grâce et la fécondité de Dieu deviennent visibles. Bordeaux est partout. C’est Sion ou Tokyo, c’est l’ici et le maintenant de notre engagement de chrétiens et d’apôtres.

La géographie chaminadienne ne serait pas complète sans Rome, beauté visible de la catholicité, mais vase d’argile toujours fragile de l’amour de Dieu. Chaminade y rencontre et la mère et la croix. Chaminade offre à l’Eglise le service de ses fondations. Il va léguer à ses disciples une âme ecclésiale mûrie dans une foi aimante et patiente.

Or, une âme ecclésiale est une âme mariale. En effet, la géographie spirituelle de Chaminade s’ébauche et s’inscrit sur fonds bleu, sur fonds marial. Marie est pour Chaminade le rappel constant que le Dieu chrétien est un Dieu fait chair, concret et présent au monde. Marie fera de Chaminade et de ses disciples des hommes et des femmes à la recherche des traces de Dieu dans le monde et toujours à l’affût de l’étincelle de grâce qui éclaire les nuits humaines. Pour Chaminade, Marie incarne la joie du OUI libre et généreux, la promotion humaine active et persévérante, mais également la compassion tendre et sans faille. Chaminade voit en Marie le refus de toute séparation facile entre culture et religion, entre morale et spiritualité, entre prière et action. Pour parler avec la liturgie, Marie est l’appel reçu par le cœur, la rencontre de Dieu vécue dans la chair et la mission du Christ qui résonne dans son invitation pressante: “Faites tout ce que [Jésus] vous dira“!

Revenons donc pour conclure à la liturgie de ce jour. Permettez-moi un brin d’effronterie en affirmant qu’il y a Samuel parmi nous. Pourquoi ne pas l’admettre! Nous sommes tous Samuel. Nous avons tous besoin, à nos heures, d’être réveillés par la voix de Dieu.

Et nous sommes tous André, au masculin comme au féminin, à qui le Christ lance l’invitation: Viens et vois, viens et goûte à mon amour pour toi.

Avec Pierre, nous sommes porteurs d’un nom nouveau, un nom de promesse et d’espérance, un nom de défi et d’engagement. C’est là le sens de notre nom de chrétien, un nom né du sang du Christ, un nom au service de la justice et de la paix, un nom devenu culture, un nom chanté par les arts.

Une philosophie du jour nous propose aujourd’hui un art de vivre qui est à la recherche de la vraie vie et d’une intensité existentielle à tous les niveaux. Le chrétien ne cherche guère autre chose. Il cherche la vraie vie et l’intensité existentielle.

Avons-nous le courage et la simplicité du cœur d’un Chaminade et de tant d’autres hommes et femmes, pour miser notre existence sur le Christ, source de vraie vie et promesse d’intensité existentielle sans relâche et surtout sans fin ?»

Jean, Johann Roten, Guillaume-Joseph Chaminade

Lectures bibliques : 1 Samuel 3, 3-19; 1 Corinthiens 6, 13-20; Jean 1, 35-42

Homélie du 08 janvier 2012

Prédicateur : Abbé Bernard de Chastonay
Date : 08 janvier 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Sion
Type : radio

Fête de l’Epiphanie

Chers auditeurs de la Radio suisse romande, chers malades, chers frères et sœurs en Christ, et vous qui avez participé au 7e Festival d’Art Sacré.

Une fois n’est pas coutume : je vous invite à fermer les yeux, maintenant, quelques instants, afin que vous puissiez projeter sur l’écran personnel de votre imaginaire la scène suivante :

Dans le lointain, une plaine verdoyante, quelques bosquets épars qui rompent une certaine monotonie du paysage, et des collines recouvertes de forêts, un décor tout en douceur et en rondeurs.

Au premier plan, sur votre droite, une sorte de kiosque à musique qui, ô surprise, n’abrite pas quelques musiciens exerçant leurs talents, mais un âne et un bœuf. Le bœuf, couché à même le sol, a posé sa tête sur le rebord d’une mangeoire ; l’âne, bien planté sur ses quatre pattes, observe, l’air tout étonné, une jeune femme, assise à quelque distance, qui tient à bout de bras un enfant.

En face de cette dame, trois personnages dont les regards se portent sur le tout petit : un vieil homme, barbe blanche bien fournie, un autre, d’âge mûr, barbe brune, lui, un troisième enfin, le visage glabre ; sûrement le plus jeune des trois.

C’est ainsi que l’iconographie byzantine a commencé à représenter les mages dès le 4e siècle. Si, dès le 2e siècle, ils ont été qualifiés de rois par Tertullien, c’est en référence au psaume 71 : Les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront des offrandes…

L’évangile arménien de l’Enfance, un texte apocryphe tardif, du 4e ou 5e siècle, leur donnera des noms : Melchior, Balthasar et Gaspard. Et sur les mosaïques de Ravenne, leurs noms apparaissent autour de leur représentation dès le 11e siècle.

A partir du 15e siècle, toujours en Italie, Melchior apparaît tête nue, sa couronne déposée aux pieds de l’enfant. Balthazar porte lui sa couronne royale et Gaspard a le chef enturbanné, tel un calife. Chacun des trois porte des habits somptueux, comme il sied à des personnages de haute lignée. Couleur bleue du ciel pour Melchior, marron de la terre pour Balthazar et un habit rose ou orangé pour Gaspard, orangé de la terre s’unissant mystiquement au ciel.

Progressivement, divers artistes populariseront nos trois rois en dignes représentants de trois continents, Melchior pour l’Europe, Balthazar pour l’Asie et Gaspard pour l’Afrique.

L’art et l’imagination des artistes nous aident à lire en profondeur la réalité spirituelle qui se cache derrière la visite des mages.

Commençons par l’âne et le bœuf. Les Evangiles ne les mentionnent pas, mais pourquoi ne remonterions-nous pas jusqu’au prophète Isaïe :

Cieux écoutez, terre prête l’oreille, car Yahvé parle. J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir, mais ils se sont révoltés contre moi.

Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas.

Nos deux animaux ne pourraient-ils pas représenter, de manière agreste certes, tous ceux qui, au cours des âges, sauront reconnaître en l’enfant Jésus leur « possesseur », la source de la Vie véritable. Et par leur présence, c’est la création tout entière qui s’invite à la crèche en un geste d’adoration silencieux et paisible.

Poursuivons par les mages, Ils sont d’âges divers : les hommes, les femmes et les enfants de tous les temps sont donc invités à se pencher sur la crèche et à contempler, comme eux, l’enfant Jésus. C’est le mage le plus âgé qui s’agenouille le premier devant l’enfant, après avoir déposé sa couronne : il reconnaît ainsi que le seul roi devant qui il vaille la peine de s’incliner, c’est le Christ ; il invite ses deux compagnons à faire de même. Ils viennent tous trois de diverses régions du monde : c’est donc que le Verbe fait chair, la Bonne Nouvelle incarnée, s’adresse à l’ensemble de l’humanité.

Et les présents qu’ils offrent au tout petit sont tout un programme théologique : l’or, métal très précieux, pour reconnaître la divinité du Verbe fait chair et sa royauté sur le monde, l’encens, utilisé dans le culte, pour désigner celui qui est le seul Grand Prêtre devant l’éternel, et la myrrhe dont on se servait pour embaumer les corps pour affirmer la véritable humanité du Fils de Dieu devenu Fils de l’homme.

La royauté du Christ s’exprime ainsi de manière radicalement différente de celle d’Hérode ; elle se manifeste au monde dans la simplicité et la douceur (a contrario d’Hérode qui massacrera de nombreux enfants innocents) et s’accomplira dans la justice et la charité. Elle est proposée à tous ceux qui acceptent de se mettre en route pour aller à la rencontre de Celui qui est venu parmi nous, l’Emmanuel de Dieu. Elle nourrit notre espérance et nous pousse à suivre les traces de ce roi nouveau-né : C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaître pour mes disciples.

Christ manifesté au monde. Il est le vin de l’Alliance nouvelle. Celui de l’ancienne alliance encourageait le peuple d’Israël à aimer son prochain et haïr son ennemi, celui de la Nouvelle Alliance en Christ élargira le champ de l’amour jusqu’à l’infini : eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.

Le récit de la visite des mages, récit historique ou symbolique, compte donc essentiellement pour ce qu’il sous-entend : l’universalité du message du Christ, Verbe fait chair, et sa compréhension possible par les petits (les bergers chez Luc) et l’ensemble des nations (les mages chez Mt).

Puissions-nous repartir tout à l’heure dans nos foyers, comme les mages qui s’en retourneront dans leurs pays après avoir adoré, avec au fond du cœur cette étoile qui ne cesse de nous désigner Celui qui est la Lumière du monde manifestée aux hommes.

AMEN.

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 08 janvier 2012

Prédicateur : Abbé Roland Häfliger
Date : 08 janvier 2012
Lieu : Eglise du Sacré-Coeur, Lenzburg
Type : tv

Fête de l’Epiphanie –

Une lumière est apparue aux mages de l’Orient. Ils ont découvert une nouvelle étoile. Très rapidement, ils ont décidé de se mettre en chemin, de suivre l’étoile, de quitter leur environnement habituel et sortir dans la nuit noire, illuminés par la lumière du firmament, qui les a conduits et à qui ils ont fait confiance.

Cette nouvelle étoile a rendu possible une rencontre entre trois types de rois, avec trois façons différentes d’exercer le pouvoir.

Commençons par le royaume où le pouvoir exercé est celui de la sagesse. Les mages de l’Orient en sont les représentants. Ils observent la nature, la nuit, le firmament. Ils lisent des livres saints, ils sont intelligents et bien formés. Ce ne sont pas « des idiots compétents » qui se laissent enfermer par ce qu’ils connaissent déjà, qui ne s’en tiennent qu’à ce qu’ils comprennent et analysent ou ce qu’ils sont à même de compter.

Une vraie sagesse peut s’émerveiller de ce qui est inconcevable, mystérieux, par une nouvelle étoile qui les met en mouvement, on ne sait ni comment ni pourquoi.

Une vraie sagesse se laisse bouger en dehors du laboratoire, d’une salle d’études. Depuis un dos d’un chameau ! Laissant tous les livres et les instruments à la maison.

Une vraie sagesse sait que la vérité peut aussi se trouver complètement ailleurs, bien loin, dans un autre pays, au sein d’un autre peuple, et même dans une autre religion.

Une vraie sagesse est conduite par un profond désir, l’attente du salut pour tous les hommes, le désir d’une vraie lumière pour tous.

Cependant, toute sagesse qu’elle soit, une sagesse humaine ne s’interdit pas de penser de manière très humaine quand même. C’est ainsi que les mages commence par se rendre à Jérusalem dans le palais royal ostentatoire pour chercher le vrai roi, le messie.

Et là ils rencontrent alors un deuxième type de royaume, où le pouvoir s’exerce par la force, le pouvoir de la tyrannie et de la terreur : Hérode le Grand. Le royaume d’Hérode est un royaume qui ressemble à notre monde, on lit le journal, on regarde la télé. Un monde dans lequel les hommes se dominent les uns les autres et parmi eux, quelques-uns ne sont rassurés que lorsqu’ ils en tourmentent d’autres. Pour ceux qui possèdent le pouvoir comme Hérode, les êtres humains ne sont que de la marchandise, des pions, que l’on déplace ici ou là, que l’on dresse avec le fouet de la peur, que l’on force à obéir.

C’est un monde qui trahit l’essence de l’être l’humain. Pourtant il nous apparait normal, si horriblement normal qu’aucune nouvelle du téléjournal ne nous fait bondir de notre fauteuil.

Ce royaume de l’abus arrogant du pouvoir, on ne le trouve pas seulement chez les puissants de ce monde. Non, il se niche aussi dans notre propre cœur, nous domine partout où nous considérons les autres comme de la marchandise, comme moyen pour notre fin, que ce soit dans notre famille, à notre travail ou dans nos loisirs. Des sortes de Mini-Hérode. La religion n’est pas épargnée par eux. D’ailleurs Hérode lui-même utilise la religion comme moyen de pression. Hérode prétend aux trois rois mages qu’il souhaite lui-aussi adorer l’enfant-roi et les envoie à Bethléem.

Et là se trouve le troisième type de royaume, le pouvoir du sans-pouvoir, de l’impuissance. Le royaume d’un enfant sur la paille, le royaume de l’étable.

Dieu n’a mis en valeur ni la sagesse, ni le savoir avec son royaume et encore moins le pouvoir arrogant de la tyrannie. Non, Dieu a donné son royaume à ce qui ne vaut pas grand-chose dans le monde : la pauvreté, la faiblesse, les petits.

Le Dieu tout puissant choisit l’impuissance d’un enfant, le fort sera faible, le grand petit, le riche pauvre. Ça c’est le royaume de Dieu, le royaume qui n’est pas de ce monde. La toute-puissance de l’impuissant, la toute-puissance de l’amour.

Hérode le roi de la terreur va envoyer l’épée contre le royaume de Dieu en tuant les enfants à Bethléem.

Les trois mages, les rois de la culture, de la sagesse et du savoir vont s’agenouiller devant cet illettré, devant cet enfant couché dans une mangeoire.

Ils font confiance à l’étoile qui reste et prennent en compte ce qui est inconcevable : un roi dans une étable, le messie, le sauveur pour tous dans une mangeoire.

Ils vont ainsi être capables de deviner les intentions de la tyrannie, la démasquer et, comblés de cadeaux, ne pas retourner chez Hérode en choisissant de repartir par un autre chemin.

Les mages de l’Orient doivent aussi être pour nous des modèles.

Soyons nous aussi ouverts à ce qui n’est pas concevable, à la lumière qui nous oriente pour trouver l’enfant, masquée par la tyrannie – même en nous-mêmes, et croire que ce royaume d’un autre monde confère de la dignité aux pauvres et aux faibles, aux victimes du monde.

(Traduction : Evelyne Oberson)»

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12