Homélie du 01 janvier 2012

Prédicateur : Abbé Denis Lamon
Date : 01 janvier 2012
Lieu : Monastère des Bernardines, Collombey
Type : radio

Chers frères et sœurs, chers auditeurs,

On demanda un jour à un cadre d’entreprise, un homme débordé d’activités professionnelles, sportives et culturelles comment il s’y prenait pour garder calme et sérénité en dépit de ses multiples occupations.

Il répondit :

« Quand je marche, je marche »

« Quand je parle à quelqu’un, je parle à quelqu’un »

« Quand j’écoute, j’écoute »

On lui répondit :

« Mais, nous aussi ! »

Et notre homme de répondre :

« Non, quand vous marchez, vous courez et quand vous courez vous êtes déjà au but »

« Quand vous parlez à quelqu’un vous pensez déjà à votre prochain rendez-vous »

« Quand vous écoutez, vous savez déjà ce que vous allez rétorquer à votre interlocuteur ».

Vous ne vivez pas l’instant présent, vous vous projetez sans cesse dans l’avenir, c’est cela qui vous fatigue continuellement.

Cette petite parabole reflète si souvent notre état d’esprit. Nous sommes si fréquemment absents de notre réalité concrète, mal à l’aise avec notre « ici et maintenant ». Nous fuyons.

Une nouvelle année s’ouvre devant nous. Un cadeau. Une succession d’instants offerts. Un don de Dieu, à vivre au présent, comme Marie qui retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Dans la prière à Marie, le « Je vous salue Marie », nous lui demandons justement de prier pour nous, pauvres pécheurs, aux deux instants les plus importants de notre vie : « maintenant » et « à l’heure de notre mort ».

Marie nous enseigne la pédagogie du temps. Le temps est de plus en plus une denrée rare. Comment le gérer ? Certains se figent dans la nostalgie du passé, comme si hier était meilleur qu’aujourd’hui. D’autres fuient dans l’avenir, en refusant la réalité et en idéalisant leurs désirs et leurs projets. Ils rêvent d’un avenir meilleur, en faisant confiance à la science, aux technologiques ou à telle ou telle prédiction.

La méditation de la vie de Marie nous propose de vivre pleinement et simplement le temps dans toute son intensité.

Marie est la femme de l’aujourd’hui. Elle vit l’instant présent.

Puissions nous être présents ici et maintenant durant tous les instants de cette nouvelle année . Le « maintenant » est le seul moment qui nous appartient.

Vivre au présent en laissant le passé au passé et à la miséricorde de Dieu, puisque nous ne pouvons plus rien y changer. Vivre au présent en confiant notre avenir à la Providence de Dieu qui s’occupe de nous et veut le meilleur pour chacun de nous qui sommes ses enfants. Vivre au présent, c’est nous disposer à accueillir la paix que Dieu veut pour nous.

Le temps est souvent compressé: on vit dans l’agitation qu’imposent nos agendas surchargés. On est soumis à un zapping perpétuel d’une activité à l’autre.

La prière, la rencontre avec Dieu, l’Eucharistie nous proposent une manière unique et vivifiante d’habiter l’instant présent. « Il est là », disait le curé d’Ars en brandissant l’hostie consacrée.

L’Eucharistie, la messe, c’est l’aujourd’hui de Dieu, c’est le « ici et maintenant » d’une présence qui se communique dans le silence.

La messe, c’est le mémorial du don de Dieu « Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang » qui est mis à notre portée et qui nous communique la vie en Jésus pour chaque instant de nos existences.

Vivre au présent, certes, mais tâcher de vivre ce présent avec intensité. « à fond », comme le disent les jeunes, « à 200% »!

Demandons à Dieu la grâce de ne pas « vivoter », dans une sorte de résignation, de léthargie, mais de vivre, avec un grand V.

Si nous voulons connaître la durée d’une année, demandons-le à un collégien qui vient de redoubler.

Si nous voulons connaître la durée d’un mois, demandons-le à deux amoureux séparés par un stage professionnel à l’étranger.

Si nous voulons connaître la durée d’une semaine, demandons-le à un malade qui attend les résultats d’un examen médical.

Si nous voulons connaître la durée d’un jour, demandons-le à une femme qui attend en salle d’accouchement.

Si nous avons oublié combien de temps dure une heure, demandons-le à un skieur accidenté qui attend son entrée aux urgences.

Si nous doutons de la valeur d’une minute, observons un passager qui vient de rater son train.

Si nous pensons qu’une seconde est une quantité négligeable, parlons-en à un automobiliste qui a risqué un accident à cause d’une inattention.

Si nous ne croyons pas que quelques dixièmes de secondes durent longtemps, demandons l’explication au skieur qui a gagné la médaille d’argent en montant sur la seconde marche du podium.

C’est à nous et à nous seul qu’appartient de profiter de chaque instant qui nous est offert pour aimer.

Le temps est précieux, le temps est cadeau.

Accueillons tous les instants de cette nouvelle année avec intensité.

Au seuil de cette nouvelle année, prenons la résolution de prendre du temps et de vivre intensément chaque instant qui nous est donné comme un cadeau.

En plus, 2012 étant une année bissextile, nous aurons un jour supplémentaire à disposition pour cela : le 29 février !

Pendant cette nouvelle année : Prenons du temps pour Dieu, prenons du temps pour les autres, prenons du temps pour nous-même.

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! »

Chers frères et sœurs, chers auditeurs,

Je vous souhaite à chacun :

12 Mois de joie

52 Semaines de paix

366 Jours d’amitié avec Dieu

8’784 Heures de partage avec les autres

527’040 Minutes de sérénité

31’622’400 Secondes de bonheur à vivre à chaque instant

Et enfin, UNE TRES BONNE ANNEE 2012»

Lectures bibliques : Nombres 6, 22-27; Galates 4, 4-7; Luc 2, 16-21

Homélie du 25 décembre 2011

Prédicateur : Mgr Pier Giacomo Grampa
Date : 25 décembre 2011
Lieu : Eglise Saint-Martin, Bironico (TI)
Type : tv

(traduction)

Les textes bibliques d’aujourd’hui devraient nous donner une sensation de vertige, car ils invitent à entrer dans le cœur de l’événement de Noël en nous offrant une lecture profonde, théologique, de ce qui s’est passé à Noël.

D’habitude, on privilégie la lecture narrative du mystère de Noël, on décrit ce qui s’est passé : l’annonce de l’ange, le trouble de Marie et Joseph, l’histoire parallèle d’Elisabeth et Zacharie, le recensement d’Auguste, avec le voyage de Nazareth à Bethléem. La naissance de l’enfant, la visite des bergers, la circoncision, la présentation au temple, l’adoration des mages, la furie d’Hérode, la fuite en Egypte.

Dans cette messe par contre, la liturgie nous propose une autre lecture du mystère de Noël : celle du prologue de l’évangile de Jean, au profil théologique et existentiel élevé, de haute expression lyrique.

Il nous dit comment le Verbe Divin, le Fils Unique du Père, la Parole Eternelle de Dieu qui a créé toute chose, se fait chair, en pénétrant dans l’histoire des hommes et en nous offrant une lecture différente du mystère par lequel Dieu sort de lui-même pour rencontrer l’homme à son niveau en se rapprochant du quotidien de l’homme, mieux encore, en entrant dans sa propre chair, c’est-à-dire, dans son existence.

De cette façon Jean chante, avec une vibrante inspiration poétique : « le Verbe s’est fait chair, et il est venu demeurer parmi nous »

Ainsi, on célèbre, l’union profonde entre le divin et l’humain : on ne peut être que stupéfait, qu’admiratif : on ne peut pas ne pas être pris de vertige. Comprenez-vous ce que Noël nous révèle ?

Il ne s’agit pas seulement de la belle histoire d’un enfant qui naît, pas seulement d’un enfant qui nous est donné, mais cet enfant est la Sagesse de Dieu, il est la Parole de Dieu, il est le Fils de Dieu, et il est Dieu lui-même.

Dieu est la Parole, cette parole qui fait la différence entre les créatures humaines et les autres créatures vivantes. Dans la parole, les hommes communiquent, disent leur propre histoire, leurs propres doutes et espérances, leurs propres angoisses et joies. Par la parole l’âme se communique.

Ainsi chaque créature peut avoir accès à Lui, pour chercher lumière et vérité.

Elle peut le faire avec liberté, en l’accueillant ou en le repoussant, choisissant la lumière ou en restant dans les ténèbres.

Notre Dieu qui est la Parole, se laisse comprendre dans tous les langages humains. Il est donc disponible à toutes les créatures, et personne ne pourrait empêcher le dialogue mystérieux et personnel que chacun peut débuter dans le silence de sa conscience.

Toute culture, toute histoire, tout événement peut accéder à Dieu, lui qui ne s’offensera ni des doutes, ni des perplexités, ni des refus. Patiemment il veut seulement assurer une réponse exhaustive, sans contrainte ni vengeance.

Notre Dieu qui est Verbe fait chair, a choisi le chemin de l’humanité pour révéler à l’homme son visage, le visage du Père.

La Parole en Jésus s’est faite homme avec toutes les caractéristiques de la vie humaine ; à l’émotion de ces jours de nativité suivra l’histoire difficile du fils de Dieu adulte qui connaîtra l’accueil, la chaleur humaine, les disciples, mais aussi mépris, trahison et refus. Un peu comme toutes les histoires humaines, jamais complètement heureuses ni totalement désespérées.

Il dépend de nous d’accueillir cette Parole qui est Lumière et Vie. Pas tout le monde l’accueille. Les ténèbres de l’orgueil et de la présomption, ou ceux de la superficielle inattention n’aiment pas la lumière de l’amour et de l’humilité.

« Il est venu parmi les siens, mais ils ne l’ont pas reçu ; à ceux qui l’ont accueilli il leurs a donné le pouvoir de devenir Fils de Dieu ».

Alors nous comprenons l’application que la liturgie fait de la prophétie d’Isaïe à l’événement de Noël, montrant le messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui annonce la paix.

On ne peut pas rester indifférent face au lyrisme entraînant du prophète, qui rappelle l’annonce de joie qui rejoint toutes les extrémités de la terre

« Comme il est beau de voir courir sur les montagnes qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle » et la référence poétique aux sentinelles qui exultent, car elles voient le retour du Seigneur.

Le passage de la lettre aux Hébreux confirmait que Dieu, après avoir parlé aux hommes de plusieurs manières, « nous a parlé par ce Fils » parce que nous sommes « prédestinés à devenir ses fils adoptifs ».

Voilà la grande surprise de la nativité de Jésus, il dépose dans l’homme le mystère trinitaire de Dieu, le faisant participer à un dialogue d’amour Père –Fils.

C’est le but que Noël veut réaliser, reporter l’homme aux splendeurs de son origine dans le dessein originel d’amour de notre Dieu que notre péché détruit, mais que Jésus vient restaurer.

Si nous comprenions la beauté et la grandeur de Noël et savions apprécier le don d’être participants à la vie divine, nous comprendrions ces paroles de sainte Thérèse de Lisieux : « Si vous deviez me trouver morte un matin, ne vous inquiétez pas, cela veut dire que Dieu est venu me chercher comme un bon papa, seulement ça. Sans aucun doute c’est une grâce de recevoir les sacrements, mais si le bon Dieu ne le permet pas, son étreinte est toujours une étreinte amoureuse pour le fils aimé, qui a espéré et cru en lui ».

Mon vœu est que vous puissiez vivre Noël avec cette sérénité, avec cette simplicité, avec cette félicité : malgré tout ce qui m’arrive, je suis enfant de Dieu, Dieu m’aime, Dieu marche avec moi, même si je suis un homme de peu de foi, Dieu est avec moi et nous marchons ensemble.

Voilà le sens profond de Noël.

Joyeux Noël !»

Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Homélie du 24 décembre 2011

Prédicateur : Abbé Nicolas Maillat
Date : 24 décembre 2011
Lieu : Eglise Saint-Etienne, Lausanne
Type : radio

« Il nous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

Chers frères et sœurs, une fois de plus nous avons entendu ce récit merveilleux de la Nativité de Jésus et nous n’avons aucune peine à évoquer l’émouvant et charmant tableau : l’enfant couché dans la crèche, près de lui, Marie, la maman attendrie, Joseph, saisi de respect et quelques bergers, des pauvres, méprisés, appelés les premiers à contempler le « Verbe fait chair ».

Elle s’est donc accomplie la prophétie d’Isaïe : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. La souveraineté est sur ses épaules. On proclame son nom : ‘Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.’ »

Frères et sœurs, que vous vous soyez avancés vers cette église avec joie, ou sur le pointe des pieds, vous êtes invités, ainsi que vous tous qui nous écoutez, à contempler le nouveau-né de Bethléem. Heureux de vos réussites ou meurtris par l’échec, par la maladie, le handicap, le deuil, la solitude, ou au contraire satisfaits, sûrs de vous ou encore déçus de tant de faiblesses, peu importe ! Malgré tout, vous restez capables d’aimer et d’être aimés ; dès lors, c’est à vous, à nous tous, que Dieu s’adresse et donne un signe d’espoir, de salut.

En ce Noël, comme chaque année, Dieu nous fait signe, Dieu parle et sa Parole est étrange : c’est un enfant, un nouveau-né, son Fils Jésus !

Certes, nous devons veiller à nous garder de réduire Noël à la seule fête des enfants et pourtant, au cœur de notre civilisation technologique, le signe de l’enfant n’est-il pas le signe par excellence de la Vie ? De la vie humaine et divine – dans nos veines coule la grâce de Dieu –, de la vie humaine et divine donc, que nous sommes invités à respecter et à protéger. Cette vie qui nous est donnée par Dieu et qui est malheureusement de plus en plus noyée dans l’artificiel des techniques de notre monde occidental, matérialiste à outrance.

Le signe de l’enfant ; le signe de la vie. Pensons à ces foyers amis qui souffrent tant de n’avoir pu encore accueillir chez eux un « petit », fruit de leur amour… à ces autres foyers, plus heureux, qui ont vécu l’attente, leur « Avent » et que la naissance d’un enfant a transformé. « On ne les reconnaît plus, tout est changé pour eux ! » disent les voisins.

Oui, frères et sœurs, tous ces instants privilégiés où, aujourd’hui encore, l’enfant est « sauveur ». Ici, c’est une naissance qui a renforcé l’amour d’un couple en difficultés, là c’est la première communion du fils, qui a permis aux parents de renouer avec une vie plus chrétiennement engagée.

Alors, en ce Noël, ensemble frères et sœurs, ne craignons pas de rendre visite à l’Enfant de Bethléem. Nous représenterons toute la famille humaine invitée à accueillir le signe de Dieu. Jésus est le commencement, la vie, le seuil, le ferment de notre pâte humaine. Il est le sang de Dieu au cœur de notre humanité.

Frères et sœurs, il n’est sans doute pas inutile de nous interroger sur la qualité de la visite que nous allons rendre à la Crèche de Bethléem : Simple courtoisie ? Concession à l’habitude, simple rite ?

Eh bien, en cette nuit très sainte, nous sommes invités à entrer en liaison avec ce Dieu qui est venu « habiter parmi nous » : alors, contemplons longuement l’Enfant-Dieu à la Crèche : il peut provoquer en nous une sorte de tressaillement intime, susciter tendresse et respect et – pourquoi pas ? – réveiller, chez certains d’entre nous, cette modeste flamme de la foi qui, depuis quelque temps, semblait définitivement éteinte.

Pensons au jeune Claudel, à Notre-Dame de Paris, passant devant le Tabernacle, qui eut brusquement « le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu ». En un éclair, ses idoles s’écroulèrent, « et voici que vous êtes Quelqu’un tout-à-coup », dira-t-il.

Et à la Messe de Minuit en l’église St-Augustin, Charles de Foucauld, qui venait de se convertir et recevait, par la communion « ‘son’ bien-aimé frère et Seigneur Jésus », qui l’incitait à « partager jusqu’à la dernière bouchée de pain avec tout pauvre, tout hôte, tout inconnu, à recevoir tout humain – la vie – comme un frère bien-aimé » : Il ajoutait : « Jésus est venu dans cette crèche pour sauver les âmes ; il nous enseigne à faire du salut des âmes l’œuvre de notre vie ».

Enfin, pour Thérèse Martin, ce Noël 1886 fut pour elle, quelques mois avant son entrée au Carmel de Lisieux, la « nuit de Lumière », où elle sentit la charité entrer en son cœur.

Frères et sœurs, « en cette nuit où le Fils de Dieu se fait faible et souffrant par amour pour nous », venons l’adorer et le contempler à la crèche. Ainsi, à la suite de la ‘petite’ Thérèse, nous retrouverons l’esprit d’enfance, qui transformera notre regard sur l’autre. Nous serons alors capables de recevoir ce prochain (tout être humain), mis sur notre route, comme un cadeau du Père.

Et en notre cœur se mettra aussitôt à résonner sans fin ce refrain :

« C’est Noël sur la terre chaque jour,

Car Noël, ô mon frère, c’est l’Amour. »

Ainsi soit-il.

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6;Tite, 2, 11-14; Luc 2, 1-14

Homélie du 24 décembre 2011

Prédicateur : M. le cardinal Jean-Claude Turcotte
Date : 24 décembre 2011
Lieu : Eglise de la Purification de la Vierge Marie, Montréal
Type : tv

Un enfant est né il y a plus de 2000 ans. Non seulement nous nous souvenons encore de lui, mais, un peu partout sur terre, se célèbre aujourd’hui sa naissance. Marie, sa mère, le mit au monde alors qu’elle se trouvait à Bethléem pour le recensement ordonné par le gouverneur Quirinius. L’évangéliste Luc raconte en quelques mots comment cela se passa. Marie «emmaillota son fils premier-né et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.» Jésus couché non pas dans un berceau comme c’eut été normal, mais dans une mangeoire. Pourtant, il avait été «conçu du Saint-Esprit» cet enfant et il était Fils de Dieu!

Comme Dieu peut être étonnant! Comme Dieu peut être habile à nous surprendre, à nous déconcerter, à nous émerveiller! Le Fils de Dieu couché dans une mangeoire, c’est un signe qui nous est donné.

Jésus vient de Dieu. Il est tout-puissant, comme Dieu son Père!

La liturgie de cette nuit a raison de lui attribuer les noms qu’on trouve dans le livre du prophète Isaïe: «Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix». Mais il est couché dans une mangeoire! Il manifeste ainsi sa volonté d’être accessible à tous: petits et grands, riches et pauvres, forts et faibles, gens heureux et malheureux. Il vient pour tout le monde, mais il sera particulièrement attentif à rejoindre les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles, les plus malheureux. Il vient révéler à tous le plus beau et le plus vrai visage de Dieu. Ce visage est celui d’un Roi à qui tout appartient et par qui tout a été fait, mais qui devient serviteur de tous, sans aucune exception.

Étonnant mystère de Noël! L’amour de Dieu est manifesté d’une manière inattendue. Merveilleux mystère de Noël! Dieu se fait tout petit et tout démuni. Il devient enfant et se met à vivre avec nous. C’est le ciel qui descend sur terre. C’est le Dieu invisible qui se rend visible à nos yeux. C’est la lumière d’en haut qui vient dissiper les ténèbres d’en bas.

Marie coucha donc son enfant dans une mangeoire. Personne autour d’elle, à l’exception de Joseph, ne savait qui était cet enfant. Personne ne faisait cas de sa présence. Le cours des choses aurait pu se poursuivre ainsi, sans que rien de particulier n’arrive. Mais ce n’est pas ce que Dieu voulait. Il voulait que tous les hommes et toutes les femmes de la terre sachent ce qui venait d’arriver. Il chargea donc l’un de ses anges – l’Ange du Seigneur, écrit saint Luc – d’intervenir. Et l’ange intervint.

Il le fit d’une manière qui nous surprend. Il ne se rendit pas chez les grands de ce monde pour annoncer ce qui venait d’arriver. Il choisit des bergers, des pauvres, des gens qu’on méprisait. Il les enveloppa de lumière. Cette lumière était celle de la gloire de Dieu. Les bergers se demandaient ce qui leur arrivait. Ils étaient tout craintifs. L’ange les réconforta, puis leur annonça la Bonne Nouvelle, l’incroyable nouvelle, la merveilleuse et divine nouvelle: «Aujourd’hui vous est né un Sauveur… Il est le Messie, le Seigneur… vous le trouverez emmailloté et couché dans une mangeoire». Et alors, dans le ciel, «une troupe céleste innombrable» se mit à louer Dieu: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.»

Les bergers se rendirent à Bethléem. Ils découvrirent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans une mangeoire. Ils se mirent alors à raconter «ce qui leur avait été annoncé» et ce qui leur était arrivé. Ils étaient tout heureux. «Ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu.»

Chers amis de la paroisse de la Purification-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, chers amis du diocèse de Montréal, vous toutes et tous qui, partout dans le monde, m’entendez vous parler ce soir, soyez-en bien conscients, l’histoire de la naissance de Jésus que l’évangéliste Luc nous a transmise est une histoire vraie. Elle raconte un événement divin qui nous concerne. C’est pour chacune et chacun de nous que Jésus est né à Bethléem, il y a plus de 2000 ans. Les paroles que l’Ange du Seigneur adressa alors aux bergers, c’est à nous qu’elles s’adressent maintenant: «Aujourd’hui [nous] est né un Sauveur… il est le Messie, Seigneur.»

Il nous offre sa paix. Il nous offre la lumière et la joie qui viennent du ciel. Il nous offre l’amour de son Père et le sien. Il nous offre le souffle de l’Esprit Saint. Il nous offre le pardon qui réhabilite et rend capables de «vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux». Il nous offre de devenir, tous ensemble, «un peuple ardent à faire le bien».

Qu’il est admirable ce Fils de Dieu, ce fils de Marie, qui ne cesse de venir nous rejoindre et de se faire notre serviteur pour mieux nous révéler le visage de son Père. Qu’il nous soit donné, ce soir, de l’accueillir comme jamais encore nous ne l’avons accueilli. Qu’il nous soit donné de le reconnaître comme jamais encore nous ne l’avons reconnu. Qu’il nous soit donné de croire en lui et en son Évangile, comme jamais encore nous n’y avons cru.

Qu’il nous soit donné de le prier et d’espérer en lui, comme jamais nous ne l’avons fait.

À lui tout honneur et toute gloire, ce soir… et pour les siècles des siècles! Amen!»

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6; Tite, 2, 11-14; Luc 2, 1-14

Homélie du 18 décembre 2011

Prédicateur : Chanoine Claude Ducarroz
Date : 18 décembre 2011
Lieu : Institut Sainte-Ursule, Fribourg
Type : radio

Il y a des rendez-vous qu’on ne peut manquer. Par exemple, à l’approche de Noël, le rendez-vous avec Marie, la mère de Jésus. Car au cours de la nuit de Noël, que virent donc les bergers ? « Ils découvrirent Marie avec le nouveau-né ». Ils sont donc inséparables.

L’Eglise aujourd’hui nous propose de remonter, une fois de plus, au commencement. Attention ! le voyage est insolite, et même parfois déconcertant, typiquement à la manière du Dieu des surprises.

N’allons pas à Jérusalem, la grande ville royale. Non. Prenons la route d’une petite bourgade de Galilée, dont on disait alors que rien de bon ne pouvait sortir d’elle.

Et là, entrons dans une modeste demeure, comme les autres. Une jeune fille habite ici. Elle est belle sans doute, car elle est jeune. Mais attention : déjà promise en mariage à un homme du même village, Joseph l’artisan charpentier. Pas de quoi en faire toute une histoire, me direz-vous.

Et soudain, c’est le coup de foudre, le coup de foudre de Dieu pour notre humanité, l’irruption du divin amoureux dans notre condition de misère. Un messager de Dieu entre, non sans surprendre la jeune fille qui est l’objet de la grâce divine. « Je te salue, comblée de grâces… » Marie ne s’attendait pas à une telle déclaration d’amour. Elle en est toute bouleversée, mais sans perdre son sang froid. Car elle demeure assez lucide pour poser des questions, intelligentes même.

Heureusement, le Dieu qui l’étonne jusque dans ses profondeurs de femme n’est pas du genre violent. Au contraire, il est tout en délicatesse, en respect. Le projet d’alliance de Dieu avec l’humanité doit se nouer en elle, tel est le souhait de Dieu sollicitant sa liberté. Oui, Dieu veut devenir plus qu’une parole dans son esprit, mieux qu’un bon sentiment dans son cœur. Dieu veut se faire quelqu’un jusque dans sa chair de femme afin d’être parmi nous, pour la première et dernière fois, l’un de nous, comme nous, au milieu de nous, pour nous. « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils. »

Et ensuite, tout explose dans le mystère. Car c’est la puissance de l’Esprit-Saint qui la prendra sous son ombre ». Et que sera cet enfant, fils de sa chair et pourtant pas tout à fait comme les autres ? « Il sera le Fils du Très-Haut, oui, le Fils de Dieu. »

Marie aurait pu s’effondrer devant des annonces et des promesses si déconcertantes, qui la conduisent à l’orée du mystère même de Dieu, bien au-delà des espérances d’Israël qu’elle partageait sans doute dans sa foi simple et profonde. Mais elle reste debout dans sa dignité, avec toute sa personnalité de femme et de croyante : « Comment ? je suis vierge ». Admirable réalisme d’une fille du peuple qui sait ce qu’elle est et veut aussi comprendre, autant que possible, même avec un ange, même avec Dieu.

Alors l’ange lui donne un signe, encore tout féminin. Sa cousine Elisabeth est enceinte, elle aussi, mais dans sa vieillesse, elle la femme qu’on appelait stérile. Alors la conclusion s’impose : « Rien n’est impossible à Dieu ».

Maintenant Marie s’incline, pas comme une vaincue par la religion, pas comme une humiliée par son Dieu, mais comme une petite servante invitée délicatement à l’extrême confiance, parce que ce Dieu-là est Amour. Un souffle de Dieu l’a effleurée en la touchant comme une subtile respiration d’en-haut. Dieu lui fait un cadeau dont elle ne mesure sans doute pas encore qu’il va changer le cours de l’histoire universelle, sauver toute l’humanité, bouleverser le cosmos, renouveler la face de la terre et des cieux.

Elle est là, toute petite devant une si grande nouvelle, émue par son Dieu qui l’interpelle et l’inspire. Elle lâche prise dans un immense abandon par liberté, ce qu’on appelle la foi : « Je suis la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Et commence en elle une vie inédite ; elle est comblée par une nouvelle présence, charnelle et spirituelle à la fois ; elle est la mère du Seigneur, elle est la maman de Jésus, le Sauveur du monde. « Car le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ». Chair en elle d’abord, en croissance durant neuf mois, parce qu’il voulut naître d’une femme. Parmi nous, parce qu’il est venu pour nous, de Noël à Pâques, en passant par la croix. Et depuis ce jour-là, à Nazareth de Galilée, grâce à la féminine collaboration de Marie, la petite servante du Seigneur, Jésus demeure chaque jour avec nous, comme il nous l’a promis, jusqu’à la fin des temps.

C’est la messe. Nous allons communier. Certains parmi vous ne savent pas ce qu’est l’eucharistie…ou l’ont peut-être oublié. Je pense aussi à vous qui souvent ne pouvez pas communier parce que vous êtes malades, handicapés, âgés, mais qui espérez sûrement recevoir la communion à l’occasion de Noël, peut-être grâce à un ou une ministre laïc.

Communier, c’est participer au mystère de l’annonciation, de l’incarnation. C’est accueillir le Christ, y compris avec son corps emmailloté de pain, dans notre vie béante, telle qu’elle est, avec ses ombres et ses lumières. Si Marie fut le premier tabernacle du Verbe incarné, nous pouvons devenir des réceptacles de celui qui est à la fois le fils de Marie et le fils de Dieu. Prenez, mangez…

Le corps à corps eucharistique est une merveilleuse communion d’amour. Un peu comme Marie. L’eucharistie, la messe : c’est Noël tous les jours.»

Lectures bibliques : 2 Samuel 7, 1-5. 8-16; Romains 16, 25-27; Luc 1, 26-38

Homélie du 11 décembre 2011

Prédicateur : Chanoine Claude Ducarroz
Date : 11 décembre 2011
Lieu : Institut Sainte-Ursule, Fribourg
Type : radio

3e dimanche de l’Avent

Tiens, le revoilà. Revoilà Jean-Baptiste. Il était entré dans la liturgie de dimanche dernier par la porte de Marc. Le voilà qui revient par la porte de Jean, l’incontournable Jean-Baptiste.

C’est qu’il n’est pas n’importe qui, ce prédicateur vêtu de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins et son menu quotidien de sauterelles et de miel sauvage.

Pas n’importe qui, selon ce que Jésus lui-même a dit de lui : « Plus qu’un prophète » (Lc 7,26), le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme (Cf. Mt 11,11), « l’ami de l’époux » (Jn 3,29). Un grand monsieur de l’Evangile puisqu’il fut « envoyé par Dieu pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui » (Jn 1,6-7).

Et pourtant aujourd’hui, à l’écouter lui-même en personne, il ne veut surtout pas qu’on le prenne pour un autre. Il est d’abord l’homme des « non ». Ni le Messie, ni Elie, ni le grand prophète. S’il vous plaît : pas de malentendu à son sujet !

Une petite phrase explique à la fois cette touchante humilité et son immense autorité : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Jean-Baptiste, c’est l’homme qui n’existe que par et pour un autre qui est plus grand que lui. Il se fait tout petit devant lui puisqu’il « n’est même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Mais il est pourtant utile et même nécessaire parce qu’il doit aplanir les chemins devant lui et rendre témoignage à la Lumière venue chez les siens. Tel est le rôle de ce précurseur : ouvrir la route qui mène au Christ, le désigner aux yeux de celles et ceux qui attendaient le Messie et s’effacer devant lui. Car il faut, pour que Jésus grandisse, que son précurseur diminue, jusqu’à conduire ses disciples au seul vrai maître, jusqu’au martyre même. C’est bel et bien ce qu’a fait Jean-Baptiste, le grand témoin de Jésus le Christ.

Comment ne pas reconnaître dans cette figure exceptionnelle, mise en évidence durant ce temps de l’Avent, la mission de l’Eglise, aujourd’hui encore ? On cherche des Jean-Baptiste pour notre temps, et pourquoi ne serait-ce pas toi, moi, nous ?

Après deux mille ans d’évangélisation et de témoignage, Jésus n’est-il pas encore, et même de plus en plus chez nous, ce quelqu’un qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas, le plus souvent parce que nous l’avons oublié ?

Il se tient là, certes, avec sa parole en écho par l’Eglise dans le brouhaha du monde. Il est bien au milieu de nous avec les signes de sa présence grâce aux sacrements. Discret jusqu’au silence, il palpite pourtant au cœur de celles et ceux qui, à commencer par les pauvres et les malheureux, attendent un geste de solidarité pour se sentir et se savoir aimés par l’Amour majuscule. Depuis le matin de Pâques et grâce à l’Esprit de Pentecôte, le Seigneur Jésus marche sur les sentiers de notre humanité comme un divin passant qui frappe délicatement aux portes de nos consciences et de nos cœurs, en espérance d’invitation et d’ouverture pour partager son repas de fête avec nous, chez nous.

Jésus ne manque jamais. Mais peut-être les Jean-Baptiste manquent-ils aujourd’hui. Il est temps que l’Eglise -je veux dire tous les chrétiens, et donc chacun de nous- retrouve le dynamisme de Jean-Baptiste qui accomplit sa mission en toute humilité certes, mais aussi avec un engagement total, jusqu’au don de sa vie pour Jésus, lui le chemin, la vérité et la vie.

Noël approche. Malgré la crise, qui devrait pourtant nous faire réfléchir et nous ramener à des valeurs plus humaines, nous voyons que s’étale le matérialisme d’une société obsédée par le profit et les plaisirs égoïstes, tandis qu’ailleurs, dans le village mondial d’à côté, des hommes, des femmes, des enfants crèvent de misère jusqu’à mourir de faim, de solitude, de désespoir.

Que dirait Jean-Baptiste dans ce contexte ? Où sont les Jean-Baptiste d’aujourd’hui ? C’est à l’Eglise, aux Eglises, de relever le défi. C’est à nous, les envoyés de Dieu par le baptême dans l’Esprit, de devenir ou redevenir témoins de celui qui se tient anonyme au milieu de nous, le Sauveur du monde.

Il est la Parole. Il a besoin de porte-parole qui proclament son Evangile comme une bonne nouvelle de libération. Il est le Pain et le Vin à partager dans la foi. Il attend de nous que nous soyons certes des célébrants de l’eucharistie, mais d’abord des invitants chaleureux à la table où il se donne encore pour la multitude. Il est l’ami des pauvres, des petits, des pécheurs. Il compte sur nous pour démontrer à nos contemporains que la joie consiste en la simplicité de vie, en la satisfaction d’être solidaires et miséricordieux, dans le bonheur d’être ensemble, notamment à Noël, plutôt que dans l’illusion d’avoir beaucoup, et si possible plus que les autres.

Jean-Baptiste : le précurseur du Messie Jésus, mais aussi le précurseur de l’Eglise, l’indicateur de sa mission, l’incitateur à mettre en pratique l’Evangile, le prophète du renouveau de nos communautés chrétiennes.

Tout cela s’est passé à Béthanie de Transjordanie, là où Jean baptisait.

Tout cela peut se passer aujourd’hui, là où nous vivons, en Eglise d’Avent, parce que nous sommes les Jean-Baptiste de notre temps.»

Lectures bibliques : Isaïe, 61, 1-2, 10-11; 1 Thessaloniciens 5, 16-24; Jean 1, 6-8, 19-28

Homélie du 11 décembre 2011

Prédicateur : Abbé Hugo Gehring
Date : 11 décembre 2011
Lieu : Eglise Saints Pierre et Paul, Winterthur
Type : tv

3e dimanche de l’Avent

Nous rêvons tous la nuit – plusieurs fois même. La plupart du temps, on ne se souvient pas de ses rêves. Mais parfois on se réveille avec une image d’un rêve encore très présente. Il y a des rêves terribles où on est content de savoir qu’ils ne sont pas réels et que ce sont des cauchemars. Mais il y a aussi des rêves merveilleux et on est déçu de constater qu’ils ne sont pas vrais quand on se réveille. Dans ces rêves, tout est plus beau que la réalité.

Des fois on rêve aussi les yeux ouverts – et ça c’est un vrai cadeau : ne pas être confronté à ce qui est mais pouvoir se plonger dans un monde de fantaisie.

Un tel rêve en plein jour, c’est ce qu’a eu le prophète Isaie. Il a vu avec ses yeux intérieurs un lieu où existe la paix : où le loup et l’agneau, le veau et le lion, l’enfant et serpent sont ensemble, personne ne fait de mal.

Mais cela, évidemment, ce n’est pas possible. En tout cas pas dans notre monde, seulement dans un monde de rêve.

Je crois cependant que chaque être humain rêve à l’intérieur de lui-même d’un vivre ensemble en paix. Mais malheureusement, nous avons peine à le concrétiser – le mal et l’injustice continuent d’exister encore et toujours, tout comme les disputes et les guerres.

L’histoire du petit loup nous présente aussi une situation de rêve : au final, ils font une belle fête tous ensemble. Pourtant cette histoire commence pas un cauchemar épouvantable. Un des loups est exclu de la meute et ne va plus jamais en faire partie, il se retrouve tout seul, frigorifié et sans aide. C’est hélas ce qui se passe souvent dans notre monde : l’un est exclu, l’autre est repoussé. Même parmi les enfants.

C’est pourquoi, il existe avant la fête de Noël – une fête qui nous permet de rêver de belles choses – c’est le temps de l’avent, qui nous prépare à la fête.

Pour que le rêve de paix à Noël puisse vraiment se réaliser, nous devons nous efforcer de n’exclure personne ou de réintégrer celles et ceux qui ont été mis de côté ; pour qu’ainsi soit banni tout ce qui fait mal.

Les gens dans notre histoire ont d’abord dû découvrir que ce n’était pas juste de rejeter le petit loup. Ensuite, ils ont dû s’efforcer de le retrouver. C’est seulement après cette expérience que la fête fut formidable.

Vous avez chanté au tout début de cette célébration « Nous sommes tous ensemble et toi Dieu tu es avec nous »

C’était beau ! Mais ça l’est plus encore quand nous entreprenons quelque chose pour que nous soyons ensemble tous unis parce que nous n’avons laissé personne en dehors de notre cercle ou alors que nous sommes allés rechercher celui ou celle qui avait été écarté.

C’est tellement bien quand on invite chez soi à Noël des personnes qui, autrement, auraient été seules. La fête prend alors un autre goût. Elle est encore plus réussie et ainsi au moins durant un instant un de nos rêves devient réel : le rêve de la paix.»

Lectures bibliques : Isaïe, 61, 1-2, 10-11; 1 Thessaloniciens 5, 16-24; Jean 1, 6-8, 19-28

Homélie du 04 décembre 2011

Prédicateur : Chanoine Claude Ducarroz
Date : 04 décembre 2011
Lieu : Institut Sainte-Ursule, Fribourg
Type : radio

2e dimanche de l’Avent

Un petit conseil gratuit pour votre mode d’hiver : une robe en poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. Et voici pour le menu de fête : un plat de sauterelles et du miel sauvage. Bon appétit !

La recette n’est pas de moi, mais de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche.

Après avoir annoncé en une courte phrase « la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu », l’évangéliste Marc pointe aussitôt sur Jean le Baptiste, le précurseur du Seigneur.

C’est pourtant cette première phrase, très brève, qu’il nous faut d’abord méditer. Pour Marc, c’est un commencement, comme au livre de la Genèse, un commencement qui conditionne tout le reste. Il y a vraiment du nouveau, du neuf, de l’originel. Et c’est une bonne nouvelle, de quoi réjouir le cœur, dilater l’esprit et même apaiser le corps. Car ce n’est pas une belle idée, même pas une déclaration d’amour. C’est quelqu’un, de chair, de cœur et d’esprit : Jésus de Nazareth, le Christ, donc le Messie et en même temps le Fils de Dieu.

Durant ce temps d’Avent, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas déjà qui est au cœur cette Bonne Nouvelle.

Certes, il nous est proposé de re-parcourir l’itinéraire du peuple hébreu en espérance du Messie puisque Marc mélange aussitôt des citations de l’Exode et des prophètes Malachie et Isaïe. Certes, il nous faut nous laisser entraîner par Jean-Baptiste depuis le désert jusqu’au bord du Jourdain et entrer dans la dynamique exigeante d’une véritable conversion, en reconnaissant nos péchés.

Certes la simplicité de vie, la pauvreté des moyens et la frugalité des plaisirs entrent dans cette phase de préparation intérieure, tout le contraire de ce que nous proposent les pubs matérialistes qui nous envahissent et nous suffoquent.

Mais si l’Avent est en effet le temps d’une espérance, nous savons déjà en qui nous avons mis notre espérance. Celui que nous attendons est déjà venu, nous n’ignorons pas entièrement celui qui vient. Jean-Baptiste, qui attendait le Messie en même temps qu’il voyait le Christ venir à lui pour le baptême, pouvait déjà s’écrier : « Voici venir derrière moi celui qui est plus grand que moi. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint ».

Telle est la spiritualité un brin paradoxale de ce temps de l’Avent : nous ne pouvons pas faire semblant d’attendre un inconnu, un anonyme, un absent. Baptisés dans l’eau et l’Esprit, nous sommes à la fois des enfants de Noël et des fils et filles de Pâque. Nous nous souvenons de sa venue, dans le sein d’une humble servante et dans la misère de la crèche. Mais nous vivons actuellement de cet Esprit qu’il nous a donné en abondance dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, en attendant son retour dans la gloire.

Alors quel devrait être notre « état d’Esprit » durant ces semaines d’Avent ?

* La conversion, sur laquelle insiste tellement Jean-Baptiste, car nous n’en finirons jamais de nous préparer à recevoir en nous, toujours plus profondément, toujours plus intimement, celui qui est déjà venu et qui vient encore, à travers ses visites intérieures, lui qui frappe sans cesse à la porte de notre cœur, attendant patiemment que nous l’invitions librement à entrer pour partager le repas de fête avec nous.

* La conversion personnelle, certes, mais aussi l’évangélisation. Car si Jean-Baptiste eut un rôle important à jouer auprès du peuple en attente, alors que Jésus était pourtant déjà au milieu des siens, c’est que Jésus comptait sur lui pour « préparer à travers le désert le chemin du Seigneur, tracer dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. » Les Jean-Baptiste d’aujourd’hui, c’est nous, qui que nous soyons. Indignes de nous courber pour défaire la courroie des sandales de Jésus ? Jean-Baptiste le premier en avait conscience. Mais ça ne l’a pas empêché d’annoncer la Bonne Nouvelle du Messie et même de baptiser, y compris Jésus lui-même. Il savait qu’il avait à diminuer pour que Jésus grandisse, mais il n’a pas dé-missionné de sa mission : être le porte-voix du Seigneur Jésus, y compris en conduisant ses propres disciples vers lui. Exactement ce que sont appelés à faire les chrétiens dans ce monde où tant d’êtres humains ne connaissent pas encore leur Seigneur… ou l’ont déjà oublié.

*Enfin, l’apôtre Pierre nous rappelle que le chrétien est toujours en attente d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où résidera la justice. Nous savons que nous ne pouvons pas les réaliser pleinement ici-bas. N’empêche que nous pouvons et nous devons les préparer en rendant notre histoire humaine justement un peu plus humaine. Tous les engagements sociaux, politiques, économiques, culturels, écologiques qui vont dans le sens d’une plus grande fraternité sur cette terre déjà ont quelque chose à voir et à faire avec notre rôle de Jean-Baptiste et avec l’attente du monde nouveau dans le Royaume de Dieu.

L’Avent n’est pas le paradis des boutiques, mais le tremplin du Royaume de Dieu.»

Lectures bibliques : Isaïe, 40, 1-11; 2 Pierre 3, 8-14; Marc 1, 1-8

Homélie du 27 novembre 2011

Prédicateur : Chanoine Claude Ducarroz
Date : 27 novembre 2011
Lieu : Institut Sainte-Ursule, Fribourg
Type : radio

1er Avent

Vous connaissez. La petite lampe bleutée dans la chambre d’hôpital. On l’appelle « la veilleuse ». Elle éclaire assez pour chasser les angoissantes ténèbres de la nuit. Elle est aussi assez humble pour ne pas empêcher de dormir en paix.

Mais la veilleuse – la vraie -, c’est une personne, l’infirmière de la nuit, celle qu’on peut appeler à tout moment en cas de malaise ou de problème. Elle arrive, elle est là : ça va déjà mieux, n’est-ce pas ?

Dans l’évangile de ce premier dimanche de l’Avent, Jésus nous invite quatre fois à veiller. L’évangéliste Marc se place dans la perspective du retour du Seigneur, dont personne ne connaît ni le jour ni l’heure. Et les communautés chrétiennes auxquelles il s’adressait estimaient probablement que ce moment était proche, peut-être même imminent.

Une leçon demeure, quelle que soit la montre de notre histoire : le chrétien est un veilleur. Pas dans la panique anxieuse, mais dans la confiance sereine. Oui, parce qu’il sait d’abord que quelqu’un veille sur lui, jour et nuit, par amour.

Le grand veilleur, le premier, c’est Dieu lui-même. Et il veille sur nous, sur chacun de nous, fidèlement, amoureusement.

Il a veillé sur Israël tout au long de sa marche à travers l’immense désert (Cf. Deutéronome 2,7). « Tu as veillé sur mon souffle », dit Job au milieu de ses épreuves (10,12). Le psaume 66 étend la vigilance de Dieu à toute l’humanité : « Les yeux sur les nations, Dieu veille. » Psaume 66,7.

Oui, parce que nous sommes veillés par le Dieu d’amour, nous pouvons veiller à notre tour dans l’attente de sa venue. Nous sommes au chaud dans le nid de sa tendresse, selon cette magnifique profession de foi de Moïse juste avant sa mort : « Dieu est comme l’aigle qui veille sur sa couvée. Il plane au dessus de ses petits. Il déploie ses ailes et les porte sur son pennage. » Dt 32,11.

Alors notre veille devient une espérance, tout le contraire de la peur. Veiller, ce n’est plus une mauvaise insomnie, quand l’inquiétude nous empêche de fermer les yeux. Veiller, c’est savoir que quelqu’un est toujours là, vigilant, attentionné. Il vient toujours au moindre appel parce qu’il nous connaît et nous aime. Il fera tout pour nous sauver. Il nous donne les signes de sa proche venue, comme ces bruits apaisants dans le couloir quand s’approche la veilleuse.

L’Avent, c’est le temps de sa venue. Il est en route vers nous, le Sauveur du monde. Ecoute ! N’entends-tu pas ses pas dans le silence ? On appelle cela la méditation de sa parole. Tu sonnes à la porte de son cœur : donc tu pries. Ne perçois-tu pas l’écho de son approche ? L’Esprit remue en toi, avec ses désirs de bonté, la force de pardonner, la bienheureuse démangeaison de rendre service, la joie de faire des heureux autour de toi.

Et puis regarde : il vient, d’une certaine manière il est déjà là, puisque la table est mise. Il y a un couvert exprès pour toi. Il y a le pain, il y a le vin. Il y a une famille pour partager le repas: l’Eglise. Prends, mange : c’est moi, dit Jésus, c’est déjà moi, celui qui est, qui était et qui vient.

Tu es veillé. Pas surveillé comme le ferait un policier qui guette l’automobiliste en possible infraction. Non ! Tu es veillé par l’Amour majuscule, comme l’enfant dans son berceau, comme le malade dans son lit, comme la fiancée par celui qui l’aime, tendrement.

Et après, me direz-vous ? Il te reste une chose à faire : devenir toi-même veilleur, un veilleur pour d’autres. Car nul n’est autant veillé par Dieu son Père que celui qui devient un frère veilleur, une sœur veilleuse pour quelqu’un d’autre qui en a besoin, surtout en ce temps d’Avent.

L’apôtre Paul nous a dit que dans le Christ, « nous avons reçu toutes sortes de richesses, qu’aucun don spirituel ne nous manque, à nous qui attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ » (I Co 1,5 et 7).

Veillé, veilleurs, nous veillons sur les autres, avec la délicatesse de la charité, celle qui s’exprime, comme Marie, en services, en visites, en attention aux plus pauvres et malheureux. Celle qui s’engage aussi dans les combats pacifiques pour une société plus juste, plus fraternelle, plus humaine en somme.

Veiller avec le Christ, c’est le contraire de sommeiller dans son confort égoïste, dans sa bonne conscience narcotique, dans sa richesse matérielle ou culturelle.

Veiller, c’est faire comme Jésus maintenant à cette eucharistie : dresser la table, faire de la place aux autres, inviter largement, partager l’avoir et surtout l’être, et finalement expérimenter ce bonheur : « Heureux les invités au repas du Seigneur. »»

Lectures bibliques : Isaïe, 63, 16-19; 64, 2-7; 1 Corinthiens 1, 3-9; Marc 13, 33-37

Homélie du 20 novembre 2011

Prédicateur : Mgr Joseph Roduit
Date : 20 novembre 2011
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Fête du Christ, Roi de l’univers

Un Règne, de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix.

Bien chers frères et sœurs,

Chères auditrices, chers auditeurs,

Dans une chanson sur la tendresse, l’acteur Bourvil chantait : « Des princes et des princesses, il n’y a pas beaucoup. Non, non, non, il n’y en a pas beaucoup…. » On peut dire autant des rois ou des reines terrestres. Dès lors, est-il opportun de célébrer le Christ comme un Roi ?

Il importe ici de préciser qu’il s’agit bien du Royaume des cieux. Parmi les quatre évangélistes, Matthieu est bien celui qui parle le plus de royaume des cieux. Et il est le seul à présenter le Jugement dernier comme un tribunal royal.

Combien de tympans de cathédrales n’ont-ils pas représenté ce Jugement dernier dans leurs sculptures romanes et surtout gothiques! Aujourd’hui on ne voit guère d’artistes sculptant ou peignant une telle scène ! Ne risque-t-on pas dès lors d’oublier ce texte magistral de saint Matthieu et que le moyen âge gardait sous ses yeux ?

La séparation des brebis et des chèvres

Pourquoi Jésus prend-il comme exemple la séparation des brebis et des chèvres ? Un berger des déserts d’Israël, aujourd’hui encore, sépare les brebis des chèvres dans deux enclos différents, car les chèvres sont plus agitées et dérangent les moutons plus calmes durant la nuit.

Dès lors, Jésus va exploiter cette comparaison pour les humains. Il ne laisse pas de place pour le centre. Ou bien on est avec les élus et c’est le bonheur éternel ou bien on est réprouvé et c’est la damnation éternelle. Mais le jugement porte essentiellement sur l’amour du prochain, en commençant par les plus démunis.

La double interrogation

Le texte est bâti sur un parallélisme entre ceux qui ont fait le bien et ceux qui ne l’ont pas fait. Les questions sont claires et concrètes et gardent toute leur actualité aujourd’hui comme alors.

Les affamés et les assoiffés

A l’heure où on rappelle souvent que des millions de personnes, et surtout d’enfants, meurent de faim, à l’heure où on rappelle que l’exploitation abusive de l’eau prive des populations entières d’eau potable, ces textes interpellent fortement autant les états que les multinationales, les riches que les pauvres.

Dans notre Eglise, combien de fois les papes n’ont-ils pas écrit des textes qui sonnent comme des appels au secours des affamés et des assoiffés ! Notre monde qui ne parle que de croissance entendra-t-il ces appels, à la solidarité plus qu’au profit, au partage plus qu’au bénéfice, à la saine gestion plutôt qu’à l’exploitation des pays pauvres ?

Les malades et les prisonniers.

Et il n’y a pas que les affamés et les assoiffés. Jésus pose aussi la question des malades et des prisonniers.

Dieu merci, dans nos pays, les soins, – fort coûteux par ailleurs,- sont pris en charge par les institutions et prodigués avec attention. Mais qu’en est-il des pays moins favorisés ? De merveilleuses institutions médicales et sanitaires opèrent sur place et il importe de les aider.

Combien de prisonniers le sont aussi injustement par des gouvernements tout aussi injustes ! Là aussi on peut aider des institutions attentives à ces questions et qui parviennent à visiter des prisons, à diminuer la torture et même à libérer des prisonniers. Une carte signée peut libérer un prisonnier. Même une simple visite aux malades que chacun de nous peut faire, c’est déjà un geste bienfaisant. Une simple visite peut aussi soulager : le patient se sentira moins seul.

Les étrangers

Enfin, Jésus rappelle aussi le sort des étrangers. Combien de détresses à ce point de vue ! Les solutions de xénophobie qui se manifestent en Suisse comme ailleurs ne sont pas évangéliques.

Certes des lois sont nécessaires pour endiguer les flots de réfugiés, mais cela ne devrait pas empêcher d’être humains. Je connais personnellement des cas où l’application des lois suisses tiennent des méthodes fort réprouvées depuis la dernière guerre. Des policiers eux-mêmes sont mal à l’aise de devoir agir violemment tôt le matin et opérer de telles arrestations pour la simple raison qu’il s’agit d’étrangers !

L’aide internationale que nos gouvernements soustraient aux œuvres d’entraide sont autant de réfugiés économiques que l’on force à quitter leur propre pays devenu trop pauvre par des gouvernements injustes soutenus par des exploitations minières ou autres. Aujourd’hui même, le pape Benoît XVI interpelle depuis le Bénin où il adresse un message aux Africains.

Prédication, péroraison ?

Vous me direz qu’il n’est pas difficile de pérorer du haut de la chaire et que les problèmes sont bien plus complexes que leur simple énoncé. J’en conviens, mais je suis vivement interpellé par l’évangile et les textes de ce jour me dérangent. Je me dois cependant d’être la voix des sans voix, je dois être le cri muet de tant de pauvres.

Conclusion

Nous célébrons aujourd’hui le Christ, Roi de l’Univers. Son royaume est loin d’être établi dans nos cœurs et dans les réalités concrètes de notre monde. Aussi, dans notre prière, nous demanderons au Seigneur, dans la Préface tout à l’heure, d’établir une règne de vie et de vérité, de grâce et de sainteté, un règne d’amour de justice et de paix.

Ce règne ne viendra pas sans nous car Jésus s’est identifié aux plus petits de ses frères. Et c’est dans le cœur du pauvre, de l’affamé, du malade, du prisonnier et de l’étranger qu’il nous attend. Ne passons pas sans le voir ! Amen.»

Lectures bibliques : Ezékiel 34, 11-17; 1 Corinthiens 15, 20-28; Matthieu 25, 31-46