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'Fratelli tutti': les grandes figures qui ont inspiré le pape

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Nombreuses sont les figures présentes dans l’encyclique du pape François Fratelli Tutti : parmi elles, des pontifes, mais aussi des – futurs­ – saints tels que Charles de Foucauld, ou encore des non-catholiques tels que Martin Luther King, Desmond Tutu ou le Mahatma Gandhi.

Dès les premières lignes de son texte, le pape évoque la figure de saint François d’Assise qui l’a particulièrement inspiré. Et pour cause, le Poverello, qui «se sentait frère du soleil, de la mer et du vent, se savait encore davantage uni à ceux qui étaient de sa propre chair». «Il a semé la paix partout et côtoyé les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les derniers».

Mais dans ce cadre de réflexion sur la fraternité universelle, le pontife s’est également senti «stimulé» par «d’autres frères qui ne sont pas catholiques»: il cite ainsi le Mahatma Gandhi, père de la protestation non violente en Inde, mais aussi Martin Luther King, pasteur baptiste et militant non-violent afro-américain pour le mouvement des droits civiques des noirs américains aux Etats-Unis.

Comme un écho au fameux «I have a dream», prononcé par ce dernier, le pape introduit cette encyclique par une invitation à rêver: «Rêvons en tant qu’une seule et même humanité, comme des voyageurs partageant la même chair humaine, comme des enfants de cette même terre qui nous abrite tous, chacun avec la richesse de sa foi ou de ses convictions, chacun avec sa propre voix, tous frères.»

Le pontife mentionne encore parmi ses inspirateurs, Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain, prix Nobel de la paix en 1984 et auteur de la théologie ubuntu de la réconciliation.

Le «frère de tous»

Le successeur de Pierre conclut sur une autre figure qui de fait prend une place majeure dans ce nouveau texte: Charles de Foucauld. Cette figure à «la foi profonde», «grâce à son expérience intense de Dieu, a fait un cheminement de transformation jusqu’à se sentir le frère de tous les hommes et femmes», estime l’évêque de Rome.

L’ermite français de Tamanrasset, qui doit être canonisé prochainement, a «orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain», écrit le chef de l’Église catholique. «C’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous», lance-t-il.

« La vie, c’est l’art de la rencontre »

Autre mention, plus insolite cette fois, celle du diplomate, poète et compositeur brésilien Vinicius de Moraes. Le pontife cite la chanson Samba de la bendición: «La vie, c’est l’art de la rencontre, même s’il y a tant de désaccords dans la vie». Le pape appuie ainsi son idée selon laquelle il faut adopter «un style de vie visant à façonner ce polyèdre aux multiples facettes, aux très nombreux côtés, mais formant ensemble une unité pleine de nuances.»

Parmi ses autres références, le pape François s’appuie encore sur le Français Gabriel Marcel, philosophe, dramaturge, critique littéraire et musicien, représentatif de l’existentialisme chrétien. Un être humain, écrit le pape François, «ne peut même pas parvenir à reconnaître à fond sa propre vérité si ce n’est dans la rencontre avec les autres». «Je ne communique effectivement avec moi-même que dans la mesure où je communique avec l’autre», ajoute-t-il citant ici Gabriel Marcel.

«Cela explique pourquoi personne ne peut expérimenter ce que vaut la vie sans des visages concrets à aimer. Il y a là, conclut le pontife, un secret de l’existence humaine authentique». (cath.ch/imedia/ah/mp)

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Le bienheureux Charles de Foucauld en 1915

La fraternité universelle «qui s’étend au-delà des frontières a pour fondement ce que nous appelons 'l’amitié sociale’», déclare le pape François dans son encyclique Fratelli tutti – tous frères, en italien – signée à Assise le 3 octobre 2020 et publiée le 4 octobre. Selon lui, c’est en articulant cet «amour universel» et la reconnaissance de «chaque être humain comme un frère ou une sœur» qu’il est «possible d’accepter le défi de rêver et de penser à une autre humanité».

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