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«La collaboration homme-femme est essentielle au sein de l’Eglise» 5/6

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Présidente du Conseil synodal de l’Eglise catholique dans le canton de Zurich, Franziska Driessen-Reding est à la barre de la plus grande institution ecclésiale de droit public helvétique. Une responsabilité qu’elle n’envisage pas d’exercer en solitaire. Selon elle, le partage du pouvoir est en effet essentiel en Eglise.

Davide Pesenti

«Les hommes et les femmes autour de Jésus ont tout partagé. Le pouvoir également. J’aime que les hommes et les femmes, ensemble, débattent des problèmes et échangent sur les questions qui animent notre Église. Pour moi, c’est essentiel», lance Franziska Driessen-Reding, la présidente du Conseil synodal de l’Église cantonale de Zurich.

Combative et engagée, elle est à la tête de l’exécutif l’Eglise cantonale zurichoise depuis septembre 2018. Elle nous reçoit avec un grand sourire dans son lumineux bureau au Centre 66, le quartier général de l’Eglise catholique, en plein centre-ville sur la Limmat.

Franziska Driessen-Reding n’en doute pas: il est essentiel que les hommes et les femmes travaillent ensemble à l’avenir de l’Eglise catholique. Et ceci, à tous les niveaux. La forme de distribution du pouvoir qu’elle envisage et prône s’inspire directement des récits bibliques.

Au nom de la complémentarité

Cette aspiration personnelle n’est pas toujours facile à réaliser. «Dans mon activité professionnelle, j’ai parfois l’impression que certains membres du clergé ont peur des femmes. Ou bien, qu’ils ne savent pas comment travailler avec les femmes. Parfois, c’est une situation difficile à gérer. Je n’en connais pas les raisons. Sinon, je m’engagerais personnellement pour changer cela».

Parmi ses collègues, le vice-président du Conseil synodal, Daniel Otth, partage la nécessité d’une complémentarité hommes-femmes dans la gestion de la vie ecclésiale.

«Du point de vue professionnel, cela ne change absolument rien, si le président est un homme ou une femme. C’est la personnalité qui fait la différence! Les femmes et les hommes ont cependant une façon différente de penser et de travailler», admet Daniel Otth. Il estime que la combinaison de l’approche plus émotionnelle des femmes et celle plus structurée des hommes, crée des synergies très importantes pour un service collégial.

«Du point de vue professionnel, cela ne change absolument rien, si le président est un homme ou une femme. C’est la personnalité qui fait la différence!»

Daniel Otth, vice-président du Conseil synodal zurichois

Equilibre homme-femme représentatif

«Travailler avec elle, c’est une grande richesse pour moi. Sans oublier le fait que, grâce à une femme présidente, une bonne moitié des membres de l’Eglise est aussi représentée au sein de notre Conseil».

Un équilibre entre hommes et hommes qui ne se reflète toutefois pas seulement dans le Conseil synodal, où siègent trois femmes, mais aussi dans le Synode, dont plus de la moitié de ses membres sont des femmes.

Un système dual unique au monde

Assise à son bureau donnant sur la Predigerkirche et l’Uetliberg, la présidente du Conseil synodal zurichois rappelle que les droits limités accordés aux femmes ne soit pas qu’un souci typiquement helvétique.

«Le problème est le même partout. Mais en Suisse, grâce à notre système dual unique au monde, les femmes peuvent souvent prendre part au pouvoir, autant que les hommes», se réjouit Franziska Driessen-Reding.

Les responsabilités du Conseil exécutif qu’elle dirige avec engagement se limitent essentiellement à des questions d’ordre budgétaire. Mais cela n’enlève rien de l’empreinte qu’elle peut donner à la vie ecclésiale cantonale.

Un budget de 60 millions

«Certes, je ne peux pas décider de nos dépenses seule, précise la zurichoise. Mais quand les responsables de la pastorale ont une idée ou un projet, c’est à nous de dire si nous avons le budget à disposition et donc de consentir à sa réalisation. Ici à Zurich, nous sommes appelés à gérer un budget de 60 millions de francs par an. Si d’une part notre marge de manœuvre demeure restreinte, d’autre part, lorsqu’on parle d’une telle somme, notre pouvoir n’est finalement pas si limité…»

Une séparation de compétences entre évêché et Eglise cantonale dont la présidente du Conseil synodale zurichois est bien consciente.

«Au-delà de mes compétences financières, sur les grandes questions d’Eglise, comme la situation des femmes ou des homosexuels, le célibat des prêtres ou les critères pour d’admission à l’ordination, je n’ai rien à décider! Ou bien, je peux mentionner mon opinion, mais il ne faut pas qu’on m’entende. Car c’est du domaine pastoral», explique Franziska Driessen-Reding.  

Pionnière?

La première femme à la tête d’une institution ecclésiale cantonale confirme que son rôle institutionnel peut contribuer à encourager une plus grande présence des femmes dans l’Eglise.

«Il se peut qu’il y ait des femmes qui soient restées dans l’Eglise en voyant que l’une d’entre elles assure la présidence.»

Franziska Driessen-Reding, présidente du Conseil synodal zurichois

«Depuis mon élection, j’ai réalisé qu’être présidente va bien au-delà de mes tâches quotidiennes. Les gens attendent de moi que je m’engage davantage pour les droits des femmes».

Un engagement qui dépasse les frontières ecclésiales. «Il se peut qu’il y ait des femmes qui soient restées dans l’Eglise en voyant que l’une d’entre elles assure la présidence. Mais ma charge au sein de l’exécutif n’est pas très différente de celle d’une syndique d’une petite ville et du travail au sein d’une municipalité. Ce qui me caractérise est mon lien ecclésial. Toutefois, dans mon rôle institutionnel, je suis plutôt perçue comme responsable d’une instance politique avec ses règles propres. Dans un tel cadre institutionnel, le fait que je sois une femme, ne surprend pas vraiment».

Voix au chapitre

Depuis la grève des femmes, le mouvement de revendication s’est renforcé également en Suisse alémanique, en particulier à travers la création de différents réseaux de femmes, comme «Voice of Faith» ou la «Junia-Initiative». Des revendications que Franziska Driessen-Reding partage pleinement.

«Je m’engage pour un débat ouvert au sujet de l’avenir de notre Eglise, à l’image du ›Chemin synodal’ allemand. Une discussion, à laquelle tout le monde peut participer, sans devoir craindre de perdre son emploi dans l’Eglise catholique. Je veux être à cette table». Ce n’est pas un rêve, ni une intimidation C’est une proposition de solution. (cath/dp)

Revendications et nominations de femmes à des postes de responsabilité durant les derniers 12 mois

        
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Franziska Driessen-Reding, présidente du Conseil synodal catholique zurichois | © www.zhkath.ch

L'Eglise et le pouvoir des femmes

La “vague violette” du 14 juin 2019 ne s’est pas arrêtée aux portes de l’Eglise. Et au cours des douze derniers mois, les revendications d’égalité se sont intensifiées au sein de l’institution. Depuis, les nominations à des postes de responsabilité se sont succédé en Suisse comme dans le monde entier.

Une série proposée par Davide Pesenti

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