Le pape François est conscient que la lutte contre la pédophilie est un combat long et éprouvant | © Wikimedia Commons
Dossier

Rapport Sauvé: retour sur la gestion des abus sexuels par François

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À la veille de la publication du rapport Sauvé, rertour en quinze dates sur la gestion de la crise des abus dans l’Église par le pape François depuis son élection, en 2013.

I.MEDIA

22 mars 2014 – Le pape François institue une commission pontificale pour la protection des mineurs

Près d’un an après son élection, le pape François met en place une commission chargée de lui proposer «les initiatives les plus opportunes pour la protection des mineurs et des adultes vulnérables, afin de réaliser tout ce qui est possible pour assurer que des crimes comme ceux qui ont eu lieu ne se répètent plus dans l’Église». Présidée par le cardinal américain Sean O’Malley, elle se compose de spécialistes – laïcs, clercs ou religieux – sur les questions d’abus sur mineurs qui viennent de divers pays du monde. Marie Collins, victime d’un prêtre pédophile et porte-parole de nombreuses victimes avait intégré la commission avant de la quitter, faisant valoir sa «frustration compte-tenu du manque de coopération d’autres bureaux de la Curie».

11 avril 2014 – Première demande publique de pardon du pape François

Trois semaines plus tard, le pape François prononce pour la première fois publiquement une demande de pardon aux victimes d’abus sexuels dans l’Église. «Devant Dieu et devant son peuple, j’exprime ma douleur pour les péchés et les graves crimes d’abus commis par le clergé contre vous, et je demande humblement pardon». Recevant des membres du Bureau catholique international de l’enfance (BICE), il demande des sanctions «très sévères» contre ceux qui se sont rendus coupables de viols sur des enfants. Quelques semaines plus tard, le 17 juillet 2014, il reçoit au Vatican un groupe de victimes de prêtres pédophiles.

27 septembre 2015 – Le pape rencontre des victimes aux États-Unis

«Je suis profondément attristé, car votre innocence a été violée par ceux en qui vous aviez confiance», déclare le pape François lors d’une rencontre avec des victimes d’abus sexuels à Philadelphie, à l’occasion de son voyage aux États-Unis.  «Je regrette profondément que certains évêques n’aient pas assumé leur responsabilité de protéger les mineurs», se désole-t-il, leur assurant: «Sachez que le Saint-Père vous écoute et vous croit».

4 juin 2016 – Le pape permet la révocation des évêques coupables de négligences

Par une nouvelle loi, le pape François autorise la démission des évêques qui auraient fait preuve de négligences dans la gestion d’affaires d’abus sexuels sur mineurs. Il rappelle que les évêques doivent déployer «une particulière diligence dans la protection de ceux qui sont les plus faibles parmi les personnes confiées à eux». En cas d’indices sérieux, Rome peut ouvrir une enquête et donne la possibilité à l’évêque de se défendre.

8 avril 2018 – Le pape reconnaît s’être trompé dans l’évaluation de la crise des abus au Chili

«J’ai commis de graves erreurs dans l’évaluation et la perception de la situation», confie le pape dans une lettre aux évêques chiliens – qui présenteront tous leur démission quelques mois plus tard. Au cours de son voyage au Chili, en janvier 2018, le pontife avait défendu Mgr Juan Barros, un évêque soupçonné d’avoir couvert un prêtre pédophile. Le pape l’avait nommé en 2015 à la tête du diocèse d’Osorno, dans le sud du pays, provoquant déjà de vives critiques. Après s’être excusé, il avait demandé un rapport d’enquête. C’est à sa lecture qu’il s’est dit «submergé par la douleur», évoquant des «vies crucifiées».

Mgr Juan Barros Madrid a été nommé évêque d’Orsono en 2015, malgré les contestations locales. © iglesia.cl

20 août 2018 – Publication de la «Lettre du pape François au peuple de Dieu»

Quelques jours après des révélations accablantes dans le diocèse de Pittsburgh (États-Unis), le pontife argentin publie une Lettre au peuple de Dieu consacrée au fléau des abus sexuels dans l’Église. Il désigne le cléricalisme comme une cause majeure de la crise des abus et appelle les catholiques au jeûne et à la prière. Une semaine plus tard, lors d’un voyage en Irlande, il demande pardon aux personnes ayant été victimes d’abus sexuels.

21 février 2019 – Ouverture du sommet sur les abus sur mineurs

À l’initiative du pape, 190 participants venus de tous les continents – présidents de conférences épiscopales, chefs des Églises catholiques orientales, supérieurs de congrégations religieuses et prélats de la Curie romaine – se réunissent au Vatican pour mener une «bataille totale» contre les abus sexuels dans l’Église. Ce sommet historique – où des victimes ont pu livrer des témoignages glaçants – ne débouche pas immédiatement sur des annonces concrètes mais dresse des perspectives à mettre en œuvre.

 9 mai 2019 – Le pape rend obligatoire la dénonciation des abus et responsabilise les évêques

Par le motu proprio Vos estis lux mundi, tous les clercs et religieux sont obligés de dénoncer à l’autorité religieuse supérieure les abus dont ils auraient connaissance, et ce sans délai. Parmi les autres mesures figure l’obligation pour chaque diocèse du monde de mettre en place un ou des «dispositifs stables et facilement accessibles» afin de permettre le signalement d’abus sexuels sur mineurs.

Un an après la publication du motu proprio, un évêque américain, accusé d’avoir couvert des abus entre 2013 et 2015, démissionne, après une enquête régie par Vos estis lux mundi. D’autres suivront, parmi lesquels plusieurs prélats polonais.

17 décembre 2019 – Le pape abolit le secret pontifical couvrant les procédures en matière de pédo-criminalité

Le pape François abolit le secret pontifical en matière de violences sexuelles commises par des clercs sur des mineurs, des personnes vulnérables ou placées sous leur autorité. Les procès canoniques étaient jusqu’alors couverts par le secret absolu, y compris vis-à-vis des victimes qui ne sont entendues que comme témoins. Ce degré très haut de confidentialité a été critiqué à plusieurs reprises lors du sommet sur la protection des mineurs, réuni quelques mois plus tôt. Le pape demande par ailleurs une collaboration renforcée avec les tribunaux civils.

28 février 2020 – Mise en place d’une task-force contre les abus

Un an après le sommet sur les abus, le Vatican met en place un groupe de travail formé d’experts pour aider les conférences épiscopales et instituts religieux à élaborer ou mettre à jour des lignes directrices en matière de protection des mineurs.

16 juillet 2020 – Publication d’un manuel pour lutter contre les abus

Autre fruit du sommet sur les abus, la Congrégation pour la doctrine de la foi publie un vademecum ayant pour objectif d’«accompagner et guider pas à pas quiconque doit chercher la vérité» face à un cas d’abus de mineurs. Non normatif, le texte de 17 pages est à la disposition des évêques, des supérieurs religieux, des tribunaux ecclésiastiques, des juristes et des responsables des centres d’écoute mis en place par les conférences épiscopales.  Il vise à clarifier la législation du Saint-Siège afin de permettre aux différents responsables de réagir adéquatement s’ils viennent à devoir gérer une situation d’abus.

10 novembre 2020 – Publication du rapport McCarrick

Le pape François avait demandé en 2018 de faire la lumière sur la manière dont l’ex-cardinal McCarrick avait pu gravir les échelons dans l’Église catholique sans jamais être inquiété malgré de nombreux abus commis. Deux ans plus tard, le »rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)» est rendu public.

Le cardinal Mc Carrick entre le président George W. Bush, et John Roberts, président de la Cour suprême des Etats-Unis, en octobre 2005, à Washington | © AP Pablo Martinez Monsivais

Épais de 445 pages, ce document inédit retrace, depuis le pontificat de Paul VI, la façon dont l’ancien haut prélat américain a brillamment évolué dans la hiérarchie de l’Église malgré les allégations d’abus sexuels qui pesaient sur lui. On y apprend notamment que Jean Paul II avait bien été informé officiellement de soupçons importants à l’encontre de McCarrick par une lettre du cardinal O’Connor, archevêque de New York, en 1999. Pourtant, un an plus tard, celui qui s’appelait encore Mgr McCarrick était nommé archevêque de Washington puis élevé au rang de cardinal.

23 mai 2021 – Le pape durcit le Droit canon

Le pape François opère une révision majeure d’un chapitre du Code de droit canon portant sur les sanctions graves. Elle vise à adapter le droit de l’Église au monde contemporain et à rééquilibrer le rapport entre justice et miséricorde «qui a parfois été mal interprété», entrainant un climat de «laxisme». Les abus sur une personne mineure sont désormais clairement inscrits dans le code.

10 juin 2021 – Le pape refuse la démission du cardinal Marx

«Toute l’Église est en crise à cause du problème des abus», affirme le pape François dans une lettre de trois pages adressée au cardinal Reinhard Marx , le 10 juin 2021. Une semaine auparavant, l’archevêque de Munich-Freising avait rendu publique sa lettre de démission, par laquelle il souhaitait assumer l’échec collectif de l’Église catholique en Allemagne dans la gestion de la crise des abus.

Sa démission est refusée par le pape, qui invite toute l’Église à reconnaître ses erreurs et son péché. «En tant qu’Église, nous devons demander la grâce de la honte», confie-t-il, estimant notamment que «chaque évêque» doit assumer la crise «et se demander: «Que dois-je faire face à cette catastrophe ?»»

1er octobre 2021 – Le pape François parle du contenu du rapport Sauvé comme d’une «croix»

Alors que l’Église en France se prépare à découvrir le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels présidée par Jean-Marc Sauvé, le 5 octobre, le pape François, recevant des évêques français à l’occasion de leur visite ad limina, parle des abus comme d’une «croix» et d’un «nécessaire» travail de lumière à faire.

La semaine précédente, devant un autre groupe d’évêques de France, il avait confié que «quel que soit le nombre [des victimes dans le rapport Sauvé], c’est très grave pour l’Église». (cath.ch/i.media/hl/cmc)

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Le pape François est conscient que la lutte contre la pédophilie est un combat long et éprouvant | © Wikimedia Commons

L'Église de France ébranlée par le rapport Sauvé
Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé, a été publié le 5 octobre 2021, après un peu moins de trois ans d’enquête. Les chiffres font état de 3'000 prêtres ou religieux abuseurs qui auraient fait plus de 300'000 victimes en 70 ans. Les évêques disent «leur honte» et leur détermination à mettre en œuvre les orientations et les décisions nécessaires «afin qu’un tel scandale ne puisse se reproduire».

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