Suisse

Visite du pape: des bénévoles prêts à transmettre "la joie de l'Evangile"

Qu’ils aient 85, 19 ou 50 ans, ce sont des bénévoles débordant d’enthousiasme qui travailleront à la messe du pape, le 21 juin 2018, au Palexpo de Genève. Portraits de trois d’entre eux, parés à accomplir leur mission principale de transmettre aux fidèles la «joie de l’Evangile».

Mon «cadeau d’anniversaire»

«Je prends ça comme un signe», assure Valérie Mauriac, avec une petite étincelle dans ses grands yeux bleus. La comédienne genevoise fêtera en effet son 50e anniversaire le 21 juin 2018. La visite du pape sera donc son «merveilleux et inattendu cadeau d’anniversaire».

Une raison supplémentaire d’arborer son sourire le plus éclatant pour accueillir et guider les fidèles à la messe du pontife. Car c’est la mission centrale que Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), a assignée aux volontaires qui se sont jetés dans l’aventure: «transmettre la joie de l’Evangile».

Une joie qui est le «leitmotiv du pape», rappelle-t-elle. Trois des quatre principaux documents du pontife argentin mettent en effet en avant ce sentiment: La joie de l’Evangile (Evangelii Gaudium), La joie de l’amour (Amoris laetitia) et Gaudete et Exsultate (Rejouissez-vous et exultez).

Une joie qui n’a cependant pas toujours accompagné Valérie. Sa vie a été ponctuée d’épisodes douloureux et de traumatismes, qui lui auront valu de passer par un profond «déficit de confiance» en Dieu et en elle-même. Puis, vers l’âge de 35 ans, elle a connu un apaisement et a progressivement pu «se reconnecter». Elle a ainsi fait sa confirmation en 2016, «avec une plus grande conscience que si j’avais été adolescente», précise-t-elle.

«Cela me nourrit de savoir que je fais quelque chose pour notre pape»

La visite d’un pontife à Genève survient ainsi pour elle comme une sorte de «seconde confirmation». Avec une dimension particulière liée au pape François, qu’elle admire particulièrement : «Je suis très réceptive à son style, à sa simplicité. Le but de sa visite au Conseil œcuménique des Eglises (COE) me touche aussi beaucoup. Car je crois en l’universalité de la foi et au dialogue entre les religions».

Valérie, qui a une expérience de bénévole, mais surtout dans des manifestations sportives, assure qu’elle donnera «tout ce qu’elle peut» lors de la messe du pape. Elle se prépare notamment à exercer une fonction «apaisante» sur la foule, où il y aura certainement des personnes stressées et désécurisées. Un travail qui lui apportera beaucoup en retour. «Cela me nourrit et me donne de la force de savoir que je fais quelque chose pour notre pape». Un «cadeau» tombé du ciel pour son demi-siècle d’existence. Heureux hasard? Pas pour la comédienne genevoise, qui cite régulièrement Albert Einstein, selon lequel «Le hasard, c’est Dieu qui passe incognito…»

85 ans et toujours «besoin d’aider»

«J’ai le bénévolat dans le sang», lance André Boccard avec un accent genevois à couper au couteau. Alors qu’au-delà de 85 ans beaucoup ont besoin d’aide, le retraité a, lui, «besoin d’aider». Le fringant octogénaire, qui paraît bien moins que son âge, porte régulièrement assistance à ses voisins et voisines également âgés. Il porte les commissions ou effectue chez eux diverses travaux. Oeuvrer à la messe du pape ne lui fait donc pas peur. «Tant que je suis en forme, je rendrai service», assure-t-il.

Une générosité d’autant plus remarquable que la vie n’a pas été tendre avec lui. André a en effet été ce que l’on appelle un «enfant placé». Suite au divorce de ses parents, alors qu’il a 12 ans, il est placé dans un orphelinat du Jura bernois. Dans l’établissement tenu par des religieuses, il subit des mauvais traitements de la part de ses camarades. Révolté par la passivité des Sœurs face à ces agissements, il ne tiendra cependant pas rigueur à l’Eglise ni a Dieu et conservera sa foi. Renvoyé un temps auprès de sa mère à Genève, la situation devient vite intenable et il passe de familles d’accueil en familles d’accueil.

Dès ses 18 ans, il prend le large et commence une vie de baroudeur. Il visitera ainsi 80 pays, pratiquera 40 professions et de multiples activités. Pompier, chauffeur routier, figurant de cinéma, chauffeur de personnalités politiques, scout ou encore militaire, André a gardé de ses aventures de multiples souvenirs qui égayent son petit appartement de Vernier. Il possède de nombreuses collections dont plus de 170 casquettes et képis.

«Un pape du tonnerre»

Ses expériences d’autres cultures et religions lui ont donné un grand esprit d’ouverture. Sa première femme était notamment protestante et il s’est marié au temple. Une qualité d’ouverture qu’il retrouve et admire chez François, «un pape du tonnerre». Le retraité, dont la jeunesse a été abîmée, est aussi très sensible à la souffrance des enfants. Chaque fois qu’il va au Vietnam, il distribue des jouets. La préoccupation du pontife envers les «petits» le touche donc également.

Il rêve ainsi que, le 21 juin, le pape entende qu’un bénévole de 85 ans travaille dans la salle et qu’il vienne lui serrer la pince.

Les jeunes au rendez-vous

«Quand j’ai entendu que le pape venait à Genève, j’ai tout de suite foncé», assure Carlos Benito de Ortiz. Le Genevois de 19 ans n’est pas le seul jeune de sa paroisse à s’être précipité pour proposer son service dans cet événement. Plusieurs avaient pu voir le pontife argentin aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à Cracovie, en été 2016. Ils en sont revenus avec une ferveur renouvelée et un enthousiasme renforcé pour ce pape qui a su trouver les mots justes.

«J’ai senti qu’il était au cœur de la société d’aujourd’hui, pas du tout en décalage avec la jeunesse et ses préoccupations», assure le grand jeune homme brun à l’allure sportive, qui était du voyage en Pologne.»Le pape François a renforcé la mobilisation des jeunes. Beaucoup d’entre eux ont répondu à son appel à faire fructifier l’Eglise. Notamment dans ma paroisse, des groupes très dynamiques se sont créés. Nous avons pris au pied de la lettre ses injonctions à passer moins de temps sur nos smartphones et à ne pas être des chrétiens ‘seuls’».

«Je n’aurai aucune peine à transmettre la joie d’être chrétien»

Carlos, qui est né à Madrid et a déménagé à Genève quand il avait 4 ans, apprécie l’ouverture au monde du pape François. «Le fait qu’il vienne à Genève, une ville à forte symbolique protestante, laïque et internationale, démontre sa volonté d’aller vers ces ‘périphéries’ dont il parle tant». Le jeune homme porte en permanence une croix de Taizé autour du coup. Il a fait en 2017 une magnifique expérience de partage avec des jeunes d’autres confessions chrétiennes dans cette communauté basée en France. La portée oecuménique de la visite du pape le touche ainsi particulièrement. «Il vient ainsi montrer que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous désunit».

A Palexpo, cet adepte du scoutisme estime qu’il n’aura aucune peine à transmettre au public, la «joie d’être chrétien», tant il en est imprégné. Il est sûr que la Suisse tombera, après la visite, encore plus sous le charme du successeur de Pierre. Une occasion pour certains de trouver ou de retrouver le chemin vers Dieu? Il assure en tout cas connaître nombre de personnes que la foi et la joie qui transparaissent de François ont rapprochées de l’Eglise. (cath.ch/rz)


Des bénévoles très diversifiés

250 bénévoles donneront de leur temps et de leur énergie pour la messe du pape. Leur principale tâche sera l’orientation et l’accueil des fidèles à Palexpo. Mais certains seront également chargés de la distribution d’eau, de la mise en place de l’espace ou encore de tâches administratives. Ils seront munis de casquettes et de t-shirts jaune canari, afin d’être bien visibles et reconnaissables. Pratiquement toutes les tranches d’âges (à partir de 16 ans) sont représentées, assurent les responsables des bénévoles mandatés par le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF). Même si la plupart des volontaires ont entre 30 et 50 ans.

Le recrutement s’est effectué principalement «par cascades», en utilisant les réseaux de contacts des paroisses et communautés catholiques dans la région de Genève.

Si la condition physique des volontaires est prise en compte, les coordinateurs ne demandent pas d’eux une «efficacité absolue». Car leur principale mission est de contribuer à la «convivialité» de l’événement. Ainsi, les personnes plus âgées et handicapées sont les bienvenues, leur engagement étant adapté à leurs possibilités. RZ