Homélie du 11 août 2019 (Lc 12, 32-48)
Père André Carron – Hospice du Grand-Saint-Bernard, VS
Le chanoine Gratien VOLLUZ … grand initiateur des marches-pèlerinages alpins comme celui que certains d’entre vous avez vécu hier depuis le Val Ferret,
nous a laissé une « Prière du Pèlerin » dans laquelle il est dit :
A l’exemple de saint Bernard,
J’ai à écouter ta parole, j’ai à me laisser ébranler par ton amour;
Sans cesse tenté de vivre tranquille, tu me demandes de risquer ma vie,
Comme Abraham, dans un acte de foi;
Sans cesse tenté de m’installer, tu me demandes de marcher en espérance
Vers Toi le plus haut sommet dans la gloire du Père.
Voilà Abraham qui nous a été présenté dans la deuxième lecture !
Il est reconnu comme le « Père des croyants » – le « Père dans la foi » pour tous les croyants juifs, les croyants chrétiens et les croyants musulmans.
- Il a vécu une « rencontre »… Avec un Avant et un Après !
- Il a obéit à un appel…
- Il est parti sans savoir où il allait…
- Il a porté du fruit… son immense descendance humaine et spirituelle en témoigne…
La « conviction d’une présence »
Dans la lettre aux Hébreux, nous avons lu que « la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. »
Pour l’exprimer autrement, j’aime bien dire que la foi, comme l’amour, est la « conviction d’une présence ».
Abraham a dans son cœur, cette « lampe » qu’il sait garder « allumée » sur son chemin… qui l’installe en profonde confiance car il sait que finalement c’est Dieu qui est le « bâtisseur et l’architecte » ¨
Au baptême, j’ai été en quelque sorte « formaté » pour être habité par cette foi ! Un vrai trésor, une « lumière sur ma route » pour le pèlerinage de ma vie…
Les effets de la foi
Comment se transmet la foi ? Comment se transmet l’amour ?
Un vrai mystère !
Nous connaissons la souffrance profonde de beaucoup de parents qui aimeraient tellement transmettre de belles valeurs humaines mais aussi la joie de la foi, la « joie de l’évangile », chère à notre pape François.
Ce qui est sûr, c’est que nous pouvons montrer les effets de la foi !
Alors, des miracles sont possibles, les cœurs s’ouvrent et « entendent »…
L’évangile nous emmène dans une hyper joyeuse ambiance de fin de noce au petit matin…
Premières surprise : les serviteurs, qui ont grandement contribué à la fête, vont être invités…
Comme ils ont raison d’attendre leur maître !
Deuxième surprise : ils vont d’être servi par leur maître !
La tenue de service ! La plus belle des tenues pour un être humain…
Celle de Jésus pour chacun de nous !
Une tenue tellement source de joie !
Tout à l’heure, on rappellera après la consécration : « Tu nous a choisis pour servir en ta présence ! »
Un Dieu qui s’approche
Derrière la double invitation de Jésus « Restez en tenue de service, gardez vos lampes allumées ! », il y a, en profondeur, une toute bonne nouvelle… Révolutionnaire et très étonnante pour l’époque : le Dieu présenté par Jésus ne ressemble en rien aux dieux païens
- Qui sont lointains
- Qui font peur
- Qui exigent prières et sacrifices
- Qui jugent
Le Dieu de Jésus, notre Père, est un Dieu qui s’approche et désire se mettre à notre service avec cette question maintes fois rapportée par les évangiles : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
En tenue de service
Depuis bientôt mille ans, sur ce col, les chanoines ont voulu être en tenue de service (aider les gens à traverser les difficultés et les peurs du passage et, surtout, à grandir dans leurs cœurs !)…
Ils ont voulu garder leur « lampe allumée » ! Il fallait y croire !
Certains soirs d’hiver, dans le brouillard, un phare est allumé qui guide les personnes dans la Combe des Morts et leur promet un refuge confortable et des visages accueillants.
Nous qui passons quelques heures ici, désirons nous imprégner de cet « esprit », de cette « manière »… qui est celle de Jésus !
En communiant au corps et au sang du Christ au cours de cette eucharistie, nous dirons notre faim et notre soif du cœur.
« Tenons-nous prêts ! »
Il y a trop de joie à accueillir Jésus… surtout quand il prend le visage du « premier-venu » !
19e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Sagesse 18, 6-9; Psaume 32, 1.12, 18-19, 20.22; Hébreux 11, 1-2.8-19; Luc 12, 32-48
Georges Mottiez: Accompagner la mort, au pied du rocher
Notre-Dame du Scex: Les pèlerins du rocher
Petite chapelle bâtie sur la falaise qui domine la ville de St-Maurice (VS), Notre-Dame du Scex accueille chaque jour son lot de pèlerins. Trois d’entre eux nous ont partagé leur histoire et de vie et leur attachement à ce petit sanctuaire marial accroché au rocher.
Cyrille Rieder: la bonté en partage (1/3)
Maria Pinto: une vie pour les autres (2/3)
Georges Mottiez: Accompagner la mort au pied du rocher (3/3)
[Archive] Colonie de vacances!
Hauteville House: l’atelier d’un créateur
Baltimore: une marche pacifiste religieuse obtient des cessez-le-feu
La Fête des Vignerons, mystérieuse
Homélie du 4 août 2019 (Lc 12,13-21)
Chanoine Jean-Pierre Voutaz – Hospice du Grand-Saint-Bernard, VS
Chers auditeurs, chers frères et sœurs,
La liturgie nous questionne sur les richesses. Nous nous sommes mis en route à l’appel de Dieu « Viens, il t’appelle… », à la sainteté, à la plénitude la vie, au bonheur.
Perdre la joie, perdre le sens de sa vie
Aujourd’hui la première lecture nous présente quelqu’un qui a perdu la joie, parce qu’il a perdu le sens de sa vie. Le sage Quoélet se questionne. C’est un homme soigneux « à quoi est-ce que ça sert de se donner de la peine ? » – manifeste qu’il s’est donné de la peine – « s’il faut laisser son bien à quelqu’un d’autre » qui n’a point peiné, qui s’est comporté en enfant gâté et qui va tout gaspiller. A quoi bon se casser la tête, avancer de toutes ses forces ? A rien. A quoi servent les peines, les calculs que je fais pour bien effectuer mon travail ? A quoi servent les soucis et les angoisses qui m’habitent afin de nouer les deux bouts, si un jour désormais proche, je dois m’en aller ? Cet homme, ce sage est fatigué, découragé. Et il nous est proposé en modèle. Il nous questionne. Nous sommes invités à trouver des pistes, un sens à notre vie, afin de trouver la joie.
Gardez-vous de toute avidité
Jésus, dans l’évangile, nous met en garde. Dieu n’est pas le Dieu des alarmes : je me dispute en famille pour des motifs d’héritage : Seigneur, viens, inspire-moi une de tes paroles à leur jeter à la figure comme une gifle pour montrer que j’ai raison et droit à ma part. NON : « personne ne m’a établi comme juge dans vos partages », c’est votre affaire, mais vous, gardez-vous de toute avidité par rapport aux biens. Regardons les assiettes dans nos maisons d’accueil : il y a souvent des restes qui manifestent le si jamais j’ai encore faim, alors j’en prends un peu plus. Logique de notre société de surconsommation dont le premier coupable se rencontre le matin devant mon miroir. Une angoisse peut nous saisir : et si jamais quelque chose me manquait. Là Jésus intervient : ce n’est pas cela qui te donne le bonheur ! Ton bonheur ne se cache pas dans les trois pommes de terre supplémentaires qui restent sur ton assiette et qui te donneront la nausée si tu les finis. Ton bonheur est ailleurs.
Les biens d’En-haut, le regard d’En-haut
Lorsque saint Paul écrit à ses amis Colossiens, il les exhorte à rechercher les réalités d’En-Haut. Nous connaissons les comportements de l’homme d’en-bas qui regarde son ventre et cherche son intérêt. Il angoisse s’il n’a pas tout ce qu’il veut. L’apôtre d’ajouter : ne recherche pas les réalités de la terre avec frénésie. Laisse mourir en toi ce qui n’apporte pas le bonheur : débauche, impureté, passion, désirs mauvais, le fait de regarder l’autre comme un objet qui peut te rapporter quelque chose, un plaisir, de l’argent… Cette soif de posséder, qui se manifeste lorsque je remplis trop mon assiette, ne me satisfait pas, c’est de l’idolâtrie, une recherche erronée. Aussi l’apôtre instruit-il les Colossiens : regardez plus haut, le Christ, à la droite du Père. Regardez-le, laissez-vous habiter par son regard, par sa bonté, par sa beauté. Dans ce face à face, je découvre que je suis aimé, que je suis grand, beau. Je ne le découvre pas avec mes propres yeux, c’est le regard de Dieu sur moi qui me restaure et me relève. Recherche ce regard sur ta vie, laisse-toi transformer et pose ce regard sur les autres. La parole de Dieu vient me régénérer. Ainsi je peux laisser tomber les comportements de la terre et revêtir l’homme nouveau, conscient de la puissance et de la beauté de ma vie, invitées à se manifester dans le quotidien.
Il y a quelques années, j’ai écouté à St-Maurice, auprès de la fraternité Eucharistein, le témoignage de l’homme d’affaire canadien Jean-Robert Ouimet qui durant sa jeunesse était travaillé par son héritage immense. Dans une rencontre avec Mère Teresa de Calcutta, il a réalisé qu’il était gérant et pas propriétaire de sa fortune. Sa richesse lui donnait une responsabilité. Il s’est engagé à donner aux êtres humains des conditions de travail leur permettant de vivre bien, afin que l’homme, tout l’homme puisse se régénérer dans son travail. Ainsi les richesses sont au service de la grandeur, de la dignité humaine.
Conclusion : retour à la joie
Dans le première lecture le sage a perdu et le sens de sa vie et la joie. Aussi somme-nous invités à découvrir et approfondir la finalité de notre vie. Si je travaille avec soin, c’est parce que je veux apporter ma pierre pour rendre ce monde meilleur. Et Dieu a besoin de mon travail et de mon témoignage. Dans la prière des enfants de Dieu nous avons un résumé de l’attitude chrétienne par rapport aux richesses : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. » Demander le pain à son Père, c’est abandonner l’attitude de prédateur pour entrer dans le face-à face et dire : Seigneur, donne-moi s’il te plaît du pain, (quelque chose à manger), des personnes avec qui partager et un toit pour notre intimité. Demandons au Seigneur de voir comment nous vivons avec les richesses qui sont les nôtres pour les réordonner à la vie, à la joie et nous laisser interpeller par cette joie de l’Evangile qui se communique.
18° dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques : Ecclésiaste 1,2.2,21-23, Psaume 90(89), Colossiens 3,1-5.9-11, Luc 12,13-21
