Homélie du 6 mai 2018 (Jn 15, 9-17)

Chanoine Antoine Salina – Basilique de l’Abbaye de Saint-Maurice

Frères et Soeurs,

Alors même que toute la Bible nous révèle une lente pédagogie de Dieu
envers son peuple, alors même que cette histoire est avant tout une
libération de tout ce qui nous entrave dans notre chemin vers le Seigneur,
que nous sommes appelés à nous défaire de nos chaines, nous recevons
dans les lectures de ce jour, les paroles essentielles du Christ à ses disciples
qui se rassemblent autour de deux mots : Amour et Joie

ll a dit lui-même qu’ll n’est pas venu abolir mais accomplir les commandements
transmis à Moïse  lors de l’Exode; mais ces commandements mêmes prennent
leur source dans l’amour jaloux que Dieu nourrit pour son peuple.

La première lettre de Jean est écrite dans un contexte particulier, à la fin du
premier siècle : la jeune Communauté Chrétienne est en crise et beaucoup de
discussions théologiques la déchirent, raison pour laquelle l’apôtre recentre
le débat : “Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :
Dieu a envoyé son Fils unique dans le Monde pour que nous vivions par lui. ”

Ne chantons-nous pas: “Ubi Caritas et amor, Deus ibi est ” – “Là où est l’amour, Dieu est présent. ”
et dans le récit de la dernière Cène, nous saisissons de manière éclatante le
jusqu’au bout de cet amour de Dieu au moment du lavement des pieds :
“Jésus sachant que son heure était venue, lui qui avait aimé les siens,
les aima jusqu’au bout” ( Jn 13)

Un immense cri d’amour

Ainsi Dieu révèle son vrai visage dans les gestes de son Fils.
Le peuple d’Israël ne brille pas toujours par sa fidélité, non plus que nous-mêmes;
nous sommes partagés entre des désirs contradictoires, où notre
propre personne fait parfois écran entre Dieu et nous, et pourtant Dieu ne
cherche pas à “régler ses comptes ” avec nous, il ne cherche pas à punir,
Sa réponse ultime est l’amour et ll nous demande de Lui ressembler en nous
aimant les uns les autres.
Si nous n’en sommes pas pleinement convaincus, faisons alors une addition :
Dans l’extrait de la Première Lettre de Jean de ce jour, nous avons dix fois les
mots Amour et Aimer – Dans l’Evangile que nous venons de lire, dix fois amour
et aimer et deux fois amis.

Finalement la Croix ne résonne-t-elle pas comme un immense cri d’Amour
d’un Dieu sans cesse en quête de l’homme ?
Cet amour dans notre Evangile est lié à un autre terme : la joie
“Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite”

C’est parfois à cause de ce terme (amour) que l’on fait le reproche à la religion
chrétienne, d’être un peu mièvre.
Mais pourtant, si nous cherchons à le vivre à la suite de Notre Seigneur, nous
voyons bien que l’aboutissement de tout amour suppose aussi de porter avec
Lui sa croix et de passer par la mort, mort à nous-mêmes aussi, pour renaître
à la lumière de Pâques et ainsi porter le beau nom de chrétiens.

Chrétiens amis de Dieu, appelés à le suivre, mais aussi à partager la joie de
la victoire parce que Dieu nous libère :
< La Terre entière a vu la victoire de notre Dieu > (Ps 97)

Les paroles du Christ, dans I’évangile de ce jour, accompagneront ses disciples
dans l’évangélisation des peuples, dont la lecture des Actes des Apôtres nous
fait les témoins.
lci, c’est l’Esprit Saint qui dirige les opérations et c’est Pierre qui devient dans
ce récit l’apôtre des nations.
L’histoire commence après le songe que fit Pierre d’une nappe descendant
du ciel où on l’exhorta à manger des animaux impurs.
Et pendant ce temps, l’Esprit inspira au centurion Corneille, homme bon et
sympathisant, de faire venir Simon-Pierre’
Corneille est un païen, un officier romain, il représente l’occupant haï du peuple
juif ; un bon juif ne saurait en aucun cas l’approcher, ni lui parler, au risque de
se souiller.
Et pourtant l’Esprit Saint les a guidés l’un vers l’autre et le miracle de la
pentecôte se reproduit chez les païens : Eux aussi sont l’objet de l’attention
amoureuse de notre Dieu.

Responsables de la diffusion de la Bonne Nouvelle

Frères et Soeurs, nous voyons bien, au travers de ces lectures, l’enjeu essentiel :
recevoir cet amour que Dieu nous dispense à  profusion, mais aussi, à l’instar des
apôtres, nous sentir responsables de la diffusion de la Bonne Nouvelle.

En ce dimanche des médias, nous nous rendons bien compte que nous n’avons
pas tous la grâce d’annoncer par le discours ou l’écriture.
C’est aussi pourquoi nous devons avoir à coeur de bien accueillir et de soutenir
les médias chargés de l’annonce de l’Evangile en particulier, mais aussi de nous
soucier de la vérité dans l’information en général.

“La vérité nous rendra libres ”
Essayons de nous libérer de nos colères et de nos sentiments
de rejets et de nous tourner vers tout ce qui nous ramène à la vérité de
l’Amour.
Amen !


6° dimanche de Pâques – Dimanche des médias

Lectures bibliques  :  Actes 10, 25-26.34-35.44-48; Psaume 97, 1, 2-3ab, 3cd-4; 1 Jean 4, 7-10; Jean 15, 9-17

Homélie du 29 avril 2018 (Jn 15, 1-8)

Abbé Michel Schoeni – Basilique Notre-Dame, Lausanne

Vous arrive-t-il de vous promener dans les vignes ? Alors, vous avez pu constater que c’est durant toute l’année, en toute saison, que les vignerons s’affairent dans leur domaine. Il faut sarcler, ratisser, enlever les pierres, répandre le fumier, puis tailler, sulfater, effeuiller…  La vigne est exigeante, et malgré les moyens mécaniques, elle requiert un travail harassant qui, si la grêle ne s’en mêle pas, ni les maladies, aboutira à la vendange tant attendue, tant préparée.

Jésus a bien observé le travail des vignerons de son temps. Il a remarqué comment on enlève les sarments qui ne donneront rien, et que l’on appelle des gourmands, parce qu’ils pompent la sève en vain. Ceux-là, les vignerons les enlèvent et ils alimenteront bientôt le feu.

Quant aux autres, les bons sarments, le vigneron en prend un soin jaloux : il les taille, les attache, afin que les feuilles puissent s’y mettre, puis la fleur, et enfin les fruits.

Le Père : un bon vigneron

A travers toute la Bible, le peuple de Dieu, celui de l’ancien testament, est comparée à une vigne, la Vigne de Dieu lui-même, son domaine préféré. Pour Jésus aussi, nous sommes, nous les baptisés, la Vigne de Dieu son Père. C’est pourquoi le Père, comme un bon vigneron, travaille sans cesse cette vigne par le don de son Esprit.  Il y a parmi le peuple de Dieu des sarments improductifs. Espérons ne pas en être ! Et il y a les bons, ceux qui sont appelés à porter du fruit. Espérons en être !

Attachés à Jésus

Jésus énonce une évidence : il ne peut pas y avoir de sarments fructueux s’ils ne sont pas fermement attachés au cep ! Ainsi pour nous, ses fidèles, il n’est pas possible de porter du fruit sans demeurer fermement attachés à la vraie Vigne, c’est-à-dire à Jésus.

Vous avez entendu : Jésus utilise 8 fois le terme « demeurer » dans le passage de l’évangile de Jean que nous venons d’entendre. C’est dire s’il y tient ! Demeurer, c’est rester là, habiter, habiter le Christ, en faire notre demeure, comme on fait sa demeure de sa maison ou de son appartement. Et la merveille, c’est que si l’on prend le Christ comme demeure, lui-même demeure en nous ! Or, ceux qui demeurent en lui et en qui il demeure, ceux-là seuls portent du fruit.

Revêtu du Christ

Saint Paul emploie une autre expression pour désigner les croyants : « Ceux qui ont été baptisés ont revêtu le Christ ». Etre baptisés, faire partie du peuple croyant, c’est avoir revêtu, par-dessus le vêtement ordinaire de notre vie, le Christ, comme un nouveau vêtement.

Demeurer dans le Christ, être revêtu du Christ, c’est orienter toute notre pensée, toutes nos décisions, tout notre agir vers lui et, pour cela, rester en contact vivant avec lui.

Un homme d’affaires, qui se veut un bon pratiquant, me disait un jour : « Le dimanche, c’est le tiroir de Dieu, ça lui est consacré. Les autres jours, c’est le tiroir business ».

Tous les domaines de la vie sont concernés

Or, Jésus nous dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Dans nos vies, n’en déplaise à ce respectable Monsieur, le tiroir du Christ doit rester ouvert, même les jours de business. Le vêtement du Christ, ce n’est pas un habit du dimanche, c’est tous les jours qu’il nous faut le porter ! Est-il juste que, dans tout ce qui concerne la vie personnelle, la vie de famille, le travail, le business comme il dit, nous agissions comme sans Dieu et même en mettant de côté notre foi ? Etre attachés au Christ, c’est tout le temps, dans tous les domaines de la vie.

Nous allons célébrer, dans deux jours, et partout dans le monde, la fête du travail que nous, catholiques, nous mettons sous le patronage de saint Joseph, travailleur. N’est-ce pas justement dans le monde du travail que les chrétiens doivent non seulement rester fermement attachés au Christ, mais aussi le montrer, le faire apparaître en eux, par leurs comportements et par leur agir ?

Un fruit d’amour

Le fruit qu’attend le Grand Vigneron, c’est un fruit d’amour. En toute chose, il nous demande d’aimer, de l’aimer lui en aimant notre prochain. D’aimer en famille, d’aimer au travail, au business, d’aimer en voyage, d’aimer pendant nos loisirs, d’aimer quand je pratique un sport, d’aimer, aussi, à l’église ! Il n’y a aucun moment où nous avons le droit de refermer le « tiroir » du Christ pour vivre sans lui : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » !

Humaniser le monde du travail

Le monde du travail attend des chrétiens qu’ils l’humanisent, qu’ils se battent pour mettre en avant la personne humaine. L’hyper-rentabilité, d’autres s’en occupent ! Et les chantiers sont immenses : la plaie du chômage, l’injustice de salaires trop bas pour vivre dignement, malgré le travail, l’inégalité des salaires entre hommes et femmes encore pas atteinte alors qu’elle est une loi votée il y a des années, le scandale de rémunérations pharaoniques pour quelques décideurs, et j’en passe !

Le Christ, fermement attaché à son Père, avec qui il n’a cessé d’être en communion d’amour, a donné tout son fruit : la veille de sa Passion, montrant une coupe où était versé le fruit de la vigne, il a dit : « C’est mon sang, qui est pour vous ». Et au pressoir de la croix, il a laissé s’échapper de son corps du sang et de l’eau, en pure offrande d’amour. Si nous répondons « oui » à son invitation de chaque dimanche, il nous  baigne dans le sang de son amour, il nous fait demeurer en lui et il demeure en nous. Et alors, tout devient possible.

Ainsi attachés au Christ, et donc en mesure de produire de bons fruits,  s’alimenter à sa sève chaque jour, se mettre chaque jour à son écoute dans un temps de vrai silence, ne rien décider sans le consulter – sans moi, vous ne pouvez rien faire – lui qui est vivant en moi, alors, nous devenons capables de faire que chaque instant de notre vie, que chaque activité de notre vie, soit un fruit d’amour offert aux autres, pour la gloire du Père.

Une étiquette de bouteille de vin, sur laquelle est gravé un vigneron à son pressoir, affiche ces mots : « Fais bien ton vin, tout le reste est vain ». Sur la bouteille qui doit contenir le fruit que Jésus nous demande, à nous ses sarments, il est écrit : «Fais tout par amour, et tout sera bon pour toi, toujours ».

Amen. Alléluia !


5e dimanche de PâquesAnnée B

Lectures bibliques : Actes 9, 26-31; Psaume 21 (22), 26b-27, 28-29, 31-32; 1 Jean 3, 18-24; Jean 15, 1-8