Message du 10 septembre 2017 (Schubertiade)
Abbé Philippe Baudet – Temple d’Yverdon, dans le cadre de la Schubertiade d’Espace 2
Avec frère Nicolas, aller au cœur, avoir du cœur“
On est tous sur-occupés, ou trop préoccupés. Comme mon ami François : tellement sous pression et overbooké, qu’il a oublié de s’inscrire pour le pèlerinage à Flüeli-Ranft auquel il voulait participer avec sa famille. Dommage, car il aurait pu apprendre quelque chose de frère Nicolas de Flüe, afin de se reconnecter à sa source, et parvenir à unifier aspirations profondes et contraintes extérieures.
Car je perçois en lui un guide du cœur, pour revenir au cœur, ce qui nous donnera d’avoir du cœur. Je le vois comme une lampe sur la route pour tous les hommes de bonne volonté et tous les croyants.
Il peut nous être d’autant plus précieux que les conditions actuelles de vie et de travail nous fragilisent. Et quand la souffrance et les épreuves nous touchent, nous sommes écrasés et déchirés. Quand l’existence nous emporte dans son tourbillon, comment retrouver la paix en soi-même et avec les créatures qui nous entourent ?
M. Nicolas de Flüe avait beaucoup à faire : une entreprise agricole florissante et une grande famille, des charges importantes dans la justice et la politique.
Pourtant il réussit à prendre du temps pour se retirer, se relevant la nuit et se cachant dans la forêt en journée, tout discrètement. À l’écart, il prie. Comment ? On ne le sait pas. Il devait penser à ce qu’il avait vécu et réfléchir aux enseignements reçus, luttant contre les tentations et cherchant Dieu.
Le dessin de la roue de saint Nicolas de Flüe
Dieu que frère Nicolas visualise sous la forme d’un cercle, comme le puits au fond duquel il y a l’eau vive. De cette roue sortent trois rayons, expression d’un être divin ouvert qui se donne : dans le Père source de vie et créateur, dans le Fils le « je t’aime » de Dieu qui prend corps dans notre humanité, et dans le souffle de l’Esprit qui rend le Seigneur présent et agissant dans notre vie quotidienne. Avec trois autres rayons dirigés vers le centre, qui expriment la réponse humaine à la suite de Jésus dans le choix d’accueillir sa venue, de se fier à sa Parole et de se donner par amour.
Nicolas, un homme bon
Tout cela fait de Nicolas un homme particulièrement bon, juste et honnête : il est très sensible aux injustices, il voit les dangers du gain facile et des richesses, il est conscient des risques liés au désir d’expansion et de pouvoir. Ce qui l’amènera à des comportements qui le démarqueront de ses contemporains, avant qu’il ne refuse l’invitation à entrer dans le gouvernement de son canton et abandonne sa tâche de juge.
Un tel comportement ne ressemble-t-il pas à celui de Jésus qui passe en faisant le bien avant de se retirer dans un lieu désert pour prier. Ce qui va lui donner discernement et force pour résister à la tentation du succès, et pour choisir d’aller plus loin accomplir cette Bonne Nouvelle pour laquelle il est sorti de Dieu (cf. Marc 1,32-39).
Se retirer pour donner sens
Alors pourquoi ne pas prendre exemple sur frère Nicolas : sur les 24h de notre journée, nous pourrions trouver quelques minutes ou un peu plus, pour nous retirer, retrouver le calme, faire une relecture, se ressourcer et se laisser enseigner, afin de se trouver soi-même et chercher un Tout-Autre, afin de donner sens …
Sans vouloir faire comme saint Nicolas de Flüe, mais à notre manière et selon nos possibilités, avec un espace d’isolement quotidien capable de transfigurer notre vie quotidienne !
En tout cas Nicolas de Flüe a certainement vu son existence illuminée par ces temps de prière réguliers. Mais il a aussi connu la tempête du doute et des questionnements : quelle est sa voie ? comment répondre à l’appel qu’il ressent ? Au point de connaître une profonde crise existentielle, avec des phases dépressives.
Quitter tout
Il s’en est ouvert à un ami prêtre à qui il a demandé conseil. Ce dernier l’a encouragé à s’abandonner avec confiance à la volonté de Dieu et l’a invité à méditer la Passion de notre Seigneur Jésus Christ.
La contemplation de ce Jésus tout homme et tout Dieu totalement donné par amour pour la vie et le bonheur de l’humanité, voilà qui va l’amener à désirer tout quitter et à se donner tout entier. Ce qui prendra la forme d’un projet de pèlerinage : se détacher de tout ce qui lui appartient et partir loin de tout ce qui offre assurance et bien-être.
Avec son épouse Dorothée Wyss
De là il entame de longues discussions avec son épouse Dorothée Wyss. Toute la famille devait être bien consciente que leur Nicolas était engagé dans une expérience spirituelle qui le prenait tout entier et à laquelle il ne pouvait se soustraire.
Ayant assuré la sécurité économique de sa famille, avec l’accord de son épouse que Nicolas considérera comme la première des grâces que lui donnera le Seigneur, il s’en va vers l’Allemagne, bien décidé à ne jamais revenir.
Mais avant de passer la frontière, les conseils d’un habitant ainsi qu’un songe le conduisent à revenir et à s’installer dans la forêt près de chez lui.
Quelque soit l’endroit où frère Nicolas a fini par se poser, il a laissé les êtres et les biens qui lui assuraient affection et sécurité, pour être tout donné.
Aller au coeur de soi et de la vie
Ce qui ressemble fort au mouvement opéré par l’envoyé de Dieu Sauveur : ne gardant rien pour lui, il est sorti de Dieu pour descendre sur terre et nous rejoindre au plus bas de notre condition humaine, dans le service du prochain et le don de sa vie.
Une telle désappropriation en vue d’un don de soi par amour, ne nous invite-t-elle pas à un esprit de détachement par rapport à tout ce qui est extérieur à nous, afin d’être libres pour aller au cœur de soi et de la vie, afin d’avoir du cœur envers les autres et vis-à-vis de Dieu ?
Nicolas de Flüe mène donc une vie d’ermite à quelques pas de son village et de sa famille : retiré de la vie économique et sociale, il n’a plus rien et ne joue plus aucun rôle dans la société, il vit à l’écart en dehors du monde.
Mais le monde vient à lui : de près et de loin, gens du peuple comme dirigeants, on vient le trouver pour se confier et lui demander conseil. Et tous trouvent en frère Nicolas un accueil cordial, une oreille attentive, de la compassion, des paroles qui ne disent pas ce qu’il faut faire mais qui encouragent et donnent confiance, et un message qui indique le chemin de la paix.
le Christ Parole de Dieu, pain partagé pour la vie du monde
Et voilà qu’un jour se répand la rumeur : Nicolas ne mange rien, ne se nourrissant que du pain partagé Corps du Christ qu’il reçoit dans l’eucharistie. Après vérification, il s’avère qu’effectivement aucune nourriture ne parvient à l’ermitage. Interrogé sur ce phénomène inexplicable, celui que tous considèrent comme un saint ne dira rien de plus que ceci : Dieu le veut ainsi … Dieu seul sait !
Ainsi le Seigneur Jésus suffisait-il à nourrir frère Nicolas : le Christ Parole de Dieu, pain partagé pour la vie du monde, présence de Dieu dans le service du prochain et en quiconque se trouve dans le besoin.
Un peu comme Jésus qui, assis au bord du puits, déclare à ses disciples : Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre (Jean 4,34).
Si frère Nicolas a été nourrissant pour les gens et a partagé à tout le pays le pain qui fait grandir la paix, c’est parce qu’il s’est nourri dans les profondeurs de son être, c’est parce que le Christ l’a totalement nourri.
Alors, sans vouloir l’imiter par des jeûnes interminables, n’aurions-nous pas à entendre là un appel à aller nous alimenter à ce qui est capable de nourrir véritablement notre existence : aller au cœur et au Christ pour y trouver la force et la paix qui nous permettront de tenir bon dans une existence qui nous épuise et nous éclate. À chacun à trouver ce qui peut nourrir son être profond, ses liens avec les autres et sa vie spirituelle.
Aller à la source
À ce moment-là, sans partir à l’autre bout du monde pour sauver l’humanité mais en menant une existence différente là où nous nous trouvons, je suis certain que nous serons nourrissants pour nos proches et que notre manière d’être sera facteur de paix.
Etant allés à la source, nous deviendrons nous-mêmes un peu source de vie pour les autres. Ainsi, à travers nous, les rayons lumineux de l’amour d’un Dieu Père, Fils et Esprit, pourront atteindre les hommes d’aujourd’hui.
J’espère que mon ami François, qui n’a pas pu aller en pèlerinage à Flüeli-Ranft, nous écoute ce matin. En tout cas je souhaite qu’il puisse découvrir notre frère Nicolas et les chemins que ce saint helvétique nous ouvre pour que nous puissions mener une existence heureuse et paisible alors que nous sommes sous pression et overbookés.
Laissons Nicolas nous conduire au cœur, y découvrir le cœur de Dieu, et avoir du cœur pour les autres.
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Homélie du 3 septembre 2017 (Mt 16, 21-27)
Chanoine Jean-Paul Amoos – Abbaye de Saint-Maurice, VS
Mes sœurs, mes frères, chers auditeurs,
Quels mots avons-nous retenu après avoir entendu l’évangile de ce jour ? La croix ? Souffrir ? Perdre sa vie ? Ces mots sont-ils une bonne nouvelle à annoncer au monde !
Mais, il n’y a pas que ces mots ! Avons-nous remarqué que Jésus parlait de «ressusciter le troisième jour ?» et que le mot «vie» a été prononcé quatre fois ?
Engager sa vie
Lorsque Jésus dit : «Si quelqu’un veut me suivre»,
A qui s’adresse-t-il ? Il s’adresse à ses disciples ! Donc à ceux qui le suivent déjà ! Mais on ne suit pas Jésus comme on défile dans une procession pour ensuite rentrer chez soi. Engager sa vie de façon définitive et complète, c’est faire confiance au « Maître », à sa parole. Suivre le « Maître », c’est exigeant…
On aimerait bien répondre à l’appel de Jésus, on aimerait bien se lancer à l’eau ! Mais avec un gilet de sauvetage, car souvent on ne se sent pas à la hauteur des exigences de Jésus qui nous parle de le suivre en prenant sa croix et en nous avertissant que le chemin sera éprouvant, jusqu’à la perte de sa vie…
Pas n’importe quelle croix !
Mais que les choses soient claires : souffrir et prendre sa croix ce n’est pas le but de la vie ! Il y a des croix qu’il faut éviter et écarter. Aux gens qui meurent de faim ou qui subissent tortures et violence, Jésus n’a jamais dit qu’il fallait accepter et supporter. Il demande à ses disciples de tout faire pour donner à manger à ceux qui ont faim et partager avec eux.
Lorsque Jésus parle de croix, Il ne s’agit pas de n’importe quelle croix ! Surtout pas celles de la maladie, de la perte de travail ou autres épreuves qui nous tombent dessus, non !
Pas d’amour sans croix
La croix proposée aux disciples est celle que Jésus porte déjà avec eux, avant même sa passion, celle de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est crucifiant, mais c’est vital. Il n’y a pas d’amour sans croix, tout le monde peut expérimenter cette vérité. Que ce soit dans le couple, dans sa famille, dans sa communauté religieuse, partout. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de vie sans don échangé, sans mort à soi-même. C’est une loi de la nature : « Si le grain de blé ne meurt, il reste seul… ».
Notre étoile polaire : Jésus
Cette exigence naturelle est celle que Jésus souhaite à son égard, en nous demandant de croire en lui, d’avoir foi en Lui : «Si quelqu’un m’aime dit-il.» Que fait-il ? « Il écoute ma parole et la met en pratique». Faire confiance c’est bien une manière de se renier soi-même, c’est se convertir, se décentrer.
Tout chrétien est appelé à devenir disciple de Jésus le jour de son baptême. Par la plongée dans l’eau, nous mourrons avec le Christ, afin de renaître avec Lui en remontant du baptistère.
C’est Lui, Jésus qui devient notre étoile polaire, c’est lui qui nous indique le chemin de la Vie. Celui qui suit Jésus va vers la Vie, vers la vie divine, la vie trinitaire qui est faite de relations, d’échanges entre le Père le Fils et l’Esprit, chacun recevant de l’autre et se donnant à l’autre.
Convertir notre notion de “toute puissance”
Si nous voulons suivre Jésus, nous devons nous convertir, le faire passer avant nous pour le suivre.
L’exemple, le vécu, de Pierre est caractéristique. Il vient d’être félicité d’avoir dit à «Jésus qu’Il est le Messie, le Fils du Dieu vivant». Une affirmation, une confession révélée par le Père.
Mais voilà que peu après sa confession Pierre se fait traiter de « Satan » ! De celui qui fait tomber. Jésus lui demande de ne pas se mettre sur sa route comme une pierre qui peut le faire trébucher.
Pierre voulait que Jésus échappe à la souffrance, à la croix, à la mort. En voulant dire à Jésus ce qu’il devait faire, c’est lui Pierre qui devenait «chef». Jésus le remet à sa place en le faisant «passer derrière lui»,
La difficulté de Pierre, celle du disciple, la nôtre, c’est de comprendre que Jésus Messie, Fils de Dieu, soit faible. Il faut que Pierre convertisse et évangélise sa notion de «Messie» comme nous-mêmes avons besoin de convertir et d’évangéliser notre notion de «toute puissance» attribuée à Dieu.
Certes, il est vrai que Dieu est «Tout-puissant» c’est ce que nous proclamons dans le «Credo», mais de quelle «toute puissance» s’agit-il ? Une toute puissance à la façon humaine, ou une autre que nous révèle précisément Jésus ? Jésus paraît. Jésus, révélation du Père, se montre faible et ami des pécheurs !
Cette manière de faire de Jésus n’a pas fini de nous interroger. Demandons-Lui de nous donner chaque jour son Esprit pour que nous convertissions nos pensées humaines en nous ouvrant aux siennes.
Retenons surtout que le mot important de l’évangile d’aujourd’hui ce n’est pas «la croix» mais «la vie», au travers de la croix.
Au travers de cette croix du Fils de Dieu, signe levé qui rassemble les nations,
de cette croix du bien aimé, fleuve de paix où s’abreuve toute vie,
de cette croix du Premier-né, qui tue la mort,
et par laquelle nous sommes transformés,
de cette croix, porteuse de Lumière et de vie.
22e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Année A
Lectures bibliques : Jérémie 20, 7-9; Psaume : 62, 2, 3-4, 5-6, 8-9; Romains 12, 1-2; Matthieu 16, 21-27
