Homélie TV du 30 octobre 2016 (Mt 7, 12-14)

Église Saint-Léger, Schönenwerd (SO) – Adrian Suter, curé

 

Chers paroissiennes et paroissiens, chers téléspectatrices et téléspectateurs,

La vie pourrait être tellement simple !

« Ne projette pas de faire du mal à ton ami alors qu’il vit près de toi avec confiance ».

Ou : « Chaque fois que tu en as la possibilité, n’hésite pas à faire du bien à ceux qui en ont besoin. ». Le sage semble avoir formulé des évidences. Ces proverbes emportent immédiatement l’adhésion : pas besoin de maîtres, de prophètes ni même de la Bible pour nous les révéler, puisque nous savons intuitivement qu’ils disent vrai. « Ne te querelle pas sans motif avec quelqu’un qui ne t’a rien fait » : nul besoin de considérer la Bible comme l’Écriture Sainte ou de croire en Dieu pour souscrire à une telle affirmation. Tout simplement parce que nous ne sommes pas des monstres, des non-humains : nous sommes des humains, des êtres doués d’humanité.

Et pourtant, il y a loin entre dire que ces paroles de sagesse sont faciles à comprendre et parvenir à les mettre en pratique ! Nous ne refusons que trop souvent de faire du bien à celui ou à celle qui en a besoin. Il est bien plus facile de ne penser qu’à soi-même, de refuser de prêter assistance à notre prochain, de l’exploiter, alors qu’il ne demande qu’à vivre près de nous avec confiance. Et pour évoquer cette voie facile, cette manière de n’avoir aucun égard pour les autres, les formules doucereuses ne manquent pas : « En tout cas, ce n’est pas moi qui aurais été épargné », « J’ai bien assez à faire avec mes propres problèmes pour encore aller m’occuper de ceux des autres ».

Une porte qui mène à la perte de soi

Chers frères et sœurs, ces phrases-là sont gravées sur la porte large. Et cette porte-là, dans le langage imagé de l’Évangile, c’est la porte qui mène à la perte de soi. Une société où l’intérêt personnel constitue le but ultime est une société vouée à l’implosion.

Appelés à passer par la porte étroite

Jésus-Christ nous appelle à passer par la porte étroite. Une porte sur laquelle sont gravés les mots « humanité », « serviabilité », « solidarité », « honnêteté ». Des qualités dont il ne suffit pas de penser qu’elles sont bonnes, mais qu’il faut mettre en pratique jour après jour. Ne succombons pas à la tentation de la voie de la facilité qui consiste à ne penser qu’à soi et rien qu’à soi-même ! Choisissons plutôt la voie de la difficulté qui consiste à agir humainement à l’égard des autres.

Les paroles de Jésus au sujet de la porte large et de la porte étroite ont bien souvent été utilisées à mauvais escient. Soit pour faire peur : malheur à toi si tu passes par la porte large, elle ouvre la voie de la perdition. Soit pour s’auto-congratuler, se lancer des fleurs : nous sommes quand même un peu au-dessus du lot, nous qui empruntons le chemin étroit et qui ne sommes pas passés par la porte large comme le gros du troupeau ! Des propos qui débouchent sur la conclusion la plus arrogante qui soit : c’est nous que Dieu sauvera, tous les autres courent à leur perte.

Un message qui nous engage

Dans les paroles de Jésus, il n’y a trace ni d’arrogance ni de menace. Ce sont des paroles messagères de joie et non pas d’intimidation ; des paroles valables universellement et non pas réservées à une élite, à un petit groupe de super-croyants. Mais alors, qu’a voulu dire Jésus en parlant de porte étroite et de porte large ? Simplement que Sa parole n’a rien d’anodin. Que Son message nous sort de notre zone de confort et nous engage. Une « bonne nouvelle », ce n’est pas « anodin », ce n’est pas « doucereux ».

Avec son message, Jésus nous envoie sur le chemin difficile, celui qui passe par la porte étroite. Loin de chercher à nous décourager, Il veut nous donner toute la force nécessaire pour marcher sur le chemin de l’humanisation de nos relations. Et Il nous promet son aide : Prends le chemin qui passe par la porte étroite car tu en es capable ! C’est cela, la Bonne Nouvelle !


Lectures bibliques : Proverbes 3, 27-32; Matthieu 7, 12-14


 

Homélie du 30 octobre 2016 (Lc 19, 1-10)

Abbé Marc Donzé – Basilique Notre-Dame, Lausanne

Dans les tranchées, pendant la guerre, la nourriture était pour le moins sommaire. Et elle était servie brutalement, sans égards. Il arrivait que des soldats protestent. Un officier, personnage des “Mains sales” de Jean-Paul Sartre, dit à l’un de ces soldats : « Tu voulais ta bouffe et un petit quelque chose de plus ». Le petit quelque chose de plus, c’était le respect : respect de la dignité du soldat qui n’est pas une chair à canon, mais une personne humaine ; et aussi respect de la nourriture, qui n’est pas de la boue, mais du pain, fruit du travail des hommes.

Aimer, dans un grand respect

Le respect, qui est un aspect basique et premier de l’amour, devrait être essentiel en toute chose. Et quand il est présent, il se sent. Si vous pensez à un cuisinier, une cuisinière qui aiment leur tâche, ils vont respecter les produits. Ils vont les agencer avec subtilité, avec feu, avec goût. L’assiette sera belle. Et ils vont aussi respecter leurs hôtes au travers de la qualité du service. Tout cela va se sentir et contribuera à la qualité du repas et à sa joie.

Aimer son travail, aimer les choses de la terre, aimer les personnes dans un grand respect, voilà une belle attitude humaine.

Et Dieu ferait-il moins bien ? Mais il ne peut pas être moins bon que ce qu’il y a de meilleur en l’homme. Alors…

“Seigneur, tu aimes tout ce qui existe”

Alors écoutons à nouveau ce que dit le Livre de la Sagesse, dans des lignes que je trouve merveilleuses : « Seigneur, tu aimes tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aime les vivants, toi dont le souffle impérissable les aime tous. »

Autrement dit, le Seigneur a du respect pour tout ce qu’il a créé, les choses comme les personnes. Et non seulement du respect, mais de l’amour (le mot revient deux fois). Normal, me direz-vous, puisque Dieu est Amour.

En chaque chose il y a une trace de l’esprit

Est-ce que ça se sent, comme dans la cuisine d’un bon cuisinier, si vous me passez la comparaison ? Ici, j’ai pensé à ce qu’a écrit le Père Teilhard de Chardin, ce grand savant et philosophe jésuite. En chaque chose, au-delà au-dedans de la matière, il y a une trace déjà de l’esprit. Et plus les êtres sont complexes, plus la capacité d’esprit augmente. Plus subtil est le corbeau que la mouche. Et infiniment plus subtil encore l’homme.

Je pense, dans la même veine, qu’en chaque chose, au-delà au-dedans de la matière et de l’esprit, il y a une trace déjà de l’amour. Et plus les êtres sont évolués, plus la capacité de porter trace de l’amour augmente. Et chez l’homme enfin, l’amour peut s’épanouir, avec son corollaire : la liberté.

L’univers parle de l’amour de Dieu

Ce n’est pas forcément facile à sentir. Mais, pour un philosophe comme Maurice Zundel, le but même de la connaissance de l’univers, dans sa subtilité très ordonnée, c’est de découvrir la confidence d’un amour. Qu’est-ce que cet univers, créé par l’amour de Dieu, a à me dire ? Avec splendeur comme dans les aurores boréales ; avec humour comme chez l’ornithorynque ou le babouin. Et parfois, hélas avec tragédie, parce que l’homme n’a pas respecté le rythme des choses, est allé s’installer dans des endroits où il ne fallait pas ou a saccagé la terre en la surexploitant.

Mais il se peut que l’univers, en filigrane, parle à l’homme de l’amour de Dieu.

Au sein de cet univers, l’homme est créé par amour. C’est notre foi. Quand on prend le temps de contempler l’incroyable subtilité du corps de l’homme, et plus encore les aptitudes inouïes de son esprit, et plus encore sa capacité d’aimer, de créer des liens, de faire vibrer la joie, on ne peut qu’être émerveillé. Et redire : “Seigneur, tu aimes tous les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous”.

Magnifique. Mais voilà, il arrive que l’homme, si capable d’amour, tombe dans l’irrespect des choses et des personnes. Et provoque des catastrophes. Que fait Dieu alors ?

Dieu veut nous relever

Je reprends les paroles du Livre de la Sagesse : « Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis. » Et un peu plus haut : « Seigneur, tu as miséricorde pour tous les hommes, parce que tu peux tout. » Mine de rien, quelle phrase géniale : la toute-puissance de Dieu, ce n’est pas seulement la création ; c’est plus encore la miséricorde : remettre debout celui qui est tombé, s’il veut bien. Nous avons affaire à un Dieu qui veut nous relever, dans quelque abîme que nous soyons tombé. C’est le cœur de ma foi ; de la vôtre aussi, je l’espère. En tout cas, c‘est le cœur de la foi du pape François qui met la miséricorde au centre de la vie de l’Eglise. Et pas seulement pour cette année, mais pour toujours, je l’espère.

Sur qui portons-nous un regard d’amour ?

Travaux pratiques, car il faut vivre cette foi. Jésus montre le chemin. Il porte sur Zachée un regard d’amour, même si ce dernier s’est enrichi comme collecteur d’impôts. Plus encore, il lui rend visite. Car, dit l’Evangile, « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Ce que Dieu est : créateur par amour et tout-puissant par miséricorde, Jésus le fait. Zachée s’en trouve relevé, transformé ; il devient honnête, généreux, aimant.

Eh bien, nous aussi, si nous avons vraiment foi en ce Dieu qui est amour et miséricorde, nous pouvons nous demander sur qui nous portons un regard d’amour (en particulier sur quelle personne qui n’est pas forcément aimable au premier abord), et qui nous allons visiter, et à qui nous tendons la main, pour qu’il puisse se relever. Et j’espère que la réponse à la demande n’est pas une case vide, ou, si elle l’est, qu’elle ne le restera pas longtemps.

Car il dépend aussi de nous que le respect envers les personnes et les choses en ce monde soit en croissance. Au nom de l’amour créateur et de la miséricorde toute-puissante.


31e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques : Sagesse 11, 23 – 12, 2 ; Psaume 144 : 2 Thessaloniciens 1, 11 – 2, 2 ; Luc 19, 1-10


 

Homélie du 23 octobre 2016 (Lc 18, 9-14)

Père Jean Louis Rey – Chapelle St-Joseph, École des Missions, St-Gingolph

Deux hommes montèrent au Temple pour prier comme nous ce matin.

Il y a d’abord ce PHARISIEN – un notable du peuple juif -. Il ne vient pas demander quelque chose au Seigneur. Non, il vient plutôt étaler ses performances, faire le malin devant Dieu et devant les autres : MOI, JE. Je respecte bien tous les règlements et toutes les lois, et même plus, tandis que les autres hommes sont voleurs, injustes, adultères comme cet homme, ce publicain qui se cache derrière une colonne.

Ce pharisien, quel orgueil !  Quelle suffisance ! Quel mépris ! C’est pourquoi, dit Jésus, Dieu ne reçoit pas sa prière.

Situation de pécheur

Par contre, le PUBLICAIN, ce fonctionnaire qui collectait les impôts, lui, il ‘se tient à distance, derrière une colonne, et il n’ose même pas lever les yeux vers le ciel… Il se contente de se frapper la poitrine en disant : ‘ Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! Prends pitié du pécheur que je suis…’
Devant Dieu et devant les hommes, il reconnaît humblement sa mauvaise conduite, ses vols, bref sa situation de pécheur.
Il reconnaît surtout qu’il a besoin du Seigneur pour réapprendre à vivre dans la justice et l’honnêteté, dans le respect du bien d’autrui et du droit des autres.

C’est pourquoi le Seigneur écoute sa prière et il retourne dans sa maison, en paix, reconnu par Dieu comme un juste.

Témoignage de foi

Dans la 2ème lecture, Ruth Soo Oloko nous a donné son témoignage, Elle ne dit pas d’abord : Moi je – comme le pharisien de l’Evangile -.
Elle ne dit pas : Nous les femmes, nous éclairons notre foyer, nous éclairons l’Eglise…
Non, Ruth dit d’abord : ‘C’est la foi en Jésus Christ qui m’a fait grandir et m’a permis d’arriver là où j’en suis aujourd’hui…
Et alors ma foi est devenue plus forte et plus active et plus solidaire : avec les hommes, nous construisons notre foi, nous construisons notre économie et notre pays, ensemble nous portons notre Église.

Soyons fiers de notre foi

Finalement, Ruth dit aux croyants de Suisse :
« Ayez la foi ! Restez forts dans la foi : soyez-en fiers !
Et la foi en Jésus Christ vous fera grandir, vous aussi, pour construire ensemble votre économie, votre pays et pour porter votre Eglise. Soyons fiers de notre foi.

Aujourd’hui, Il nous arrive de nous plaindre que les musulmans envahissent l’Europe, qu’ils nous imposent leurs manières de faire et de croire. Je pense non seulement aux migrants mais aussi aux travailleurs et aux familles non suisses. Je pense également à ceux de nos familles qui ne pratiquent plus et devant qui nous sommes même gênés de parler de notre foi. Pas tant fiers.
Allons-nous nous replier sur nous-mêmes, nous isoler et laisser faire ?
Ou bien, au nom de notre foi en Jésus-Christ, allons-nous aller vers eux,  d’abord pour les écouter et mieux les comprendre, mais aussi pour leur partager ce qui fait notre vie, nos joies, nos luttes, nos racines chrétiennes ?

Rendre compte de notre espérance

Il ne s’agit pas de recommencer les processions d’antan mais d’être fiers de notre foi en Jésus-Christ qui nous a fait grandir et nous a permis d’arriver là où nous en sommes aujourd’hui, comme disait Ruth.
Etre fiers de notre foi, c’est d’abord être prêts à rendre compte de notre foi en Jésus-Christ, être prêts à rendre compte de notre espérance d’un monde plus solidaire et plus ouvert, vivre un amour plus inventif et plus actif. Sommes-nous prêts à cela ?

Rendre grâce

Aujourd’hui plus qu’autrefois, nous devons nous former, prendre du temps pour méditer, pour faire le point sur notre vie, pour recevoir des enseignements et pour échanger, dans le cadre paroissial par exemple.
Ce matin, commençons par rendre grâces au Seigneur pour la situation de nos pays et de notre Église : tout ça, c’est le résultat des talents reçus, de tout ce que nous avons reçu et de tout ce que nous avons su développer par notre savoir-faire, notre ingéniosité, sans nous considérer pour autant comme les meilleurs. Remercier le Seigneur pour ce que nous sommes.

Ensuite, demandons au Seigneur de savoir toujours mieux répondre à sa confiance et à la confiance des hommes, en accueillant avec bienveillance et en partageant ce que nous sommes, ce que nous savons et ce que nous croyons. Et nous révélerons ainsi la présence, au milieu de nous, du Dieu de Jésus-Christ, un Dieu de justice de paix et de joie.

Dieu notre Père, nous te remercions pour tout ce que tu fais pour nous,
et nous nous remettons entre tes mains avec tous nos projets,
toutes nos activités présentes et nos espérances pour l’avenir.
Seigneur Jésus-Christ, renouvelle et fortifie notre foi en ce Dieu Père
qui veut rassembler tous les hommes,
sans faire de différence entre les uns et les autres.
Que ton Esprit-Saint nous libère de tout orgueil et de toute suffisance.
Qu’il nous aide, chacun à notre place, chacun à notre manière,
à savoir accueillir avec bienveillance
et à savoir révéler ta présence au milieu de nous
en partageant ce que nous sommes, ce que nous savons
et ce que nous croyons. AMEN.


Dimanche de la Mission et 30e dimanche du temps ordinaire
Siracide 35, 15b-17.20-22a; Psaume 33; 2 Timothée 4, 6-8.16-18; Luc 18, 9-14