Homélie du 8 octobre 2017 (Mt 21, 33-43)

Mgr Robert Miranda – Ecole des Missions, Chapelle St-Joseph, St-Gingolph, VS

A l’occasion du Mois de la Mission universelle

 

Mes chers frères et sœurs en Jésus-Christ!

Je considère comme un privilège donné par Dieu de partager avec vous mon expérience dans la Mission du diocèse de Gulbarga. C’est fascinant de voir les efforts que Missio fait pour encourager les gens à partager la Joie de l’Evangile partout dans le monde. Mes chaleureux remerciements à Missio Suisse.

Dans le cadre de mon partage, chers amis, je voudrais vous inviter tout d’abord à penser au début de cette mission dont nous parlons. Qui a commencé cette mission? Où cela a-t-il commencé? Nous le savons : cela a commencé avec notre Seigneur Jésus lui-même, qui, dans l’obéissance au désir du Père, est venu en ce monde, a donné sa vie sur la croix et est ressuscité des morts, afin que nous puissions être délivrés du péché et de la mort.

Proclamer l’amour de Dieu

Dieu veut que tous soient sauvés. Il veut que chacun fasse l’expérience de son amour, et pour cela, Jésus a ordonné à ses apôtres: «Allez dans le monde entier … et enseignez-leur tout ce que je vous ai dit.” Touchés par cet amour salvateur, nous devons partir et proclamer cet amour à tous les peuples. Touchés par cette expérience bouleversante de l’amour de Dieu, les Apôtres, les martyrs et tous les saints, depuis des siècles, ont témoigné de son amour et ont proclamé la Bonne Nouvelle par la Parole et par les œuvres. La Bonne Nouvelle devient fructueuse dans le monde entier.

J’ai dit « oui »

Je ne suis pas un grand missionnaire comme eux. Je ne suis qu’un prêtre ordinaire, un missionnaire appelé aujourd’hui à servir le diocèse de Gulbarga comme son berger, faisant de mon mieux pour suivre le Seigneur sur ses traces. C’était le désir de mon cœur dès mon plus jeune âge d’être missionnaire. Après seulement quatre ans de prêtrise, l’évêque de Bengalore – le diocèse auquel j’appartenais – m’a partagé un jour son intention de créer une nouvelle mission pour le diocèse et son envie que je sois le pionnier de cette mission. Avec de grands combats dans mon âme, et en faisant confiance au Seigneur, j’ai dit : « Oui » et l’évêque m’a accompagné jusqu’à cette nouvelle terre de mission, populairement connue sous le nom de «Mission de Bidar», une mission située à 1.000 km de Mangalore.

Une communauté chrétienne a vu le jour

Nous ne connaissions presque personne dans cet endroit. Je ne savais pas comment commencer, quand démarrer… Nous avons commencé à rencontrer des personnes chaque jour, et chaque jour de nouvelles personnes, en voyageant à pied ou à vélo. Nous leur adressions des sourires avec les salutations traditionnelles du « Namaste ». Nous nous sommes présentés à eux et, bientôt, certains sont devenus nos amis. Il semble que Dieu ait déjà été présent en eux et travaillait pour nous. Ils nous ont invités dans leurs maisons, dans leurs villages et nous ont demandé de leur prêcher la Parole de Dieu. Bientôt ceux qui avaient accepté le Seigneur dans leur cœur ont été reçus dans la foi catholique : une communauté chrétienne locale a vu le jour. Comme la plupart d’entre eux étaient pauvres et analphabètes, mais riches et généreux en amour, c’était une tâche ardue et difficile pour nous de les former dans la foi.

Un processus de «renforcement communautaire»

Nous avons pris des années pour les instruire et les accueillir ensuite dans l’Église. Dans ce processus, notre compréhension de la mission a elle aussi changé. Pauvres et analphabètes, ayant subi plusieurs problèmes dans leur vie, ils avaient besoin de notre aide pour faire face à la vie. Par conséquent, nous avons mis en place un processus de «renforcement communautaire» en nous engageant dans diverses activités éducatives et de développement social pour tous, indépendamment de leur caste ou de leur croyance. Notre mission s’adressait à tous. Ainsi, après 23 ans de dur labeur, tout était prêt pour la création d’un nouveau diocèse. Le nouveau diocèse fut érigé le 24 juin 2005 et on m’a nommé comme premier évêque. Aujourd’hui, nous sommes 8’000 catholiques, une équipe de 70 prêtres, 216 religieuses et plus de 400 collaborateurs laïcs dans différents champs d’activités de la mission. Loué soit le Seigneur ! « La récolte est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ». C’est là où nous en sommes.

Invités à porter beaucoup de fruit

Aujourd’hui, nous voulons que nos chrétiens deviennent des évangélisateurs et nous faisons de notre mieux pour les motiver et les enseigner, afin qu’ils puissent à leur tour proclamer l’amour particulier de Dieu pour eux-mêmes et pour toutes les personnes qui les entourent, de toutes religions. Aujourd’hui, c’est le Mois de la Mission universelle qui nous réunit. Il y a la Mission à Gulbarga, en Inde, sur tous les continents et en Suisse. L’Évangile du jour nous invite, nous l’Église, la «Vigne choisie», à porter beaucoup de fruit, et, en tant que communauté, à remercier Dieu pour tout son amour et toute sa bienveillance ; à le remercier pour les nombreuses bénédictions que nous avons reçues, à la fois spirituelles et temporelles. Portons beaucoup de fruit ! L’Inde est reconnaissante à toute l’Europe pour le don de la foi qu’elle a reçu grâce aux milliers de missionnaires venus dans notre pays. Mon diocèse de Gulbarga aussi est reconnaissant. Et il nous revient, c’est notre tour, de faire de notre mieux pour être témoins du Seigneur et devenir des évangélisateurs !

Que le Seigneur Jésus qui nous a réunis aujourd’hui et qui a dit: «Voici, je serai avec vous jusqu’à la fin du monde», soit avec vous et avec moi, alors que nous poursuivons dans la joie la Mission jusqu’à son terme.


27e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques :  Isaïe 5, 1-7; Psaume 79, 9.12, 13-14, 15-16, 19-20; Philippiens 4, 6-9; Matthieu 21, 33-43


 

Homélie du 1er octobre 2017 (Mt 21, 28-32)

Chanoine Cyrille Rieder – Abbaye de Saint-Maurice,VS

Mes bien chers frères et sœurs,

Il semble qu’il y ait quatre leçons dans la lecture du livre d’Ezéchiel que nous venons de lire :

1) on ne paie jamais pour les autres
2) un avenir est toujours possible
3) un appel à la conversion
4) même dans le malheur, vivre au plein sens du terme, c’est-à-dire en union avec Dieu, est toujours possible.

 

Premièrement, étape très importante dans la découverte de la justice de Dieu : On ne paie jamais pour les autres. L’une des premières phrases de ce texte, c’est : « vous dites ‘La conduite du Seigneur est étrange’ ». C’est que le peuple d’Israël est en pleine révolte contre Dieu. Il traverse une période atroce, l’exil à Babylone et il crie : « qu’est-ce qu’on a fait à Dieu pour mériter cela ? » Même aujourd’hui cette phrase nous vient spontanément à la bouche quand le malheur nous arrive. On se rappelle l’histoire de l’aveugle-né chez saint Jean. En le voyant, les disciples de Jésus lui ont posé la question classique : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? », en d’autres termes « à qui la faute ? »

Au temps d’Ezéchiel, cette question « à qui la faute ? » se posait de façon dramatique. Ezéchiel fait partie des habitants de Jérusalem déportés à Babylone par les armées de Nabuchodonosor. C’est la catastrophe : on a vécu toutes les atrocités d’une guerre, et maintenant, à Babylone, loin du pays – la fameuse Terre promise, qui devait ruisseler de lait et de miel, disait-on -, loin de Jérusalem détruite, loin du Temple saccagé, avec la population décimée… on a tout perdu. Or cette génération dans la tourmente n’est pas pire que les précédentes. Et on a quand même bien l’impression qu’on paie tout le poids du passé, les fautes accumulées des générations précédentes (jusqu’à la quatrième), comme si le vase de la colère de Dieu avait tout d’un coup débordé. De là à faire un procès à Dieu, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Et voilà que Dieu lui-même aujourd’hui se disculpe : Cessez de dire : « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents des fils en ont été agacées » et écoutez : « Si le juste se détourne de sa justice… il mourra à cause de sa perversité. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté, s’il met en pratique le droit et la justice, il sauvera sa vie » Autrement dit, on n’est jamais puni pour un autre.

Plus tard, du temps de Job, on reconnaîtra qu’il n’y a pas de mesure automatique entre nos actions, bonnes ou mauvaises et ce qui nous arrive de bon ou de mauvais… que les bons ne sont pas forcément récompensés  ni les méchants punis. On découvrira qu’on ne paie jamais rien, ni pour d’autres, ni pour soi-même… parce que Dieu ne punit jamais.

Plus tard encore, on découvrira que Dieu n’est pas la cause directe de tout ce qui nous arrive. Pour l’instant, avec Ezéchiel, on cesse d’accuser Dieu de nous faire payer les fautes de nos parents.

 

Deuxième leçon de ce texte : un avenir est toujours possible ; rien n’est jamais définitivement joué. Leçon capitale !… Pour nous encore aujourd’hui, d’ailleurs. Car effectivement, tant qu’on croit qu’on paie pour les autres, on est tenté de s’abandonner au désespoir ; or Ezéchiel, comme tout bon prophète, n’a pas de pire ennemi que le découragement. C’est pourquoi, il faut prendre au sérieux cette phrase : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté, s’il se met à pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra. » Il est toujours temps de changer de conduite, de se convertir, de faire demi-tour, nous dit encore Ezéchiel.

 

Et donc, la troisième leçon de ce texte découle directement de la précédente : c’est un appel à la conversion : « Je ne prends pas plaisir à la mort de celui qui meurt… Revenez donc et vivez ! »

 

Quatrième leçon de ce texte : même dans le malheur, vivre au plein sens du terme, c’est à dire en union avec Dieu est toujours possible. Ezéchiel parle beaucoup de vie et de mort. Mais il vise autre chose que la vie et la mort physiques. Les exilés, d’ailleurs, parlaient de leur exil comme d’une situation de mort : « Nos révoltes et nos péchés sont sur nous, nous pourrissons à cause d’eux, comment pourrons-nous vivre ? ». Pour eux, privés de tout ce qui faisait leur vie et en particulier la pratique de leur foi, l’exil était une situation de non-vie, une espèce de mort larvée. Ezéchiel ne leur promet pas toute de suite le retour, mais il leur dit : « la vraie vie, c’est l’intimité avec Dieu » et cela, c’est possible partout. « Convertissez-vous et vivez ! »

 

Quatre leçons donc dans ce texte, toutes éminemment positives.

C’est à cela que l’on reconnaît les prophètes.

Retenons :

On ne paie jamais pour les autres.

Un avenir est toujours possible.

Appel à la Conversion.

Vivre l’Union avec Dieu est toujours possible

Ainsi soit-il !


26e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques : Ezéchiel 18, 25-28; Psaume 24, 4-5ab, 6-7, 8-9; Philippiens 2, 1-11; Matthieu 21, 28-32