Premiers cours de catéchisme en ligne à Paris
L’Allemagne divisée
Les chrétiens au Kurdistan face au référendum
Homélie du 24 septembre 2017 (Mt 20, 1-16.)
Abbé Jean-Pascal Vacher – Basilique Notre-Dame, Lausanne
Un Denier mystérieux !
Il y a un mois, la liturgie de la messe en semaine nous offrait déjà cette parabole. A cette occasion, j’ai posé à l’assemblée cette question : « A quoi correspond dans la parabole de Jésus cette pièce d’un denier ? » J’ai ajouté : « Je ne vous donnerai pas la réponse maintenant mais lors de la messe radiodiffusée dont ce sera également l’évangile. » Avec un peu de malice, j’ai encore dit : « Allez vous confesser ! Vous aurez peut-être la réponse ! Et si vous ne l’avez pas, vous aurez au moins eu la grâce du pardon. Car aux yeux de Dieu et de Saint Matthieu, collecteur d’impôts converti et évangéliste, la véritable TVA, la Taxe sur la Valeur Ajoutée, c’est le pardon divin. »
Pour avoir la réponse, frères et sœurs, vous n’aurez pas besoin d’attendre un mois mais seulement quelques minutes. J’espère cependant que votre attente maintiendra votre cœur en alerte au moins jusqu’à la fin de l’homélie, peut-être même au-delà et aiguisera votre désir, jusqu’à s’épanouir en espérance théologale.
Le Maître de la parabole ne semble avoir comme unique préoccupation que l’embauche des ouvriers. On peut avoir l’impression du reste qu’il a une journée bien décousue. Il interrompt son sommeil tôt le matin pour appeler au travail les premiers ouvriers. Il revient à 9h00, à midi, à 15 heures et finalement à 17h00 pour faire de même. Dans une période de chômage, c’est peut-être sympathique. Mais avouons-le, ce patron-semble-t-il- n’a rien à faire de ses journées, sinon d’appeler !
Aux premiers, il fixe un salaire d’un denier pour la journée. Aux suivants, il dit simplement : « Je vous donnerai ce qui est juste. » Et aux derniers, il propose de travailler mais il ne leur promet rien ; ces derniers sont réduits à faire confiance au maître.
La manière dont il organise la remise du salaire est encore une fois surprenante. S’il avait voulu susciter de la jalousie entre les ouvriers, il ne s’y serait pas pris autrement. De fait, si nous nous mettons dans la peau des ouvriers de la première heure, nous ressentons assez spontanément une réaction de révolte : « Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur ! » Mais il est aussi vrai que si nous nous mettons dans la peau des ouvriers de la dernière heure, nous nous réjouirions de recevoir le salaire qui correspond à une journée de de travail.
Garder le cœur ouvert aux surprises de Dieu
Dans notre expectative, nous nous tournerons peut-être vers cette parole sortie de la bouche de Dieu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Nous garderons notre cœur ouvert aux surprises de Dieu, même si nous ne comprenons pas sa logique et que nous gardons notre perplexité.
N’est-ce pas aussi cet étonnement qui a saisi le Pape Benoît XVI au moment de son élection comme successeur de Pierre ? Il s’attendait enfin à avoir un peu de répit après une vie de service déjà bien remplie. Il s’apprêtait à finir sa vie dans la contemplation du mystère de Dieu. Et voilà qu’il est appelé par l’Esprit Saint à cette fonction suprême. Or, avant sa première bénédiction solennelle « Urbi et Orbi », il ne dit pas : « Seigneur, ça suffit ! J’ai donné ! J’ai assez travaillé ! Laisse-moi tranquille ! Donne-moi maintenant mon salaire ! Je veux, je réclame et j’exige mon salaire ! » Non, il prononce, devant la foule rassemblée sous le soleil de la place Saint-Pierre ces paroles d’humble confiance désormais célèbres: « Chers frères et sœurs, après le grand Pape Jean-Paul II, les cardinaux m’ont élu moi, un humble et simple ouvrier de la Vigne du Seigneur. Je suis réconforté de savoir que le Seigneur sait œuvrer et agit aussi avec des instruments insuffisants. Et avant tout, je m’en remets à vos prières. Dans la joie du Seigneur ressuscité, confiants dans son aide permanente, nous devons aller de l’avant. Le Seigneur nous aidera et Marie sa Mère sera avec nous. Merci. »
Travailler de bon cœur pour le Seigneur
Le Pape Benoît XVI, en jouant les prolongations bien au-delà de l’âge de la retraite, et ne voyez là aucune consigne de vote pour ce dimanche, devient un exemple qui nous dit que nous avons à travailler pour le Seigneur de bon cœur jusqu’au bout de notre vie. N’ayons aucune amertume quand nous servons le Seigneur, même si nous devions travailler 1000 ans et attendre jusqu’à la fin des temps avant de recevoir notre salaire. Mais soyons dans la joie d’avoir été appelés à cette dignité de Le servir avec beaucoup d’amour.
Maintenant, j’aimerais vous proposer deux exemples dans l’évangile. Une ouvrière qui a commencé son travail au premier instant de sa vie et un ouvrier qui a commencé le sien presque au dernier instant de la sienne.
Marie continue à s’occuper de nous
Il s’agit tout d’abord de la Vierge Marie. Dès sa conception, Marie est l’Immaculée. Cette grâce la place, certes après Jésus, mais bien devant Saint Pierre, la première de tous les ouvriers et ouvrières de la vigne du Seigneur, toutes catégories confondues. Nous savons aussi qu’elle a travaillé sans relâche toute sa vie sans décrocher un seul instant et sans jamais rouspéter devant l’énorme tâche qui était la sienne. Nous savons même qu’elle continue sans interruption, non plus dans les larmes et les fatigues, mais dans une paix éternelle à travailler pour que le Règne de son Fils arrive. Et c’est pour nous tous, ses enfants, un profond réconfort de savoir que notre Mère du Ciel veille sur nous, mieux s’occupe toujours de nous.
Le bon larron, ouvrier de la dernière minute
L’autre ouvrier, celui de la dernière minute, c’est celui que la Tradition a appelé le bon larron. Il n’était cependant pas si bon. Parlant de la crucifixion qu’il est en train de subir, il dit à son ami de forfaiture : « Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » (Luc 23, 41.) Cet homme a donc commencé par chercher à détruire le Royaume de Jésus. Il a employé son temps et son énergie à faire le mal. Il a commis des injustices et probablement tué des innocents, pour qu’il puisse penser qu’un supplice aussi atroce que la crucifixion lui était dû. Il n’y a pas beaucoup de condamnés à la chaise électrique qui affirment que leur peine est juste et pourtant mourir avec des clous plantés dans sa chair est bien plus douloureux qu’une décharge électrique. Or, après avoir reconnu l’innocence absolue de Jésus, il se tourne vers lui et lui dit : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Et sur le champ, Jésus lui déclare : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Luc 23, 42-43.) Cet homme semble bien recevoir son salaire immédiatement.
Marie a été témoin de cet échange bouleversant. Pouvons-nous imaginer sa réaction ? A-t-elle dit : « Jésus, tu ne vas tout de même pas offrir ton Royaume à ce criminel ! Pense à moi qui ai tant souffert pour toi ! Mes moindres pensées, paroles et actions, je les ai accomplies avec une fidélité de tous les instants ! Donner ta grâce à ce brigand, l’introduire dans la gloire avec toi et cela avant moi serait trop injuste ! » Ou au contraire, n’a-t-elle pas plutôt dit à Jésus: « Quelle joie pour mon cœur de Mère de voir cet homme, qui semblait avoir pris le chemin de la perdition et pour lequel tu as versé ton sang précieux, être sauvé ! Quel réconfort pour moi de voir immédiatement les fruits merveilleux de la Rédemption pénétrer dans ce cœur meurtri par ses nombreux péchés être pleinement restauré et vivre ses derniers instants dans l’Amour de Dieu et du prochain ! Merci Jésus pour ton immense bonté. » Ces dernières paroles de la Vierge ne sont-elles pas un encouragement pour nous pécheurs ? Ne sont-elles pas un appel à la conversion bien plus puissant que toutes les condamnations motivées par la haine destructrice de la jalousie ? Marie ne sait faire qu’une chose : s’unir aux intentions de son Fils. Et Jésus ne vise qu’un objectif : accomplir la volonté de son Père qui est de sauver tous les hommes, même les pires.
L’intégralité de notre salaire : Dieu lui-même
Frères et sœurs, ce denier mystérieux, devinez-vous enfin de quoi il s’agit ? S’agit-il d’une pièce de monnaie sonnante et trébuchante ? Bien évidemment non. Cependant, ce denier est le symbole du salaire juste, du salaire qui permet de vivre. Or, Dieu seul est le Juste ; Dieu seul est la Vie. Par conséquent, ce denier représente Dieu Lui-même qui est absolument juste et nécessaire à notre vie. Ce denier est la Trinité Sainte, la Vie éternelle. Dieu ne peut pas nous donner plus que Lui-même. Dès le baptême, même avant de commencer à travailler, sans attendre, et pour Marie dès le premier instant de sa vie, la générosité de Dieu nous donne l’intégralité de notre salaire puisqu’Il se donne Lui-même en faisant de nous sa demeure. Mais nous en prenons possession avec de plus en plus de fermeté au fur et à mesure que nous travaillons à sa vigne et progressons dans la fidélité à l’Amour. Si le péché peut nous faire perdre ce salaire, le pardon de Dieu nous le fait retrouver, parce qu’il nous ouvre à la communion au Christ présent dans son Eucharistie et ultimement il nous ouvre son Royaume, d’où mon invitation de départ à expérimenter la miséricorde du Père en allant nous confesser. Mais cette possession de Dieu sera pleine d’une sécurité absolue lors de notre entrée dans le Paradis. Récriminer en qualifiant ce salaire d’insuffisant est le comble de l’ingratitude. Le reconnaître pour ce qu’il est réellement, c’est être dans la lumière de la Vérité. Le recevoir, c’est le bonheur suprême. Le vouloir pour soi et pour tous les hommes, c’est la charité. Et plus la charité est intense au jour de notre mort, plus ce bonheur de Dieu envahira notre cœur et le comblera.
Alors, demandons d’entendre l’appel du Seigneur à travailler à sa vigne. Réjouissons-nous de pouvoir commencer tôt notre travail à son service. Remercions-Le de pouvoir y travailler longtemps. Et désirons que beaucoup nous rejoignent dans ce travail exaltant et même à la dernière minute, car nous les aurons tous comme compagnons de Béatitude. Amen.
25e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Année A
Lectures bibliques : Isaïe 55, 6-9 ; Psaume 144, 2-3, 8-9, 17-18 ; Philippiens 1, 20c-24.27a ; Matthieu 20, 1-16.
Homélies TV du 24 septembre 2017
Pasteur Gottfried Locher et cardinal Kurt Koch à l’église de Sachseln (OW) – Célébration œcuménique
Prédication I : Pasteur Gottfried Locher, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS)
«Mon Seigneur et mon Dieu, éloigne de moi tout ce qui m’éloigne de toi.»
Telle est la prière de Nicolas de Flue. Elle a 500 ans mais elle reste actuelle pour le monde d’aujourd’hui.
«Eloigne de moi tout ce qui m’éloigne de toi.»: c’est quelque chose que nous connaissons aussi: tout ce que nous traînons avec nous sans en avoir vraiment besoin. Année après année, nous achetons toujours plus de vêtements, toujours plus de meubles, toujours plus de livres, la maison est pleine depuis longtemps et elle continue à se remplir, alors que nous n’utilisons réellement qu’une infime partie de tout cela. Et le jour où nous déménageons, nous nous tenons devant la pile de cartons à bananes, nous secouons la tête et nous nous demandons comment nous avons pu en arriver là.
«Eloigne de moi tout ce qui m’éloigne de toi.»: Frère Nicolas ne pense pas seulement aux choses matérielles. Il pense aussi à tout ce que nous accumulons au cours des années: du prestige, par exemple, de la considération, une position dirigeante dans notre métier ou encore un réseau influent, un titre universitaire devant lequel tous se figent de respect ou peut-être la célébrité, qui sait. Il existe une infinité de choses que nous pensons être enviables.
Et le sont-elles? A chacun de décider pour lui-même. Le bien-être n’est pas mauvais en soi et les biens immatériels font partie de la vie. Mais la question demeure : lesquelles de toutes ces choses qui font envie font-elles vraiment du bien?
Frère Nicolas exprime ce que nous sentons aussi: il y a beaucoup trop de «trucs» dans notre vie qui nous freinent, nous paralysent, nous oppressent. Nous avons, pour ainsi dire, librement aliéné notre liberté avec tous ces biens, matériels et immatériels.
Et telle est notre vie actuelle, avec trop de tout et dans une cage dorée. Et le pire est que nous nous en débarrasserons difficilement tout seuls. Nous y avons investi trop de travail, trop de passion pour nous en séparer.
«Eloigne de moi», dit Frère Nicolas. Et, ce disant, il dit ce que nous savons: c’est à un autre de nous enlever tout ce qui ne nous fait pas du bien. Nous n’y réussissons pas seuls. Frère Nicolas a raison.
Et il nous rappelle aussi le texte biblique: «Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites, ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.»
Et c’est de cela qu’il s’agit: là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
Les voitures?
Ainsi donc, laissez-moi vous poser la question: où donc se trouve votre trésor? Dites-moi, est-il, par exemple, fait de tôle, une tôle belle, chère et rapide, avec beaucoup de chevaux sous le capot? Brille-t-il encore, votre trésor ou rouille-t-il déjà ?
Les vêtements?
Dites-moi, est-il peut-être en étoffe, votre trésor, en étoffe précieuse, par exemple de Chanel ou Dior ou Louis Vuitton? Êtes-vous encore pleinement à la mode ou déjà mités?
Ce n’est qu’une question de temps. Les voitures, les vêtements, rien ne dure.
Ah! vous n’accordez guère d’importance aux choses matérielles, dites-vous? Il existe des trésors terrestres qui sont immatériels comme nous l’avons vu: exercer de l’influence; pouvoir commander; être important. Ou la célébrité. Avoir bonne réputation. Être admiré. Être aimé. Tout cela d’ailleurs est aussi périssable, sans rouille ni mites.
D’où cette question dérangeante: Où est votre trésor? La réponse révèle quelque chose de vous. Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.
Trésor dans le ciel
Sœurs et frères, si seulement Jésus était un peu plus flexible en la matière, un peu moins noir ou blanc! Mais non: il est limpide. Ne placez pas votre cœur dans des trésors terrestres – toi non plus, chère Église. Ne vous mettez pas en quatre pour de l’argent, le pouvoir, la louange, les applaudissements. Vous n’êtes pas au monde pour les trésors terrestres. Faites-en usage, protégez-les, mais ne leur offrez jamais votre cœur. Votre cœur doit aller ailleurs.
Chers fidèles, il y a beaucoup de bonnes prières. Celle de Frère Nicolas fait partie des rares qu’il est facile d’apprendre par cœur.
Apprenez-la par cœur! Celui qui garde toujours ces mots dans son cœur s’en souviendra au quotidien. Aussi, au moment où il faudra ne pas vouloir encore plus mais, pour une fois, abandonner quelque chose, se détacher, peut-être de son plein gré, peut-être pas. «Éloigne de moi tout ce qui m’éloigne de toi.»
Voilà des paroles sages. Depuis 600 ans.
Prédication II : Cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens
Dieu offre au jeune roi Salomon d’exaucer une prière lors de son accession au trône. Salomon ne demande ni succès, ni richesse, ni longue vie ni même l’anéantissement de ses ennemis. Sa seule prière est celle-ci: «Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal» (1 Rois 3,9). Cette demande d’un cœur attentif rejoint tout à fait la prière de saint Nicolas de Flue.
Le président Gottfried Locher nous a expliqué la première strophe de la prière de Frère Nicolas et montré ce qui doit nous être enlevé pour ne pas nous éloigner de Dieu. C’est seulement lorsque notre cœur est vide de tout ce qui l’encombre qu’il peut s’emplir de l’essentiel et abriter le vrai trésor. Frère Nicolas montre, dans la deuxième strophe, que nous devons aussi recevoir beaucoup de choses qui nous rapprochent de Dieu. «Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi.»
Frère Nicolas prie aussi, en premier lieu, pour avoir un cœur attentif à Dieu. Il s’est retiré dans un ermitage au fond des gorges de la Melchaa pour être dans le silence et entendre Dieu qui nous parle à voix basse.
Cette prière est d’une actualité particulière à notre époque, où nous sommes partiellement voire totalement sourds à Dieu. Nous avons tellement de fréquences différentes dans l’oreille, nous avons même fermé nos oreilles, si bien que nous n’entendons plus guère Dieu. Frère Nicolas a fait du silence sa maison pour entendre le murmure de Dieu. Il est ainsi devenu au plus profond de lui-même un ami de Dieu.
Frère Nicolas a aussi demandé un cœur attentif aux autres. Lorsqu’il a quitté sa famille et son activité publique et qu’il s’est retiré dans la solitude, il n’a aucunement pris congé du monde et il ne s’est pas détourné des humains. Il les a plutôt emportés avec lui dans son cœur.
Il est devenu véritablement réceptif aux soucis et aux souhaits des gens. Et il est devenu un conseiller sage même en politique en s’engageant pour la paix dans la Confédération. Mais le miracle politique de Stans, sa médiation de paix en 1481, n’est pas pensable sans le miracle religieux de son amitié avec Dieu au Ranft.
Les deux choses sont indissociables chez lui: il est entré si profondément dans le mystère divin qu’il a toujours eu un cœur attentif aux hommes qui ont cherché son conseil. En tant qu’ami de Dieu, il a aussi été grandement un ami des hommes.
Celui qui plonge en Dieu, réapparaît chez ses contemporains et s’engage surtout pour la réconciliation et la paix entre les hommes et entre les peuples. Car la paix véritable ne peut être cherchée qu’auprès de Dieu et c’est à lui seul qu’on peut la demander. La première paix et la plus importante, c’est la paix de l’homme qui porte Dieu dans son cœur. Elle est la paix véritable et toutes les autres formes de paix sont des reflets de cette paix élémentaire de Dieu. La paix du monde commence en réalité dans son propre cœur avec la paix que seul Dieu peut donner.
Le cœur attentif à Dieu et aux humains de Frère Nicolas s’exprime de la plus belle façon, sans aucun doute, dans son image de méditation. Celle-ci montre les différents mystères de l’histoire du salut et en même temps les œuvres physiques de la charité dont nous sommes chargés envers les humains en réponse au cadeau de l’amour de Dieu. Les deux choses, les mystères de la foi et les œuvres de charité sont vues comme une seule. Et nous pouvons ainsi entrevoir le cœur du mystère de la vie de Frère Nicolas: il se révèle être un témoin crédible de la foi parce qu’il réunissait ce qui ne se laisse pas séparer dans l’écologie du christianisme: Dieu et le monde, le service à Dieu et le service aux hommes, la piété et la responsabilité publique.
Les deux sont ensemble dans la tête couronnée au milieu de son image de méditation.
C’est en ceci que je vois le grand héritage spirituel et le défi permanent que nous laisse le saint des gorges de la Melchaa à nous, les chrétiens d’aujourd’hui. Nous ne pouvons relever ce défi de manière crédible qu’en communauté œcuménique. Le Réformateur Ulrich Zwingli n’était pas, en son temps, impressionné uniquement par l’action politique de Frère Nicolas mais aussi par la force du rayonnement de sa foi. Frère Nicolas ne nous sépare pas, nous chrétiens, mais nous réunit, surtout aujourd’hui. Pouvoir fêter son 600e anniversaire pendant les célébrations des 500 ans de la Réforme avec un service œcuménique est une belle rencontre qui fait réfléchir.
Demandons, nous aussi, dans l’esprit de Frère Nicolas, de recevoir un cœur attentif. Car seul un tel cœur peut nous rapprocher de Dieu. Frère Nicolas a demandé un cœur attentif à Dieu et aux humains. Et il a encore prié pour plus que cela, il a même demandé que la prière lui soit donnée. Car il savait que la prière n’est pas notre mérite mais qu’elle est l’œuvre de Dieu en nous comme Saint Paul l’a déjà dit: «Nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables» (Rom. 8,26). Dans ce sens, ce n’est donc pas nous, les humains, qui prions.
C’est l’Esprit Saint qui prie en nous. C’est pourquoi la prière fait partie des grands dons de l’amour de Dieu envers nous, humains. La prière, elle aussi, doit nous être donnée pour qu’elle nous rapproche de Dieu. Et c’est ainsi que, comme Frère Nicolas et avec lui, nous pouvons résumer nos demandes en une seule prière: celle de devenir toujours plus des priants : « Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi.» Oui, donne-moi surtout un cœur attentif à Toi et aux humains et fais-moi le don de la prière.
Amen.
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Homélie du 17 septembre 2017 (Mt 18, 21-35)
Abbé Léonardo Kamalebo – Église de St-Blaise, (NE)
Bien-aimés (e)s de Dieu et vous auditeurs et auditrices de l’Espace 2
Lors des massacres à grande échelle et les tueries en République démocratique du Congo, j’avais rencontré un Monsieur qui avait perdu toute sa famille. Sa femme, ses 5 enfants avaient été sauvagement abattus, torturés et égorgés devant ses yeux. Je lui parlais du Pardon. Il me disait : »Je n’ai pas de choix, mon Père. Je pardonne, mais je garde mon agenda. » Mais pourquoi, lui dis-je ? « Tu sais que j’ai une mémoire courte. Je pardonne, mais je n’oublierai jamais. »
Le vrai pardon
Voilà une expression que nous avons souvent entendue ou que nous avons dite nous-mêmes. C’est une caricature du pardon, un pardon humain, superficiel, qui n’a rien à voir avec le vrai pardon divin. Cela montre « qu’il n’est pas humain de pardonner, c’est divin. » Il est plus grave de mal pardonner que de ne pas pardonner du tout. Pardonner c’est dépasser tout ce qui est de l’homme, tout ce qui est de l’instinct, de race, de langue… et monter au-dessus de soi, se libérer.
La condition essentielle pour que la communauté chrétienne soit une réussite c’est que le pardon ne connaisse pas de limites. La mesure de pardonner, c’est de pardonner sans mesure.
Le moine Anselm Grün nous fait remarquer que l’Apôtre Pierre se considère comme déjà fort généreux lorsque, en réponse à sa propre question sur le nombre de fois où il convient de pardonner, il répond lui-même : » Seigneur, combien de fois dois-je fermer les yeux sur le manquement de mon frère ? Sept fois ? » (Mt 18,21) La coutume juive voulait que l’on pardonne deux ou trois fois un offenseur : Pierre est prêt à renchérir sur les pharisiens. Jésus lui enseigne que le pardon doit être illimité, parfait. 7 étant le nombre de perfection. » Ce n’est pas sept fois que je te dis de le faire, mais soixante dix fois sept fois. » Ce qui signifierait que Pierre, selon le mot du théologien Luz, doit accorder un pardon constant « parfaitement parfait, infini, sans limites, répété d’innombrables fois. »
La grâce de Dieu nous accompagne
Pour Jésus, il faut pardonner du fond du coeur. Mais la démarche n’est pas simple en soi, ni pour moi ni pour vous qui vivez, par exemple, un divorce difficile, un abandon par les enfants, un licenciement abusif, une exclusion pour la couleur de peau ou pour sa confession religieuse autre. La démarche n’est pas impossible non plus parce que Dieu et sa grâce nous accompagnent.
La parabole du serviteur impitoyable, appelé par Luther « Le Serviteur du Malin », illustre magnifiquement la difficulté de pardonner. Matthieu parle de l’argent, de dettes, de factures, de remise quand il parle du pardon comme pour nous dire que le pardon est une nécessité vitale, elle s’inscrit dans notre existence quotidienne. Matthieu parle d’un homme qui a été acquitté d’une énorme dette, 60 millions de pièces d’argent, et refuse de remettre une somme modique, 100 pièces d’argent, à qui l’en supplie. L’énorme somme représente la dette infiniment grande de l’homme par rapport à Dieu. La somme minime représente la dette infiniment petite entre l’homme et son prochain. Le premier débiteur n’aura jamais la moindre chance de s’acquitter de sa dette, même par la prison comme le voulait l’usage des Romains et des Perses. C’est à ce débiteur que Jésus nous compare. Dieu a pitié de nous. Il nous remet notre dette tout entière.
Nous, en revanche, sommes impitoyables et mesquins dès qu’un de nos frères nommé « compagnon » (5 fois dans le texte) c’est-à-dire notre « prochain » au service du même roi que nous, a contracté une petite dette envers nous.
La dette de l’Amour
Bien aimés de Dieu, nous sommes débiteurs de Dieu et codébiteurs les uns des autres dans notre commune humanité, de la dette de l’Amour qui ne s’éteint jamais, celle de nous aimer les uns les autres (Rm 13,8). Et notre vécu du pardon conditionnera le regard même posé sur Dieu, comme nous le prions dans le Notre Père : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs »( Mt 6-12)
Nous sommes les débiteurs de Dieu, personnellement et communautairement. Nous lui sommes redevables de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons. Il nous a préservés de la famine et de la guerre. Comme le disait si bien le Général Guisan « … Si jusqu’à ce jour la Suisse est presque le seul des États européens à avoir été préservé des horreurs d’une invasion, nous le devons avant tout à la protection de Dieu. » Par son serviteur, le saint frère Nicolas de Flue, il a épargné la Suisse de la guerre civile entre cantons. Désormais, « malgré les luttes religieuses, les soldats catholiques et protestants, autour du feu, pouvaient partager la Soupe à Cappel. On se rappellera de la diète de Stans de 1481 et de la main du Frère Nicolas sur la Suisse en mai 1940 pour l’épargner de la guerre.
C’est pourquoi en 1832 la Diète fédérale, sur la proposition de la députation du Grand Conseil d’Argovie, a décrété la célébration du jour de jeûne, de prière et d’actions de grâces pour tous les États de la Confédération le 3ème dimanche de septembre ( Henri Vuilleumier) pour consolider la paix et le lien fédéral , la solidarité entre les Suisses.
Seigneur, faites que je sois tout à vous
Vivons donc ce jour sous le signe de « Merci et de Pardon », mots chers au théologien neuchâtelois Maurice Zundel. Merci pour les bienfaits visibles et invisibles reçus du Seigneur et Pardon parce que notre conduite n’est pas toujours ce que la bonté de Dieu à notre égard est en droit d’attendre de nous. »Prions avec le Frère Nicolas, le protecteur de notre Patrie, le médiateur et réconciliateur :
« Oh! Seigneur, ôtez de moi ce qui m’éloigne de vous
Oh! Seigneur, donnez-moi ce qui m’approche de vous.
Oh! Seigneur, prenez-moi moi -même et faites que je sois tout à vous. »
« Oui, tout à Dieu, ici-bas dans la foi, la prière, l’amour vrai du pays, pour être tout à Lui dans le ciel notre définitive Patrie. »
AMEN
24e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Année A
Lectures bibliques : Siracide 27, 30 –28, 7; Psaume 102, 1-2, 3-4, 9-10, 11-12; Romains 14, 7-9; Matthieu 18, 21-35
