Homélie du 25 décembre 2014

Prédicateur : Père Jacques le Moual
Date : 25 décembre 2014
Lieu : Eglise Saint-Laurent, Charmey
Type : radio

Bonne et sainte fête de Noël.

Noël la fête la plus populaire, Noël la fête la plus universellement célébrée…Mais cette fête n’aurait-elle pas perdu sa véritable signification, défigurée sous un amoncellement de cadeaux, de réveillons et de fêtes folkloriques ?

Alors qu’est-elle cette fête de Noël, que doit-elle être pour nous, Chrétiens ?

Fête de l’amour… C’est qu’elle manifeste d’une manière stupéfiante jusqu’où est allé l’Amour de Dieu pour les hommes. Mais aussi, fête de l’espérance. Comment nous abandonner à la tristesse, à l’angoisse, au désespoir, quand nous nous savons aimés de Dieu ?

En cette fête de Noël nous avons entendu deux messages bibliques de style si différents :

Le récit de la naissance de Jésus composé par saint Luc, récit haut en couleurs, en images et en symboles. L’étable où Marie et Joseph se sont réfugiés. Les anges du ciel qui chantent la gloire de Dieu. Les bergers qui viennent à l’étable. Cette salle commune d’où l’on a renvoyé Marie et Joseph.

Cette belle narration de saint Luc est un merveilleux livre d’images, sachons le dépasser pour discerner ce qu’il signifie et entendre les questions qu’il nous pose.

C’est tout du moins ce que nous aide à faire le message de ce jour celui de l’évangile selon saint Jean. Texte certes austère mais qui exprime la réalité que Luc nous montrait en images.

Ce petit enfant de Bethléem, c’est le Verbe. Il ne fait qu’un avec Dieu. Il est source de toute vie et de toute lumière. Depuis toujours il était dans le monde mais le monde ne le connaissait pas. Il est venu visiblement chez les siens, dans son peuple. Les uns ne l’ont pas reçu ; les autres l’ont accueilli et ont cru en lui. Et à ceux qui ont cru en lui, il a donné de renaître à une vie nouvelle, de renaître à l’image de Dieu.

C’est pour cela que le Fils de Dieu s’est fait homme. S’il est venu vivre une vie d’homme comme la nôtre c’est pour faire de nous des fils et des filles de Dieu. C’est pour nous initier à sa propre vie divine car la gloire de Dieu, c’est de nous élever jusqu’à lui et nous faire partager sa propre vie.

Le message de Noël s’adresse, donc, à chacun de nous : “Toi aussi, tu es aimé de Dieu, toi aussi tu es précieux à ses yeux.”

La gloire de Dieu c’est qu’avec Jésus nous découvrions peu à peu la joie d’aimer comme la joie de garder courage quoi qu’il arrive, la joie de vivre sous la mouvance de l’Esprit.

« Oui, le verbe s’est fait chair. Il est devenu l’un d’entre nous. Il est venu habiter parmi nous, faire partager sa vie. »

Bonnes fêtes de la Nativité.»

Messe de la fête de Noël

Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Psaume : 97; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Homélie du 24 décembre 2014

Prédicateur : Mgr Joseph Roduit, Abbé de Saint-Maurice
Date : 24 décembre 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : tv

Bien chers frères et sœurs, chers téléspectatrices et téléspectateurs,

Le sourire d’un enfant

La joie simple de Noël, c’est le sourire d’un enfant. Je me souviendrai longtemps de ce passage des mémoires du Patriarche Athénagoras qui rappelait un souvenir de sa vie d’étudiant en astrophysique à l’université d’Athènes.

Il avait appris ce jour-là que l’univers est tellement grand que l’on peut voir la lumière d’un astre qui peut-être n’existe plus, tellement la lumière a mis de temps pour parvenir jusqu’au nous. Il s’est dit alors: “Je ne suis qu’un petit être sur un grain de sable qu’est la terre, mon existence n’a donc pas d’importance!” Il était allé se promener sur la plage grecque pour se changer les idées, mais un immense sentiment de tristesse avait envahi son coeur.

A son retour en ville, dans le bus, une fillette remarqua sa tristesse et demanda à sa maman ce qu’avait ce jeune monsieur. La maman l’encouragea à aller lui faire un sourire. L’enfant qui l’avait regardé avec interrogation plusieurs fois, revint vers lui et lui fit un large sourire.

Tout à coup, avouera- t- il, tout changea pour moi et je compris que le sourire d’un enfant est plus important que tout l’univers. Cela l’a amené à revoir totalement sa vie et ses connaissances scientifiques et il se fit …moine! Il deviendra le grand Patriarche œcuménique qui rencontra le pape Paul VI et signa avec lui en 1965 la fin de l’excommunication mutuelle entre catholiques et orthodoxes, qui les séparait depuis plus de neuf siècles.

La religion du visage

Le Patriarche orthodoxe dira plus tard: le christianisme est la religion du visage. Accueillir le sourire d’un enfant peut en effet donner sens à toute une vie.

Pour nous chrétiens, Noël, c’est le sourire d’un enfant, c’est le sourire que Dieu offre à l’humanité.

En disant cela, je n’oublie pas qu’un enfant ne vient pas au monde sans inquiétude des parents, sans souffrance de la mère. Noël, c’est aussi la joie d’un père à la fois ému et rassuré devant le petit être qui lui offre sa fragilité. Certes toutes les naissances n’apportent pas que des sourires. Mais si nous sommes là, chacun de nous, jeunes ou adultes, c’est parce que des personnes nous ont accueillis et souri dans la vie.

Vision du monde et visage de l’homme

L’actualité de la communication médiatique est telle aujourd’hui, que beaucoup de nos contemporains pensent que nous vivons dans le pire des mondes. A tel point qu’une nouvelle naissance peut engendrer plus d’inquiétude que de bonheur.

Ce regard triste sur la vie et sur le monde, Noël vient le changer en regard émerveillé. Le chrétien a reçu la mission de dire au monde que la vie vaut d’être vécue et qu’il ne faut pas que l’arbre du malheur cache la forêt du bonheur. A ce propos, j’aime bien rappeler ce proverbe: «Dans la forêt, une branche qui craque, fait beaucoup plus de bruit que toute la forêt qui pousse.»

En effet la sève du bonheur qui pousse dans le cœur de l’homme ne fait pas de bruit.

Fermons un peu les yeux sur une actualité tristement médiatisée pour ouvrir notre regard intérieur sur le bienfait du silence illustré par le sourire d’un enfant. Celui qui ne s’est pas arrêté un instant pour goûter le silence ne connaît pas la paix intérieure d’une douce nuit, d’une sainte nuit. Là, «dans un profond silence», dit l’Ecriture, Dieu se dit à l’homme. Et pour que cela ne soit pas qu’illusion ou fruit de la simple imagination, Dieu s’est manifesté à l’humanité par son Fils qui s’est fait d’abord petit enfant.

Le réalisme du regard

Il y a dans le sourire d’un enfant toute l’attente d’amour qui lui répondra. Bien sûr qu’il est plus facile de sourire à un enfant qu’à celui du pauvre mendiant qui nous tend la main d’un regard suppliant, d’un étranger qui me dit: «Permets-moi d’être différent». Et pourtant, même la femme à qui on cache le sourire et on voile le visage a droit à notre sourire bien plus qu’à un regard réprobateur.

En disant cela, je n’oublie pas que le même enfant Jésus dont on cherche le sourire aura un jour le visage bafoué du crucifié. Et pourtant il n’a été que bonté tout au long de sa vie.

C’est un grand mystère pour notre humanité: créé par bonté et pour manifester la joie de vivre et le bonheur d’aimer, voilà que le visage humain peut virer à la violence, au mépris jusqu’à vouloir supprimer l’autre quel qu’il soit. Pour le chrétien, l’autre est un frère, une sœur à aimer. Message utopique? Non! Espérance et confiance en l’homme malgré tout. Immense force du chrétien qui ose l’initiative du sourire et du pardon, le don du partage et de la solidarité.

Le message chrétien

Le sourire qu’on attend de l’enfant peut se prolonger sur le visage de l’adolescent qui a compris que, dans la vie, il faut parfois serrer les dents mais en ouvrant les lèvres. Le sourire de l’enfant ne pourra éclairer la vie de l’adulte que par un regard plus profond, plus intérieur sur les personnes, les évènements et les choses.

Le regard méfiant ou méprisant n’inspire aucune confiance. Alors que le regard bienveillant et souriant met en valeur le visage de l’autre et le sien. Le regard chrétien est un regard d’espérance. Il n’a rien de naïf. Il est au contraire plein de confiance et donne à l’autre toutes ses chances.

En notre monastère qui célèbre cette année les 1500 ans de son histoire religieuse ininterrompue, nous pouvons témoigner de ce qu’est l’espérance. Le pape François a raison de nous dire, à nous les chrétiens: «Ne nous laissons pas voler notre espérance». Même un vieux monastère peut signifier un sourire de Dieu dans un monde désabusé.

Puisse le visage du chrétien, éclairé par la joie de l’évangile, apporter la lumière de Noël dans les cœurs qui n’attendent qu’un sourire, autant d’un adulte que d’un enfant. La joie naît du sourire. La lumière naît de la lumière!»

Messe de Minuit

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6; Psaume 95; Tite 2, 11-14; Luc 2, 1-14

Homélie du 21 décembre 2014

Prédicateur : Chanoine Jean-Claude Crivelli
Date : 21 December 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Alors que se multiplient chez nous les attitudes négatives à l’égard des réfugiés et des requérants d’asile parce que peut-être nous cherchons à protéger notre confort, des initiatives généreuses voient le jour afin de sensibiliser la population, de réanimer en elle les sources de l’hospitalité.

Ainsi, il y a quelques mois, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés HCR, l’Office fédéral des migrations ODM et l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR ont mis sur pied un grand concours visant la reconnaissance et la promotion de l’intégration des réfugiés et des personnes admises à titre provisoire en Suisse. Parmi les gagnants : à la Chaux-de-fonds Gawa et Geneviève. Gawa est d’origine tibétaine, et Geneviève est suisse. Leur histoire a commencé simplement par un échange de service : déblayer la neige contre l’occasion de pratiquer la langue française.

L’apprentissage de la langue est indispensable. Pour un étranger, apprendre une langue c’est bâtir une maison qui l’abritera lui d’abord, dans laquelle bientôt il pourra nous recevoir, nous offrir l’hospitalité de sa propre parole à nous autres citoyens de ce pays. A la faveur de la parole échangée nous pourrons à notre tour l’accueillir vraiment. Bien mieux réciproquement c’est lui qui nous donnera l’hospitalité. Il sera à même de nous écouter. Lui et moi, nous pourrons nous nourrir l’un l’autre de la parole partagée.

Je pense à cette demande du Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour». Dans le grec du Nouveau Testament : τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον que l’on peut traduire par le pain « nécessaire », « substantiel » voire « sur-essentiel». Or qu’est-ce qui est essentiel pour un être humain, et qui le différencie de l’animal, sinon la parole ? Le Logos qui en latin se dit Verbum, le Verbe. Les relations entre les êtres que nous sommes sont portées et traversées par la parole. Quand on dit de deux personnes qu’elles ne se parlent plus, c’est qu’il leur manque à chacune une part d’elle-même ; la parole leur fait défaut, la parole qui va de l’une à l’autre et qui forme comme une maison commune, comme une arche – pour reprendre le titre de l’ouvrage d’un philosophe.

L’humanité a besoin d’une parole, d’un logos – ce logos qui pour la philosophie grecque signifie la raison de ce monde, le principe qui le soutient dans l’existence. « Au commencement était le Verbe – le Logos, la Parole – et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » Jn 1, 1-3

L’homme habite la parole, elle est sa maison. C’est bien ce que le prophète explique à David : « Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. » 2 S 7, 11 Or voici que la prophétie se trouve dépassée. En effet, de même que tout à l’heure j’expliquais combien, dans le cas de l’accueil des réfugiés et des migrants, l’hospitalité se trouvait des deux côtés, ainsi l’évangile de ce dimanche nous apprend-il que le genre humain, lui qui habite la maison de la parole, eh ! bien le genre humain est-il capable d’accueillir la Parole en personne, d’offrir une demeure au Logos par qui tout est créé. Stupéfiante et double hospitalité ! D’où le récit de Lc 1, 28-29 qui raconte que Marie fut toute bouleversée par l’annonce de l’ange Gabriel. S. Irénée commente : « C’est le Verbe de Dieu qui habite en l’homme, et qui se fait fils de l’homme, pour habituer l’homme à recevoir Dieu, et habituer Dieu à habiter en l’homme ».

Encore faut-il que l’homme acquiesce à cette hospitalité. « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole. » Lc 1, 38 Marie accepte de devenir mère de la Parole. Cette Parole, ce Verbe, qui devient alors l’essentiel de sa vie, ce « sur-essentiel » qui la nourrit et qu’elle nourrit en lui donnant chair de sa chair. Jésus reconnaîtra un jour combien est heureuse une telle mère : elle accueille la parole et elle la met en pratique – cf. Lc 8, 20 &11, 28.

A nous tous qui nous préparons à célébrer la Nativité du Seigneur, l’Esprit qui fut sur Marie propose une aventure : prendre le risque d’écouter l’Évangile du Christ afin qu’il devienne parole essentielle pour notre vie, chair de notre chair ; que nous fassions corps avec elle. C’est sans doute quelque chose de cela que nous demandons dans le Notre Père lorsque nous disons: « que ta volonté soit faite ». Un « fiat voluntas tua » qui ressemble fort au « fiat » de Marie dans l’Évangile de ce dimanche selon les termes de la Bible latine – « Que tout advienne selon ta parole », répond celle qui se met au service la Parole, qui s’en déclare la servante ».»

Lectures bibliques : 2 Samuel 7,1-5.8b-12.14a.16 (Le Messie sera Fils de David) ; Psaume 88,4-5.27-30 (Je lui garderai mon amour) ; Romains 16,25-27 (Christ aujourd’hui révélé aux nations) ; Luc 1,26-38 (L’annonce à Marie)

Les voeux: Dick Marty, confessions intimes

A l’aube de la nouvelle année, “Faut pas croire” brosse le portrait d’un homme de convictions. Rapporteur spécial du Conseil de l’Europe, Dick Marty a osé défier les puissants en révélant, notamment, l’existence des prisons secrètes de la CIA sur sol européen et un trafic d’organes pendant la guerre au Kosovo. Seul contre tous.

Où l’homme puise-t-il les ressources nécessaires à ses combats? Qu’est-ce qui l’anime? Dick Marty nous reçoit dans son pied-à-terre à Berne et dévoile les origines de son goût pour la justice.

Homélie du 14 décembre 2014

Prédicateur : Mgr Johan Bonny, évêque d’Anvers et Mar Ignace Aphrem II
Date : 14 décembre 2014
Lieu : Cathédrale Notre-Dame d’Anvers
Type : tv

Frères et soeurs,

Au cours de cette eucharistie, nous prions à plusieurs reprises et avec insistance pour la paix.

Une des dernières prières avant la communion est celle de l’Agneau de Dieu. La troisième et dernière fois, nous prions: «Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, Donne-nous la paix. Dona nobis pacem».

L’Agneau de Dieu c’est Jésus-Christ. Il était et est le Verbe de Dieu fait homme. Non violent et plein de miséricorde, il est venu à la rencontre des hommes. Il a appelé au pardon et à la réconciliation. Il a même franchi un pas de plus. Il s’est chargé du péché des hommes et du mal de ce monde. Comme une brebis sans défense, Il a été mené à l’abattoir.

Condamné au supplice de la croix, il a donné sa vie en rançon pour la multitude. Sa résurrection nous a fait renaître. L’arbre de vie a remplacé celui de la souffrance. Le premier et le plus beau fruit de cet arbre est celui de la réconciliation et de la paix.

Premier cadeau que Jésus nous offre lors de chaque eucharistie. C’est ce premier don qui aujourd’hui nous unit dans la prière. Dans l’Evangile, Jésus dit à ses disciples: «Si deux d’entre vous sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux» (Mt. 18, 19).

Ensemble avec nos frères et sœurs des différentes Eglises et communautés ecclésiales du monde entier, nous adressons notre prière pour la paix au Père.

Ces trois jours a lieu à Anvers, la rencontre internationale «Religion et Cultures en dialogue» organisée par la communauté Sant’Egidio en collaboration avec le diocèse et la ville d’Anvers.

Cette rencontre annuelle a lieu dans l’esprit de la première rencontre d’Assise, en 1986 à l’invitation du Pape Jean-Paul II. Outre les chrétiens, des dirigeants et représentants d’autres religions du monde prennent également part à cette rencontre. Nous souhaitons dialoguer ensemble dans une atmosphère fraternelle et de réconciliation et lancer un signal à notre société et à la communauté mondiale.

En tant que religions, nous avons tout à gagner dans un monde où règne la paix et souhaitons pleinement y contribuer.

Cette rencontre internationale se déroule à Anvers, juste cent ans après les ravages de la Première Guerre mondiale dans notre ville et notre région. De nombreux soldats sont morts et beaucoup ont quitté la ville en d’interminables colonnes de misère et d’incertitude. Quelques jours plus tard a commencé le combat mortel qui dura quatre ans sur un front s’étendant de l’Yser à la Somme.

En ces jours, nous nous souvenons dans la prière de toutes les victimes de la Première Guerre mondiale. Mais pas seulement d’elles… Nous sommes également unis à toutes les victimes actuelles de guerres et de violences sur les fronts si nombreux de notre monde. Avec eux et tous ceux qui aspirent à la paix, nous prions: «Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, donne-nous la paix. Dona nobis pacem».

Amen.

Homélie de Sa Sainteté Mar Ignace Aphrem II, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient et Primat de l’Eglise syriaque orthodoxe

Au nom du Père et du Fils
et de l’Esprit Saint, seul véritable Dieu, Amen.
Votre excellence Mgr Johan Bony, Votre Béatitude Patriarche Sako,
Vos éminences et excellences,
Frères et Sœurs en Christ,

Deux disciples faisaient route vers Emmaüs lorsqu’ils rencontrèrent un étranger. Ils s’entretenaient de ce qui était arrivé au Seigneur. Après avoir parcouru un bout de chemin ensemble, ils s’assirent ensemble et rompirent le pain. À la manière dont cet étranger rompit le pain avec eux, ils le reconnurent: c’était lui, le Seigneur.

Il était avec eux depuis tout un temps, mais ils étaient incapables de voir sa véritable identité. Sa présence parmi eux montre bien ce que nous venons d’entendre dans l’Evangile: «Car il n’y a pas deux ou trois rassemblés en mon nom auprès desquels je ne sois pas au milieu d’eux»

En effet, notre Seigneur est un Dieu qui n’est jamais éloigné. Il demeure parmi nous lorsque nous nous réunissons en Son nom. Son nom même «Emmanuel», traduit par l’Ange en «Dieu avec nous», reflète sa présence parmi nous et décrit ses rapports avec nous. C’est une relation d’être ‘avec’ et non ‘pour’ ni ‘au-dessus’.

Cela nous montre, chers frères et sœurs, que notre Seigneur désire demeurer parmi nous. Cela montre qu’Il veut se mêler à nous afin que nous puissions retourner à l’état de gloire qui fut jadis le nôtre.

Un Père de l’Eglise du 5e siècle, saint Jacques de Saroug, surnommé «la harpe de l’Esprit saint», qui fut un grand docteur de l’Eglise syriaque orthodoxe, décrit cette idée ainsi:

(texte dit en arabe)

“La compassion Vous a mêlé parmi les humains qui s’étaient égarés. En agissant ainsi, Vous les avez retrouvés pour les ramener sur le droit chemin. Vous êtes devenu l’un de nous et Vous voici notre compagnon, Emmanuel qui est venu pour libérer les esclaves de son Père.»

De nos jours, il est devenu difficile d’être conscient de la présence de Dieu parmi nous, au milieu de tous les troubles et les difficultés dans notre vie. En réalité, notre existence quotidienne déborde d’expériences diversifiées de sorte que nous sommes parfois aveugles pour les petites choses qui montrent clairement que Dieu est présent parmi nous et qu’il veille sur nous avec sa divine Providence.

Afin d’éviter cette cécité spirituelle, le psalmiste chante: «Ouvre mes yeux: je verrai les merveilles de ta loi». Une fois que les yeux de notre esprit se sont ouverts, nous sommes en mesure de voir la présence de Dieu parmi nous dans les petits événements de notre vie et d’apprécier la grandeur et la majesté de notre Créateur.

Dieu est présent parmi nous, mes frères et sœurs, lorsque nous apercevons la lueur d’espoir dans les yeux d’un enfant contraint de fuir sa maison et de quitter sa ville de Mossoul en Irak, en route vers un destin inconnu.

Cet enfant garde l’espoir parce qu’il croit que Jésus est avec lui et ne l’abandonnera pas, tout comme Dieu a précédé le peuple d’Israël dans une colonne de nuée ou une colonne de feu lors de la sortie de l’Egypte.

Dieu est présent parmi nous quand nous voyons un père dont toute la famille a été tuée – père, mère, épouse et deux enfants – dans des tueries barbares à Sadad, en Syrie, un père qui demeure néanmoins capable de sourire paisiblement et de se soumettre volontiers à la volonté de Dieu qu’il sait proche dans sa détresse.

Car que représentent ces exemples, sinon la force de l’Esprit saint, qui rend fort et donne une paix intérieure au milieu d’un monde agité?

Et qu’arrive-t-il lorsque nous sommes en mesure de voir que Dieu est parmi nous?

Alors, nous pouvons récolter les fruits de l’Esprit saint: «Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi» (Galates 5, 22).

Je vous le dis sincèrement: nous sommes capables de célébrer malgré les malheurs que nous pouvons rencontrer et le désespoir qui risque de nous envahir. Les fruits de l’Esprit saint sont doux et affirment la vie. Ils nous rendent capables de révéler le véritable sens de notre vie qui est de célébrer Dieu et sa présence parmi nous.

Que le Seigneur Jésus-Christ, présent parmi nous, qui nous réunit en Son nom, nous accorde sa grâce et nous donne de pouvoir ressentir encore et encore sa présence parmi nous.

Amen.

Homélie du 14 décembre 2014

Prédicateur : Chanoine Jean-Claude Crivelli
Date : 14 décembre 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

« Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » Des millions de spectateurs ont dit Amen à ce film brillant qui joue avec le multiculturalisme et dont on peut tirer au moins la conclusion suivante : « Il n’y a qu’un seul Dieu, le même pour tous ! ».

Toutefois quand j’ai reconnu cette vérité toute simple, je n’ai pas encore fait le tour du problème, surtout que le problème est à la dimension de l’infini. La première demande du Notre Père énonce : « Que ton nom soit sanctifié ». Autrement dit, si l’on décrypte l’hébraïsme de la formule et puisque, dans le monde biblique, le « nom » désigne la personne : « Fais-toi reconnaître comme Dieu » ou encore : Que tous reconnaissent qui tu es en vérité et qu’ils se laissent attirer par ce que tu es, toi, Dieu très saint. Que les hommes apprennent qui tu veux être pour eux depuis toujours : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur, tel est ton nom depuis toujours. » (Is 63 1er dimanche de l’Avent) Et encore : « Nous sommes l’argile, et tu es le potier ».

Ce qui signifie que Dieu, par son Esprit, ne cesse de nous créer, de nous modeler à son image, pour que nous soyons saints comme Lui est saint – ainsi que l’énonce le Lévitique : « Soyez saints, car je suis saint, moi, le Seigneur, votre Dieu. « (Lv 19, 1). Ce que Jésus explicitera : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48) Dans le contexte du Sermon sur la montage, cela signifie : Aimez vos ennemis, ayez à leur endroit cette générosité qui appartient à Dieu et que celui-ci vous communique pour que vous en deveniez les artisans. Lui Dieu qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur le bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment … » On connaît la suite du précepte divin. En saint Luc Jésus profère le mot de la fin : « Soyez généreux [ou : miséricordieux] comme votre Père est généreux. » (Lc 6, 36)

Ici nous rejoignons la belle morale du film « Qu’est-ce qu’on fait au Bon Dieu » ! Il appartient à Dieu d’être généreux : spontanément Dieu s’ouvre, se répand, se donne. C’est parce que Dieu n’est que générosité que l’univers créé existe. Et que j’existe moi maintenant. Tout vivant révèle qui est Dieu, malgré ses limites, malgré ce mal qui le hante et dont Teilhard de Chardin écrivait :

Oui, plus, au fond de ma chair, le mal est incrusté et incurable, plus ce peut être vous que j’abrite, comme un principe aimant, actif, d’épuration et de détachement. Plus l’avenir s’ouvre devant moi comme une crevasse vertigineuse ou un passage obscur, plus, si je m’y aventure sur votre parole, je puis avoir confiance de me perdre et de m’abîmer en Vous, – d’être assimilé par votre Corps, Jésus.

O énergie de mon Seigneur. Force irrésistible et vivante, parce que, de nous deux, Vous êtes le plus fort infiniment, c’est à Vous que revient le rôle de me brûler dans l’union qui doit nous fondre ensemble.

Pierre Teilhard de Chardin, Le milieu divin. Essai de vie intérieure, Paris Seuil, 1957, p. 77

Et pourtant Dieu reste méconnu. « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » dit Jean le Précurseur au sujet de celui qui est Dieu avec nous. Le prologue de s. Jean – dont notre évangile est un extrait –   exprime cette méconnaissance de Dieu : « Le Verbe était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » (Jn 1, 10-11)

 

La voie pour connaître Dieu, c’est son Verbe, sa Parole qui est Jésus Christ. Ce que Dieu veut pour moi: je le découvre dans l’Évangile de Jésus Christ. Cela se trouve dans sa parole. Mais ce n’est pas magique. Il ne suffit pas d’ouvrir la Bible pour que Dieu nous parle. Il y a tout un travail à faire afin que les Écritures deviennent pour moi parole de Dieu dans telle situation concrète de ma vie. Lire régulièrement la Bible, la méditer, la partager avec d’autres. A la lumière de cette parole, relire les événements de ma vie ou de ma journée, pour discerner ce que Dieu veut non seulement pour moi, mais avec moi.

Quand bien même, dans la vie de certains saints, la légende raconte qu’un jour ils ont ouvert la Bible à l’aveuglette et qu’ils sont tombés sur une parole décisive. C’est ce que Athanase d’Alexandrie raconte de s. Antoine le Grand (1). Je pense plutôt que, lisant régulièrement les Écritures, revenant régulièrement sur un passage précis, et peut-être restant longtemps sans pouvoir en saisir le sens, voici qu’un jour le déclic se fait. Il devient résolument disciple de Jésus.

Un jour je comprends ce que Dieu attend de moi dans le Christ Jésus – pour reprendre s. Paul dans le 2ème lecture. Et alors, avec plus d’assurance et d’audace, je peux dire : « Que ta volonté soit faite » !

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(1) Antoine entra dans l’église au moment où on lisait l’Evangile où notre Seigneur a dit à ce jeune homme qui était riche : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et viens, et suis-moi, et tu aurais un trésor au Ciel » (Mt 19, 21). Antoine regarda la pensée qu’il avait eue de l’exemple des premiers Chrétiens [mise en commun des biens], comme lui ayant été envoyée de Dieu, et ce qu’il avait entendu de l’Evangile, comme si ces paroles n’avaient été lues que pour lui.

Vie de s. Antoine par Athanase d’Alexandrie ch. 1»

3e dimanche de l’Avent

Lectures bibliques : Is 61,1-2a.10-11 (L’Esprit repose sur moi) ; Lc 1,46-50.53-54 (Magnificat) ; 1 Th 5,16-24 (Préparer la venue du Seigneur) ; Jn 1,6-8.19-28 (Il est au milieu de vous)

Homélie du 07 décembre 2014

Prédicateur : Chanoine Jean-Claude Crivelli
Date : 07 décembre 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Le 24 octobre, l’ouragan Gonzalo causait des dégâts pour plus de 200 millions de dollars aux Bermudes. En mai un million de personnes étaient touchées par les inondations en Bosnie et en Serbie. En 2013 les inondations, les tempêtes, les séismes ont déraciné 22 millions de personnes Le 11 mars 2011, un séisme historique atteignait le Japon, entraînant un tsunami d’une violence inouïe. La catastrophe a radicalement changé le visage du pays. Les catastrophes naturelles – climatiques (cyclones, tempêtes, inondations, grandes chaleurs, sécheresses) et telluriques (séismes, tsunamis, éruptions volcaniques, glissements de terrain) – sont malheureusement de plus en plus nombreuses. En moyenne, par an, près de 300 millions de personnes sont victimes des catastrophes naturelles et environ 78 000 y trouvent la mort.

Pourtant les catastrophes naturelles sont de tous les âges dans l’histoire de l’humanité. La Bible en témoigne. Son récit en est ponctué : depuis le Déluge, en passant par les Plaies d’Égypte, la sécheresse au temps du prophète Elie, jusqu’aux séismes, famines, dévastations, relatées par les évangiles, à cette grande détresse et aux douleurs de l’enfantement désignées par Jésus lui-même et relayées par la 2ème lecture de ce dimanche. Aux disciples que nous sommes le Christ enjoint d’interpréter les signes, de ne pas nous laisser égarer par les faux prophètes, et surtout de ne pas oublier l’essentiel.

Et qu’est-ce donc que l’essentiel ? En termes chrétiens, c’est la venue du Règne dont la prière du Notre Père nous fait demander la venue. Le règne ou le royaume des cieux, qu’est-ce à dire ? Cette expression biblique désigne ce qu’est Dieu dans son rapport au monde et à l’humanité. Ce que Dieu est depuis toute éternité, il veut le devenir pour chacun de nous. « Quand est-ce que Dieu ne règne pas ? – explique saint Cyprien dans son beau commentaire de la Prière du Seigneur – Et quand donc a commencé ce qui en lui a toujours existé, et ne cessera jamais ? » Quand donc cela a-t-il commencé en moi et pour moi ? Quand donc Dieu est-il né en moi ? Quand donc a-t-il pris chair de ma chair ? Quand donc ma vie a-t-elle pris un sens nouveau parce que Dieu, en Jésus et par son Esprit – son règne – est né dans ma vie, mes jours, mes projets, mes relations, mes soucis ? Quand est-ce que mon chemin est devenu « le chemin du Seigneur » – pour reprendre la figure qui traverse les lectures de ce dimanche ?

Depuis les jours de Jean le Précurseur, qui préludaient à la venue du Fils dans la chair de ce monde, Dieu est pour nous « celui qui vient ». Dimanche dernier déjà, nous évoquions ce beau nom de notre Dieu. Celui-ci ne se révèle pas à nous du fond du passé, mais il vient de l’avenir où nous marchons. C’est là que je suis attendu. Nous avons à marcher à sa rencontre, comme la prière nous le rappelait tout à l’heure : « ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ». Non pas que nous ayons à les délaisser, mais bien à discerner comment notre vita activa (par ex. la profession que j’exerce) rejoint le projet de Dieu sur le monde. Cette « volonté » dont nous demandons qu’elle « soit faite ». Ce que Dieu veut pour moi et pour mes frères et mes sœurs en humanité. Volonté que l’Évangile nous révèle.

Depuis ce que l’on appelle le Big Bang, l’univers est en perpétuelle expansion comme si son espace gonflait. Mouvement qui date de 14 milliards d’années. Il semble que nous allions vers un univers de plus en plus froid et de plus en plus vide – selon certains scientifiques. Alors que d’autres pensent qu’au contraire, à la faveur d’une température et d’une densité extrêmes, nous allons vers le Big Crunch, l’effondrement de l’univers. L’univers n’est pas statique, contrairement à ce que pensait Einstein. Il bouge sans cesse et ce mouvement perpétuel annonce du nouveau quand bien même les soubresauts de notre terre sont dramatiques pour beaucoup d’êtres humains.

La 2ème Lettre de Pierre (3, 10-13), évoquée tout à l’heure, est significative :

Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. 11 Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, 12 vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. 13 Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.

Alors que toutes choses passent, que les joies de l’existence sont éphémères, que la violence, l’injustice ou la trahison gangrènent les rapports entre les êtres, que je sens mon propre corps investi par la maladie, etc. … la tentation nous guette de n’attendre plus rien, de céder à la déception, à l’amertume et à la désespérance. C’est sans doute dans cette tentation-là que nous demandons au Père de ne pas entrer – « ne nous soumets pas à la tentation ». Dieu n’est pas en retard, disait notre 2ème lecture, il agit avec patience – litt. « avec un cœur large », « grand ouvert ». Que l’Esprit de Celui qui vient dans le monde élargisse l’horizon de notre cœur : que nous soyons capables d’entrer dans les vues de Dieu sur l’humanité. Qu’il éveille en nous cette intelligence du cœur – que nous demandions dans la prière d’ouverture – et qu’il nous « éveille au vrai sens des choses de ce monde » – prière que nous dirons en fin de célébration – et à « l’amour des biens éternels », c’est-à-dire à ce qui demeure toujours et ne passera jamais.»

2e dimanche de l’Avent

Lectures bibliques : Isaïe 40, 1-5.9-11; psaume 84; 2 Pierre 3, 8-14; Marc 1, 1-8

Homélie du 30 novembre 2014

Prédicateur : Chanoine Jean-Claude Crivelli
Date : 30 novembre 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Dans plusieurs de nos pays les conditions juridiques sont actuellement réunies pour que des personnes de même sexe puissent vivre librement leur sexualité et satisfaire et assumer un désir d’enfant. Ainsi en France voisine grâce à la Loi sur le Mariage pour Tous (2013). Il semble que cette évolution soit irréversible. En outre, avec l’apparition de nouvelles technologies – les mères porteuses et l’assistance médicale à la procréation – une nouvelle manière de faire des enfants est devenue possible. Dans l’histoire de l’humanité aucun mythe n’avait jamais imaginé des choses pareilles ! Certes tout ceci ne va pas sans poser de graves questions éthiques, sans causer certains troubles quand il s’agit par exemple des recherches en paternité.

Les anthropologues qui ont inventorié les structures de parenté dans les sociétés autres que celles de notre Occident, dans les sociétés dites « primitives », nous disent qu’un homme et une femme ne suffisent pas pour faire un enfant. Il faut l’intervention de quelqu’un d’autre. Ainsi, dans la Bible, le nom de l’enfant est-il souvent donné par une instance autre que les parents ou du moins ce nom – qui lui attribue une place dans le monde – est-il en lien avec une parole délivrée par Dieu. Ce Dieu auquel le prophète Isaïe s’adressait tout à l’heure : « Tu es Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom, depuis toujours. » Dieu exerce sa paternité sur tout être humain en le situant dans l’existence comme personne individuelle et originale et en lui donnant un rôle dans ce monde, en lui assignant une vocation. S. Augustin : « Dieu nous a donné nous-mêmes à nous-mêmes [nos ipsos nobis … dedit] tels que rien ne peut nous être préféré excepté lui-même » (1) Chacun de nous a un donateur – celui de qui, en dernier ressort, nous recevons la vie. Le donateur divin me permet d’être moi-même face à lui sans que quelqu’un d’autre intervienne entre lui et moi. Il me donne également d’être moi-même face à mes frères et à mes soeurs.

La vie de tout individu se tisse dans une relation d’alliance avec ce Père. On comprend alors que toute atteinte à la vie d’un être atteint Dieu lui-même, que toute offense commise contre un frère ou une sœur blesse la paternité de Dieu même. Mais qu’en même temps tout acte d’amour à l’endroit du frère ou de la sœur rejoint Dieu lui-même. « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». « Qui donc est Dieu, pour se lier d’amour à part égales ? » (Hymne Liturgie des Heures)

Le visage de l’autre reflète quelque chose du visage de Dieu. Visage heureux de cette joie qui survient à la faveur d’une rencontre fraternelle, d’une étreinte amoureuse ou d’un compagnonnage sur le difficile chemin de l’existence. Visage malheureux de celui que l’on a peiné, blessé, torturé, violé. La paternité de Dieu est engagée dans les relations interhumaines. « Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable ? … Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme ? » (Hymne Liturgie des Heures)

Mais aussi « Qui donc est Dieu pour se livrer perdant aux mains de l’homme ? … Qui donc est Dieu pour nous donner son Fils né de la femme ? » L’hymne désigne par là ce qu’être Père signifie pour Dieu et jusqu’où va sa paternité. L’incarnation du Fils atteste qu’aux yeux du Père la vie de tout être est précieuse, que tout individu reçoit une mission à accomplir au milieu de ses frères, que son passage sur terre dit quelque chose et révèle quelque chose de Dieu, même s’il s’agit d’un criminel, même si le rapport à Dieu est faussé voire totalement inversé ! Comme c’est le cas dans ces événements effrayants que sont les actes terroristes, les séquestrations d’enfants ou les crimes passionnels. La violence terroriste, perpétrée au nom de Dieu, est l’exact inverse de la justice divine. Séquestrer un enfant c’est lui faire violence et c’est dénaturer l’amour paternel de Dieu.

« Car tu nous avais caché ton visage ». « Nous étions tous semblables à des hommes souillés. » (1ère lecture)

L’évangile de ce dimanche nous exhorte à la vigilance. Sans aller jusqu’à ces manifestations qui nient sa paternité véritable, Dieu se manifeste souvent comme en creux. D’ailleurs n’était-ce pas ainsi quand il s’est manifesté en son Fils ? « Il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme » (Is 52, 14). Frères et sœurs, que la venue de Dieu dans notre vie ne prenne pas à l’improviste quand bien même elle surprend toujours nos attentes !

(1) AUGUSTIN, La dimension de l’âme, 55, Œuvres I. Les Confessions précédées de Dialogues philosophiques, Paris, Gallimard, « La Pléiade », p. 333.»

1er dimanche de l’Avent

Lectures bibliques : Isaïe 63,16b-17.19b;64,2b-7 (Si tu déchirais les cieux) ; Psaume 79,2-3.15-16.18-19 (Dieu de l’univers, reviens) ; 1 Corinthiens 1,3-9 (Vous attendez le Seigneur) ; Marc 13,33-37 (Le maître reviendra)