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Bagnes: paroisses valaisannes «en pèlerinage»

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«Les Paroisses» (Bagnes-Vollèges-Verbier), en Valais, ont pour leitmotiv le mouvement. Confrontées à des réalités multiples, dans une région en évolution rapide, les agents pastoraux ont choisi d’aller vers les personnes plutôt que d’attendre qu’elles viennent à l’Eglise.

Une roulotte. C’est l’un des outils du travail pastoral réalisé dans «Les Paroisses». Le véhicule se poste régulièrement devant une école, sur une place de village, ou en marge d’une importante manifestation culturelle ou sportive dans le Val de Bagnes. L’équipe pastorale y propose des temps de partage, d’adoration ou d’écoute, mais également des contes ou des jeux de société, des offres pour les jeunes ou les moins jeunes. Les habitants sont aussi invités à y proposer des activités.

La roulotte «Le Batintä» se déplace dans les diverses paroisses du Val de Bagnes | © Les Paroisses

«Nous nous sommes demandés un jour comment rejoindre au mieux les personnes dans leur quotidien, relate Elie Meylan, agent pastoral à Verbier. La roulotte nous a semblé un moyen sympathique et positivement symbolique pour aller vers les personnes.». C’est une forme de «renversement», renchérit José Mittaz, curé modérateur des «Paroisses». «Avec la roulotte, l’objectif est de rejoindre l’autre où il est, sans nécessairement répondre à un credo, car dans toute rencontre, Dieu peut se dire».

Pour que le cœur de la vallée continue de battre

La roulotte représente l’itinérance, le pèlerinage. Lieu non attaché directement à l’Eglise, elle permet de toucher une population large, pas seulement catholique. L’équipe pastorale a décidé de l’acheter en 2018, pour la somme de 30’000 francs. L’achat a été entièrement financé par des dons spécifiques. «Ce qui indique que beaucoup y ont cru», se réjouit Elie Meylan.

Car dans cette vallée de Bagnes, dont le passé est marqué par un quotidien rude et incertain, les choses se font naturellement, de manière collective et solidaire. Même si, ici également, l’individualisme et l’éloignement guettent. Les commerces et services commencent aussi à faire défaut. Face au spectre de la «désertification», se faire proche des personnes et œuvrer pour le lien est ainsi l’une des principales préoccupation des «Paroisses».

Le nom de la roulotte, «la Batintä», symbolise parfaitement cet objectif. Ce mot de patois bagnard désigne le marteau qui frappe sur les canalisations d’eau dans les bisses. «Si on l’entend à intervalles réguliers, c’est le signe que l’eau continue de couler, que tout va bien, explique José Mittaz. C’est le cœur de la vallée qui bat».

Entre tradition et modernité

L’idée de la roulotte, comme les autres activités pastorales originales qui caractérisent les trois paroisses du Val de Bagnes, a été discutée et décidée au sein de l’équipe pastorale. Ce groupe de travail, dont quatre membres accueillent cath.ch à la cure du Châble, constitue l’organe de décision de l’entité pastorale. «Ici, pas de prêtre qui imposerait ses choix à tous», assure José Mittaz, curé modérateur des «Paroisses». L’équipe plutôt jeune et dynamique, qui s’est renouvelée dernièrement, n’a pas hésité à recourir à une démarche de coaching pour optimiser son travail pastoral.

Les fidèles de Vollèges | © Gérard Puippe

Une tâche qui n’est pas des plus faciles dans le contexte du Val de Bagnes. Beaucoup de variables, parfois a priori paradoxales, doivent être prises en compte. Il y a tout d’abord cette implantation dans un Valais où la tradition, notamment religieuse, tient une grande place. Même si, là également, l’évolution est en marche. A une époque pas si lointaine, tout le parcours religieux s’effectuait dans le cadre de l’école. Aujourd’hui, cela s’est externalisé, et les choses ne sont plus systématiques. Une situation où le spirituel est encore bien vécu, mais sous une forme «privatisée» et peu partagée, note José Mittaz.

Envisager l’avenir ensemble

D’où le parti pris d’approches «décloisonnées» et d’une pastorale qui agit sur deux axes: le maintien au sein des paroisses des offres traditionnelles, avec en parallèle des propositions nouvelles qui rejoignent les attentes des personnes. «Nous ne voulons pas que ces propositions partent toujours de nous, précise Claire Jonard, animatrice pastorale, elles doivent être les fruits d’une écoute de tout le peuple de l’Eglise». «L’unité et la proximité» sont deux aspects, parfois difficiles à concilier, privilégiés dans cette approche.

Dans cet ordre d’idée, l’équipe pastorale a engagé un processus synodal local. La première étape est un questionnaire qui sera envoyé par internet et en tout-ménage pendant le temps de Carême 2020. «Il s’agit de savoir comment les fidèles se sentent au sein de leur communauté, comment ils voient l’avenir de celle-ci», explique Claire Jonard. La démarche synodale doit se dérouler sur trois ans.

La richesse des différences

Des perspectives d’autant plus importantes que la vie dans le Val de Bagnes est loin d’être aussi imperturbable que les montagnes alentour. Outre les nouvelles formes de pratique religieuse, cette zone touristique vit d’intenses modifications démographiques. Le tourisme s’y développe de plus en plus, provoquant de fortes variations de population. En hiver, Verbier abrite parfois plus de 30’000 habitants, alors que, hors saison, peu de personnes résident dans cette station de ski très prisée. Les touristes sont à 75% propriétaires et reviennent donc régulièrement sur les lieux, constituant une population «semi-permamente». Sur le territoire des «Paroisses», les habitants «de souche» côtoie donc des visiteurs du monde entier, souvent urbains et fortunés.

(de g. à d.) Kamy May, Elie Meylan, Claire Jonard, José Mittaz | © Raphaël Zbinden

Une diversité vécue comme une «richesse», mais qui demande un effort constant dans la pastorale dite «du tourisme». C’est ainsi qu’un lieu de service religieux supplémentaire est mis en place lors des périodes touristiques à Verbier Station. Une célébration interreligieuse s’est également déroulée en juillet 2019 dans un hôtel de la station. De 100 à 150 personnes représentant l’Eglise catholique, mais aussi le bouddhisme, le judaïsme, l’islam, l’Eglise anglicane et les Eglises protestantes, ont participé à la cérémonie, qui sera reconduite en 2020.

Une communication hors des sentiers battus

Cette situation particulière du Val de Bagnes a amené «Les Paroisses» à adapter leur communication, notamment en sortant des sentiers battus. Le magazine TriAngles a ainsi été lancé en 2018, qui prend une autre option que le bulletin paroissial. «La nature d’un bulletin c’est ‘dire ce qu’on fait’, explique Kamy May, rédactrice en chef de TriAngles. Celle d’un magazine, c’est ‘offrir un regard’ «. Le périodique, qui fait l’objet de 1’000 envois à chaque édition, ne contient en effet pas que des articles religieux. L’on peut y trouver des informations historiques, sociales ou culturelles sur la vallée. Une publication susceptible de toucher au-delà du cercle catholique. La publication est de plus ouverte aux contributions de toutes les personnes intéressées.

Vers l’église de Verbier-village | © François Perraudin

La vidéo est également un moyen privilégié par l’équipe pastorale pour rejoindre des personnes de tous âges et de tous horizons. Des capsules vidéos sont notamment disponibles sur le site internet tout neuf des «Paroisses» qui apportent un éclairage sur l’Evangile.

Encourager les jeunes

Ce dynamisme pastoral se traduit en outre par l’organisation de nombreuses activités et événements. Bagnes accueillera ainsi les 7 et 8 mars 2020 les JMJ romandes. L’objectif principal est d’encourager la pastorale des jeunes dans la région, assure Claire Jonard, elle-même coordinatrice des JMJ au niveau romand. Alors que beaucoup de jeunes locaux sont très pris par les activités parascolaires et que beaucoup d’autres vont étudier ailleurs, peu de groupes se pérennisent. Claire Jonard fera du bien aussi aux jeunes de la vallée.

Les multiples difficultés dues au changement d’époque sont ainsi loin de décourager l’équipe pastorale. «Face à cette accélération, on doit se réinventer, et cela peut être notre force, souligne Kamy May. Pas en faisant table de rase du passé, mais en s’inspirant de la belle culture de solidarité et du fort sentiment d’appartenance que l’on trouve ici, pour être encore plus dynamiques et créatifs». Dans les paroisses bagnardes, ce sont donc les racines qui donnent des ailes. (cath.ch/rz)

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L'église du Châble (VS) est l'un des principaux lieux de culte des «Paroisses» | © Raphaël Zbinden

Série: Visages de paroisses

Paroisses et unités pastorales (UP) sont les principaux lieux de vie communautaire dans l’Eglise en Suisse romande. Leur vitalité et leur créativité sont pourtant souvent méconnues. cath.ch présente chaque mois, à partir de janvier 2020, une autre de ces façons de vivre l’Eglise ensemble.

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