L'abbé Jérôme Hauswirth, curé de Collombey-Muraz, manie très bien la tablette numérique | © Raphaël Zbinden
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Collombey-Muraz: une paroisse avec des ailes, ancrée dans l’essentiel

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Au cœur du Chablais valaisan, la paroisse de Collombey-Muraz se caractérise par sa modernité et son dynamisme. Dans son élan de changements, elle n’oublie cependant pas les valeurs qui forment le socle de sa communauté.

Dans l’église de Muraz, Jérôme Hauswirth pianote rapidement sur sa tablette. Une musique ecclésiale remplit soudain la nef. Une autre manipulation et une vidéo diffusée par un beamer s’étale sur l’un des murs latéraux. «Quelques clics, et on a les plus belles musiques et les vidéos les plus inspirantes directement dans notre église», commente fièrement le curé du lieu. «Il est important pour l’Église de profiter des progrès techniques».

L’installation 2.0 est emblématique de la volonté de la communauté chablaisienne de se projeter dans le futur. Une tendance que l’abbé Hauswirth s’efforce de cultiver et de stimuler.

Un curé parmi ses brebis

Le grand gaillard au franc-parler, né dans la région, est arrivé en 2006 à Collombey-Muraz. Devenu curé en 2008, il a immédiatement usé de son tempérament d’entrepreneur, qui a toujours à l’arrière de la tête une idée pour améliorer les choses. L’un de ses premiers chantiers a été de faire retrouver à sa communauté une cohésion quelque peu perdue.

«Après ma première messe, je suis sorti de l’église pour saluer les gens, se souvient-il. Il était environ 11h30, un dimanche. Sur le parvis, il n’y avait plus personne».

L’église de Muraz (VS) | © Raphaël Zbinden

Pour lui, cela venait surtout du fait que les paroissiens «n’avaient pas de prétextes pour se rassembler à la sortie». L’ abbé Hauswirth a donc mis en place une séance d’apéro, qui attend depuis les paroissiens après chaque messe à l’extérieur des lieux de culte de la paroisse. «Je ne pouvais pas me résoudre à laisser cette distance dans la communauté, explique le curé. Je ne voulais surtout pas être le type inatteignable qui ne descend jamais de sa chaire. C’est essentiel pour moi d’être au milieu de mes paroissiens, de connaître leurs vies, leurs difficultés, leurs interrogations, de partager leur quotidien».

Fort de ce principe, le curé a même fait installer devant l’église de Muraz, des «chaises de bistrot» en bois, pour l’aspect convivial. «Et ça a marché», se réjouit-il.

Les enfants au centre

Est-ce le petit verre post-célébration, les autres initiatives lancées ou la Providence divine? Toujours est-il que la communauté de Collombey-Muraz connaît maintenant une belle vitalité et convivialité.

Preuve en est les groupes d’enfants qui égayent bruyamment les églises tous les dimanches. Leur présence en grand nombre résulte notamment d’une démarche originale, qui relie célébration eucharistique et catéchèse.

Si beaucoup de paroisses en Suisse romande offrent des «messes des familles», souvent une ou deux fois par mois, dans la paroisse chablaisienne, la catéchèse a lieu chaque semaine, et elle est intégrée à la messe. Les enfants ne commencent néanmoins pas à l’extérieur pour rejoindre la communauté à l’occasion de la liturgie eucharistique, comme cela se passe souvent, mais sortent après la Parole de Dieu, afin que celle-ci leur soit enseignée à l’extérieur.

«Je me suis basé sur la pédagogie qui avait cours dans les premiers siècles de l’Eglise, explique Jérôme Hauswirth. La deuxième partie de la messe était destinée aux initiés, en l’occurrence ceux qui ont fait leur première communion».

Une initiative qui a «changé la couleur des célébrations», assure le curé. De dix à quarante enfants sont désormais vus aux messes. «C’est beau de constater que tous les âges sont représentés», ajoute l’abbé.

Des pèlerinages qui soudent

Une jeunesse qui est en fait une caractéristique régionale. Lorsque Jérôme Hauswirth est arrivé dans la commune de Collombey-Muraz, elle était carrément la plus jeune de Suisse. Le curé, lui-même âgé de seulement 45 ans, est en outre secondé par deux vicaires également très jeunes. Didier Berthod est né en 1981 et Valentin Roduit en 1993.

D’autres initiatives variées et fructueuses reflètent cet élan vital.

La paroisse propose notamment des pèlerinages dans divers lieux en Suisse ou à l’étranger. Le premier voyage, en 2011 à Rome, avait principalement pour but de remercier les bénévoles pour leur travail.

L’église de Collombey (VS) | © Raphaël Zbinden

La trentaine d’entre eux actifs dans la paroisse s’occupent en particulier de catéchiser les enfants. Jérôme Hauswirth refusait de simplement leur donner de l’argent. «Il faut offrir des choses qui ont du sens, qui ont de la valeur humainement parlant». Grâce à la débrouillardise et à une contribution généreuse de la paroisse, les pèlerins peuvent faire le voyage pour une somme tout à fait modique. Le pèlerinage à Rome de 2011, de cinq jours, a par exemple coûté tout juste 250 francs par personne.

Ces voyages sont aussi l’occasion pour les responsables de se faire proches des autres membres de la communauté. «Ces séjours passés ensemble changent complètement les relations, note Jérôme Hauswirth. Il n’y a rien de mieux pour souder la communauté».

Attention aux plus âgés

Malgré son atout jeunesse, Collombey-Muraz n’oublie cependant pas les aînés, dont la plupart ont des racines profondes dans la localité. «Ils sont notre mémoire, le socle nécessaire sur lequel se construit la vie de l’Eglise, souligne l’abbé Hauswirth. Ils apportent une stabilité essentielle pour que les évolutions puissent se faire dans l’ordre et raison. Il ne s’agit jamais de changer pour changer».

Une attention particulière leur a été portée lors de la période de Covid. Un dispositif a permis de transmettre en direct dans les EMS de la région les messes dans l’église de Muraz. De plus, lors de la restauration de l’édifice, une boucle magnétique a été installée, grâce à laquelle les plus âgés peuvent recevoir le son directement dans leur appareil auditif.

Réveiller la «cité-dortoir»

Pour le curé, il est crucial que la communauté ne laisse personne de côté. Mais ses efforts pour rassembler l’ensemble des paroissiens est un défi important dans une zone urbaine qui s’apparente de plus en plus à une «cité-dortoir». «Dans la région de Monthey, la croissance démographique est très importante. Beaucoup de personnes viennent s’établir ici, parce que la zone est intéressante autant fiscalement que géographiquement», note Jérôme Hauswirth. Bon nombre de nouveaux arrivants, qui sont souvent de jeunes couples avec enfants, travaillent sur la Riviera vaudoise et tendent à considérer Collombey-Muraz «juste comme le lieu où ils dorment».

La région connaît également un grand brassage de nationalités et de cultures. Un phénomène qui se reflète dans la composition de la communauté catholique. «De nombreux fidèles sont des Portugais et des Croates, qui sont très fervents et pratiquent un catholicisme très communautaire. Les Italiens sont plutôt des seniors, ils sont parfaitement intégrés. Et à côté de cela, il y a les ‘anciens’, les nouveaux arrivants, qui ont une pratique parfois tiède…» Il s’agit de conjuguer tous ces contraires pour réaliser une unité, amener les personnes moins concernées à s’intéresser, ce qui n’est pas facile.

Colombe et muraille

Mais Jérôme Hauswirth ne se décourage pas et, en bon «entrepreneur», il voit en premier lieu les possibilités offertes par la situation. «Toute cette diversité, ce mouvement constant et cette évolution très rapide, façonnent une communauté plus disposée à accueillir le changement comme une chance». Les perspectives sont donc bonnes pour que le curé et ses paroissiens poursuivent leur chemin dans la modernité en n’oubliant pas les valeurs qui ont de tout temps soutenu la foi. Une paroisse donc ‘colombe’ pour ses ailes, mais également ‘muraille’ pour son solide ancrage dans le sol. (cath.ch/rz)

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L'abbé Jérôme Hauswirth, curé de Collombey-Muraz, manie très bien la tablette numérique | © Raphaël Zbinden

Série: Visages de paroisses

Paroisses et unités pastorales (UP) sont les principaux lieux de vie communautaire dans l’Eglise en Suisse romande. Leur vitalité et leur créativité sont pourtant souvent méconnues. cath.ch présente chaque mois, à partir de janvier 2020, une autre de ces façons de vivre l’Eglise ensemble.

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