Homélie du 4 juin 2018 (Mc 2, 27 – 3,5)
Chanoine Alexandre Ineichen – Abbaye de Saint-Maurice, VS
Si l’Évangile était un programme politique, Jésus serait un leader, charismatique et écouté. En effet, les lectures que nous venons d’entendre le prouvent. « Sur la montage, Dieu donna ce commandement : » de respecter le sabbat, c’est-à-dire de travailler six jours, mais de se reposer le septième en ne faisant aucun ouvrage, « ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante et même, ni ton bœuf, ni ton âne » et aujourd’hui nous pourrions ajouter sans ta voiture, sans ton portable. C’est le sabbat, le repos du dernier jour de la semaine, le repos du samedi.
Le sabbat est fait pour l’homme
Cette obligation donnée par Dieu à Moïse au Sinaï doit donc être suivie dans toute sa rigueur et imposée par une législation sévère afin que tous se rappellent que Dieu libéra son peuple, esclave en Égypte. Ainsi les Pharisiens, ceux qui veulent honorer Dieu « de tout leur cœur, de toute leur âme et toute leur force » ne pouvaient qu’être scandalisés de l’attitude de Jésus. Mais, lui,« navré de l’endurcissement de leur cœur », promène sur eux un regard de colère et leur rappelle que « le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. »
Le dimanche : temps de repos et de prière
Et nous chrétiens à sa suite, nous ne pratiquons plus ces préceptes et lorsque nous honorons notre Dieu, c’est lorsque nous célébrons l’eucharistie le premier jour de la semaine, c’est-à-dire, le dimanche, c’est lorsque nous proclamons le mystère de notre foi : mort et résurrection de Jésus et attente de sa venue. Jésus a donc réussi à transformer le sabbat du Sinaï en un autre temps de repos et de prière : le dimanche.
Aussi aujourd’hui, notre temps, celui de notre travail, de nos loisirs comme de notre vie spirituelle s’écoule, toujours et encore, rythmé par le repos dominical. Jetés dans le temps, nous ne pouvons pas ne pas inscrire toutes nos activités dans le temps et nous nous devons donc de donner, à intervalle régulier, un temps pour Dieu. C’est ce que nous faisons chaque dimanche.
Pourtant, à y regarder de plus près, nous constatons que Jésus n’a pas pu ou voulu imposer un temps spécifiquement chrétien. D’ailleurs, voyez les noms des jours de la semaine dont l’origine est, pour la plupart, un dieu païen : mercredi, Mercure, le dieu du commerce, vendredi, Venus, la déesse de l’amour. De même, pour la désignation des mois : janvier, Janus, le dieu du changement, mars, Mars, le dieu de la guerre. Ou alors, cette désignation n’est qu’un rappel, sans aucune connotation religieuse, de l’ordre imposé : septembre, octobre, novembre et décembre, sept, huit, neuf et dix. Nous pourrions alors croire que, par convention interchangeable, nous pouvons décider de marquer le temps comme nous le voulons. Il suffirait alors de vouloir un changement pour que celui-ci se fasse sans faute. Ainsi Jésus permit à ses disciples, chemin faisant, d’arracher des épis, activités interdites pendant le sabbat, comme le roi David l’avait fait au temps de sa fuite. Il est alors vrai que le rythme que nous donnons à notre temps dépend de notre volonté. C’est pourquoi nous continuons et continuerons à nommer les jours de la semaine et les mois de l’année comme nous le faisons.
Nous devons faire le bien
D’autre part, la seconde partie de l’Evangile, nous montre que Jésus va plus loin et plus profond. Là, il n’est pas question de conventions, de coutumes interchangeables, mais «de faire le bien ou de faire le mal, de sauver une vie, ou de tuer». Là, il n’est pas question de laisser à notre bon vouloir de prendre telle ou telle décision selon certaines conventions ou coutumes. Là, nous devons faire le bien. Le temps nous presse et nous y oblige. Ainsi Jésus guérit l’homme à la main paralysée. Chrétiens, nous devons célébrer notre foi et inscrire dans notre temps un temps pour Dieu. Le dimanche serait ainsi ce moyen de marquer chrétiennement notre vie, de nous rappeler que nous devons faire le bien, que le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat.
Un amour qui se déploie dans le temps
Ainsi, le Christ, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, ne veut pas supprimer la loi de Moïse pour en imposer une autre – toute aussi arbitraire. C’est pourquoi il nous laisse le choix de nous organiser comme nous le voulons. Par contre, il rappelle à chacun d’entre nous que le but du sabbat, le but de la sanctification du dimanche, n’est pas de remplir un certain nombre de préceptes aussi bons soient-ils, mais de faire le bien, de répondre à notre vocation de chrétien, qui n’est que d’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et toute notre force Dieu et notre prochain. Cet amour n’est pas hors du temps. Cet amour ne peut, à cause de notre condition humaine que se déployer dans le temps. Voilà ce que l’Evangile de ce dimanche nous rappelle, à nous qui sommes toujours tentés comme les Pharisiens de réduire notre participation à la vie même de Dieu à une série d’obligations à remplir. Le Christ nous l’a non seulement enseigné, mais encore il l’a vécu en acte et en vérité. Son amour n’est pas feint, il rayonne l’amour de Dieu pour toute l’humanité.
En conclusion, laissez-moi reprendre les propos du tout début de mon intervention. Si le Christ n’est pas un leader, dans le sens de vouloir s’imposer par son éloquence, sa force ou sa naissance, si le Christ a montré par sa vie et sa mort le vrai visage de Dieu, alors l’Évangile n’est pas un programme politique, il est une parole de vie, de vie éternelle proposée à chacun d’entre nous, si nous le voulons bien. Alors, s’accompliront les paroles de saint Paul que nous avons entendues : «Nous, le vivants, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus afin que la vie de Jésus, elle aussi soit manifestée dans notre existence mortelle.»
9e dimanche du temps ordinaire – Année B
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Homélie du 27 mai 2018 (Mt 28, 16-20)
Abbé François Dupraz – Basilique Notre-Dame, Lausanne
Au seuil de cette liturgie chers amis nous nous sommes signés « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». A suivi une salutation trinitaire et biblique remontant à l’apôtre Paul à l’adresse de ses amis de Corinthe: « La grâce de Jésus notre Seigneur, l’Amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous ».
De telles formules et tant d’autres en nos lectures de ce jour laissent apparaître la place centrale du mystère de la Sainte Trinité en christianisme. Mystère de la Sainte Trinité qui n’est autre que le Mystère de la communion éternelle d’un Dieu – le seul, l’unique – qui s’est révélé en Jésus-Christ Père, Fils et Esprit-Saint.
Dieu est relation, communion, Amour autant qu’il est Lumière et Père.
Jésus m’a révélé un Dieu Père
Quand je me signe dès mon lever au nom du… Père, que fais-je ? Je mets – implicitement du moins – ma foi en Dieu que Jésus m’a révélé être mon Père… Père Tout Puissant créateur de tout (…) : du Ciel, de la terre, de l’univers visible – le monde que je vois – et invisible – celui que je ne vois pas ou pas encore… mais tout viendra en son temps .
Père Tout puissant et en même temps Père infiniment doux, humble, aimant: Dieu est Amour, écrit Jean, l’apôtre de l’Amour.
Entre les mains d’un tel Père, je puis, de tôt matin, remettre ma journée, mes soucis, mes peines, mes travaux, mes joies car je le sais autant que je l’ai appris : Dieu mon Père prend soin de moi. Abba ! disait Jésus en araméen, ce qui peut se traduire avec affection : « Papa ».
Il nous est doux, nous autres chrétiens, de cheminer en ce monde en fils et filles d’un tel Père. « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés: il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, – et nous le sommes ». Tel est l’éternel émerveillement de Jean l’évangéliste.
Jésus le Fils unique de Dieu
Eh puis, dès mon lever, je poursuis mon signe de Croix au nom du… Fils. Et là, que fais-je ? Je mets ma foi – ma « foi – confiance » dirais-je – dans la personne du Fils unique de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi, et pour vous et pour tous… Pour tous les hommes de toutes croyances et religions qu’Il m’a appris peu à peu Lui, Jésus à accueillir comme autant de frères, de soeurs en chemin comme moi vers les biens du Royaume de Dieu notre Père.
Oui… au nom du Fils ! Ce Fils, Jésus, Christ, Emmanuel, Dieu avec nous ; Dieu en nous : « Qui m’a vu a vu le Père » dira-t-il un jour à Philippe.
« Il est Dieu né de Dieu – me dit l’Eglise – Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père et par Lui, tout a été fait ». On peut méditer longuement et avec profit sur la foi de l’Eglise indivise – la Foi des Pères – en la personne de Jésus le Fils unique de Dieu.
Au nom du Fils donc…
L’Esprit fait de moi un enfant de Dieu
Enfin quand je me signe au nom du Saint-Esprit, faisant passer ma main d’une épaule à l’autre, je dis implicitement du moins que l’Amour est si fort entre le Père et le Fils que cet Amour est une personne. Une personne… précisément l’Esprit, l’Esprit-Saint, le Souffle, la Vie, l’Amour qui procède du Père et du Fils. L’Esprit fait de moi un enfant de Dieu ; Il me met en communion avec Dieu ; Il me rend frère du Christ, cohéritier avec Lui du Royaume de Dieu notre Père à tous.
Nous autres chrétiens – rappelait Paul VI de très bonne mémoire au lendemain du Concile – nous autres chrétiens croyons en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Il nous a parlé par les prophètes, il nous a été envoyé par le Christ après sa résurrection et son Ascension auprès du Père, Il illumine, vivifie, protège et conduit l’Eglise ; il en purifie les membres si tant est qu’ils ne se dérobent pas à la grâce. Son action qui pénètre au plus intime de l’âme, rend l’homme capable de répondre à l’appel de Jésus : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit donc… Notre vie de chrétien en ce monde, c’est en ces trois noms-là que nous sommes appelés à la vivre et vraiment, c’est une grande grâce.
Amen
Fête de la Sainte Trinité – Année B
Lectures bibliques : Deutéronome 4, 32-34.39-40; Psaume 32; Romains 8, 14-17; Matthieu 28, 16-20
Jérusalem, capitale de la discorde
Le catholicisme culturel, pivot du référendum irlandais sur le droit à l’avortement
