Homélie du 06 mars 2011

Prédicateur : Chanoine Michel de Kergariou
Date : 06 mars 2011
Lieu : Eglise N.-D. de l’Immaculée Conception, Leysin
Type : radio

Journée des malades

Notre église de Leysin, dont nous célébrons cette année le 100e anniversaire, est dédiée à la Vierge Marie Immaculée Conception, toute pure dès sa naissance, accueillante à l’appel du Père, transparente à l’Amour de son Fils. C’est sous ce vocable qu’elle s’est révélée à l’enfant de Massabielle, Bernadette Soubirous, à Lourdes.

Ainsi donc, aujourd’hui, je suis vraiment heureux et quelque peu ému de m’adresser à vous, chers malades, depuis cette église de Leysin. Marie, l’Immaculée Conception, Lourdes, tout nous oriente vers vous depuis ce lieu centenaire. Ses murs, s’ils pouvaient parler, exprimeraient tant de prières, de supplications, de révolte légitime aussi, mêlées de sentiments d’espérance et d’abandon spirituel dans la souffrance de la maladie : « Seigneur, si tu le veux tu peux me guérir » ; « Seigneur, que ta volonté soit faite et non la mienne »

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus dit en effet : « il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux». Ces paroles de Jésus ne sont pas si facilement acceptables… Serait-ce « la volonté du Père ma maladie ? » Oh ! Que NON !

Par ses paroles, ses attentions, ses miracles, les malades n’ont-ils pas été les privilégiés de Jésus ? Et lui-même ne juge-t-il pas ses disciples sur ce constat : « J’étais malade et vous m’avez visité » ou au contraire « vous n’êtes pas venus me voir ».

Dans sa lettre pour la journée des malades publiée au nom de la conférence épiscopale, Mgr Roduit, Abbé de l’Abbaye de St-Maurice, rappelle cet élément du jugement dernier au chapitre 25 de Matthieu. « Jésus s’identifie au malade, comme il l’a fait pour le pauvre affamé ou assoiffé, le prisonnier ou l’étranger. » écrit-il. Oui, Jésus est venu dans le monde en s’identifiant depuis la crèche, à tous les déshérités du monde, pour partager leurs souffrances, les soulager par sa présence et son amour, donner les signes de restauration de la Vie par sa Résurrection.

La maladie n’est pas seulement physique. Elle est reconnue souvent psychique et spirituelle.

« Corps, cœur et esprit » nous rappelle Mgr Roduit, « c’est tout l’être qui a besoin de santé ». On parle ainsi facilement de maladie psychosomatique quand la souffrance psychologique et les peines de cœur se répercutent sur la santé du corps. Et de reconnaître que pour soigner un membre ou une partie du corps, on se rend attentif aujourd’hui de plus en plus à la réalité affective, voire spirituelle, du patient. Aussi, malgré la surcharge actuelle de travail, nous remercions et encourageons les soignants, quel que soit leur niveau de soins, à porter leur attention à tout l’humain, et consacrer un minimum de temps avec le patient, délicatement, sans s’immiscer dans sa vie privée au-delà de ce que lui permet son désir, souvent très fort, de communiquer.

Allons plus loin : L’humain est aussi social.

Combien de souffrance et de maladie dont le déséquilibre économique, politique et social est responsable ! Combien de malades de la faim, de la sous-alimentation ou de la malnutrition à cause de l’exploitation économique. Combien d’artistes, littéraires, penseurs et même chercheurs réprimés par des dictatures idéologiques, politiques ou religieuses.

Ces souffrants manquent cruellement de médecins qui ne sauraient être que ceux qui détiennent les responsabilités de la gouvernance des nations. Il semble au contraire qu’à ce niveau les patients ne doivent compter que sur eux-mêmes, se soigner eux-mêmes. Ecoutons le cri qui s’élève de tant de pays aujourd’hui de la part de ceux qui souffrent et sont malades de manque de reconnaissance et de respect de leur dignité d’hommes et de femmes. Dignité bafouée qui n’est pas seulement le fait de tyrans sans conscience, mais aussi, et davantage encore, le produit d’un libéralisme sans contrôle, d’un appât du gain, qui profite de ces mêmes gouvernements pour puiser dans les richesses de leurs pays.

A combien de peuples, aujourd’hui, ne sommes-nous pas portés à penser en cette « journée des malades ». Et aucun peuple n’est épargné, ne serait-ce qu’en une partie de sa population.

Depuis les premières pages de la Bible, c’est la même présence de Dieu exprimée à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple, … je l’ai entendu crier … oui, je connais ses souffrances … je suis descendu pour le libérer».

Et c’est Jésus qui nous le démontre et nous dit « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

Depuis la découverte de la pénicilline, la cité de Leysin et son Eglise ne sont plus affectées par la santé physique comme au temps de la tuberculose.

Les écoles internationales ont transformé en s’y installant les sanatoriums d’autrefois. A surgi alors à Leysin une nouvelle action de guérison : dans le domaine de la vie ensemble, de la relation à l’autre, de l’écoute et du respect, voire de l’enrichissement mutuel : en un mot LA PAIX.

Sur un mur de la nef de l’église centenaire va être fixée une grande toile faite de multiples tissus et objets provenant des 5 continents, grâce aux étudiants. Au centre un point lumineux irradie, tel un esprit nouveau, sur ces pièces éparses et diverses pour les unir entre elles par un fil invisible et constituer une unité harmonieuse et paisible.

Un appel vibrant, une annonce confiante dans une représentation prophétique d’un monde nouveau animé d’un esprit et d’un cœur nouveaux comme le dit le prophète Ezéchiel.

Un vœu de guérison pour le monde.

Que notre cœur aujourd’hui se fasse sensible à toutes ces souffrances et ces luttes pour en soutenir les acteurs.

Pour vous les malades, quelle que soit votre souffrance, physique, psychique, spirituelle ou sociale, confiance et persévérance dans l’épreuve. Le Christ est à vos côtés pour la Vie. AMEN

Lectures bibliques : Deutéronome 11, 18-28; Romains 3, 21-28; Matthieu 7, 21-27

Homélie du 27 février 2011

Prédicateur : Chanoine Michel-Ambroise Rey
Date : 27 février 2011
Lieu : Eglise N.-D. de l’Immaculée Conception, Leysin
Type : radio

Dear God, bless our two daughters studying in Swiss Hotel Management School ! Mary and Thomas from Malaysia

traduction : Mon Dieu, bénis nos deux filles qui étudient à l’école hôtelière de Leysin

I am not a religious, but I pray for my gandma who is very sick. Ly from Honk Kong

traduction : Je ne suis pas religieuse, mais je prie pour ma grand-mère qui est très malade.

Cara Madonina, Aiútami a trovarmi bene nella nuova scuola, Eleonora da Italia

traduction : Bienheureuse Vierge Marie, aide-moi à me sentir bien dans cette nouvelle école. Eleonora d’Italie

Una linda experiencia de participacion y presencia de todos los pueblos ! Manuel de Perú

Traduction : une belle expérience de participation et de présence de tous les peuples ! Manuel du Pérou

Jésus tu es mon berger, je m’abandonne à toi ! Sophie de Leysin

Wunderbare Kirche ! Vielen Dank : Helen und Leo aus Zürich-Affoltern

Heureux de visiter l’église dans laquelle j’étais tous les dimanches en 1955 et 1956 pour me soigner. Jean-Marc de Belgique

Ces quelques phrases, chers malades, chers frères et sœurs, chers auditeurs, sont tirées du livre d’or de notre église de Leysin qui fête cette année ses cent ans d’existence.

Comme vous pourriez le voir dans ce magnifique livre qui a été porté en procession au début de cette eucharistie, il y a une quantité de témoignages, de remerciements, de demandes, de supplications, de reconnaissances à l’égard de Notre Seigneur et de sa sainte Mère. Ils sont écrits dans des langues connues et inconnues et reflètent la vie internationale de notre communauté paroissiale et de notre cité dans laquelle 112 nationalités se côtoient.

Une église en pierres naturelles comme celle-ci est et restera toujours ce lieu béni dans lequel nous venons chercher la paix, la consolation, la force, le courage et le pardon; un lieu où nous entendons les paroles de l’évangile d’aujourd’hui : « ne vous faites pas tant de souci pour votre vie au sujet de la nourriture, ni pour votre corps au sujet des vêtements ! Dieu sait ce dont vous en avez besoin ».

Une chapelle de glace comme celle dont vous avez probablement entendu parler par les journaux et vu à la télévision, est par contre éphémère; elle disparaîtra avec l’arrivée du printemps comme je souhaite que fondront les problèmes et les peines que chacun de nous avons confié au Seigneur dans ce lieu de prières au milieu des activités ludiques du Leysin touristique.

Dans cette demeure centenaire retentit constamment la Parole du Seigneur transmise par le prophète Isaïe dans la première lecture : « Jérusalem disait : le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée ».

Jérusalem, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous lorsque nous sommes dépités par les aléas de la vie, les contretemps, les déceptions et la voix du Seigneur Tout-Puissant est celle de Notre Père céleste qui prend soin des oiseaux du ciel et qui fait pousser les lis des champs, c’est Notre Père Céleste qui nous aime bien plus que cette herbe des champs qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, qui nous répète inlassablement : « ne vous faites pas tant de souci pour votre vie »

L’Eglise est ce lieu de communion entre les hommes et le Seigneur notre Dieu où nous pouvons nous requinquer, nous qui sommes des hommes de peu de foi, où le peuple de Dieu a besoin de trouver de multiples secours pour sa traversée d’ici-bas.

C’est la raison pour laquelle, il y a cent ans dans ce hameau minuscule qu’était alors Feydey, des hommes de foi ont désiré mettre à disposition des malades touchés dans leur santé, qui avaient dû quitter leurs foyers, leurs familles, leurs patries, cette grande et splendide église comprenant ainsi le message de l’évangile de ce jour : chercher d’abord le Royaume des cieux et sa justice et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché.

Ce qu’ils ont fait à cette époque, sans aucun moyen financier, avec une foi à transporter les montagnes, est tout à fait remarquable et admirable : ici tout homme et toute femme, quelle que fut la situation morale, sociale, politique ou économique dans laquelle ils se débattaient, trouveraient un refuge, un espoir, un réconfort et la guérison du cœur et du corps !

Les caisses-maladie feraient bien de s’en souvenir, elles qui n’ont, hélas, souvent plus qu’une perspective terre-à-terre du patient. Elles oublient cette dimension spirituelle tout à fait primordiale. Ces caisses-maladie qui multiplient leurs efforts pour recruter de nouveaux membres feraient bien de regarder vers Leysin et apprendre de l’histoire du Leysin médical combien l’apport et la présence des églises chrétiennes ont été vitaux pour faciliter la guérison de milliers de malades atteints de tuberculose.

Car, que nous le voulions ou non, tout dépend d’abord du spirituel, d’une confiance inébranlable en notre Père céleste qui prend soin des oiseaux du ciel et qui fait pousser les lis des champs. Notre Père céleste qui s’occupe encore bien davantage de chacun d’entre nous !

Lectures bibliques : Isaïe 49, 14-15; 1 Corinthiens 4, 1-5; Matthieu 6, 24-34

Homélie du 20 février 2011

Prédicateur : Père Jean-Marie Lussi
Date : 20 février 2011
Lieu : Abbaye d’Hauterive, Posieux
Type : radio

N’est-il pas naturel de se défendre quand on est attaqué ? N’est-il pas naturel de détester ceux qui nous font du mal ? Mais Jésus vient révéler une morale nouvelle, qui surpasse nos manières habituelles d’agir. Les hommes, dit Jésus, peuvent vivre entre eux la solidarité, qui n’est pas mauvaise mais qui est insuffisante quand elle ne dépasse pas les affinités naturelles.

Dans la suite du Sermon sur la montagne, Jésus oppose à nouveau des affirmations anciennes à ses propres paroles : « Vous avez appris qu’il a été dit… eh bien moi je vous dis… ». Ses interlocuteurs ne sont plus confrontés seulement à une trace écrite. Les voici en face de la parole vive, celle qui ne reste pas sans effet. Deux versets sont très éclairants : « … afin d’être vraiment les fils de votre père qui est dans les cieux » et « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Ces deux mentions de « votre » Père nous disent clairement la visée de l’œuvre que Jésus est en train d’accomplir et donc celle de sa parole : engendrer des fils, images, comme lui, du Père invisible. Le propos du Sermon sur la montagne n’est pas d’améliorer les hommes. Jésus tente de révéler à ceux qui l’écoutent leur condition filiale. Il met en chemin un être nouveau qui leur est encore inconnu : la condition de fils et de fils ensemble : « vous ». Fils et donc frères. Consentir à cette condition ne va pas sans consentement à une mort : nous sommes en transformation constante pour accéder avec Jésus et par lui à un autre état : celui de membre du corps unique du Christ. A cause de cela, ce que Jésus énonce semble loin de ce qui est généralement admis et peut paraître absurde à certains. Comment entendre ce discours qui prépare ses auditeurs à un avenir inconnu ?

Chacune des affirmations suivantes met en tension le commandement ancien et la parole nouvelle et actuelle de Jésus. « Œil pour œil dent pour dent » : dire cela, c’est vouloir laver un affront en rendant une punition équivalente. C’est appliquer un principe d’équité parfaite, nécessaire dans la loi et aussi psychiquement pour chacun d’entre nous : il importe, en effet, que personne ne soit déprécié en étant livré au caprice de l’autre. Aucun ne vaut plus que l’autre. Il n’en est pas un qu’on puisse blesser, outrager, tuer impunément.

Mais Jésus fait appel à une autre mesure. L’amour est toujours en jeu dans la relation à l’ennemi. Jésus ne nous ordonne pas de ne pas avoir d’ennemi. Aimer ses ennemis n’est moralement pas exigible. Jésus nous appelle à accéder à un autre état que nous ne connaissons pas encore : «fils de votre Père ». Il s’agit d’être fils à la façon dont Jésus en parle et d’agir comme le Père.

Il ne nous est pas demandé d’aimer sentimentalement. Il s’agit d’un amour tel que Jésus l’a pratiqué, accueillant la vie. Et pour ce qui concerne plus particulièrement les ennemis, nous sommes un peu éclairés : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes ». Le soleil et la pluie, la chaleur et l’eau, la lumière, c’est la vie. La vie est donnée aux hommes indépendamment de toute attitude morale de leur part. Même ennemi, l’autre est frère dans la nouveauté du royaume de Dieu et du corps à venir. Voici la direction à prendre.

Il s’agit d’une ultime limite : si le Père donne autant pour les bons que pour les méchants, c’est que nos limites, celles que l’on apprend des lois et du monde ne s’imposent pas à lui. Les paroles de Jésus ne constituent pas une nouvelle norme, elles engendrent à une nouvelle vie.

« Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait… ». Il faut probablement entrer dans la logique de l’Esprit Saint pour espérer comprendre quelque chose d’une pareille invitation !

Que vienne ce souffle de l’Esprit Saint, que vienne ce souffle nouveau sur notre monde et dans notre coeur.

Lectures bibliques : Lévitique 19, 1-2, 17-18; 1 Corinthiens 3, 16-23; Matthieu 5, 38-48

Homélie du 13 février 2011

Prédicateur : Abbé Michel Pillonel
Date : 13 février 2011
Lieu : Eglise St-Jean, Vevey
Type : radio

Chers frères et soeurs,

Connaissez-vous, le dernier film de Thierry Bizot qui vient de sortir ? Il est intitulé : “Qui a envie d’être aimé ?” Thierry Bizot vous est certainement un inconnu, c’est un nouveau converti. Il raconte d’ailleurs les circonstances de sa conversion au christianisme, grâce à une réunion de parents de catéchèse pour son fils.

Il disait entre autre que, depuis cette découverte, il se sentait aimé par Jésus. Il ajoute même : ça règle pas mal de problèmes. Thierry Bizot dit encore : quand nous nous savons aimés par le Christ, nous ne sommes plus des orphelins. Les confidences de ce cinéaste ne rejoignent-elles pas les propos de Jésus de ce matin, quand il nous parle de sagesse, d’intégrité et de sincérité envers soi-même.

Jésus nous invite donc à nous distancer de ceux qu’on appelle dans les Evangiles, les scribes et les pharisiens. Il nous presse de les surpasser, en évitant d’agir comme eux, c’est-à-dire, d’écouter les Ecritures, sans les vivre.

Nous avons sans cesse cette tentation de pratiquer notre religion un peu comme les pharisiens, avec un certain légalisme qui risque de nous faite tomber dans l’hypocrisie, en voulant surtout sauver les apparences. Quand on lit attentivement certains passages de l’évangile de saint Matthieu, on s’aperçoit très vite que le Christ n’est pas tendre avec eux. Il emploie même des termes qui peuvent nous choquer, quand il dit par exemple, qu’ils sont des “fils d’assassins”.

Ce matin, nous sommes donc appelés à vivre notre foi dans un esprit renouvelé, un peu comme les disciples du Christ qui étaient de fidèles observateurs de la loi mais qui l’appliquaient dans un esprit totalement neuf. Ce qui est dénoncé par Jésus, c’est quand on pratique une religion de façade, alors que ce qui est prioritaire c’est la conversion du cœur.

Thierry Bizot, notre cinéaste, l’a bien saisie cette exigence de sincérité et de vérité, lui qui regardait jusqu’alors les croyants avec suffisance et un peu de mépris. Et ce n’est que progressivement qu’il prend conscience, de sa faiblesse et de sa petitesse et il a fallu plusieurs rencontres d’Eglise avant cela. Il s’est senti associé à une énorme force paradoxale : ” être celui qui doute et être à la fois un enfant de Dieu, comme un petit bout de Dieu”, pour reprendre sa belle expression. Cet homme disait encore, et c’est très important de l’entendre dire aujourd’hui : «la foi permet de bien vivre, d’être heureux, c’est comme quand on tombe amoureux ». Cela rejoint encore Jésus dans l’évangile, quand il nous invite à faire le choix de l’essentiel pour garder le bonheur et le partager aux autres. Que de fois nous les prêtres nous avons entendu cette réflexion : « Vous savez, moi, je ne suis pas un pilier d’église, je ne fais de mal à personne, je ne tue personne, je m’occupe seulement de mes affaires. » Oui, mais attention, il y a mille manières de tuer quelqu’un, en paroles ou par des attitudes.

Bien sûr, c’est très bien de ne pas pécher, de ne pas faire de mauvaises actions, mais le Seigneur nous demande d’aller plus loin, beaucoup plus loin, à la manière d’un saint Vincent de Paul. Il faut oser donner un bon coup de balai dans son cœur, en se laissant conduire par les audaces de l’Esprit Saint, qui souffle là où il veut, là où on ne l’attend pas forcément.

Dans son film, Thierry Bizot encore l’exprime bien : “Tout témoignage est une histoire dans laquelle le fil est renoué avec Dieu. Personne ajoute-t-il, comprend que Dieu veut nous sauver. C’est vrai qu’un Dieu qui s’est fait homme, qui a été crucifié comme un « voleur de poules », c’est étrange. Et pourtant, l’amour de Dieu est là.”

Quand on sait cela, quand on a pu l’expérimenter dans sa vie, il n’est plus possible de se « cacher » derrière des règlements, à la manière des pharisiens, à condition bien sûr, de devenir des amoureux du Christ vivant.

Amen.

Lectures bibliques : Sirac 15, 15-20; 1 Corinthiens 2, 6-10; Matthieu 5, 17-37

Homélie du 06 février 2011

Prédicateur : Abbé Nicodème Mekongo
Date : 06 février 2011
Lieu : Eglise St-Jean, Vevey
Type : radio

C’est un cri irrésistible qui retentit dans l’évangile de ce jour. Cette exhortation pressante envoyée par Jésus à ses disciples, nous rattrape aussi dans le quotidien de notre vie. Ces paroles du Christ viennent après sa prédication sur la montagne (Mt 5, 1-12). Ce sont donc des paroles de vie qui nous ouvrent au bonheur de la possession de la vie éternelle. D’une certaine manière, elles sont une invitation à choisir la vie, à ajuster notre vie au bon vouloir de Dieu.

C’est bien de notre identité de chrétiens dont il est question à travers ces paroles du Christ : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ». Il est à remarquer que Jésus précise que nous ne sommes pas simplement « sel » et « lumière » mais « le » sel de « la terre » et « la » lumière « du monde ». L’emploi des articles définis nous révèle que la responsabilité de « saler » et d’« illuminer » le monde nous est propre et que personne ne l’accomplira à notre place. « Saler et illuminer le monde » nous invitent donc à porter de manière responsable notre identité personnelle de chrétien.

Le sel est souvent utilisé pour conserver et maintenir saine la nourriture. En tant que baptisé, notre nourriture est la présence du Christ dans ses sacrements, sa Parole et dans l’action aimante et miséricordieuse de son Esprit. C’est donc à nous qu’il revient de garder vive la conscience de la présence du Christ-Sauveur au milieu des hommes, particulièrement dans la célébration de l’Eucharistie, mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse et dans l’annonce de la puissance de salut qui réside dans son Evangile.

Le sel est aussi ce qui relève le goût et la saveur des aliments. Ainsi, le chrétien est appelé à améliorer la « saveur » de l’histoire des hommes, en vivant des trois vertus théologales qu’il a reçu le jour de son baptême : la Foi, l’Espérance et la Charité. Ce qui nous vient de Dieu nous rend toujours plus humain, car toujours plus à son image et à sa ressemblance. Par la foi, l’espérance et la charité, nous sommes donc invités à illuminer et humaniser un monde qui vit dans la nuit de la peur, du découragement et de l’insensibilité. La première lecture nous le rappelait : « Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »

Le lien est ainsi fait entre le « sel » et la « lumière ». L’invitation que le Christ nous adresse à faire resplendir la « lumière » aux yeux de tous signifie que toute notre vie devrait être le reflet de la flamme de l’Esprit Saint dont nous avons reçu la marque au baptême et qui désormais habite en nos cœurs (cf. 2 Co 1, 22). Cette flamme, lorsqu’elle est vivante, se manifeste à travers les actions de charité, mais aussi à travers la proclamation de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle du salut offert à tous en Jésus-Christ mort et ressuscité. Ce service de l’annonce de l’Evangile sera productif, il sera vraiment « service de charité », s’il ne repose pas sur nos propres forces mais si « c’est l’Esprit et sa puissance » qui se manifestent à travers lui (cf. 2ème lecture).

« Seigneur Jésus, apprends-moi comment dire ma foi, faire don de mon amour et transmettre mon espérance. Que je fasse partie du peuple des Béatitudes pour que je sois le sel de cette terre et la lumière de ce monde qui a tant besoin de ta grâce qui sauve et introduit dans la vie éternelle. »»

Lectures bibliques : Isaïe 58, 7-10; 1 Corinthiens 2, 1-5; Matthieu 5, 13-16

Homélie du 06 février 2011

Prédicateur : Abbé Jean-Robert Allaz
Date : 06 février 2011
Lieu : Eglise Saint-Maurice, Ursy
Type : tv

Une fois de plus, Jésus fait confiance à ses disciples en leur donnant d’être «sel de la terre». Surprenant pour nous, logique pour Lui ! C’est logique dans son plan de Salut, où rien n’est fait sans l’apport et la participation de l’homme.

(2 personnes s’approchent de la vasque de sel

et remplissent des sachets.)

Et ce privilège revient à nous ce matin, cadeau précieux et exigeant à la fois.

Du sel, on est en train d’en verser dans des petits sachets, ils vous seront remis à la sortie de l’église, pour emporter avec vous le signe du meilleur que Dieu vous donne.

Dieu n’a-t-Il pas confié sa création à l’homme pour la faire grandir, la travailler, l’embellir, ajouter son empreinte ?

Jésus désire que nous soyons sel de la terre, mais pas n’importe lequel, celui dont la propriété est de donner du goût à la vie et aux êtres. S’il se dénature, il est vite jeté et piétiné. «Que votre oui soit oui, votre non soit non, les tièdes Je les vomirais.» Pas de place pour la médiocrité ! Mais quel est donc ce sel miracle dont nous parle Jésus ?

C’est dans la nature humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, que cette présence divine est ancrée et veut jaillir d’Amour. Donner du goût à notre monde, de plus en plus désabusé – voire découragé – n’est-ce pas merveilleux ? Mais périlleux aussi, car notre dosage de compréhension et d’action ne se calcule pas au même barème que celui de Dieu. Le sel, je le compare aussi à l’Espérance, qui rend tout possible jusqu’au bout.

(Quelqu’un apporte un sachet de sel au prédicateur.)

Afin que votre existence sente le goût du Seigneur, que cela transparaisse sur votre visage, que le sel de l’Evangile stimule votre vocation de chrétien et marque chacune de vos actions.

L’apostolat des laïcs, c’est la mission confiée à tout baptisé d’annoncer l’Evangile et de donner envie d’en vivre. Le Concile Vatican II l’a fortement rappelé, soulignant la coresponsabilité de tous – prêtres et laïcs –. La vocation baptismale appelle au témoignage et à l’action. Il ne s’agit pas d’une branche à option, la confiance faite par Dieu est sans limite, l’attente du résultat aussi.

Et comme si le sel ne suffisait pas, Jésus prend encore un autre exemple, celui de la lumière. Elle jaillira de ton cœur, à partir de l’accueil au partage du pain et de la vie, des joies et des peines, elle reflètera ta propre vie. Jésus en parle avec son ‘’bon sens’’ habituel. Eclairer, montrer le chemin à l’humanité, celui de l’Espérance, du possible, du réalisable, de la justice.

« Cherchez d’abord les signes du Royaume… et le reste vous sera donné par surcroît » ! L’intensité de la lumière n’est pas mise en doute, même si à cette époque elle venait d’une flamme fragile de lampe à huile !

Nous avons besoin de cette lumière, pour comprendre, – comme le dit l’apôtre Paul aux Corinthiens – que si c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant qu’il arrive pour proclamer l’Evangile, c’est seul l’Esprit Saint, et non la sagesse des hommes, qui nous permet d’accomplir notre mission.

Deux mille ans après, l’Esprit du Seigneur – celui de la Confirmation, entre autres – nous est toujours indispensable pour mener à bien notre vocation de baptisés et de chrétiens, en commençant dans cette Unité pastorale Saint-Pierre-Les-Roches, avec la richesse de ses diversités. Apôtres du XXIème siècle, ce matin à Ursy, quelle gageure !

Difficile ? Exigeant ? Voire impossible ? Tout seuls certainement, mais rien n’est impossible à Dieu. Elle est belle cette mission, réalisable si nous comprenons qu’elle est fondée sur la foi et l’amour du prochain.

« Ne te dérobe pas à ton semblable… » nous avertit le prophète Isaïe… Pourquoi aller chercher à l’autre bout du monde ce qui nous appelle ici ? La tentation est grande de penser que l’herbe est meilleure dans le pré du voisin.

En Suisse Romande, vous êtes très nombreux, les laïcs, à vivre votre vocation de baptisés, à être à l’écoute de l’Evangile, du Concile Vatican II et des orientations pastorales décidées et données par les divers diocèses. La Communauté Romande de l’Apostolat des Laïcs, rassemble, écoute et partage le vécu d’innombrables mouvements et groupements, présents dans la spiritualité, l’annonce et l’éducation de la foi et la grande diversité de communautés et groupes d’action catholique. Recenser les participants doit être à l’image de compter les étoiles : n’est-ce pas merveilleux ? C’est un maillon indispensable dans la vie de l’Eglise en Suisse Romande. Alors le sel de la terre : nous comprenons mieux à quoi il sert !

Beaucoup de sel, beaucoup de lumière… quand ça vient du Seigneur, alors chacun de nous peut vivre sa vocation d’apôtre, dans la diversité des mouvements, groupements, rencontres au quotidien de nos vies ! Amen

Lectures bibliques : Isaïe 58, 7-10; 1 Corinthiens 2, 1-5; Matthieu 5, 13-16

Homélie du 30 janvier 2011

Prédicateur : Abbé Paul Frochaux
Date : 30 janvier 2011
Lieu : Eglise St-Jean, Vevey
Type : radio

A quelques kilomètres de notre église St-Jean se trouve un village très charmant qui fait d’ailleurs partie de notre paroisse et qui porte le nom de St-Saphorin (St-Saphorin en Lavaux). Ce village est très connu pour son charme, son aspect pittoresque et pour ses vins. Il est aussi connu pour l’un de ses habitants célèbre qui fut un grand poète et un grand chansonnier, vous l’aurez compris, je veux parler Gilles. Et, parmi les chansons de Gilles se trouve le fameux chant « le Bonheur » où celui-ci dit du bonheur qu’il est chose légère… La légèreté peut être une qualité, un sentiment de bien être agréable, tant de choses sont lourdes et difficiles à porter. D’ailleurs, pour voler, il faut que l’oiseau soit léger… Le bonheur, dit Gilles, est chose légère que toujours notre cœur poursuit, mais en vain comme la chimère. On croit le saisir, il s’enfuit…

En parlant ainsi du bonheur, Gilles a bien décrit nos bonheurs humains. Et ces bonheurs humains, Dieu merci, nous en avons dans notre existence et ils font toujours du bien. Bonheur d’accueillir un enfant, bonheur de réussir un examen, d’avoir trouvé un emploi, peut-être d’avoir gagné à la loterie etc… Mais aussi importants qu’ils soient ces bonheurs ne nous comblent qu’un moment. Qu’on le veuille ou non, les soucis arrivent, que ce soit pour un enfant, pour la suite après un examen réussi, pour un nouvel emploi. Nos bonheurs humains existent mais ils sont chose légère dans le sens que qu’ils s’effacent assez rapidement devant de nouveaux problèmes, ils ne nous comblent jamais parfaitement et en tout cas pas durablement.

Toutes les fois que j’entends le texte d’évangile des Béatitudes je ne peux m’empêcher de fredonner ce beau chant de Gilles.

Le bonheur que le Christ nous propose aujourd’hui est-il aussi chose légère ? Poser la question c’est y répondre : – Non – Et s’il n’est pas chose légère, est-il au contraire lourd et pesant ? Ces mots sont piégés parce qu’ils ont une connotation négative. Pourtant, je vous dirai : oui le bonheur proposé par le Christ a du poids, il est lourd, lourd de conséquences et de conséquences magnifiques puisqu’elles ne sont rien d’autres que la vie éternelle auprès de Dieu. Le bonheur promis par Dieu vaut son pesant d’or…

Mais, une question se pose : ce bonheur divin n’est-il qu’une promesse pour l’au-delà ? Est-il une promesse qui rend les fous joyeux et qui permet d’avancer dans cette vie avec une espèce de consolation dont on n’est pas sûr de la réalisation dans l’autre monde ? A Lourdes, la Vierge Marie a dit à Bernadette : « Je ne vous promets pas d’être heureuse dans ce monde mais dans l’autre. » Alors, peut-on tout de même goûter de ce bonheur ici bas ?

La réponse cette fois-ci est : Oui. Le bonheur des Béatitudes est déjà donné en cette vie, ici-bas. Mais comme les bonheurs humains que nous connaissons, il est lié à un effort, parfois à des souffrances. Il faut faire un effort pour réussir un examen, la recherche pour trouver un appartement (sur la Riviera par exemple) est épuisante et presque désespérante, lorsqu’elle accouche, une femme souffre. Mais quand tout s’est finalement bien passé, on est heureux…pour un moment du moins. Le bonheur que Dieu donne passe aussi par l’effort, par l’épreuve, peut-être la souffrance. Ainsi, la pauvreté de cœur, parente de la prière, invite à l’humilité, à la simplicité, ce qui n’est pas toujours facile quand on a une certaine estime de soi. La douceur – qui n’est pas faiblesse – invite à la bienveillance et à la mansuétude quand on aurait envie de réagir peut-être plus violemment. La consolation après l’épreuve ne supprime pas le deuil ni la souffrance, mais nous permet de tirer de ces épreuves des valeurs qui les dépassent. La faim et la soif de la justice qui veut que nous avancions selon le cœur de Dieu nous invite au partage dont on n’a pas toujours envie. La miséricorde invite davantage à la tendresse qu’au jugement. La pureté du cœur qui va au-delà de la pureté rituelle nous invite à la lutte en nous-mêmes contre tant de tentations séduisantes. La paix qui se situe dans le sillage de l’amour nous invite parfois à faire un premier pas avec un parent, un voisin, premier pas si difficile à faire. Et même la persécution à cause de la justice et du Christ, persécution qui n’a pas manqué au cours des âges et se poursuit aujourd’hui, peut être source de bonheur. Accepter la persécution, c’est tenir bon, c’est être fort, quoi qu’il en soit, à la suite du Christ.

On l’aura donc compris, le chemin du bonheur passe par un dépassement et un dépassement n’est jamais évident. Il nous sort de nos habitudes, de manières de faire et de penser, il peut même nous déstabiliser quelque peu. Dans l’Evangile, Jésus ne nous propose pas la voie large et facile, mais la voie étroite, sinueuse. Dans nos randonnées en montagne, l’arrivée au sommet ne se fait pas sur une voie d’autoroute mais bien sur un chemin difficile, escarpé. Le bonheur de parvenir au sommet n’en est que plus grand. Bonheur de l’effort accompli, bonheur de contempler un paysage magnifique, bonheur d’avoir simplement réussi.

Ainsi, le bonheur des Béatitudes existe déjà ici bas, nous pouvons l’expérimenter, le goûter, mais au prix d’un effort, d’un dépassement. En même temps nous devons nous rappeler qu’il n’est qu’un reflet du bonheur qui nous attend au Ciel. Ici-bas déjà, notre cœur peut le poursuivre et le saisir, il ne s’enfuira pas. Ce bonheur-là n’est pas chose légère, il a un poids de gloire et d’éternité. Amen

Lectures bibliques : Sophonie 2,3; 3, 12-13; 1 Corinthiens 1, 26-31; Matthieu 5, 1-12

Homélie du 23 janvier 2011

Prédicateur : Pasteur Philippe Genton et abbé Vincent Lafargue
Date : 23 janvier 2011
Lieu : Temple de Monthey
Type : radio

Dialogue entre le pasteur Philippe Genton et l’abbé Vincent Lafargue :

Philippe

Salut l’Abbé… Content de te voir… Ca tombe bien, je voulais te…

Vincent

Salut Pasteur, tu m’as l’air bien agité… Tu vas bien ? que puis-je pour toi ?

Philippe

Oui, je te remercie, je vais bien… mais c’est vrai, je… Merci, j’espère que tout va bien pour toi aussi… Je… je voulais te demander à toi le catholique… Tu as… enfin ton Église a une plus grande expérience que la mienne sur cette question. Heu… l’Asile… comment ton Église a-t-elle vécu l’asile ?

Vincent

Pourquoi, tu veux me demander l’asile ecclésiastique ?

Philippe

Rigole pas ! Je n’en suis pas là… quoique… certains jours…

Vincent

Moi aussi, je t’avoue que certains jours… j’irais bien frapper à la porte du Temple pour te demander asile…

…(rires)

Philippe

Non ! ma question est sérieuse, parle-moi du temps où les monastères, les cathédrales étaient des terres d’asile.

Vincent

Beau temps, Pasteur ! Jadis, c’est vrai, il suffisait de rentrer dans une cathédrale, dans un monastère, dans n’importe quelle église et de s’écrier « Asile », et l’on était protégé.

Philippe

Comment ça, protégé ?

Vincent

Protégé. C’était comme lorsque les enfants jouent au chat perché et disent « perché » ou « maison » ! Personne – pas même la police ou le juge d’instruction – ne pouvait venir déloger quelqu’un qui avait imploré « asile » dans une église.

Philippe

Jusqu’à ce qu’il sorte ?

Vincent

C’est cela. On voit cela avec Esmeralda dans « Notre Dame de Paris », notamment.

Philippe

Mais ça pouvait durer éternellement !

Vincent

Ce n’était jamais le cas. Ce temps d’asile donnait la possibilité au réfugié de faire connaître sa situation, par l’intermédiaire du prêtre. Les vrais réfugiés étaient insérés rapidement dans la ville, et on leur trouvait une situation.

Philippe

Et les tricheurs ?

Vincent

Ils étaient remis dehors. Mais ce n’est pas la police qui leur tombait dessus en premier. En général c’étaient les vrais réfugiés qui leur faisaient passer le goût de la tricherie.

Philippe

Ils avaient compris que les tricheurs prétéritent la situation de tous, y compris de ceux qui ont vraiment besoin d’aide.

Vincent

C’est cela. Mais l’important là-dedans, c’est vraiment ce temps d’asile qui permettait à chacun de connaître la situation du réfugié.

Philippe

Et sans doute à chacun de prendre conscience de sa propre situation. Oui… un asile qui ne voulait pas seulement « mettre à l’abri » mais également « mettre en retrait »… un moment privilégié pour un bilan de vie… du temps pour soi, pour reprendre élan…

Vincent

Oui, mais plus que cela… La plupart des romans ou des fresques historiques, ont tendance à montrer des personnes que l’asile soustrait à une justice injuste, à laquelle un prêtre ou un évêque s’oppose courageusement. L’asile, ou plutôt le droit d’asile est une protestation !

Philippe

Un catholique qui proteste !… ce n’est pas banal.

Vincent

L’Évangile est une protestation, ou tout au moins une force de protestation… ainsi les protestants n’ont pas de monopole en la matière

Philippe

Ne te fâche pas l’Abbé… Tu vois, le peu que tu m’en as dit de cet asile, me fait prendre conscience que loin d’être une seule situation de protection, il devait être une période de recadrage. Devant les autres… devant soi même… finalement devant Dieu !

Vincent

Attends… si je te suis bien, c’est en demandant asile à l’autre que l’on réussit ensuite à se demander asile à soi-même, puis à Dieu ?

Philippe

Exactement.

Vincent

Donc c’est en allant se réconcilier avec l’autre qu’on se réconcilie aussi avec soi-même, et donc avec Dieu ?

Philippe

Bien sûr. Tu ne peux pas être en paix avec toi-même si tu n’es pas en paix avec ton frère. A fortiori avec Dieu.

Vincent

Mais alors avec nos Eglises, c’est pareil ?

Philippe

Comment cela ?

Vincent

En cherchant à réconcilier les protestants avec les catholiques, c’est peut-être les protestants qui cherchent à se réconcilier entre eux, et les catholiques entre eux aussi. Et nous tous avec Dieu…

Philippe

Et ben voilà, tu as compris.

Vincent

C’est vrai que nous, catholiques, entre les Vieux-Catholiques, les Catholiques Orientaux, les Catholiques Romains, sans parler d’Ecône, on aurait de sacrées réconciliations à opérer contrairement à vous.

Philippe

Comment ça, « contrairement à vous » ? Tu crois que c’est tout rose chez nous ? J’aime mieux te dire qu’entre Pentecôtistes, Anabaptistes, Evangéliques, Luthériens, Calvinistes, y aurait aussi du boulot côté réconciliation. Faudrait déjà apprendre à se parler…

Vincent

Ouais… chez nous aussi…

Philippe

Apprendre à faire ce que l’on fait là, en somme.

Vincent

Exactement. Et dans ce sens, on devrait tous réapprendre à demander asile. Les uns chez les autres. Les protestants chez les catholiques et vice versa.

Philippe

Pour mieux s’offrir l’asile ensuite à l’intérieur de nos propres confessions, protestants avec protestants, catholiques avec catholiques.

Vincent

Et donc ensuite pour mieux demander asile tous ensemble chez Dieu.

Philippe

Le Royaume…

Vincent

Que dis-tu ? je n’ai pas bien entendu.

Philippe

Je disais : le Royaume…. Demander asile chez Dieu… mais c’est le Royaume !

Vincent

C’est pas un peu tôt ?

Philippe

Oui… tu as raison. Quoique cela dépend de la conception du Royaume. Beaucoup le voient ici et maintenant… Mais revenons à notre asile… je crois que si nous avions parfois le courage de nous demander asile mutuellement pour un temps de…

Vincent

Un temps de retrait ? J’aime mieux cette idée de retrait, plutôt que de parler de retraite. La retraite ça fait fin de carrière, alors que retrait, donne davantage l’idée d’un temps de respiration… un temps pour prendre son élan.

Philippe

Oui, c’est ça ! Un temps de retrait. Un asile pour prendre son élan… Tu ne crois pas l’Abbé, que c’est un beau chemin de communion. Se ressourcer chez l’autre afin de mieux se recentrer… j’ai toujours été frappé quand Jésus allait se ressourcer en terre païenne, chez les autres…

Vincent

Jésus, en cela, ne faisait rien d’autre que d’aller se retrouver auprès de son Père, et de l’Esprit Saint, souffle d’amour entre eux.

Philippe

Tu crois que nos Eglises sont comparables ?

Vincent

Je le pense sincèrement. Vous les Réformés, par votre amour de la Bible, vous êtes davantage le Père, le Dieu des deux testaments.

Philippe

Dans ce sens, vous les Catholiques, avec l’Eucharistie et sa présence réelle du Christ, vous êtes davantage l’Eglise du Fils.

Vincent

Et les Orthodoxes, avec leur magnifique liturgie pleine de symboles et de mystères m’ont toujours semblé être davantage l’Eglise de l’Esprit.

Philippe

C’est vrai… c’est un beau regard sur nos réalités… Or entre Père, Fils et Esprit il y a union, communion.

Vincent

Oui, mais jamais fusion. Chacun est en pleine communion avec l’autre tout en gardant son propre visage, sa propre personnalité.

Philippe

Alors… et si… Et si la Trinité était un exemple pour nos Eglises ?

Vincent

Je pense que c’est une voie que l’on ne creuse pas assez. On cherche la fusion totale alors que nous avons sous les yeux un modèle de Dieu de communion sans confusion.

Philippe

C’est vrai… Dieu est communion, sans confusion…

Et l’asile alors ?

Vincent

La Trinité nous en donne aussi le modèle : comme nous le disions, le Fils va se ressourcer auprès du Père, avec l’Esprit. Au fond tu as raison, peut-être que nous vivons déjà le Royaume sans le savoir.

Philippe

A cette célébration par exemple ?

Vincent

En t’accueillant, oui, comme dimanche prochain lorsque tu m’accueilleras.

OU

En m’accueillant, oui, comme dimanche dernier lorsque je t’ai accueilli.

Silence…

Philippe

Tout à l’heure, nous nous sommes souvenus de l’événement de Pentecôte, promis par Jésus. Désormais, le Saint Esprit nous accompagne… A ton avis, est-ce uniquement pour nous offrir asile mutuellement lorsque nous avons besoin de nous ressourcer et de nous recentrer, est-ce uniquement pour nous permettre de vivre notre communion sans confusion ? ne manque-t-il pas une dimension plus grande encore ?…

Vincent

En effet, j’en vois une plus grande encore. Celle de la prophétie.

Philippe

Quelle prophétie ? et qui en est le prophète ?

Vincent

Nous !

Philippe

Tu veux dire : toi et moi ?

Vincent

Non. Je veux dire : nous les chrétiens. L’ensemble de ceux qui confessent Jésus comme Seigneur et Sauveur.

Philippe

Bon ! voilà pour les prophètes. Et la prophétie ?

Vincent

Nous sommes prophétiques quand, Églises différentes, défendant des valeurs différentes, des visions différentes, des manières de croire et de vivre notre foi différentes, nous affirmons et vivons paradoxalement une communion d’amour réel.

Philippe

Mais… pour qu’une prophétie soit compréhensible, il faut au moins un signe. Notre communion n’est guère visible… nos réconciliations ne sont guère spectaculaires… J’en reviens à ma question initiale : comment faire de cet asile que nous pourrions nous offrir, une vraie prophétie ?

Vincent

Un signe pour ce dimanche, ce sera le Credo que nous proclamerons dans un instant, tu verras. Et un signe pour les temps à venir, c’est peut-être justement d’accepter que le Royaume se trouve dans du non-spectaculaire.

Philippe

Nous vivons dans un monde où les médias, la télé font du spectaculaire ! Les gens en ont besoin.

Vincent

Jésus, me semble-t-il, n’a jamais vraiment suivi ce que le monde de son époque, les médias de son époque, les gens de son époque semblaient réclamer. Il était souvent un contre-signe.

Philippe

C’est vrai… Cela me fait penser à cet homme qui se jette aux pieds de Jésus pour lui demander : Que faut-il que je fasse pour recevoir la vie en partage ?… Une vraie demande d’asile…

Vincent

Que Jésus va recadrer et porter encore plus loin. Alors que cet homme attend une réponse, Jésus reste muet. Souviens-toi comment Marc l’Évangéliste nous raconte la scène… Il nous dit : Jésus le regarda et l’aima.

Philippe

Cet homme demandait asile dans le Royaume du Père, Jésus le lui offre dans la profondeur de son amour.

Vincent

Voilà notre signe. Le signe de l’Église, au moment où le monde supprime les frontières politiques et commerciales, et les renforce entre les hommes. N’est-ce pas Tertullien qui disait devant la liberté des chrétiens à s’aimer les uns les autres : « voyez comme ils s’aiment » ?

Philippe

En effet.

Vincent

L’amour qui nait d’un regard, l’asile qui se fonde sur l’amour, ce n’est pas spectaculaire. Et pourtant ! Quel signe !

Philippe

En effet…. MERCI pour ce partage, cher Abbé.

Vincent

MERCI pour cette communion, cher Pasteur.»

Homélie du 23 janvier 2011

Prédicateur : Markus Kissner, assistant pastoral et Maria Schneebeli, pasteure
Date : 23 janvier 2011
Lieu : Eglise Saints Pierre et Paul, Winterthur
Type : tv

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Markus Kissner, assistant pastoral de la paroisse catholique SS Pierre et Paul.

Chère communauté,

Peut-être avez-vous déjà entendu cette cruelle formule relative aux partages familiaux : « Est-ce que vous êtes ensemble ou est-ce que vous avez déjà fait le partage ? » Une expérience amère pour des familles en conflit à propos de l’héritage.

Dans la lecture biblique que nous venons d’entendre, il est question d’héritage. Non pas au sujet de biens importants des parents, de bijoux ou d’un grand stock d’actions, mais de la souveraineté sur tout le peuple d’Israël. Une dramatique saga nous rapporte que les frères jumeaux Jacob et Esaü, après de longues années d’éloignement, de haine et d’inimité, se réconcilient l’un et l’autre et finalement peuvent vivre en paix leur propre chemin séparé.

Dès le sein maternel, d’après ce qui est relaté, les deux jumeaux se querellaient et se faisaient concurrence. Jacob est le favori de sa mère Rebecca, Esaü le favori de son père Isaac. Aux parents, le choix de la femme d’Esaü ne plaît pas. La Bible n’est pas étrangère aux conflits et aux sentiments très humains. Querelles et contradictions, envie et jalousies font inévitablement partie de la vie. L’enjeu est celui des biens familiaux, y compris la possession de la maison familiale. Qui sera le premier, le plus capable, l’élu ?

Esaü, fils aîné, normal héritier de droit d’Isaac, par une habile rouerie de son jeune frère perd tout d’abord son droit d’aînesse. Il a fourni un travail épuisant, il est affamé, et dès lors abandonne trop facilement son précieux avantage. Son besoin immédiat de nourriture – manger un plat de lentilles – est pour lui sur le moment plus important que tout le reste au monde.

Plus tard, Jacob, obtient par ruse la bénédiction de fils aîné, si importante pour Israël, en trompant son père aveugle et en se faisant passer pour son frère Esaü. Sa mère l’aide même en cela. L’énorme scandale, l’injustice sont évidents. Mais, tandis qu’Esaü se trouve doublement trompé, Jacob reçoit par contre la bénédiction unique, irrévocable et non renouvelable. C’est finalement le cadet Jacob à qui est donnée la promesse paternelle d’une nombreuse descendance et la garantie du pouvoir et de la possession. Le prix en est élevé : Jacob doit quitter la maison de son père et partir à l’étranger. Il est désormais en fuite et il a peur de son frère qui jure de se venger, de Dieu et de lui-même. Mais tout repose dans la bénédiction de Dieu et celle-ci accompagne toujours le chemin de Jacob.

Divers sentiments montent inévitablement en nous : l’incompréhension ? le scepticisme ? peut-être même la colère ? Ce drame familial appelle bien des supputations. Selon les appréciations, on s’interroge sur les personnalités d’un Ésaü trompé et d’un Jacob trompeur. Il nous faut une certaine prudence dans le jugement. Car je crois qu’en chacun de nous, au fond de notre humanité, se cachent un petit Jacob et un petit Esaü.

L’histoire entre nous, les hommes, et Dieu, est complexe et la bénédiction de Dieu n’est finalement pas à la portée de notre compréhension et en aucun cas magique. Elle est un don de Dieu : cela s’est vérifié dans le combat de Jacob et ses rencontres avec Dieu, une fois en rêve avec l’échelle céleste ou encore au fleuve du Yabbok lorsqu’il a la hanche déboitée ; il développe sa relation avec Dieu, il l’approfondit et se réconcilie avec Esaü. Alors la bénédiction de Dieu se réalise. Alors seulement est béni l’héritage commun aux deux frères.

La situation n’est pas aussi dramatique pour nous. Certes, là aussi ne règne pas toujours un soleil radieux. Nos familles sont aussi naturellement un lieu de conflits et de désaccords. Parfois c’est seulement après une longue période et par des chemins très détournés que la réconciliation peut se produire. Dans la grande famille chrétienne interconfessionnelle – l’œcuménisme – il y a aussi des moments de lutte pour la vérité, la paix, la véritable identité, le vrai chemin. Mais il y a aussi des périodes de « diversité réunie » et d’héritage béni dans la maison de Dieu habitée ensemble.

Cet héritage chrétien commun, fondement commun de toutes les confessions, il s’agit de le conserver et de le transmettre à la génération suivante : la foi selon laquelle Dieu vient toute proche de nous en son Fils Jésus, qui devient l’un de nous par amour ; la foi dans l’accueil inconditionnel et illimité de chaque homme ; le respect de tout homme en tout cas image de Dieu : pauvre ou riche, malade ou bien portant, libre ou prisonnier ; ajoutons encore la foi dans le cadeau de la création, la foi en une vie après la mort dans la Jérusalem céleste, la foi au pardon et à la libération par la rédemption du Christ. Cet héritage chrétien, commun qui nous unit tous, qui nous entraîne et nous appelle, recevons-le dans la foi commune, dans la joie et dans la prière.

Maria Schneebeli, pasteure à Winterthur

Deux frères sont fâchés et ne peuvent absolument pas s’entendre. Ils vont chez le même rabbin et se plaignent l’un de l’autre. Le rabbin dit à l’un des frères : « Oui, tu as raison en ce que tu dis ». A l’autre frère, il dit, après ses déclarations : « Tu as raison ». Les frères apprennent l’un de l’autre que le rabbin a donné raison à chacun. Furieux, ils accourent tous deux chez le rabbin et lui disent : « Tu ne peux pas donner raison à chacune des propositions car elles se contredisent. Alors le rabbin dit : « Oui, vous avez raison ».

Une plaisanterie habile et typique du judaïsme, mais le rire vous reste dans la gorge parce qu’elle décrit avec précision la situation des peuples et des religions séparées à Jérusalem. Chaque parti veut avoir raison, mais d’un côté et de l’autre, cela est impossible, c’est tout autre chose. Cette histoire de rabbin décrit bien la situation en Palestine et en Israël, avec la ville commune de Jérusalem : avoir raison ne mène pas à la solution du conflit, mais au contraire l’attachement à ses propres droits, dussent-ils rejoindre notre profonde conviction, cela aboutit de plus en plus à l’impasse, à l’impossibilité d’où l’on ne sort plus.

Les chrétiens et chrétiennes de Jérusalem ont choisi comme textes bibliques pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens célébrée dans le monde entier le passage du sermon sur la montagne que vous avez entendu. Dans son discours Jésus indique que la colère et le mépris envers quelqu’un d’autre est en soi la même chose que tuer. Que ce soit une colère à chaud ou un mépris à froid, tous deux sont équivalents, ils disent quelque chose sur nous-mêmes plus que sur autrui, ils expriment notre capacité à viser la destruction d’autrui.

Y a-t-il un chemin en dehors de ce désastre ? Oui, Jésus l’indique : nous devons dire non à la colère et à la justification de soi, car elles se situent précisément entre nous et autrui, et pour le dire théologiquement, également entre nous et Dieu, que nous ne pouvons plus voir puisque nous ne voyons que nous-mêmes et notre droit. Ainsi, n’entendons-nous pas et ne voyons-nous pas quelle est la véritable offrande que nous devons apporter, et quel est le vrai culte que nous devons rendre. Te tourner vers Dieu, dit Jésus, tu ne peux le faire que si, auparavant, tu t’es réconcilié avec ton frère.

Ne dispute pas tes droits avec lui, fais la première démarche vers la paix, peu importe qui a commencé la querelle. Par « frère », on entend vraiment celui qui est notre « prochain », et comme chacun est notre prochain, il peut également être notre ennemi. Ce sont de grandes exigences que Jésus propose, elles dépassent toute mesure. Se réconcilier avec le frère, la sœur de sa propre famille peut être plus facile, car même si en famille nous parlons des langues différentes, l’Esprit de Pentecôte rend possible que nous comprenions l’autre frère chrétien.

Mais comment s’entendre avec l’ennemi, avec qui rien ne nous lie ? Rien ? De notre côté, il n’y a rien ; mais du côté de Dieu survient l’Esprit qui nous révèle sa volonté, sa justice. Et cela permet que tous les hommes soient respectés et justifiés : tous doivent l’être. Car tous il les regarde.

Ainsi l’Esprit de Dieu veut la réconciliation et la paix pour tous les hommes de bonne volonté. Le véritable sacrifice consiste en ce que nous abandonnions ce qui fait notre propre droit, afin de voir qu’il y a encore d’autres hommes et que je dois les reconnaître parce qu’ils sont fils et filles de Dieu, sœurs et frères de nous-mêmes. Cela nous relie les uns aux autres et c’est infiniment plus que ce qui nous sépare.

On pourrait dire : oui, tout cela est bien en principe, mais nous sommes, il est vrai, des humains ; en tant qu’humains nous vivons toujours dans le péché et dans l’habitude de toujours vouloir avoir raison ; et le monde est ce qu’il est et il a toujours été ainsi. Le Sermon sur la montagne est une belle utopie. Oui, c’est toujours la même chose, aujourd’hui comme autrefois.

Je pense au contraire que le Sermon sur la montagne, avec son invitation inconditionnelle à pardonner, est la seule voie à suivre pour sortir de notre chaos et trouver la paix. Il y faut du courage. Mais nous ne sommes pas seuls. Les chrétiens et chrétiennes de Jérusalem se sont unis pour suivre ensemble le chemin de la réconciliation, avant tout dogmatisme, dans l’esprit du Sermon sur la montagne. Eux n’ont pas du tout là un chemin plus facile, pas plus que nous. Et le rabbin sûrement a raison dans tous les cas. Amen.

Lectures bibliques : Genèse 33, 1-4 ; Matthieu 5, 21-24

Homélie du 16 janvier 2011

Prédicateur : Chanoine François Roten
Date : 16 janvier 2011
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean-Baptiste.

C’est le titre que l’on pourrait donner à ce passage de l’Ecriture que nous venons d’entendre : l’annonce de la bonne nouvelle du salut selon le témoignage de Jean le Précurseur.

Car c’est un abrégé de la bonne nouvelle que nous donne Jean en disant : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » et il complète : «avant moi il était » et « j’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui. Oui, j’ai vu et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

Ce sont des affirmations fortes dont Jean Baptiste lui-même ne devait pas et même ne pouvait pas mesurer la portée. Comme tous les prophètes, il est d’une certaine manière dépassé par le sens plénier de ce qu’il proclame, il ne le comprend pas totalement.

Le prophète n’est pas un homme qui sait tout, comprend tout ; nous en voyons une preuve dans l’évangile de ce jour : par deux fois Jean-Baptiste s’exclame au sujet de Jésus : « Je ne le connaissais pas »…. Car la connaissance que Jean le prophète a de son cousin Jésus n’a pas été soudaine et totale. Elle s’est développée peu à peu, l’esprit humain de Jean étant à l’écoute de l’Esprit Saint qui l’inspirait… Voilà ce qui fait le prophète : se mettre à l’écoute de Dieu, se mettre à sa disposition, prendre du temps pour lui, se laisser modeler par lui, pour entendre sa Parole…

Et donc être prophète, c’est la vocation de tout chrétien, appelé à vivre sous le regard de Dieu, en prenant du temps, dans la prière, pour se laisser inspirer par lui…

« Voici Jésus, l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».

Pour les Juifs qui écoutent Jean, le message est clair : dans la Bible, l’agneau c’est l’animal du sacrifice, c’est l’agneau pascal que l’on égorge et dont le sang devient signe salvateur du peuple sauvé.

Et pour nous qui avons accès à la totalité de la révélation au travers des Evangiles et de la tradition de l’Eglise, cette affirmation prend un sens nouveau, plus fort encore que Jean Baptiste lui-même ne pouvait le penser : en désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, Jean annonce prophétiquement le destin tragique mais librement choisi de Jésus, qui, semblable à l’agneau que l’on mène à l’abattoir, offre sa vie, sa passion et sa croix pour le salut de l’humanité.

Cela Jean l’ignore, mais au-delà d’un acte conscient de sa part, prophétiquement, il annonce, dans son témoignage, le mystère de la Passion.

« Avant moi, il était ».

Toujours prophétiquement, Jean affirme l’existence éternelle de Jésus, le Verbe de Dieu, celui qui était auprès de Dieu déjà lors de la Création, le même qui s’est fait homme et vécu parmi les hommes, Dieu parmi nous.

Et, dans la suite de son témoignage, Jean affirme encore plus nettement cette intimité de Dieu avec Jésus : « j’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui ; c’est lui le fils de Dieu ».

Or dans la Bible, le titre de Fils de Dieu est souvent attribué au Messie de Dieu, à celui que l’on attendait et qui devait restaurer la royauté d’Israël. Et c’est Jésus que Jean Baptiste désigne comme le messie tant attendu.

Fort de la foi qui nous a été donnée, nous pouvons comprendre plus profondément les paroles et l’enseignement de Jean : Jésus est certes le Fils de Dieu, mais encore plus, il est le fils unique du Père, engendré non pas créé, de même nature que le Père.

Jean le prophète annonce donc le mystère de la sainte Trinité, de Dieu, Père, Fils et Esprit saint.

Et nous pouvons comprendre pourquoi Jésus lui-même définit Jean Baptiste comme le plus grand des enfants des hommes : sa vie d’intimité avec Dieu lui a permis de recevoir révélation de tous ces mystères, alors même qu’il ne pouvait pas les comprendre.

A première vue, cela peut paraître contradictoire, mais c’est bien ce qui s’est passé.

Pour preuve. Quelques mois après l’évènement relaté dans cet évangile, de la prison où il attend le bon vouloir d’un prince et d’une courtisane qui exigera sa tête, Jean est perplexe et ne comprend pas : celui dont la puissance lui a été révélée lors du baptême au Jourdain, celui sur qui il a vu descendre l’Esprit, pourquoi ne se manifeste-t-il pas pour libérer le peuple en rétablissant le royaume d’Israël ?

Alors Jean envoie ses disciples vers Jésus, lui demander : « es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?

Jean, le plus grand des enfants des hommes, a douté ; il n’avait pas compris le message de grâce qui sortait de ses propres lèvres ; par révélation il savait qui était le Messie, mais il ignorait le projet de Dieu sur son Messie. Jean chemine – comme nous – dans la foi.

Ce n’est pas pour rien que nos liturgies eucharistiques ont retenu le témoignage de Jean Baptiste : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Ces paroles nous invitent à approfondir lors de chacune de nos communions, ce mystère de la présence de Dieu dans le pain consacré. Et cela malgré nos doutes, même si nous ne comprenons pas.

Et la liturgie nous invite à répondre : Seigneur, je ne suis pas digne, je ne serai jamais digne de te recevoir, mais j’ai confiance et je viens te recevoir, car tu m’invites à venir vers toi, malgré mon péché, malgré mes pauvretés, malgré mes manques de foi ; c’est de toi que je reçois la vie et le pardon ; dis seulement une parole, et je serai guéri.

A la suite de Jean-Baptiste, nous sommes invités à être d’humbles serviteurs d’une présence à nous offerte, mais qui nous dépasse infiniment. Nous sommes invités à faire le pas de la foi, dans la confiance, toujours renouvelée.

Car la parole de guérison que nous demandons à Dieu avant la communion, il nous l’a déjà adressée : c’est son Fils, Parole faite chair sur notre terre, l’agneau de Dieu qui efface nos péchés, celui-là même auquel Jean Baptiste rend témoignage.

Aussi nous osons dire : Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais tu as dit une parole et je suis guéri.»

Lectures bibliques : Isaïe 49, 3-6; 1 Corinthiens 1, 1-3; Jean 1, 29-34