Homélie du 09 janvier 2011

Prédicateur : Père Pierre Pochon
Date : 09 janvier 2011
Lieu : Chapelle de l’Hôpital du Chablais, Monthey
Type : radio

Dimanche passé, nous avons fêté l’Epiphanie, la manifestation du Seigneur aux nations. Jésus était âgé de quelques semaines. Aujourd’hui, à son baptême par Jean-Baptiste, il a une trentaine d’année !

En acceptant en toute humilité le baptême de Jean-Baptiste, Jésus se montre solidaire des hommes, de leurs destinées plus ou moins heureuses. Jésus n’a pas péché mais il va être plongé dans le péché. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a, pour nous, identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu. (2 Cor 5,21)

C’est déjà le mystère pascal qui s’annonce. D’ailleurs, Jésus parlera d’un autre baptême qu’il doit recevoir, c’est celui de sa Passion-Résurrection. Ces deux baptêmes encadrent la vie de Jésus. Au Jourdain, Jésus se voit consacré par l’onction de l’Esprit-Saint, il se voit approuvé par le Père et reconnu comme Fils bien-aimé du Père. C’est pour lui un nouveau départ, une sorte d’ordination à être Messie-Serviteur pour proclamer la bonne nouvelle du salut et sauver tous les hommes. Mais cela va se réaliser pendant les trois années de son ministère jusqu’à ce deuxième baptême dans sa mort et sa résurrection. C’est là qu’il nous invite à le rejoindre: “allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les…”

Le baptême du Christ nous rappelle ainsi le sens de notre propre baptême. Nous croyons que le baptême est une nouvelle naissance, une nouvelle vie en Dieu. Mais renaître ne suffit pas, il faut vivre chaque jour ce baptême reçu. Le baptême, comme les autres sacrements, est un sacrement du moment présent, parce que je suis chrétien à chaque instant de ma vie.

Les chrétiens sont en contact incessant avec ceux qui ne croient pas ou qui croient autrement, c’est là qu’ils ont à vivre leur foi, à dire leur conviction, à rendre compte de l’Espérance qui est en eux. Aussi, un des signes visibles du témoignage des chrétiens vivant leur foi, est-il la présence de catéchumènes : ces personnes en formation voulant être baptisées car ils ont rencontré le Seigneur à travers des chrétiens qu’ils connaissent.

Cela, je l’ai vécu à Madagascar où j’ai baptisé beaucoup d’adultes et d’adolescents, permettez-moi un petit témoignage.

A ces nouveaux chrétiens, souvent je leur posais la question : “Qu’est-ce qui t’a amené à changer de religion ?” Et presque toujours, ils me répondaient : ” J’ai des copains qui sont sympas, je veux être comme eux”. Ou bien : ” Les chrétiens ne vivent pas dans la peur, leur Dieu ne fait pas peur : un Dieu d’amour, de paix, de justice, un Dieu qui est le “petit Jésus de la crèche”… il y a beaucoup de joie dans les assemblées chrétiennes”. Ces réactions nous indiquent que la plupart du temps, ce sont les autres, leur exemple de vie, les services rendus, les solidarités qui ont conduit ces jeunes et ces adultes à foi.

A Madagascar, les prisonniers ont été marqués par des gestes fraternels simples : des visites, avec quelques journaux, des médicaments, des cigarettes ou des friandises et aussi quelques prières ensemble…des messes célébrées avec eux en prison.

Combien de marins avons-nous dépannés. Des marins qui avaient été débarqués injustement pour une maladie, un accident, ou une bagarre… Ils étaient étrangers, sans ressources… Nous les avons aidés : des soins, un téléphone, un peu d’argent, ou un peu de travail rémunéré, pour leur permettre de rentrer chez eux.

Les étudiants sont souvent pauvres. Nous avons participé à l’achat de livres, de fournitures scolaires pour les cours, aider leurs familles qui ne pouvaient payer les études, créer des liens, des entraides pour les études – des gestes concrets en plus des célébrations religieuses.

Les hôpitaux de campagne à Madagascar ne sont pas équipés comme ici : il faut apporter son matelas, la moustiquaire, les repas, les médicaments. Il faut souvent acheter le pharmacien pour avoir des remèdes, ou l’infirmier pour être soigné… Aider mais aussi dénoncer la corruption, ou le chantage à la maladie. Je pourrais parler du monde agricole, des ouvriers, des fonctionnaires dans l’administration, de l’armée…

C’est en ce sens-là que j’ai voulu vivre mon baptême en Eglise avec les sœurs et les chrétiens dont j’étais le curé. La bonne nouvelle doit se vivre partout et à chaque instant dans notre vie, c’est cela notre vocation de baptisés.

Oui, Dieu est invisible mais le prochain, en qui Dieu habite, est à côté de nous en chair et en os !

Aujourd’hui encore, le Père redit à chacun(e) d’entre nous: “tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour.” Mais cet amour nous invitera à devenir toujours davantage des fils-filles bien-aimés du Père.

Lectures bibliques : Isaïe 42, 1-7; Actes 10, 34-38; Matthieu 3, 13-17

Homélie du 02 janvier 2011

Prédicateur : Père Pierre Pochon
Date : 02 janvier 2011
Lieu : Chapelle de l’Hôpital du Chablais, Monthey
Type : radio

Epiphanie: C’est la manifestation du Seigneur aux nations.

Isaïe voyait Jérusalem comme un pôle d’attraction pour toutes les nations.

Paul disait aussi que tous les hommes sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus par l’annonce de l’Evangile.

L’épisode des mages manifeste un début de réalisation de cette promesse. L’Apocalypse décrira la réalisation finale de cette promesse, c’est la nouvelle Jérusalem: Apocalypse 21,22.

L’histoire des mages est une annonce de ce que vivra Jésus adulte. Les mages sont des astrologues : une étoile les guide, des chercheurs, d’une autre culture, ils ne sont pas de religion juive, et pourtant ils ont décidé de se déplacer, de se déranger pour se mettre à la recherche du roi des juifs…

Ils vont à Jérusalem, c’est le centre religieux d’Israël, la ville des autorités, des spécialistes de la loi. Le roi Hérode, jaloux de son pouvoir, est inquiet. Les Docteurs de la loi trouvent dans les Ecritures la prophétie de Michée : de Bethléem naîtra un roi, le berger d’Israël (Mi 5,1.) Mais ils refusent de se déplacer.

Orientés par la prophétie, envoyés par Hérode, les mages s’en vont à Bethléem, ils retrouvent l’étoile qui les éclaire, ils sont dans la joie. Ils trouvent le vrai roi des juifs. Ils le reconnaissent pour roi (or) pour Dieu (encens) et pour un être immortel (myrrhe).

Que veut dire Matthieu ? Les autorités de Jérusalem qui auraient dû accueillir le Messie ne le reconnaissent pas. Leur science des Ecritures ne leur sert à rien. Ce sont les pauvres les petits de Bethléem, les païens (non-juifs) qui accueilleront le Christ. L’Epiphanie est la manifestation du Christ aux Nations car celles-ci recevront son message.

Nous aussi nous sommes invités à entrer dans la caravane des chercheurs de Dieu…

L’Epiphanie est une fête qui nous met en route :

Quels signes, quelle étoile le Seigneur nous donne-t-il pour le suivre avec joie comme les mages ?

Nous sommes ici à l’hôpital : C’est un lieu qui nous dérange même si nous ne pouvons bouger dans notre lit. La souffrance, la dépendance, l’incertitude l’avenir de notre santé, des organes blessés ou enlevés, tout cela nous déstabilisent, et mille “Pourquoi” se posent : Où se trouve l’étoile qui nous guidera ? Trouvera-t-on un sauveur ou une lueur d’espoir, une petite consolation ?

Le temps de maladie joue souvent le rôle d’un révélateur de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas, dans notre vie. Nous voyons peut-être là, plus qu’ailleurs ce qui est absolu et ce qui est relatif… l’être humain est un être de désir, dit-on, il est rempli d’aspirations, il a besoin d’être aimé et d’aimer, il y a en nous cette présence d’amour à laquelle nous comparons tout le reste. Il y a en nous plus que nous-mêmes, nos aspirations vers le bonheur, vers plus de justice, de paix, vers un amour plus grand, plus parfait. Tout cela nous met en présence de Quelqu’un qui est déjà là et qui nous attend, qui frappe à notre porte et qui espère notre accueil.

Cette Présence, nous l’appelons Dieu. Rencontrer cette présence de Dieu en nous et dans les autres, est la grande transformation de notre vie. Il est bien plus qu’une étoile, il est notre Lumière qui pénètre toute notre vie.

Des étoiles pour guider les patients dans cet hôpital?

Il y en a : La parole de Dieu, la prière, les sacrements mais aussi

des visiteurs et des bénévoles, par leur dévouement constant…

le personnel soignant, par sa gentillesse, sa prévenance et son service auprès des malades…

des accompagnants qui se mettent à l’écoute des uns et des autres…

Ne seraient-ils pas un peu comme une lumière qui indiquerait une direction, un chemin qui nous mène à cette Présence ?

Il s’agit pour nous d’accueillir en nous cette Lumière qui est Dieu lui-même. Alors nous serons comme une lampe allumée, alors Dieu pourra transparaître, se manifester par nous aux autres. Devenir épiphanie, manifestation de Dieu aux autres, il s’agit de le laisser transparaître.

Accueillons le Seigneur en nous dans cette Eucharistie, c’est un moment, un lieu privilégié pour l’accueillir.»

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12