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Augusto Paolo Lojudice: le cardinal des Roms 6/9

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Un an seulement après son installation comme archevêque de Sienne, en 2019, Mgr Augusto Paolo Lojudice a été choisi par le pape François pour faire partie des nouveaux cardinaux. Une surprise pour ce prélat italien de 56 ans qui s’est illustré par son apostolat auprès des plus démunis, à Rome surtout, diocèse dont il fut évêque auxiliaire de 2015 à 2019.

Dimanche 25 octobre 2020, alors qu’il travaille à son bureau de l’archevêché de Sienne (Toscane), un collaborateur entre pour annoncer à Mgr Lojudice la nouvelle: le pape François vient de proclamer les noms des nouveaux cardinaux… et il en fait partie. «Une blague ?!», réagit mécaniquement le prélat qui avait été reçu par le pontife une semaine auparavant sans que jamais cette possibilité n’ait été évoquée. Comme il le raconte au journal italien La Voce Alessandrina, à l’issue de la rencontre, le pontife lui avait toutefois demandé l’air de rien ce qu’il ferait le dimanche suivant. Mgr Lojudice apprendra plus tard – de l’aveu même d’un pape François hilare – qu’il s’agissait d’une question banale pour savoir s’il serait libre au moment de l’annonce du prochain consistoire.

Un prêtre «des périphéries»

Il faut dire que s’est nouée entre les deux hommes d’Eglise une amitié sincère qui remonte au mois d’octobre 2015, à l’occasion d’un rassemblement international du peuple Rom. Mgr Lojudice, tout juste nommé évêque auxiliaire de Rome, est évidemment présent. Depuis son entrée au séminaire pontifical romain, il porte une grande attention à ce peuple marginalisé et se rend très régulièrement dans les camps de Roms, en périphérie de la Ville éternelle. Un apostolat qui lui a valu d’être souvent affublé du surnom de «prêtre des Roms».

Lors du rassemblement donc, une femme interpelle le pontife argentin et lui demande le baptême. Touché, il lui demande alors quel est le prêtre qui l’a accompagnée sur ce chemin. «Don Paolo», lui répond la femme. C’est ainsi que le successeur de Pierre et son évêque auxiliaire organiseront ensemble le baptême de cette Rom, le 26 décembre suivant, au Vatican. «Depuis lors, à chaque fois que nous avons l’occasion de nous parler, il me demande des nouvelles de cette dame et de sa famille», confie le nouveau cardinal.

Un fidèle de François… et de Benoît XVI

Né en 1964 dans le quartier romain de Torre Maura, Augusto Paolo Lojudice a toujours eu le désir de prendre «le parti des derniers», rapporte Vatican News. Familles en difficulté, jeunes filles esclaves de la prostitution, personnes de la rue ou encore migrants isolés: celui qui fut ordonné prêtre en 1989 s’est mis un point d’honneur à appliquer avec ces «périphéries» la radicalité de l’Évangile.

L’arrivée en 2013 du cardinal Bergoglio sur le trône de Pierre est en ce sens une bénédiction pour le prêtre romain. Même si, pour lui, «son pontificat et son magistère sont la conséquence logique de celui du pape Benoît», confie-t-il au média italien In Terris, considérant même que «tout le programme de François se trouve dans sa première encyclique, Evangelii Gaudium», un texte très largement inspiré et rédigé par son prédécesseur.

«Les pauvres ne vont pas en vacances, donc la charité n’y va pas non plus»

Directeur spirituel du Grand séminaire romain pontifical jusqu’en 2014, le Père Lojudice est nommé en mars 2015 par François pour être un de ses évêques auxiliaires. Au sein de la Conférence épiscopale italienne, il s’implique alors particulièrement dans la commission pour les migrants, instance dont il prendra la présidence de 2017 à 2019. Cette année-là, le pape le nomme archevêque de Sienne. «Notre destin d’auxiliaires de Rome est ainsi: quelques années de service à la maison et puis nous partons pour une autre terre», relève-t-il dans un dernier message adressé à ses diocésains romains.

En Toscane, l’arrivée de cette personnalité souvent décrite comme «humble» et «simple» est très bien perçue. Homme d’action, il organise avec la Caritas un réseau de solidarité d’urgence pour répondre à la pandémie de coronavirus qui frappe le nord de l’Italie. «Les pauvres ne vont pas en vacances, donc la charité n’y va pas non plus», commente-t-il alors, dans un style très bergoglien.

La liberté de n’avoir rien demandé

L’annonce de son élévation au cardinalat, le 25 octobre dernier, a très vite suscité à Sienne la crainte de le voir repartir pour Rome à un poste de Curie – l’archidiocèse de Sienne n’étant pas traditionnellement un siège cardinalice. Mais le cardinal-désigné a rapidement fait taire les rumeurs sur un prétendu départ. «Je resterai à Sienne», affirme-t-il à Vatican News, expliquant que «s’il y a une chose que nous avons comprise [pendant le pontificat] de Sa Sainteté, c’est la capacité de bouleverser tous les plans, de décider par lui-même».

En lui conférant la barrette cardinalice un an seulement après son arrivée à Sienne, le pape François révèle effectivement sa grande liberté dans sa composition du collège cardinalice – le siège de Sienne n’avait pas eu l’honneur de compter un haut prélat depuis 220 ans. Il montre aussi et encore vouloir récompenser les évêques de terrain, ceux qui n’hésitent pas à délaisser les «ors» des palais pour se rendre aux périphéries. Un apostolat qu’entend poursuivre le nouveau cardinal.

Au journaliste de La Voce Alessandrina qui lui demandait ce que son changement de statut occasionnerait, il répondait ainsi: «Être cardinal est un service rendu à l’Église, une grâce qui appelle une plus grande responsabilité, et non un honneur ou une ‘médaille’ dont on peut se vanter. Je ressens aussi la liberté de n’avoir rien demandé: je n’ai rien demandé, et ce cadeau est arrivé». (cath.ch/imedia/cd/rz)

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