Dossier

Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Madagascar (1)

9 avril 2020 | 15:27
par Jacques Berset
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Au 8 avril 2020, une cinquantaine de pays africains étaient touchés par le Covid-19, près de 11’000 cas étaient confirmés, et déjà plus de 500 morts déclarés, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Pays parmi les plus pauvres, Madagascar est aux premières loges.

Alors que le président malgache Andry Rajoelina affirmait encore le 5 avril 2020 que la propagation du Covid-19 était «parfaitement contrôlée» à Madagascar, citant 93 cas confirmés, dont 5 nouveaux au cours des dernières 24 heures, la situation sur la Grande Ile risque rapidement de s’aggraver.

Tout au long des prochaines semaines, cath.ch va publier les témoignages des partenaires d’Action de Carême – active dans 14 pays du Sud – pour répercuter notamment ce que signifie cette crise pour les personnes déjà les plus pauvres et les plus vulnérables du monde.

Madagascar, d’une catastrophe à l’autre

La ville portuaire de Toamasina, sur la côte Est de Madagascar, n’est pas épargnée en ce moment. A la mi-mars, les quartiers situés en basse altitude ont été inondés par le cyclone Herold. Dans de nombreuses maisons, l’eau montait jusqu’aux genoux. A peine les flots avaient-ils commencé à se retirer que les populations ont été informées de la prochaine menace: le Covid-19, une menace mondiale qui fait trembler même les pays industrialisés.

Un grouped’animateurs et d’animatrices du projet de Toamasina | © Action de Carême

Tous les projets d’Action de Carême sont ainsi confrontés à des défis supplémentaires et nouveaux. Le 24 mars dernier, Jean Célestin Heriniaina, responsable d’un projet d’AdC regroupant environ 1’500 groupes de solidarité, témoigne depuis Toamasina:

Le premier cas de Covid-19 s’est déclaré à Madagascar le 17 mars. Les inondations et maintenant cette épidémie perturbent la vie et de nombreuses personnes réagissent dans la panique. Les habitants de Toamasina tentent de s’approvisionner en riz, légumes et autres produits de première nécessité, malgré la hausse soudaine des prix. Le prix de l’huile de cuisson a déjà augmenté de 5 %. Un sac de riz, qui coûtait auparavant 90’000 Ariary (23 francs suisses), se négocie désormais au double de ce prix. A Bazary Kely – le marché local – et dans les supermarchés, tout a été acheté, les étals vidés le 21 mars. Même les stations d’essence sont à sec, on n’y trouve plus ni essence, ni mazout, ni gaz.

Mais pour combien de temps nos réserves suffiront-elles ? On peut supposer que la situation renforcera la pauvreté. Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec environ 80 % de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour.

Le président malgache Andry Rajoelina | wikipedia Mmalembo CC BY-SA 4.0

Le 22 mars, le président a déclaré l’état d’urgence et imposé un couvre-feu de 15 jours à la capitale et à Toamasina. Dans les rues de Toamasina, on peut sentir la panique des habitants, même si aucune contagion n’a été signalée jusqu’à présent.

Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires, dans la mesure prévue, dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances. A Madagascar, il est possible d’assurer une partie de l’accompagnement des groupes de solidarité via les téléphones portables. Les prêts que les groupes accordent sans intérêt – ou à un très faible taux – restent possibles. Comme il n’y a, pour le moment, que peu de patients atteints de Covid-19, AdC espère que le virus ne se répandra pas de manière épidémique, «car  cela aurait des conséquences dévastatrices pour une population démunie».

Le Covid-19, une bombe à retardement pour le régime

Mais pour le journaliste Stefan Frey, qui vit entre Olten et Diego Suarez, dans le nord de Madagascar, le Covid-19 constitue une bombe à retardement pour le régime. Sur place, le Suisse a fondé l’organisation Mad’éole, qui approvisionne les villages en énergie éolienne et autres énergies renouvelables. Il relève que le 1er avril 2020, l’Observatoire de la vie publique (SeFaFi) de Madagascar a publié une évaluation critique du système de santé malgache et a exprimé de sérieux doutes sur capacité de celui-ci à faire face à la pandémie.

Les régions autour de la capitale Antananarivo et de la ville portuaire de Toamasina sont en quarantaine, l’espace aérien est fermé depuis le 22 mars, tout comme les ports. Selon le président, le pays comptait 59 cas de Covid-19 le 2 avril.

La corruption touche un système de santé sinistré

«Personne dans le pays n’y croit, c’est pourquoi des milliers de personnes prennent d’assaut les points de distribution des colis alimentaires. Les images de cet afflux massif tournent en dérision celles du président – qui s’adresse désormais à la population un jour sur deux par l’intermédiaire des médias réquisitionnés par les mesures d’urgence».

Dans sa dernière annonce, le SeFaFi fait référence à un phénomène devenu une culture: la corruption. Dans le système de santé également, les abus de pouvoir, les détournements de fonds et la corruption ouverte sont depuis longtemps devenus une menace existentielle. Les années de négligence du secteur de la santé ont pratiquement privé les hôpitaux de leurs possibilités de traitement. Par ailleurs, dans la population rurale, neuf personnes sur dix n’ont pas du tout accès au système de santé.

Stefan Frey salue le projet d’Action de Carême, «particulièrement remarquable», qui permet l’auto-organisation de groupes de solidarités, dont les membres parviennent à sortir de la spirale de l’endettement et à se libérer des chaînes des usuriers. «Ainsi, plus de 100’000 personnes ont pu développer une perspective durable». (cath.ch/be)

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