Dossier

Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Guatemala (4)

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Dès le 16 mars 2020, suite au premier cas de Covid-19 au Guatemala, un couvre-feu a été imposé entre 16h et 4h du matin. Ces mesures touchent particulièrement les personnes qui travaillent dans le secteur informel. Certaines ne peuvent pas respecter le couvre-feu.

Le président guatémaltèque Alejandro Giammattei a annoncé le 13 mars 2020 le premier cas de coronavirus du pays. Les frontières terrestres, aériennes et maritimes ont été fermées trois jours plus tard, ainsi que les écoles.

Les rassemblements de plus de trois personnes sont désormais interdits. Les processions de Pâques ont donc été annulées. Les transports publics sont suspendus et les centres commerciaux sont fermés, de même que les bars, les clubs et les restaurants. Les exceptions sont les pharmacies, les stations d’essence et les services de base.

Les personnes de plus de 60 ans, celles à risque et les femmes enceintes n’ont pas le droit de sortir de chez elles.

Système de santé précaire

Le règlement est censé s’appliquer jusqu’au 20 avril, les écoles restant fermées jusqu’à la fin du mois. Quiconque ne respecte pas le couvre-feu ou enfreint d’autres règles s’expose à des sanctions très sévères: des amendes s’élevant au minimum à l’équivalent de 850 francs suisses ou l’emprisonnement jusqu’à 6 ans.

Le 8 avril, le gouvernement a indiqué qu’une vingtaine de cas d’infection s’ajoutaient chaque jour et que 11’000 personnes avaient été mises en quarantaine. Sachant parfaitement que le système de santé n’est pas préparé à une telle crise, le président a menacé de ne retirer les mesures de prévention que si les nouvelles infections étaient inférieures à 12 par jour. Avant Pâques, les mesures ont ainsi été encore renforcées. Tout voyage à l’intérieur du pays a été interdit.

Dans le même temps, le président a promis de mettre à disposition 11 milliards de quetzales, soit environ 1,35 milliard de francs suisses. Deux millions de familles vont recevoir 1’000 quetzales, soit environ 120 francs suisses, pour trois mois chacune. La question de savoir si et comment cela sera mis en œuvre reste cependant ouverte.

Le problème de la violence domestique a également été soulevé et les femmes ont été invitées à se manifester si elles en étaient victimes.

Le bilan de la pandémie au Guatemala au 16 avril faisait état de 196 personnes infectées, parmi lesquelles 5 sont décédées et 19 considérées comme guéries.

Bientôt un manque de nourriture?

Mais les mesures imposées par le gouvernement touchent particulièrement les personnes qui travaillent dans le secteur informel et qui ne peuvent pas respecter le couvre-feu. «L’économie informelle est au point mort», confirment Inés Pérez Hernández et Yojana Miner, coordinatrices de du programme d’Action de Carême (AdC) au Guatemala. «C’est difficile pour ceux qui vivent au jour le jour. On s’inquiète beaucoup de la manière dont on peut se procurer de la nourriture lorsque les gens ne sont pas autorisés à quitter leur maison et qu’il n’y a pas de ressources financières».

Inés Pérez Hernández et Yojana Miner |© Action de Carême

Les transferts d’argent destinés aux familles qui ont des parents aux États-Unis ou dans d’autres pays ne fonctionnent plus correctement, car les banques ont cessé 75 % de leurs services. Les coordinatrices de l’œuvre d’entraide catholique suisse craignent une augmentation importante des problèmes liés au manque de nourriture et à la malnutrition. Environ 60 % de la population vit déjà en dessous du seuil de pauvreté.

«La population rurale et indigène, notre principal groupe cible dans les projets, sera particulièrement touchée et cette crise leur laissera probablement de profondes cicatrices», relèvent Inés Pérez Hernández et Yojana Miner. Les organisations partenaires d’AdC ont dû réduire une grande partie de leurs activités en raison de l’interdiction de rassemblement. Cependant, elles utilisent des canaux de communication alternatifs tels que le téléphone et les médias sociaux, et informent les personnes participant aux projets sur la manière dont elles peuvent se protéger.

«Nous travaillons nous-mêmes à domicile depuis la mi-mars et sommes en contact permanent avec les organisations partenaires, que nous soutenons du mieux que nous pouvons, assurent les coordinatrices d’AdC. Nous espérons que, entre octobre et décembre, le retard sur les activités prévues au sein des projets pourra être rattrapé».

La pression du gouvernement sur la société civile se poursuit

Outre les inquiétudes économiques, certains ont des craintes pour la démocratie. Le fait que le Congrès n’ait pas encore cessé de fonctionner pourrait constituer un risque majeur, car des lois qui violent les droits de la population pourraient être adoptées pendant les couvre-feux. «Nous espérons que la loi sur les organisations non gouvernementales, qui restreindrait fortement nos possibilités de travail, ne sera pas traitée maintenant», notent Inés Pérez Hernández et Yojana Miner.

Mais au Guatemala, la disponibilité de la nourriture et son accès seront les défis centraux de cette crise. «Cela montre une fois de plus combien il est important de mettre l’accent sur le droit à l’alimentation et combien il est nécessaire de tenir compte des préoccupations de la population rurale et indigène, relèvent les coordinatrices d’AdC. Notre programme au Guatemala s’inscrit dans cette vision». (cath.ch/com/rz)

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